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Cogito

Chasser les illusions d’antan

En ce moment … non depuis plusieurs mois, je ne reconnais plus mon corps.

 

Oh quand je me vois dans la glace tous les matins pas de problème, je reconnais mon visage (je me trouve même plutôt bonnasse tous les jours en ce moment ça en devient inquiétant … ).

Le problème n’est pas extérieur, il est intérieur.

Je ne reconnais plus les réactions de mon corps, les signaux qu’il m’envoie, les choses qu’il fait. Dans ce dialogue intérieur permanent, trop souvent je ne le comprends plus.

Et je le supporte de moins en moins.

 

Je sais bien d’où ça vient, que les responsables se trouvent dans ces deux médicaments que je prends tous les matins depuis 9 mois pour endormir la moitié défaillante des mécanismes physiologiques de mon corps et mimer « ce qui devrait être ».

Ce qui devrait être mais qui n’est pas, la chimie faisant de son mieux mais mon corps est rétif, moi je suis en vrac. Chambardement intérieur.

Et le dialogue patiemment instauré entre nous depuis toujours est à reconstruire depuis le début. Je ne sais plus à quoi me fier dans mon propre corps et quelle sera la (mauvaise) surprise du lendemain.

 

Tous les matins face à ces deux cachets je me demande si je vais continuer. Si j’ai raison de le faire.

Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Parce que si j’étais honnête avec moi-même je reconnaîtrais que j’essaye de sauver un peut-être bien illusoire qui s’avérera sans doute au final être un jamais. Est-ce que cette chance infime (et dangereuse pour moi en prime si un jour je décide d’emprunter ce chemin) mérite que du jour au lendemain mon corps me fasse sans prévenir une hémorragie qui m’a laissée un mois 1/2 sur le carreau, des fausses alertes, des frayeurs, des informations qui me paraissent contradictoires etc …

Est-ce qu’il ne serait pas temps que j’arrête tout et que j’écrive en lettres de feu sur mon corps ce qu’il en est vraiment ?

 

J’aimerais que tout redevienne comme « avant ».

Sauf qu’avant c’était quand ? C’était quand j’avais 16 ans, 18 ou 22 et que tout roulait ?

Mais dans les mois avant le diagnostic, avant le traitement, tout n’allait pas bien. Il y avait déjà ces blancs, ces sursauts, ces réactions disproportionnées, ces calages de mon corps. Ces pointillés dans le dialogue. Et mes inquiétudes.

Revenir à « avant » ça serait revenir à ça. Il n’y a plus d’avant où tout va bien.

 

Je sais bien que je suis trop exigeante envers mon organisme, que je lui demande trop, qu’on ne peut pas refaire ex-nihilo en 9 mois ce qui a demandé plus d’un quart de siècle à être fait avant. Qu’il me faut être patiente pour réapprendre à savoir interpréter les signaux avant-coureurs, les alertes subtiles, les messages annonciateurs.

J’aimerais que les choses soient simples.

 

Je me congratulais l’autre jour sur Twitter d’avoir « fait le deuil » de cette annonce médicale brutale il y a un an.

C’est vrai je ne pleure plus tous les soirs comme ça a été le cas pendant des mois, j’arrive à en parler et même à en parler sans pleurer. J’ai même réussi à en parler à ma grande soeur … mais j’ai tellement dédramatisé la chose que je ne suis pas certaine qu’elle ait vraiment compris les implications.

En vérité, j’ai fait le deuil de la simplicité. J’ai accepté que tout serait compliqué, médicalisé et risqué.

 

Mais l’espoir insensé est toujours là, tapi au fond, et ça fait un an que j’hésite à lui tirer vraiment une balle dans la tête.

Discussion

6 Responses to “Chasser les illusions d’antan”

  1. Oh, Shaya. *hugs*
    Je n’ai pas de parole sage, pas de conseil à donner, mais je pense très fort à toi.

    Posted by Anna Musarde | 4 juin 2014, 09:30
  2. Ma belle… Que dire ? Tous ces mécanismes, raisonnés ou passionnés, échappent à tout contrôle. Hugs hugs hugs… même si ce n’est pas grand chose, j’en suis consciente…

    Posted by Lizly | 4 juin 2014, 11:33

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