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Cogito

Profiter ou faire profiter ?

Poésie et douceur

Poésie et douceur

Vendredi soir je suis allée (en sautillant comme un cabri comme chaque fois) à la Fête des Lumières de Lyon.

Cette année était d’autant plus spéciale que j’y emmenais avant tout ma meilleure amie qui n’avait jamais eu l’occasion d’y aller.

 

J’ai posté 4 photos de cet événement sur Instagram. Les 4 seules photos que j’ai prise ce soir-là avec mon téléphone portable (en fait non, il y en avait une 5e mais ça ne rendait vraiment pas). A un moment, quelqu’un m’a demandé « mais tu n’as pas pris ton appareil photo ? ». Non je n’avais pas pris mon appareil photo. Pas parce que je l’avais oublié, pas parce qu’il n’aurait pas pu prendre de belles photos malgré son âge avancé. Pas parce que j’aurais préféré avoir le nouveau. Pas parce que j’avais peur qu’on me le vole.

J’ai choisi sciemment de ne pas prendre mon appareil photo et de ne pas passer ma soirée à essayer de faire plein de photos avec mon téléphone.

Parce que je voulais profiter pleinement.

 

J’ai déjà fait des manifestations visuelles – dont une précédente fête des lumières – l’appareil photo vissé à la main pour prendre une foule de photos. Ne rien manquer ! Et je me suis rendue compte qu’en fait je ne profitais pas de ce qui se passait, je ne vivais pas les émotions induites par ces œuvres d’art éphémères toute occupée que j’étais à déclencher au bon moment, à faire le bon cadrage, à ne pas rater LA photo.

Ça me rappelle des interviews de photographes de guerre qui disaient que dans ces situations leur appareil les « protégeaient » en mettant à distance ce qu’ils voyaient.

Sauf que moi là ça ne me protège pas, ça m’empêche de le vivre (vu que bon … je ne suis pas en situation de guerre hein c’était juste la Fête des Lumières) (encore que … ça peut se discuter).

Autant j’aime prendre en photo un paysage parce qu’on a généralement le temps de s’y arrêter et d’en profiter soi avant de prendre la photo, autant quand ça va m’empêcher d’en profiter, je ne prends plus de photo.

 

Je me suis d’autant plus félicitée de ma décision d’un usage modéré de la photo après avoir trop souvent constaté ce soir-là, et été gênée par ça, que les selfies étaient vraiment devenus une incroyable plaie. Tout le monde veut sa tronche à côté de « ce joli truc » sans se soucier de faire chier le reste du monde ou (et?) de faire perdre tout intérêt à « ce joli truc ». Je me dis qu’ils doivent être nostalgiques de leurs albums panini et qu’ils le reconstituent avec leur tête sur chaque image en prime …

 

Après contrairement à un texte au vitriol lu il y a quelques temps, je ne suis par exemple pas du tout opposée aux personnes qui prennent les tableaux dans les musées en photo (à part la Joconde parce que là il y en a tellement qu’on ne peut plus rien voir). Personnellement j’apprécie de pouvoir prendre en phot 1 ou 2 tableaux qui m’ont particulièrement touchée et que je veux garder en mémoire. J’aime bien la charte « Tous photographes! », il manque juste d’interdire les selfies.

Discussion

6 Responses to “Profiter ou faire profiter ?”

  1. Je te rejoins parfaitement sur le choix entre profiter et garder des souvenirs « physiques » d’un moment. Je prends moins de photos avec mon appareil, pour justement vivre au maximum les bons moments… Et dire que bientôt, on prendra des selfies avec des tiges téléscopiques, ce sera encore plus gênant pour les autres.

    Posted by Elizabeth | 7 décembre 2014, 10:23
  2. Ado, je me rappelle avoir discuté avec mon oncle lors du mariage d’un de nos cousins de cette distance qu’on prend en photographiant les évènements. Je m’étonnais qu’il ne photographie rien du mariage alors qu’il est quasi-pro de la photo et il m’expliquait qu’il avait cessé de prendre en photos les évènements auxquels il voulait participer parce qu’à partir du moment où il les abordait sous le regard du photographe, il restait en marge, en quelques sortes. J’ai souvent repensé à cela par la suite (souvent en prenant consciemment l’appareil photo pour me mettre à distance).

    Je pense que le partage ultra facilité des photos avec les téléphones portables et la 4G achève d’entériner ces pratiques. Les réseaux sont saturés de (mauvaises souvent) photos d’instants qui me semblent plus perdus que volés…

    Posted by Lizly | 7 décembre 2014, 16:57
    • Moi j’ai plus l’impression que les photos partagées sont souvent une façon de se mettre en scène plus que de partager avec les autres (mais ça fait rater l’instant tout autant).

      Posted by Shaya | 7 décembre 2014, 21:52
  3. Voilà. Quand on demande aux gens, lors d’une cérémonie quelconque, de laisser faire le photographe pro, ça protège (les mariés, le baptisé, le confirmant…) du remue-ménage et des flashs à tout va, et ça permet aussi à tout le monde d’être à ce qui est en train de se vivre.

    Posted by Anna Musarde | 7 décembre 2014, 17:16
    • Oui et… En même temps après le mariage de ma soeur où je n’avais presque pas pris de photos comme j’étais très occupée j’ai été ravie de pouvoir regarder les photos prises par ma mère rapidement après l’événement alors qu’il m’a fallu longtemps pour avoir celles des autres.
      Contrairement au baptême du Filleul dont je n’ai encore quasiment aucune photo et j’en suis vraiment frustrée.

      Posted by Shaya | 7 décembre 2014, 21:55

A vous les studios

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