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Dans ma valise

Incas et lac Titicaca : préambule

Hello le web mondialement mondial ! Oui ça y est je suis rentrée du Pérou.

Et je vais pas mal vous en parler ces prochains temps (je préviens pour ceux que la revue de mes voyages et de mes albums photos lassent), j’espère bien vous faire rêver devant mes photos de l’Altiplano, des lignes de Nazca, du lac Titicaca et du Macchu Picchu !!!! Et que vous vous mettiez tous à courir en tous sens en hurlant « JE VEUX Y ALLEEEEER ».

Mais avant ça ….

Avant ça je vais vous planter l’envers du décor. Je VEUX vous planter l’envers du décor. Ce qu’on ne voit pas sur les photos idylliques. Le côté pile de la pièce d’or. La face sombre du Pérou. Parce que comme l’a dit dès le début le guide avec beaucoup d’humeur « le Pérou, c’est pas l’Pérou! ». Parce que le Pérou n’est pas un pays facile comme l’était l’Islande. Au contraire. Parce que je veux en dire les défauts et la rudesse avant de vous avoir mis tant d’étoiles dans les yeux que vous ne l’entendrez plus ou que vous ne voudrez plus l’entendre.

 

♣ Le Pérou c’est pauvre.

Je m’y attendais hein. Mais clairement pas autant.

Allez savoir pourquoi, j’imaginais l’Amérique du sud plus riche que ça, le Pérou en tout cas. J’aurais été moins étonnée de trouver ces spectacles là en Bolivie ou en Equateur (surtout après le tremblement de terre) ou au Brésil. Peut-être le vieux mythe de l’or, la construction par les Incas etc… Et pourtant … sur mon échelle de la pauvreté, le Pérou c’est pas l’Inde … mais vraiment pas loin. Pour dire. Elle s’étale un peu moins mais elle suinte tout autant.

Le Pérou c’est donc les bidonvilles, les enfants en costume traditionnel pour réclamer une piécette après une chanson ou une photo, les regards envieux …

Malheureusement de cette pauvreté découle nombre de choses.

Bidonville pris à la volée depuis le car

Bidonville pris à la volée depuis le car

 

♣ Le Pérou c’est dé-gueu-lasse.

C’est assez incroyable mais le pays quasi entier est une décharge à ciel ouvert. Le long des routes s’égrènent un chapelet de bouteilles en plastique et de sacs poubelles déversés. Au loin vous contemplez la beauté incroyable de l’Altiplano et quand vous baissez les yeux, à vos pieds il y a toute la laideur de notre monde. Même dans une réserve nationale censée préservée la nature … Et je trouve ça absolument INCOMPRÉHENSIBLE de bousiller une telle beauté ainsi. A fortiori quand son dernier voyage a été l’Islande, ses paysages tout aussi incroyables et son respect absolu de la nature …. Au début de mon voyage, je me suis dit que nos voyages passés impactaient beaucoup nos voyages futurs, y compris sur l’environnement et le respect de celui-ci.

En même temps, va trouver l’ombre d’une poubelle au Pérou … il n’y a clairement pas de volonté publique et nationale d’améliorer les choses. Probablement même pas le début d’une prise de conscience du problème. Là aussi ça m’a rappelé l’Inde – on se raccroche aux références qu’on a – et ce souvenir de cette femme qui ne comprenait pas qu’avec mon amie nous nous enquiquinions à conserver nos déchets alors qu’il suffisait de les jeter par la fenêtre du train.

 

♣ Le Pérou c’est un Etat défaillant.

Pour vous donner une idée, la Poste péruvienne n’émet plus de timbres depuis 4 mois, personne ne sait vraiment te dire pourquoi mais bon c’est ainsi. Si bien que j’ai été obligée de ramener mes cartes postales pour les envoyer depuis la France. (Bon ben du coup tu relativises drôlement le fonctionnement de notre propre Poste)

A côté de ça, les péruviens te disent par exemple – et en tant que française le choc a été totale – qu’heureusement que les routes sont entretenues par des compagnies privées (qui font payer des péages) parce que si c’était l’Etat qui s’en occupait …. pfioulalalalala ! (Ah … ok …)

Et puis il y a toute la partie corruption et compagnie :ceux qui y vivent (et qui ont un certain recul sur leur pays) le disent mieux que moi et j’ai été éminemment préservée pendant mon voyage de ça. Mais pas complètement en fait, puisque notre car a pris une amende car il s’était garé le long d’une plage et qu’il fallait pas (j’ai jamais vu de panneau l’interdisant mais mettons) … ladite amende correspondait à la moitié de la paye mensuelle du chauffeur ce qui est juste ÉNORME pour s’être simplement garé à un endroit où il ne fallait pas. On a payé. Parce qu’il n’aurait jamais pris cette amende si son car n’avait pas été plein de touristes. Parce qu’à côté de ça, les péruviens grillent allègrement les feux rouges, les interdictions de dépassement et compagnie et les flics n’en ont juste rien à carrer.

 

♣ Le Pérou c’est des problèmes de sécurité. (je n’ai pas su comment formuler ça autrement pour regrouper tout ça)

Alors oui il y a ce à quoi vous allez penser immédiatement, des agressions. Notamment en prenant les taxis qui appellent leurs potes qui viennent vous dépouiller voire pire. Ce sont des quartiers où il est déconseillé d’aller, même la journée. C’est du narcotrafic là où la coca pousse. Ce sont des vols et des regards franchement envieux (la pauvreté, remember ?). Et sans devenir parano, puisque nous n’avons au final jamais eu aucun problème, les deux soirs où une fille avec qui je me suis bien entendue et moi on a voulu sortir faire un tour dans l’une des villes où nous étions, le guide a été clair : c’était non. Et pas un « non » négociable.

Mais au delà de ça, il y a aussi … il y a aussi que le Pérou manque terriblement d’infrastructures, peu de routes ou alors dans un état pas terrible voire en terre, vraiment peu de trains à l’échelle du pays (qui fait 3 fois la taille de la France) et qui coûtent un rein, 170$ (DOLLARS!) pour faire l’aller-retour au Macchu Picchu . Si bien que même la Panamerica – THE route du pays – ressemble plus à une de nos départementales (de montagnes, ça tournicote sec par endroit) qu’à un de nos autoroutes, avec dessus un trafic de dingue vu que c’est l’axe majeur du pays. Et que les péruviens conduisent comme des barbares, doublent dans une côte sans visibilité, zappent les feux rouges etc. Ya qu’en Inde (encore eux!) que j’ai vu un trafic plus chaotique. J’ai passé des jours à me demander comment il n’y avait pas plus d’accidents. Avant d’apprendre dans la douleur qu’il y en avait plein – et pourtant j’avais vu les petites croix/chapelles à la mémoire des défunts qui jalonnent la route – puisque comme je l’ai raconté sur Twitter (mais bon en pleine nuit je ne crois pas que grand monde l’ait vu) sur le seul dernier gros trajet, entre Puno et Cusco, on a vu 3 accidents dont le dernier était mortel et s’est passé juste devant nous. Et dans mes souvenirs du Pérou il y aura pour toujours gravé l’image de cette voiture encastrée sous un camion et de ces 2 corps broyés dans la tôle fracassée pour lesquels il n’y avait plus rien à faire.

 

 

Au delà de tout ça, le Pérou est un voyage physiquement épuisant. Et je pèse mes mots. Ca fait 4  jours que je suis rentrée et je n’ai pas commencé à récupérer. Je pensais qu’après l’Asie en pleine mousson, ces 35° degrés et 90% d’humidité, rien ne surpasserait ça. J’avais tort.

Néanmoins contrairement à pas mal d’autres personnes, je me doutais que ce serait dur. Mais je n’imaginais pas à quel point … En fait c’est impossible à imaginer tant qu’on ne l’a pas vécu Au delà des 12h de vol et des 7h de décalage horaire, on est monté assez brutalement jusqu’à 4500m d’altitude. Presque le sommet du Mont Blanc. Et franchement il faut l’encaisser. Au minimum – comme moi quoi, sans mal des montagnes en plus – vous vous retrouvez à souffler comme un boeuf en montant un étage. Mais quand je dis souffler comme un boeuf, c’est que vous êtes au bout de votre vie. Quand on vous dit qu’il va falloir marcher quelques heures et monter 400-500m de dénivelé, vous avez envie de pleurer et vous pensez ne jamais y arriver (bon finalement j’y suis arrivée)(et ça valait le coup). Alors que chez moi c’est une petite promenade 400-500m de dénivelé. Et s’il est impossible de s’y préparer physiquement sauf à multiplier d’aller en haute altitude avant son départ – et que le mal des montagnes peut frapper indifféremment les jeunes, les vieux, les sportifs, les pas sportifs, ceux qui sont déjà allés en altitude sans être malade etc… – il faut s’y préparer psychologiquement. Parce qu’on prend vraiment un coup sur le casque. (Par contre ça va bien bien m’aider à comprendre ce que vivent et ressentent mes patients BPCO)

Oui c'est haut (et encore on aurait pu faire pire)

Oui c’est haut (et encore on aurait pu faire pire)

 

Bon …. maintenant que je vous ai montré le revers de la médaille, on part rêver ?

La formidable et sublime vue sur le lac Titicaca en haut de cette fameuse "balade" de 500m de dénivelé, à 4300m d'altitude

La formidable et sublime vue sur le lac Titicaca en haut de cette fameuse « balade » de 500m de dénivelé, à 4300m d’altitude

Discussion

4 Responses to “Incas et lac Titicaca : préambule”

  1. J’ai hâte de lire à la suite mais c’est très intéressant, ton préambule. Une manière de planter le décor au delà des images. C’est bien de réussir à dire qu’un voyage pu être génial mais dur. Et j’aime ta manière de raconter comment tu rencontres un pays plus que tu ne le visites.

    Posted by Lizly | 30 mai 2016, 06:48
    • Ohhhh j’aime cette expression « rencontrer un pays ». Je n’ai pas eu l’impression d’assez dire sur les réseaux sociaux comme ce voyage était dur alors je me suis promise de rétablir ça sur le blog 😉

      Posted by Shaya | 30 mai 2016, 10:42
  2. Merci beaucoup pour ton préambule, il est vraiment très intéressant et plante bien mieux le décor que n’importe quoi d’autre. J’avais beaucoup entendu parler des paysages, mais sans connaitre les coulisses, tout ça fait bien relativiser. Heureusement que j’enchaine direct avec ton « vrai » premier chapitre 😉

    Posted by Elizabeth | 3 juin 2016, 14:17
    • D’une part j’aurais aimé être prévenue moi avant de partir au Pérou de ce dont je parle là, d’autre part je pense que quand on visite un pays il est important de sentir de l’image d’Epinal que chaque endroit véhicule.

      Posted by Shaya | 6 juin 2016, 21:44

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