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Cogito

Confidence pour confidence

Je suis Charlie

Où est Charlie ?

 

Maintenant que quelques jours ont passé, que le cerveau de la plupart des gens s’est remis à fonctionner – mais, ne nous mentons pas, pas forcément mieux qu’avant – je me dis que je peux enfin en parler.

 

Dimanche, comme beaucoup de monde, j’étais au défilé (j’ai du mal à parler de « manifestation ») organisé dans ma ville. J’y tenais beaucoup pour plein de raisons que je ne vais pas vous expliquer.

Néanmoins, alors que je tenais beaucoup à y être – et pas pour pouvoir dire plus tard « j’y étais » – je me suis rappelée pourquoi je détestais tant défiler / manifester.

Pour commencer je n’avais ni stylo brandi, ni pancarte « je suis Charlie », ni bagde « nous sommes tous Charlie », ni exemplaire de Charlie Hebdo (que je reconnais sans mal – et sans honte – n’avoir jamais lu).

Et surtout je n’ai ni chanté la marseillaise pendant le défilé, ni scandé « Charlie ! Charlie ! Charlie ! » quand les autres le faisait. C’était presque physiquement impossible, tant cette sensation qu’on voulait que je me dilue dans la masse, que je perde toute individualité (gentil petit mouton) et surtout toute capacité de réflexion m’était insupportable.

J’ai défilé oui, en ayant constamment envie de fuir.

 

Il y a quelques années de cela, quand j’étais étudiante, on nous avait demandé de réaliser un exercice qui consistait à marcher en rond en groupe et à crier quand on nous le demandait (tiens tiens). J’avais été incapable de le faire. Incapable au point que je m’étais mise en retrait de l’exercice tellement je me sentais mal.

Je n’ai jamais vraiment réussi à analyser ce moment et pourquoi ça me terrifie tant de faire ce qu’on me demande dans le contexte d’un groupe.

Mais le fait est que cette situation provoque chez moi un rejet épidermique.

 

Hier soir, regardant un documentaire sur l’Allemagne sous Hitler, je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle jusqu’à un certain point (Point Godwin atteint 😀 ) avec ces allemands qui ont donné l’argent qu’on leur disait de donner, pensé ce qu’on leur disait de penser, bousculé qui ont leur disait de bousculer, pour ne pas endurer la pression sociale ou ne pas avoir l’air de sortir du rang. Majoritairement en groupe, pour qu’à l’endoctrinement s’ajoute la pensée de groupe.

 

Dimanche la plupart des gens ont eu l’impression d’un formidable moment d’unité. Même si je ne regrette pas d’y être allée, moi j’ai eu l’impression qu’on essayait de m’arracher le cerveau. Et manifestement je n’aime vraiment pas ça. Désolée.

Discussion

10 Responses to “Confidence pour confidence”

  1. Quand vas-tu sortir de ma tête toi? ;))))
    Bon, ma conclusion est un peu moins « franche » que la tienne. Moi aussi j’y étais. Moi j’ai aimé sentir cet élan de solidarité. Une forme de « prise de conscience », que je vois se diluer par contre actuellement, et dans laquelle toutes les oppositions pointent à mon grand regret…J’ai senti une forme d’unité humaine, parce qu’après tout, tout le monde était réuni pour une seule et même chose: dénoncer l’horreur, l’abjection, le terrorisme et l’extrêmisme…Ce qu’on en fait après est plus délicat, bien plus délicat.
    Mais comme toi, j’ai été incapable de crier, de chanter. J’ai applaudi, un peu. J’ai surtout tourné mes pensées vers les victimes, leurs familles, et toutes les victimes collatérales, malheureusement…
    Des tonnes de bises!

    Posted by Floh | 15 janvier 2015, 09:02
  2. A ce sujet (et Dieu sait comme je partage ton point de vue sur l’agoraphobie, les manifestations et la scansion de slogans), je te conseille la lecture d’un bouquin très intéressant sur le sujet: Psychologie des Foules, de Gustave Le Bon.
    Il a 120 ans, ce qui a des avantages (on le trouve gratos au format numérique) et des inconvénients (il ne traite pas des grandes horreurs populaires du XX°), mais j’avais trouvé qu’il posait de façon très pertinente la question de la démission de l’intelligence dans les foules…

    Regards,
    Skro

    Posted by skro9899 | 15 janvier 2015, 09:10
  3. Félicitation pour votre point Godwin ! Pensez à le conserver précieusement car, je vous le rappelle, au bout de dix bons points Godwin, vous avez droit à une image Godwin !

    Sinon, ne pas pouvoir marcher avec le troupeau me semble plutôt à porter à votre crédit…

    Posted by didiergoux | 15 janvier 2015, 10:09
  4. Les foules ne pensent pas et c’est cela qui fait leur interet pour les politiciens ….
    Les foules marchent à l’émotion ……….
    Une foule est une sorte de matrice en laquelle l’individu se dissoud …..
    Dans une foule l’individu est un organe du corps collectif . Il ne pense plus , il réagit aux impulsions …………..
    Moi aussi je hais les foules ……………………
    Je suis parfois allée dans des foules pour m’y entrainée à penser malgrés tout , et cela est difficile ……
    On est pris par la foule . On est en fusion avec l’inconscient collectif et c’est cela que les gens aiment , cet état fusionnel , cette infantilisation , cette régression foeutale …………….
    (désolée pour les fautes mais je suis dysorthographique)

    Posted by Stéphanie ............................................... | 15 janvier 2015, 17:42
  5. J’adore les manifs, c’est un sentiment de liberté. Et pour les mêmes raisons que toi, je préfère papoter tranquillement plutôt que chanter…
    Quant à cet effet de foule qui peut dépersonnaliser, on le retrouve dans les tribunes de match ou dans un concert…
    C’est à chacun à essayer de garder la tête froide en toutes circonstances.

    Posted by des pas perdus | 15 janvier 2015, 19:12

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