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Cogito

Leave our kids alone !

L’autre jour à la radio j’entends « le ministre veut permettre la conduite accompagnée dès 15 ans et le passage du permis dès 17 ans 1/2 » et de me demander cyniquement sur le moment où était l’intérêt de la chose … à part permettre à nos jeunes de se tuer plus tôt sur les routes ?

(Lors d’un de mes cours d’économie de la santé on nous avait appris que plus il y avait d’accidents sur les routes, plus l’économie d’un pays se portait bien …)

 

Au delà de ça cette annonce m’a laissé l’impression désagréable qu’on voudrait que les enfants grandissent et s’autonomisent de plus en plus vite. Un peu comme l’histoire de cette maîtresse de maternelle qui avait dit à la mère d’une gamine de 4 ans qu’elle devrait emmener sa fille chez un pédopsy parce que celle-ci ne pensait … qu’à jouer.

Et je me rends compte que cette façon de vouloir faire grandir les enfants toujours plus tôt, c’est un sujet qui me terrifie … et qui me touche.

 

Il y aura toujours des enfants que la vie obligera à grandir et à se débrouiller plus vite que les autres. Plus vite que la « normale ». Des enfants obligés de faire avec des parents défaillants, des maladies graves, des situations de vie compliquées. Obligés de s’occuper de leur petit frère/petite sœur, de palier les manquement ou juste les absences, de faire les devoirs seuls, de préparer les repas. La débrouille quoi.

Surtout je crois avec l’explosion des familles monoparentales. Il ne s’agit pas de culpabiliser les parents qui divorcent loin de là, le propre divorce de mes parents a été un vrai soulagement pour moi, mais j’avais 4 ans et ça a clairement signé la fin de l’innocence. Et malgré tous les efforts de ma mère, il a bien fallu que j’apprenne plus vite que mes petits camarades à me débrouiller seule et à participer aux tâches quotidiennes parce qu’une personne ne peut jamais faire ce que deux faisaient. (Et encore ma mère n’a jamais eu à cumuler deux emplois aux horaires pourris pour s’en sortir)

Et puis surtout à 15 ans, ma mère étant gravement malade, je me suis retrouvée à payer les factures, faire les courses, déclarer les impôts, préparer les repas, assumer les tâches ménagères, gérer la maladie et les soins de ma mère, et me gérer moi.

 

L’insouciance est un mot que je ne connais pas. Cette croyance que tout se passera toujours bien, ce sentiment d’invulnérabilité, cette liberté d’esprit qu’on doit avoir à cet âge-là. N’avoir qu’à se préoccuper d’aller à la prochaine fête, de la couleur de son vernis ou de savoir de qui Jean-Bernard est amoureux. Combien de fois j’ai renoncé à une de ces fameuses fêtes parce que ma mère était hospitalisée et qu’il fallait que je lui amène des affaires ou que le cœur n’y était pas tout simplement.

Je ne crie pas à l’injustice mais oui quelque part je me sens volée.

Si c’était à refaire … je referai tout pareil parce qu’il n’y a jamais eu d’autre choix possible dans ces affaires. Mais oui j’aurais aimé avoir un délai, quelques mois ou quelques années de plus, avant d’apprendre que la meilleure façon de s’organiser pour faire les courses c’est de prévoir ses repas sur une semaine, que le linge se lave à 30° et que pour ravoir une casserole brûlée il faut utiliser du bicarbonate. Surtout pour savoir que la vie ne fait pas de cadeaux et que tout peut s’écrouler demain sans prévenir.

 

Alors oui ça me terrifie d’avoir l’impression qu’on veut enlever ça aux enfants / ados. Qu’on veut leur coller toujours plus tôt des responsabilités un peu lourdes pour leur âge. J’aimerais qu’on leur laisse le temps de grandir à leur rythme au lieu de toujours vouloir les presser et qu’on arrête de les considérer comme des répliques en plus petit de nous.

Laissons les autant que possible rêver, être confiants dans l’avenir, ne pas se préoccuper toujours des conséquences, faire des conneries.

Ils auront largement le temps d’oublier tout ça.

Discussion

21 Responses to “Leave our kids alone !”

  1. Surtout qu’on se demande si ce gouvernement n’a pas autre chose à faire que de s’occuper de l’éducation des enfants qui je le rappelle regarde les parents avant tout. La transition est toute trouvée pour clamer ici mon opposition aux ABCD de l’égalité à l’école.

    Posted by Vlad | 18 juin 2014, 07:34
    • Je suis, je te l’avoue, assez déçue de ton commentaire qui ne consiste qu’en une attaque contre le gouvernement alors que ce n’est pas du tout le sujet et le cœur de mon billet. Je parle ici de notre responsabilité à tous en tant qu’adultes.
      D’autant plus que c’est un sujet qui me tient vraiment beaucoup à cœur.

      Posted by Shaya | 18 juin 2014, 08:54
      • J’entends bien le sujet de la responsabilité. Moi-même y suis sensible car j’ai souffert d’avoir du plus jeune m’occuper de problèmes d’adultes car ma pauvre mère m’élevant seule était super fauchée et avait besoin de soutien.
        Je suis en revanche également très remonté contre tout gouvernement, quel qu’il soit, qui souhaite légiférer pour se placer entre l’éducation parentale et l’enfant. Ce sont les parents qui éduquent les enfants point barre. Non mais de quoi se mêle l’état ??? Enfant, j’ai appris très tôt à cultiver la liberté, alors hors de question de se la faire bouffer sous quelques prétextes d’égalité, de tolérance, d’autonomie ou que sais-je encore. L’éducation des mômes ne regarde que leur famille. Aujourd’hui, père d’un garçon de 12 ans, j’explique à mon môme qu’il est impérieux de la chérir et de la cultiver. Cela commence aussi par ne pas se mentir à soi-même et à s’avouer toute forme d’addiction.
        Mais je déborde du sujet. en ce qui concerne l’autonomie et l’apprentissage de la responsabilité, chaque parent voit midi à sa porte mais j’ai pour principe de laisser mon gamin avec les problèmes liés à son âge, il aura tout le loisir de se prendre le choux avec les problèmes d’adultes lorsqu’il en sera un. Cela ne m’empêche pas de lui faire entrevoir la finalité : apprendre à gagner en autonomie. Doucement.

        Posted by Vlad | 19 juin 2014, 09:01
        • Les parents éduquent les enfants, certes et en principe. Mais déjà je trouve enrichissant pour eux qu’ils trouvent aussi d’autres points de vue ailleurs (que ce soit à l’école, chez leurs amis…)
          Que valent leurs valeurs et leurs opinions s’ils n’ont jamais eu à se confronter à rien de différent ?
          D’autre part il me semble que l’état a le droit et même le devoir d’intervenir quand il sait qu’on va lui demander d’assumer derrière. Typiquement les actions de santé publique menées à l’école (prévention SIDA, tabac, malnutrition…) me semblent plus que légitimes parce que si personne ne parle de ces questions aux enfants, c’est la solidarité nationale qui va payer les pots cassés (et je ne parle même pas des vies brisées.)
          Nous, parents, avons le devoir d’éduquer nos enfants du mieux que nous le pouvons. L’école peut très bien être complémentaire de cette éducation. Et si on n’est pas d’accord avec ce qui se dit à l’école, c’est aussi notre devoir de l’expliquer à nos enfants.

          Posted by Anna Musarde | 20 juin 2014, 09:26
  2. Il me semblait que c’était aussi beaucoup pour les détourner des 2 roues, lesquels sont sources d’accidents (soit directement soit parce qu’on est vachement fragile sur ces trucs contre une voiture qui ne fait pas attention).
    Pour la responsabilité trop tôt, moi ça a été l’inverse, j’ai été élevée dans du coton et j’ai eu un mal de chien à m’en sortir quand j’ai été seule aux commandes. Un juste milieu ça serait cool :/
    (et désolée de relancer, mais comment peut-on être contre un truc qui prône l’EGALITE? Même si la forme est discutable, que ça devrait être aux parents de le faire, il y en a visiblement besoin)

    Posted by poulpynette | 18 juin 2014, 09:54
    • Je suis tout à fait d’accord avec toi, je trouve même qu’on est dans un truc tout à fait paradoxal, avec des sujets sur lesquels on voudrait qu’ils grandissent trop vites et d’autres où on les déresponsabilise complètement.

      Posted by Anna Musarde | 18 juin 2014, 10:09
    • Oui un juste milieu, je ne dis pas le contraire.
      Après la voiture en solution aux 2 roues, je reste un poil dubitative.

      Posted by Shaya | 19 juin 2014, 13:48
  3. Et bien moi, je ne suis d’accord non plus avec la proposition, mais pas du tout pour les mêmes raisons.
    Après tout, dans toutes les zones rurales, un moyen de transport est obligatoire, les gosses chevauchent leur mob pourrie dès l’âge de 14 ans, savent conduire un véhicule depuis qu’ils savent marcher ou presque (j’ai le souvenir d’un petit frère de copain qui savait démarrer le tracteur à 3 ans au point qu’il fallait planquer la clé – et je ne parle pas de mes neveux qui savent conduire un quad, manette des gaz incluse) et leur mettre une voiture dans les mains à 15 ou 16 ans n’est pas plus déconnant que de la filer à 18 à un gosse des villes qui a toujours dépendu des transports en commun et ne comprend pas la blague sur Jack Lang et l’embrayage…
    Bref, abaisser l’âge du permis dans une optique d’autonomisation des jeunes ne me semble pas « les faire grandir trop vite », mais au contraire leur donner des moyens en plus de réaliser certains de leurs rêves d’ados…

    Là où je trouve la mesure complètement idiote, c’est que l’on ne va pas désengorger le système du permis, mais au contraire l’engorger encore plus.
    Parce que bon, la conduite accompagnée, qu’elle soit à 15 ou à 16 ans, elle coûte un rein et demi, elle dépend vachement du taux d’occupation voiturienne des foyers, et donc ne sera pas nécessairement à la portée de tous. Chez nous, il y avait une seule bagnole, 5 enfants et c’était encore la période où l’on n’était pas forcés de s’attacher à l’arrière, donc je ne vous décris pas le tronche de la banquette, et je ne vois pas un seul instant ma chère mère accepter d’aller s’entasser avec les autres pour que chéri-bibi puisse apprendre à conduire (sans la direction assistée en plus – oui, on a amené la voiture, devenue entre temps un mythe, au delà de l’âge de la majorité pompidolienne et de la barre des 300.000 km)…
    Et l’examen du permis de conduire sera toujours aussi dur, aussi aléatoire et aussi dépendant des humeurs de l’examinateur (oui, je t’ai encore en travers de la gorge, toi qui m’as refusé mon permis au motif que « j’avais l’air trop tendu au volant ». Je passais un PUTAIN D’EXAMEN, ducon!!!), bref on va rajouter d’un seul coup une demi-promotion de jeunes sous-préparés qui vont donc rater (et venir allonger la liste des gens-qui-doivent-repasser-l’épreuve-pratique), le tout sans une révision du système (à la baisse, hein, parce qu’encore augmenter la durée de l’épreuve de 10 minutes, ça ne va pas fluidifier les passages…), et/ou le recrutement de personnel qualifié pour augmenter la taille des tuyaux…

    Après, on peut aussi parler de la société qui pousse les enfants à grandir trop vite (ou au moins à être « utiles » trop vite), mais ça sera sûrement l’objet d’un autre pavé de ma part… 😉

    Posted by Skro | 18 juin 2014, 09:55
    • Oui on en avait parlé que ça ne changerait rien à l’engorgement pour passer le permis, et je suis bien d’accord (mais ce n’était pas de ça dont je voulais parlé ici).

      Après c’est difficile de parler d’une manière générale mais je reste persuadée qu’il y a des jeunes qui a 15-16 ou 18 ans n’ont pas la maturité pour conduire. Qu’ils soient des villes ou des champs.

      Posted by Shaya | 19 juin 2014, 13:52
      • Dans un bouquin de Jasper Fforde (Jennifer Strange), on n’accède au permis de conduire qu’après un examen de maturité. L’héroïne, qui a 15 ans je crois, a le permis, alors que des personnes de 30 ans ne l’ont pas car pas assez mûres. Bon, je n’imagine pas très bien comment juger vraiment le degré de maturité des gens, mais l’idée m’a fait sourire.

        Posted by Anna Musarde | 20 juin 2014, 09:51
  4. Ben moi je suis assez d’accord avec le principe du milieu : pas trop vite pas trop lentement, pour ce qui est de l’éducation et de l’acquisition de l’autonomie (oui, j’ose être « contre » les enfants qui ne savent pas nouer leurs lacets à 10 ans). Je comprends très bien ce que tu veux dire en ce qui concerne ton vécu et je partage ton point de vue …
    Je ne sais pas par contre si le fait de conduire plus tôt est un progrès ou non… ni si cela permet d’être plus vite autonome : cela sera très variable, et dépendra aussi de qui va en payer??? Les jeunes ne gagnent pas encore leur vie donc en principe ce seront les parents, -donc les mêmes que ceux qui le leur paient dès 18 ans (ou avant pour la conduite accompagnée)- et je rejoins la notion de taux d’occupation voiturienne de skro.
    Et j’y ajoute un problème perso qui vient de germer : perso mes enfants s’approchent de l’échéance et nous sommes à la campagne (= pratiquement aucun transport en commun) sauf qu’ils sont 3 sur 2 ans (et oui, 23 mois d’écart et des jumeaux dans le lot) ça va être zen d’atteindre les heures requises pour tous!!!! Bien sûr, de le passer plus tôt ou non ne changera pas grand chose à ce problème. mais on dévie là, j’en suis bien consciente…

    Posted by carreaux | 18 juin 2014, 19:36
    • On est bien d’accord que les gamins inutilement assistés c’est le mal aussi. Moi je ne parlais que de ceux qui doivent se débrouiller parce que l’assistanat je ne connais pas ^^’
      Mais je me suis aussi demandée qui allait payer … (moi mon permis je me le suis payée à 75%)

      Posted by Shaya | 19 juin 2014, 13:54
  5. D’après Alois, il paraît que certains d’entre nous retomberont en enfance en vieillissant…

    Posted by des pas perdus | 19 juin 2014, 21:57
  6. Je ne décolère pas contre cet état-maman qui se mêle de l’autonomie de nos enfants. Mais de quel droit ? Y’a pas plus important à régler ? Des millions de chômeurs par exemple ?
    Et pourquoi ne pas accorder des crédits sur les achats de youpalas ? Hein ? Je demande…
    Ca serait bon pour son autonomie, le Youpala… :))
    Pis c’est mieux que le transat. Vite une campagne médiatique un nouveau ministère et un haut commissariat à l’autonomie !
    En France on n’a pas de pétrole mais on a des abrutis qui nous dirigent.

    Posted by Vlad | 20 juin 2014, 05:57
    • Ah non c’est dangereux et mauvais pour le développement le youpala!

      Posted by poulpynette | 20 juin 2014, 07:49
    • Je t’avais mis en garde contre le fait que je ne voulais pas que tu utilises ce billet et ce blog pour répandre ta colère contre l’Etat etc… surtout que ça n’avait rien à voir avec mon billet.
      Tu ne m’as pas écouté, tu dégages. Je n’ai pas un blog politique, ça n’est pas pour rien.

      Posted by Shaya | 20 juin 2014, 09:45
  7. Je vais peut-être regretter d’entrer dans le débat mais ça m’intéresse de savoir. Qu’est-on censé faire, selon vous, nous, enseignants (car enseignante je suis) et fonctionnaires d’Etat, face aux enfants qui ne reçoivent pas ou peu d’éducation familiale ? Et face à ceux qui en reçoive une qui peut s’avérer dangereuse pour eux ?

    Posted by Lizly | 20 juin 2014, 09:14
  8. Je suis d’accord avec ton billet. Pour aller sur un terrain que je connais parce que je le pratique, je suis régulièrement ébahie par le décalage entre cette responsabilisation de plus en plus tôt sur certains aspects et à l’inverse, le manque d’attente qu’on peut avoir sur d’autres.
    Concrètement, je pense à mes élèves de 6e. Cette année, il a été généralisé dans l’établissement que l’équipe de chaque classe fournisse, par l’intermédiaire du professeur principal qui centralisait le tout, à chaque élève de 6e absents l’intégralité des cours qu’il avait ratés. Je ne parle pas uniquement des longues absences mais aussi des absences d’une journée. Il fallait aussi organiser un rattrapage des contrôles voire des devoirs maisons supplémentaires. Autant j’adhère à ce genre de dispositif quand il est ponctuel, pour une absence longue, ou des conditions difficiles. Autant j’estime que nos collégiens doivent apprendre à gérer une absence courte, à rattraper leurs cours et voir avec le professeur comment faire pour un devoir rater. Encadrés par leurs professeurs, certes, mais à leur initiative tout de même.
    Ce n’est qu’un exemple mais je suis certaine qu’on pourrait en trouver beaucoup d’autres.

    Par ailleurs, concernant les remarques sur les zones rurales et les deux roues. J’ai grandi en zone rurale. J’ai voulu un deux roues. Mes parents me l’ont refusé, trop dangereux. Ils ne m’ont pas particulièrement « voiturée » pour autant. J’ai du m’arranger, avec les personnes de mon village qu’on connaissait, avec le peu de bus… Je ne dis pas que je n’en ai pas souffert mais la situation était celle-là et on était nombreux au village, adolescents, dans le même cas.
    De plus, la conduite accompagnée suppose… un accompagnateur. Accompagner un ado de 15 ans d’un point A à un point B, qu’on soit assis sur le siège du conducteur ou sur celui du passager, ça ne change rien. Et les 6 mois de différence entre passer son permis à 18 ans ou le passer à 17 ans et demi, je ne pense pas que ça réduira significativement les risques d’accidents.
    Donc l’argument « si c’est pas le permis, c’est un deux roues », je le trouve plutôt faiblard, si je peux me permettre.

    Posted by Lizly | 20 juin 2014, 09:50

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