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Cogito

Le soin des autres

Ces fameuses gambettes qui m'embêtent

Ces fameuses gambettes qui m’embêtent

Je me suis posée beaucoup de questions concernant ma reprise de travail. (je m’en pose toujours beaucoup)

D’habitude les choses sont très simples, comme tout le monde il m’est arrivé d’être arrêtée pour une gastro ou une angine et les reprises se sont toujours faites simplement : « bonjour, oui j’ai été malade mais ça va mieux » et on passait à autre chose. J’ai une démarche assez simple concernant mes patients « never explain, never complain ». Je suis la professionnelle, ils sont mes patients. Et même s’ils prennent de mes nouvelles et sont attentifs à moi, ils n’ont pas à porter le poids de mes problèmes : je partage les choses sympa de ma vie avec eux, le reste je le garde pour moi.

Ainsi il y a quelques années quand mon grand-père est décédé, j’ai demandé à la secrétaire qui a appelé tous mes patients de dire que j’étais malade. Et j’ai tenu le même discours à mon retour.

 

Néanmoins là c’était un peu différent. J’ai repris le travail très tôt, beaucoup trop tôt dirait mon médecin (et un certain nombre de personnes de mon entourage)(mais pas mon père qui m’a dit quand je l’ai informé de ce qui m’arrivait « mais … tu es en arrêt ??? » comme si c’était proprement saugrenu), et beaucoup trop tôt pour que tout ait l’air normal physiquement. Et de toute façon il faudra des semaines pour que tout redevienne normal, pour que je puisse de nouveau plier le genou pour ramasser quelque chose par terre. Et dans ces semaines je vais avoir des ajustements à faire qui vont peut-être m’obliger à décaler, annuler, modifier au dernier moment des choses en rapport avec mes patients. Alors j’ai fait le choix exceptionnel de leur dire réellement ce qui se passait, ce que j’avais.

Ils ont été super. Comme toujours. Ils ont même été tellement plus que ça.

Mais là où ils m’ont vraiment étonnée c’est qu’ils ont instantanément fait ce que le reste de mon entourage n’a pas réussi, ou n’a pas voulu, faire : saisir les enjeux quand bien même je suis restée hyper factuelle.

« C’est une putain d’épée de Damoclès que vous avez au dessus de la tête si les médecins ne trouvent pas d’où ça vient ! Ça pourrait vous recommencer n’importe quand et c’est dangereux ! »

Voilà.

 

 

Mais finalement dans cette reprise, le plus pénible, le plus blessant même, ça a été … les collègues.

Quand on travaille dans un lieu de soin, on s’attend à ce que le jour où il nous arrive un truc un tant soit peu grave (parce que, j’ai beau dire le contraire et considérer que je m’en suis sortie plutôt bien puisque ça n’a pas dégénéré, c’est grave), vos collègues se montrent un minimum prévenant ou même juste compatissant et qu’ils aient saisi les enjeux sans être obligé de leur mettre le nez dedans. Eh bien … non. Concrètement personne ne s’est soucié de moi. Personne ne m’a même demandé comment j’allais. Alors pour ce qui est de me demander si j’avais besoin qu’on m’aide vaguement (juste me mettre un tabouret à disposition hein, pas plus), je pouvais toujours m’asseoir dessus. 

Ça fait réfléchir. Sur plein de choses mais entre autres sur leur capacité à bien s’occuper de leurs patients, à être à l’écoute, empathique et compatissant. A ne pas être dans le technique mais bien dans l’humain et dans le soin.

Et ça fait peur.

Discussion

4 Responses to “Le soin des autres”

  1. Alors, je me demande si ce ne sont pas tes collègues qui sont anormaux ? Certes, je ne connais pas le milieu hospitalier de l’intérieur, mais plutôt de l’autre côté, celui de l’administratif, mais jusqu’à quelques mois, toutes mes collègues étaient d’anciennes chercheuses en unité. Et lorsque deux d’entre elles ont eu des problèmes, la solidarité a été impressionnante. Donc, je m’interroge beaucoup sur tes collègues : comment peuvent-ils être aussi indifférents ? Et je me pose la même question que toi : comment font-ils avec leurs patients ?
    Heureusement que tu as tes patients, cela a dû te faire tellement chaud au cœur…

    Posted by Elizabeth | 2 décembre 2015, 11:06
  2. C’est tellement triste à lire, alors à vivre… Plein de *hugs*.

    Posted by Anna Musarde | 3 décembre 2015, 10:08

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