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Monde de merde

Le bout de la chaine

Depuis que j’ai été pubère, mes règles ne m’ont jamais fait défaut. Telle la marée, elles revenaient sans manquer le rdv. Fidèles au poste.

Signe que tout allait bien.

En apparence.

 

Au printemps quand on m’a annoncé qu’en fait la machinerie déconnait salement, mes règles ont disparu brusquement. Comme si mon corps avait décidé qu’il n’était plus nécessaire de maintenir l’illusion qui avait régné jusque là.

Depuis j’attends.

Chaque mois qui passe me semble une blague – chaque fois un peu plus cruelle – de mon corps qui me rappelle inlassablement qu’il y a un problème. Un gros problème.

Le plus drôle (si si rions même si la couleur du rire est plutôt jaune) c’est que j’ai un traitement que je dois démarrer le premier jour de mes règles. Jour qui ne vient désespérément pas …

 

Il est probable que je ne fasse pas de vieux os. Ça m’a sauté aux yeux l’autre jour. On ne devient pas centenaire dans ma famille. 3 de mes 4 grands-parents n’ont pas atteint les 75 ans. Quand bien même ils avaient toujours été en super forme jusque-là. Le 4e a péniblement atteint les 80, pourtant sur le papier c’est lui qui avait le moins ses chances.

Pour être bien au fait des dossiers médicaux de mes parents qui ont atteint les 60 ans tous les deux, et sont loins d’avoir la santé de fer de mes grands-parents, je me prépare à l’idée de ne plus les avoir avec moi longtemps. Cela dit j’aurais du les perdre tous les deux il y a 10 ans. On peut considérer que j’ai déjà eu du rab ‘.

Et j’ai toujours été une petite nature à la santé fragile. « Toujours malade » mon entourage ne s’est jamais prié de me le dire…

Chaque génération un peu moins vaillante que la précédente…

 

Pendant tout mon cursus universitaire j’ai entendu mes professeurs de physiologie dirent « le corps humain est bien fait ». C’est aussi ce qu’a dit le gynéco quand ma belle-mère a fait une fausse couche il y a des années de ça maintenant. Tout ça donne à réfléchir.

Ce n’est peut-être pas sans raison si je ne pourrais probablement pas porter d’enfants. Je suis bien placée pour savoir l’héritage génétique pourrie dont je suis porteuse (on me l’a encore rappelé la dernière fois quand je me suis retrouvée aux Urgences …) et même si les chances de le transmettre un jour sont de plus en plus ridiculement faibles, il reste une « chance » qui demandera beaucoup d’efforts, de temps, de désillusions et de techniques pour aider la nature.

Peut-être est-ce un chemin qu’il ne faudra pas emprunter. Peut-être suis-je l’aboutissement d’une lignée humaine qui a accumulé trop de mauvaises mutations génétiques et qu’il est normal de ne pas permettre que cela se perpétue.

Théorie de l’évolution.

 

 C’est scientifique.

Ca n’en est pas moins douloureux.

Discussion

14 Responses to “Le bout de la chaine”

  1. Le corps humain est un mystère. Il y a 5 ans et quelques mois j’ai eu mes règles pour la dernière fois. C’était 15 jours environ avant que la tête du radiologue vire au vert devant mon scanner et que je me doute fortement que j’avais un cancer. (oh ça rime)

    (mon histoire finie bien : 8 mois plus tard j’étais guérie mais ménopausée à cause des 3 dernière chimios – j’aurais donc très bien pu avoir mes règles pendant encore 4 mois ?!)

    Posted by MaO | 9 septembre 2013, 07:34
    • L’absence de règles est un des symptômes de ma maladie. L’un de ceux qui aurait aidé à ce qu’on la découvre avant. C’est ça toute l’ironie puisqu’elles ont disparu une fois le diagnostic posé.

      Posted by Shaya | 9 septembre 2013, 17:54
  2. Ayant été distilbenisée in utero, je comprends cette angoisse. Reste que la vie peut réserver de belles surprises et que ces surprises peuvent être médicales. Il ne faut désespérer de rien.

    Posted by Sophie | 9 septembre 2013, 08:44
    • Je ne désespère pas. Je m’interroge sur la pertinence de m’engager dans un parcours de PMA le jour où la question se posera avec tous les risques de santé que ça va comporter pour moi, les désillusions et les souffrances sincères que ça risque d’engendrer (la PMA ne fonctionne que dans 20% des cas et j’ai 5 fois plus de chance de faire une fausse couche que les autres) et le fait de transmettre à mes enfants tous les gènes pourris que je porte.

      Posted by Shaya | 9 septembre 2013, 17:58
  3. Chierie.
    Je te dirais bien qu’il y a plus d’un moyen de transmettre, et qu’on peut transmettre autre chose que ses gènes, mais là tout de suite… Chierie, voilà. *hugs*

    Posted by Anna Musarde | 9 septembre 2013, 11:57
  4. Ouaip, chierie. Mais il y a plein d’autres bonheurs dans la vie ! gros hug <3 <3 <3

    Posted by MaO | 9 septembre 2013, 18:18
  5. d’accord avec Anna, en attendant, courage !!!!

    Posted by carreaux | 9 septembre 2013, 18:44
  6. Anna a trouvé les mots que je cherchais…
    Puis j’ai envie de te dire que la question se posera aussi autrement quand ce ne sera plus seulement une réflexion entre ton corps et toi mais aussi une histoire de couple, un truc à deux avec un bonhomme (plein de gènes mais pas que) avec qui tu décideras peut-être de faire chier la science et les statistiques.
    En attendant, *hugs* ma belle

    Posted by Lizly | 9 septembre 2013, 19:10
  7. Après, ce n’est pas parce qu’il y a des pépins dans la machine que tout se passe forcément mal. Je connais un exemple de temps long, de traitements et d’opérations, une histoire de presque 10 ans… qui a débouché sans PMA sur un bébé. Connaître les statistiques n’aide pas forcément à rester positive, mais garder de l’espoir c’est pas désagréable non plus (après, je n’ai pas toutes les données, mais ça me pince un peu de te lire – en retard – triste et désabusée. Voilà :-))

    Posted by Nekkonezumi | 17 septembre 2013, 09:15

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