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Cogito

De la difficulté de trouver les bons mots

Puisque le billet de Babeth d’hier combiné au commentaire de Falconhill sur mon billet d’hier sont comme des signes pour écrire ce billet-ci, ça serait dommage de s’en priver…

 

Entre autres difficultés de mon travail, il y a celle-ci au quotidien : trouver les bons mots, les mots justes.

Surtout plus que de trouver ceux qui soulagent et réconfortent, il s’agit de ne pas dire ceux qui blessent, culpabilisent, dépriment.

Ne pas faire du tort en voulant faire du bien. Même si c’est par mégarde, par maladresse, par manque de délicatesse et de tact. Par manque de psychologie.

 

Parce que je sais à quel point des mots mal choisis, mal prononcés, inadaptés et approximatifs peuvent être dévastateurs.

J’ai appris deux choses de la maladie de ma mère :

1/ ne jamais oublié de se préoccuper de l’entourage d’une personne malade. Parce qu’eux aussi sont impactés, souvent très durement, et oublié. Je leur accorde la même attention que j’accorde aux personnes malades. Pas de différence de traitement.

2/ ne jamais dire aux malades ou à leur entourage qu’ils doivent être courageux. Au bout d’un moment (quelque soit ce moment) y en a vraiment ras le cul d’être courageux et d’entendre dire qu’on devrait l’être.

 

Je ne dis jamais à quelqu’un « soyez courageux » ou « dites-vous que ça pourrait être pire ».

Pas plus que je ne dis « ça va s’arranger » parce que rien ne permet de dire que ça sera le cas. Espérer que ça soit le cas est une chose, tout faire pour que ça le soit aussi, affirmer que ça le sera tient de la pensée magique. Voire du mensonge.

D’ailleurs j’ai remarqué que souvent quand on dit « sois courageux » ou ce genre de chose à quelqu’un on le fait pour soi, pour soulager sa mauvaise conscience, pour manifester maladroitement sa présence, pour masquer qu’on ne sait pas quoi dire en fait et qu’on se sent démuni. Pas pour l’autre. Moment d’égoïsme.

(Alors que souvent au lieu de s’entendre asséner des assertions à côté de la plaque et des pseudo-conseils , les gens attendent qu’on les écoute … Mais bon c’est juste un conseil en passant…)

 

Par contre quand les gens partent je leur dis toujours « prenez soi de vous ».

Malades, proches même combat. Tout le monde leur dit d’être courageux, de prendre sur eux, d’être forts etc… Moi je leur dis de prendre soin d’eux. Je crois que ça ne leur interdit pas de craquer, d’en avoir marre, de se plaindre. Je crois surtout – j’espère – que ça ne les culpabilise pas.

Ca les fait rire d’ailleurs, je suis la seule à leur dire ça, c’est devenu presque une marque de fabrique.

 

Toute la difficulté réside dans le fait que les bons mots ne seront pas les mêmes selon chaque personne.

Il y en a qui entendent bien les paroles réconfortantes et encourageantes, d’autres qui les rejettent avec violence et colère. Il faut savoir prévoir la réaction de chacun pour ne pas commettre d’impair.

C’est pas évident. Des fois on se plante. Ça m’arrive à moi la première.

Discussion

18 Responses to “De la difficulté de trouver les bons mots”

  1. Que j’aime quand tu ecris des articles comme ca

    Posted by Mauvais Père | 23 mai 2012, 08:58
  2. C’est bien de faire attention pour limiter les fois où ça arrive, mais je pense que de toutes façons, quand on traverse des moments durs, il y aura toujours une parole maladroite ou perçue comme telle pour nous faire craquer.

    Posted by Anna | 23 mai 2012, 09:15
  3. très bon billet… le fait même que tu te questionnes sur le sujet me fait dire que tu dois les trouver, ces mots justes, alors que ça enfleure même pas l’esprit de tant d’autres.

    Posted by iboux | 23 mai 2012, 11:13
  4. D’autant plus important que tous les mots du soignant sont décortiqués. Analysés et reconstitués dans le contexte de la conversation dès qu’elle est terminée pour essayer de deviner ce qu’ils auraient pu cacher.
    Et tu as mille fois raison, souhaiter ou demander du courage déstabilise totalement (bien sûr qu’on en a du courage, qu’est-ce que tu crois ????).

    Posted by RoZ | 23 mai 2012, 21:49
    • Du courage on en n’a pas forcément, on n’a pas forcément envie d’en avoir et si on est dans un de ces deux cas, on n’a pas envie d’être renvoyé à ça non plus. Mais ça n’empêche pas non plus que même sans courage on fasse les choses qui doivent être faites. Pas forcément le choix.

      Posted by Shaya | 23 mai 2012, 21:55
      • Ce qui est une forme de courage (ne pas avoir le choix et se coltiner la réalité). Je crois qu’on pense toujours être courageux, même quand on est dans l’évitement.

        Posted by RoZ | 23 mai 2012, 22:05
        • On se pense toujours courageux quand on est confortablement installé sur son canapé, pas confronté aux problèmes. Quand on l’est (confronté aux problèmes), on se dit souvent qu’on ne l’est pas en fait (courageux) mais on le devient pas obligation.

          Posted by Shaya | 24 mai 2012, 19:08
  5. Ça m’a rappelé « les mots pour le dire »

    Posted by despasperdus | 24 mai 2012, 08:27
  6. Voilà, tout est dit. Tu veux pas venir habiter chez moi quelque temps?

    Posted by Babeth | 24 mai 2012, 11:14
  7. hello Shaya tu n es pas la seule à dire  » prend soin de toi  » et heureusement .:)))
    Des phrases maladroites et mèchantes j’en entends (toute la chienne de vie de mon fils) MALADE atteind d’un craniopharyngiome . une maladie qui rend ton petit enfant blondinet « moche et gros » alors moi aussi j’ai posé sur le papier « les phrases qui tuent » 🙁

    Posted by brun michelle | 28 mai 2012, 18:23

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