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Shaya

Shaya has written 607 posts for En Shayalandie

Elle pleure sa perte

Chat endormi sur le canapé
En cas de déprime ils nous restent les chats

Ils sont 6 ce soir là quand je rentre dans la salle pour cette dernière heure de travail de la journée.
Je dis bonjour à tout le monde, au groupe, et je démarre cette séance. J’en profite une fois qu’ils sont lancés pour m’enquérir de chacun, individuellement, discrètement, à voix douce. Comment s’est passée la dernière chimio ?, qu’est-ce que le dernier rdv avec l’oncologue a donné ?, comment vont-ils d’une manière générale. Je le fais toujours ainsi.

A posteriori je me dis que je l’ai vu, inconsciemment, qu’il y avait une tension dans le visage, dans l’attitude de cette dame quand je lui ai dis « ça va? ». Je ne l’ai pas conscientisé mais je n’ai pas été surprise en voyant son masque se fissurer et qu’elle éclatait en sanglots.

Dans ces cas là les autres patients ont deux types de réactions : il y a ceux qui font comme s’ils n’avaient rien vu et qui me laissent gérer et il y a ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de venir témoigner de leur soutien à celui/celle qui pleure.
Je comprends la 2e réaction – il est probable que je fasse la même chose plus qu’à mon tour – mais elle m’agace profondément.

Elle m’agace profondément pour une très mauvaise raison et trois bonnes. Ma très mauvaise raison c’est que quand ils le font mon ego se sent remis en question dans ma capacité à gérer ces pleurs et à les gérer correctement. A cet instant, dans ce groupe, c’est MOI la responsable, MOI la professionnelle, JE gère. Une très mauvaise raison ai-je dit mais malgré mes efforts je doute de jamais réussir à l’annihiler complètement. Surtout que j’ai trois bonnes raisons pour être agacée.
La première c’est que souvent venir manifester son soutien sur le moment ne rend pas service à la personne qui est en train de pleurer. Ce sont des pleurs qu’elle aurait voulu ne jamais laisser échapper. Pas ici, pas comme ça, pas à ce moment là. Alors c’est plus facile en général pour elle, pour son estime, pour son orgueil, si les autres font comme si de rien n’était pendant que j’éponge les pleurs. Quitte à venir après, une fois la crise passée, presser une main sur une épaule ou faire un câlin qui dit « j’ai vu, je suis là, ça va aller ».
La deuxième bonne raison c’est que le risque est grand qu’en voulant – en toute bonne foi – consoler celui qui pleure, l’autre ramène tout à soi. Ils vivent la même maladie, pas forcément de la même façon mais des moments difficiles ils en affrontent tous et chacun à sa manière. Sauf que la tentation est grande de dire « moi aussi j’ai déprimé et j’ai fait ci et ça et finalement regarde ça va bien ». J’ai un statut différent, je ne suis pas malade, je ne suis pas émotionnellement concernée, je ne me projette pas. Et je fais très attention de leur laisser dans ces moments là tout l’espace pour pleurer, pour exprimer ce qui doit sortir, je fais tout pour légitimer et reconnaître leur souffrance du moment et leur droit à pleurer.
La troisième bonne raison c’est que souvent celui qui le console le fait avant tout pour lui plus que pour celui qu’il console. « Regardez comme je suis une belle personne qui vient en aide à ceux qui souffrent ».

Enfin là tout ce qui me préoccupe, c’est elle et sa peine. Je l’isole légèrement du groupe, je lui donne l’espace pour pleurer sans que tout le monde la voit, face à cette fenêtre grande ouverte qui lui permet d’avoir de l’air frais. Je ne lui demande pas de m’expliquer, je n’ai pas besoin d’explications et en vérité je sais qu’elle m’en donnera probablement quand il sera temps pour elle de le faire, aujourd’hui ou la prochaine fois que nous nous verrons.

Entre deux sanglots elle finit par me dire qu’elle a pleuré toute la journée, que la vie est tellement difficile. Je me crispe intérieurement, peut-être a-t-elle eu une consultation médicale porteuse de mauvaises nouvelles elle dont la situation médicale est si précaire ?
Les pleurs finissent par se tarir, je finis par réussir à la faire rire. Elle m’explique qu’elle a appris que le mariage de sa fille qui devait avoir lieu dans quelques semaines a été annulé, soudainement, et qu’elle ne cesse de pleurer depuis qu’elle l’a appris.
J’ai un moment de surprise intérieure : cette femme qui encaisse des traitements incroyablement durs depuis des mois, qui ne peut plus rester assise longtemps tant elle est douloureuse, qui prend des antidouleurs a haute dose … cette femme s’effondre parce que sa fille se sépare quelques semaines avant son mariage ?

Et puis je comprends … elle s’inquiète pour sa fille évidemment. Mais quand on est confronté à la perspective réelle de peut-être mourir dans peu de temps, ce qui donne envie d’endurer tous ces traitements, ce qui donne envie de se battre, ce sont ces échéances dans le temps qu’on se fixe pour tenir. C’est le baptême du petit fils, la rentrée scolaire de la petite fille, le mariage de sa fille, le bac de son fils.
Ce qu’elle pleure c’est la perte brutale et inattendue de ce repère dans le temps où elle se projetait, de ce pilier qui l’aidait à tenir au quotidien, de cet événement auquel elle tenait tant à assister et pour lequel elle se battait. Et je la comprends.

On sous-estime trop souvent l’importance de ces éléments donnés par l’entourage qui rythment le futur de ceux qui sont gravement malades. Et les dégâts qu’ils peuvent faire quand ils s’évanouissent.

Elle est repartie avec le sourire, je lui avais promis pendant qu’elle pleurait. Ce soir là je me suis dit que c’était vraiment ça de faire mon job et de le faire bien.

Raccrocher les fils de l’histoire

bouquets de fleurs fleurissant une tombe
Tout ce qui se cache sous ces pierres tombales

En moins d’un an j’aurais été fleurir beaucoup de tombes décidément …

C’est rigolo ce que la fréquentation des cimetières peut nous apporter comme informations sur notre histoire, sur celle de notre famille tout du moins, ce qu’elle peut déclencher comme réflexions et comme connexions entre brides d’informations que l’on possédait déjà mais que l’on avait pas relié jusque là.

Le week-end dernier je suis allée avec ma mère fleurir la tombe de ma grand-mère. Qui est aussi celle de ses parents (ceux de ma grand-mère). Située dans ce coin perdu de la Nièvre, dans un village vraiment à l’écart, vraiment isolé, et dans lequel notre histoire – ce que j’en connaissais en tout cas – ne s’inscrivait pas du tout.

Ça a été l’occasion de mémoriser l’endroit où se trouve cette tombe pour y revenir seule quand il le faudra. L’occasion de demander aussi le pourquoi de ce lieu, de ce village oublié et difficile d’accès, et donc l’occasion d’ajouter quelques lignes de ma connaissance de cette histoire qui s’est écrite bien avant ma naissance.
L’occasion, enfin, de constater que sur la pierre tombale, ma grand-mère a été enterrée sous son nom de jeune fille. Ultime effacement, ultime négation de son mari, mon grand-père, dans sa vie quand bien même elle a porté son nom de famille jusqu’à sa mort.

Mais du coup ce grand-père que je n’ai jamais connu, qui fait parti de ses morts dont on ne parle jamais, où est-il enterré au fait ? Je n’avais jamais posé la question. Je ne me l’étais jamais posée avant en fait.
A 15 kms de là … avec ses parents. Alors qu’ils étaient originaires d’une toute autre région située à 300kms de là. J’ai passé nombre de vacances dans ce village, je ne suis jamais allée sur leur tombe je crois. Ce sont les morts dont on ne parle pas.

Et puis, dans ce cimetière, sous le chaud soleil de ce week-end, m’est soudain revenu ce souvenir vieux et enfoui. Celui d’une fois où mon père est venu me chercher avec mon grand-père et que nous avons fait un détour par un village situé à une petite dizaine de kilomètres pour que mon grand-père paternel aille se recueillir … sur la tombe de son père qui n’avait pourtant rien à voir avec la Nièvre. C’est là où j’ai réalisé que 5 de mes arrières grands parents étaient enterrés dans un rayon de 20 kms, que ça n’avait absolument aucune cohérence ni aucune logique dans ce que je sais de mon histoire familiale, que je n’ai aucune idée de là où sont enterrés les 3 autres et qu’il allait falloir que je pose des questions pour combler les trous béants de cette histoire familiale tant que j’avais encore des gens qui pourraient donner des réponses.

Je savais qu’il y avait nombre de cadavres dans le placard familial, je n’imaginais juste pas à quel point.

Cigares et mojito : la fin du voyage

Voilà c’est la fin de l’album photo de Cuba.
J’aime bien écrire ces billets post-voyage. Ça prolonge un peu celui-ci je trouve de se replonger rapidement dans ses photos et ça permet de le vivre après, comme la préparation et l’anticipation permet de le prolonger en le faisant exister avant. Je suis contente aussi de partager mes photos avec vous.

J’ai l’impression d’être loin d’avoir tout écrit concernant Cuba, peut-être que j’y reviendrai dans quelques mois, j’ai l’impression d’avoir oublié de parler de tellement de choses mais évidemment c’est impossible.
Par contre, les jours passant, je me dis que ce voyage me marquera probablement beaucoup plus que ce que j’avais imaginé en le vivant.

Je vais refermer le chapitre par un billet un peu fourre-tout mêlant réflexions et conseils.

La question majoritaire qu’on m’a posé à mon retour ça a été : « c’était bien ? » … et j’ai été très embêtée pour répondre à cette question. Oui c’était bien dans le sens où je me suis vraiment régalée pendant ce voyage mais Cuba demande une réponse beaucoup plus nuancée et complexe que « oui c’était génial ». Réponse que j’ai donc été incapable de donner, il a fallu que j’explique le contexte de l’île, que je nuance au delà de mon propre séjour qui a été sans nuages. Je crois que je l’ai fait aussi pour casser le côté « voyage de rêve » que Cuba semblait faire naître dans certains esprits. J’ai été surprise avant mon départ par le nombre de fantasmes que mon futur voyage semblait faire naître, il y a un imaginaire fort autour de Cuba et de tous mes voyages c’est la première fois que j’y ai été autant confronté, un imaginaire positif. J’ai aussi été surprise par le nombre de personnes qui dans le vol de retour vers la France (rempli de français donc) exprimaient leur déception face à leur voyage. Je pense qu’il y a un lien fort entre les deux.

Transport en commun cubain
A Cuba on marche ou on monte à cheval ou dans une carriole
Ou alors en bici-taxi
Et on attend (que quelqu’un veuille bien vous prendre en stop)

Je n’ai pas été déçue par Cuba, je m’étais renseignée avant et j’avais déjà cassé cette image d’Épinal d’une île des Caraïbes, couverte de palmiers et de sable blanc, où le rhum coule à flots ainsi que la musique et où tout le monde chante et danse en se baladant dans des vieilles voitures américaines. La réalité est moins … rose et le réveil doit être brutal pour certains oui face à la pauvreté et au délabrement de l’île, aux gens qui se déplacent encore en carriole ou qui attendent des heures au bord des routes que quelqu’un veuille bien les prendre en stop. Alors oui sauf à vouloir s’enfermer dans un hôtel au bord d’une plage sans rien (vouloir) voir de l’île il vaut peut-être mieux éviter Cuba si on ne supporte pas cette vision de la pauvreté. C’est rude, vraiment rude, il faut se préparer à l’idée qu’aller à Cuba c’est aller dans un pays sous-développé (ce sont les cubains qui le disent) et ça oblige à se mettre au clair vis à vis d’un certain nombre de choses, notamment sa culpabilité d’avoir tant quand il manque eux de tout. Moi je trouve toujours que ça remet les idées en place. Bref Cuba c’est comme l’Inde, pas une destination dans laquelle on s’engage à la légère.

(A côté de ça, Cuba c’est de la joie et de la bonne humeur, du lâcher-prise à la mode cubaine, des cocktails oui, de la musique, des beaux paysages, de belles rencontres et une démonstration de solidarité et de la débrouillardise)

La « Tumba Francesa » sorte de Menuet apporté à Cuba par les colons français fuyant Haïti après la révolte des esclaves

L’autre question récurrente concernant mon voyage concerne … la nourriture. So french !
Personnellement ça a plutôt été une bonne surprise ! Probablement parce que je m’étais préparée au pire. On m’avait dit « on ne va pas à Cuba pour la nourriture » et donc je m’étais préparée à un régime alimentaire peu réjouissant digne de celui connu en Islande.
Finalement j’ai été plutôt ravie de constater que la nourriture était simple mais bonne et bien préparée. Je n’ai jamais mal mangé. Après c’est vite répétitif : riz à tous les repas, haricots rouges régulièrement, choux/concombres/tomates en crudité, porc ou poulet ou poissons/crevettes et en dessert flan au caramel (et parfois ananas ou mangue !). Effectivement au bout de 15j on commence à se lasser mais je trouve VRAIMENT malvenu de s’en plaindre alors que les portions sont plus que généreuses quand eux ils manquent réellement de tout.

Cuba c’est aussi des moments WTF où je me suis bien marrée avec une douchette à côté des toilettes dont je me suis bien demandée l’utilité (à la japonaise ?) (ah non en fait c’est pour se laver les pieds … en plein milieu de la salle de bain alors qu’il y a une douche et pas d’évacuation dans le sol ?) ou cette passion pour les Christ assis, complètement dépressifs et déprimants (mais qui me font rire à chaque fois que je regarde les photos).

Alo oui cer déprime christique
C’est pas la pêche encore
Toujours pas …

En résumé avant de partir à Cuba il ne faut pas oublier que c’est :
– Cher
– Pas pour tout le monde (assurément pas si vous ne supportez pas la pauvreté)

– Une dictature communiste
– Une île des Caraïbes de 1200 kms de long environ donc si vous voulez des glaciers et une foule de paysages variés … il faut peut-être réfléchir à une autre destination.
– Une foule de questions et peu de réponses

Cigares et mojito : Santiago de Cuba, Camagüey, Cayo Guillermo

On ne peut pas dire qu’il s’agisse de mes déceptions de ce voyage car en vérité à Cuba rien ne m’a déçu.
On va dire qu’il s’agit de ce que j’ai moins aimé en comparaison de tout ce dont j’ai parlé avant. Et pas forcément pour des raisons architecturales ou autre mais aussi parce qu’on ne peut pas dissocier une ville de son territoire, de ce qui s’y passe et de ce que ses habitants y vivent. Et à Cuba l’aspect social n’est jamais loin …

Santiago de Cuba
Je voulais absolument aller à Santiago de Cuba à cause de son histoire. Dès le départ c’était une étape non négociable de mon voyage à Cuba.
Et si Santiago de Cuba a été un démarrage un peu brutal et m’a pas mal déstabilisée, ce crescendo vers la Havane m’a permis je crois de pleinement admirer les beautés de la Havane et d’en tomber complètement amoureuse.

Santiago de Cuba est une des plus anciennes villes de la Havane et la 2e en importance actuellement. Mais le très mauvais état des routes et infrastructures de l’île l’isole considérablement et la laisse encore actuellement à l’écart des grands circuits touristiques. De ce fait, la pauvreté est vraiment prégnante à Santiago de Cuba et c’est l’endroit où je me suis sentie le plus sollicitée, voire même harcelée, par les jineteros mais aussi pour donner tout simplement (des savons, des vêtements etc). A Santiago de Cuba c’est quasi non stop mais aussi cette impression que tout se paye (la visite + les photos pendant la visite etc…).
Au delà de ça, j’ai trouvé cette ville dure (là où Trinidad était douce) mais avec le recul je ne suis pas étonnée.
La pauvreté donc y est omniprésente, les immeubles pourrissent sur place sans ce charme de la Havane et suintent la misère, mais l’histoire de la ville aussi contribue à cette dureté : Santiago est la ville des révolutions. Celle de Castro évidemment mais aussi celle d’avant, contre les Espagnols. C’est aussi là que sont enterrés les « pères de la Patrie ». Et Castro. Les slogans de la propagande castriste y sont visibles partout (contrairement à la Havane), l’architecture très communiste.
Tout ça contribue à la dureté de cette ville. Surtout en premier contact avec Cuba.

Le monument d’Antonio Maceo (un autre des « pères de la patrie ») qui trone sur la place de la révolution. Vous voyez le petit côté soviétique ?
Ca aussi ça a un petit côté soviet
Et puis des fois qu’on oublie où on est, la piqûre de rappel n’est pas discrète
Dites bonjour à tonton Fidel
Mais Santiago c’est aussi un centre historique
Mais aussi la maison de Diego Velazquez (très étonnante par son architecture andalouse et très différente des maisons coloniales ultérieures)
Une cathédrale bleue très photogénique 😉
Et d’anciennes maisons coloniales (limites châteaux) transformées en écoles ou en musées (mais avec un avion dans le jardin) (regardez bien la photo)


Camagüey
C’est compliqué d’expliquer l’effet que la ville de Camagüey m’a fait. Je crois que le meilleur terme c’est « l’indifférence ».
L’indifférence face à son architecture, l’indifférence face à ses 9 églises, l’indifférence face aux tijarones, les grandes jarres enterrées servant à recueillir l’eau de pluie, l’indifférence face à Ignacio Agramonte (le héros local).
Le seul souvenir que je vais garder de Camagüey je crois sera cette lumière du soir dans laquelle je l’ai photographié en arrivant.

C’est sous cette lumière que j’ai préféré Camagüey
Entre chiens et loups
Les fameuses tijarones (pas trop enterrée celle là)
Par contre j’ai adoré l’expression artistique de Camagüey (Cuba est riche artistiquement j’ai trouvé)


Cayo Guillermo
Ah Cayo Guillermo … ma pause plage de rêve, sable blanc, mer translucide et cocotiers. J’avais trouvé dommage d’aller à Cuba uniquement pour visiter sans prendre le temps de profiter du Cuba des plages. Aussi au milieu avais-je calé 3j à Cayo Guillermo pour souffler. Cuba c’est une grande île entourée par plein de petits ilôts perdus dans la mangrove ou à quelques encablures de la côte.
Quelques uns d’entre eux ont été transformés en lieux de villégiatures pour touristes occidentaux. J’avais choisi Cayo Guillermo car c’est une petite île et au bout de celle-ci se trouve la magnifique Playa Pilar (du nom du bateau d’Hemingway qui venait y pêcher au gros).

Playa Pilar s’est avérée aussi merveilleuse et magnifique que je l’avais imaginé. Cayo Guillermo en général s’est révélé le lieu de plages de rêve que j’avais imaginé.
Pour le reste … pour le reste le seul moyen de se loger dans ces cayos c’est l’hôtel de luxe (en théorie) géré par des groupes étrangers (généralement espagnols) en all-inclusive. Avec tout ce que ça peut comporter. Première fois de ma vie que je logeais dans ce type d’établissement. Dernière fois aussi probablement. Au minimum ça a été une expérience sociologique intéressante. Cuba est très prisée des canadiens notamment, ils y viennent 3 semaines en all-inclusive sans mettre un pied dehors et donc sans rien voir du pays. Ma définition de l’angoisse je crois.
J’ai ainsi pu observer le gang des serviettes qui à 8h réserve son transat au bord de la piscine, le broc énorme qu’on demande à faire remplir de bière au bar tout au long de la journée, les gens en plein soleil de 10h à 17h et donc rouge écarlate mais qui y retourne tout pareil le lendemain (alors qu’à 17h30 la plage est … déserte!). L’an-goi-sse.

Mais en vérité mon plus gros problème à Cayo Guillermo ça a été la qualité déplorable des installations hôtelières. D’une manière générale il ne faut pas avoir d’attentes trop démentielles concernant les hôtels cubains. Surtout quand ils sont gérés par des groupes internationaux paradoxalement. Malgré les étoiles nombreuses affichées (et les prix en conséquence), ils ne sont clairement pas au niveau d’une clientèle internationale (mais c’est propre, aucune mauvaise surprise de ce côté là). Là dessus aussi j’ai beaucoup pensé à l’Inde, je me rappelle cet hôtel Park Hyatt, où les draps – certes propres – avaient des traces de tâches anciennes. Le fou rire que j’avais eu en me disant que nul part ailleurs qu’en Inde ça ne pouvait se voir dans des hôtels d’un standing pareil. L’entretien des installations n’est absolument pas une priorité à Cuba (compliqué probablement par l’embargo subi par l’île mais ça ne fait pas tout). Paradoxalement les « petits » hôtels 100% cubains affichant « seulement » 3 étoiles se sont avérés de bien meilleures surprises que les hôtels internationaux. Mais Cayo Guillermo a été le summum (et le seul endroit où j’ai râlé parce que je ne suis pas d’une exigence folle surtout dans un pays pauvre) avec pas d’eau froide (donc pas de douche possible) et pas de WC … et une équipe franchement méprisante (pas habitué aux touristes râleurs manifestement … pas souvent des français faut croire). Au final ils nous ont changé de chambre, offerts 2 bouteilles de rhum et une dîner langouste pour se faire pardonner mais ça a clairement gâché la parenthèse (et ils ont redonné aussi sec notre chambre à de nouveaux arrivants). Ça aurait pu être 3j parfaits, ça a été 3j moyens…

Ah … playa Pilar !
La vue depuis la 1ère chambre (celle sans eau froide et chasse d’eau)
La piscine au coucher du soleil, vidée du gang des serviettes

Cigares et mojito : Baracoa, Trinidad, Cienfuegos et Viñales

Finalement c’est assez rigolo de raconter en vrac son voyage, ça permet de le déconstruire pour le revisiter autrement et de tirer d’autres liens.
Aujourd’hui, après vous avoir parlé de mon amour fou pour La Havane, je vais vous parler un peu de mes autres coups de cœur de Cuba.

Trinidad
Je le mets en premier alors que je n’y suis arrivée que dans la 2e semaine de mon voyage mais cette ville est un poil au dessus des autres endroits dont je vais parler aujourd’hui. Juste après la Havane en quelque sorte dans mon classement personnel.
J’attendais beaucoup de Trinidad, peut-être parce que la 1ère semaine de mon voyage avait été assez déstabilisante et m’avait un peu laissée sur ma faim en terme d’émerveillement, peut-être parce qu’on m’en avait promis beaucoup, peut-être parce que le nom de Trinidad véhicule toujours autant de fantasme, de mystère, d’exotisme.
J’avais peur d’être déçue par Trinidad à trop en attendre … et il n’en a rien été. J’avais peur que Trinidad soit trop touristique, en général ça me rebute ces villes peuplées de magasins pour touristes et de groupes de moutons se pressant dans les rues, je l’ai trouvé juste touristique ce qu’il fallait pour me sentir moins oppressée par la pauvreté que dans la 1ère partie de mon séjour à Cuba.

Il y a une délicieuse nonchalance dans cette ville, un parfum de temps suspendu et que l’on prend, de Cendrillon coloniale qui viendrait de se réveiller de son long sommeil (le Musée Romantique – ne me demandez pas le pourquoi de ce nom qui n’a aucun rapport – qui est une ancienne fastueuse maison coloniale superbement restaurée mérite vraiment la visite), une absence de stress. Il fait beau, il fait chaud, la vie est plus douce qu’ailleurs grâce aux touristes et la ville est belle. Pas proprette, pas léchée, simplement belle.
J’ai adoré Trinidad.

Ma seule frustration à Trinidad aura été cette occultation complète de son rôle dans l’esclavagisme à Cuba, liée à se proximité géographique avec la vallée de Los Ingenicos, vallée d’exploitation de la canne à sucre. Les grandes familles qui ont construit les grandes maisons coloniales de Trinidad étaient riches grâce à ça. Mais comme je l’ai déjà écrit c’est général à Cuba de ne pas interroger (ou de manière très partielle et orientée) son histoire …

La plaza Mayor et ses maisons coloniales
La tour emblématique de Trinidad
Ah ces palmiers sur les photos, on ne s’en lasse pas
Trinidad est pleine de jolies maisons
Tellement cubain ^^
Trinidad c’est aussi des put*** de galets utilisés en pavés qui te niquent les pieds (rimes riches)
Des rues moins riches mais tout aussi colorées
Des vieilles voitures colorées dans des rues aux maisons colorées
Ah oui, les cubaines pour se protéger du soleil utilisent … les parapluies !
Coucher de soleil sur Trinidad
La vallée de los ingenicos (haut lieu d’exploitation de la canne à sucre) (et orage au loin)
La tour de 45m d’où a été prise la photo précédente, tour servant à surveiller les esclaves qui travaillaient dans les champs


Baracoa
Virage à 180° par rapport à Trinidad. Baracoa est la 2e ville où j’ai posé mes bagages à Cuba. Une ville du fin fond de l’est de l’île (je vous laisse retourner sur la carte de mon voyage que je vous avais mis dans mon 1er billet), au bout d’une route de montagne qui parait un peu interminable. Une ville verdoyante, que les cubains qualifie de « pot de chambre de l’île » tant il y pleut plus qu’ailleurs. Baracoa est à la fois une des premières villes fondées sur Cuba par Christophe Colomb et une ville restée coupée du reste du monde jusqu’en 1960 où une route a enfin été ouverte dans ce massif montagneux qui la surplombe (vous imaginez ? Avant on pouvait seulement y aller en bateau !).
A ce titre Baracoa est … j’allais dire « moins vivante qu’ailleurs » mais ce n’est pas le bon terme. Ville en retrait, en retard sur son temps, très peu touristique, pauvre et soumise plus que le reste de l’île aux cyclones, Baracoa a souffert d’Irma en 2018 et de Matthew en 2016. J’ai aimé cet absence de tourisme qui la laisse encore authentique, ce petit côté western de son centre historique, j’ai aussi beaucoup aimé cette nature verdoyante qui l’entoure, ces forêts de palmiers (décapités par Irma …), ces plantations de bananes, de cacao, de café, ce massif montagneux qui l’enserre. Baracoa c’est l’étape nature. Dans l’avion à l’aller, j’étais à côté d’une cubaine vivant en France qui revenait dans sa famille pour un mois et m’avait dit « il faut aller à Baracoa ».
Je suis d’accord avec elle : ce n’est pas évident, mais il faut aller à Baracoa.

(nb : pour la petite histoire quand on va à Baracoa – je le rappelle la zone la plus humide de l’île – on passe, juste avant d’attaquer la route de montagne, par l’endroit le plus sec de Cuba. Une zone de quelques kilomètres, assez improbable, de quasi désert, extrêmement sèche. Ça m’a fait bien marrer cette proximité entre le plus sec et le plus humide)

Ya que moi qui trouve que ça a un côté far west ?
Perspective
Scène de vie cubaine
Oh ! Des palmiers !
<3
Oh des bananes !
Ceci est potentiellement du chocolat (mais ça se mange comme ça et c’est bon, par contre ça n’a pas le gout du chocolat)
Baracoa c’est le seul endroit où j’ai pu voir la Mariposa, fleur emblématique de Cuba
Une partie des montagnes qui ceinturent Baracoa
Ah oui par rapport à Trinidad ça fait moins rêver …
Et ça n’est pas fini
Les dégats d’Irma sont toujours bien visibles sur le front de mer
Transport en commun de cette ville qui n’a pas de bus 🙂


Cienfuegos
Un autre de mes coups de cœur, même si j’ai malheureusement passé peu de temps entre ses murs. J’ai bien aimé cette petite ville sur la route entre Trinidad et La Havane, sans vraiment être capable d’expliquer pourquoi. Peut-être parce qu’elle a été fondée par un français, originaire de Bordeaux, peut-être parce qu’un arc de triomphe « inspiré de celui de Paris » y trône (faut le savoir), peut-être parce que cette rue piétonne qui mène au Malecon que j’ai trouvé douce à parcourir.
Je crois que des fois il ne faut pas chercher à expliquer. J’ai aimé Cienfuegos et c’est tout ce qui compte à mes yeux.

Le parc José Marti
L’arc de triomphe à la française ^^’
A Cuba, la fête des 15 ans des filles sont hyper importantes : on loue grandes robes de princesse et photographe professionnel pour un shooting de princesse


Viñales
Autre zone de tourisme majeur de Cuba, la vallée de Viñales avec ses formations géologiques et sa culture de tabac mérite qu’on y fasse un tour. Pour ses paysages, pour cette typicité de la culture du tabac et ses coutumes, mais également pour sa végétation. J’ai trouvé que plus on allait vers l’ouest de l’île moins celle-ci se faisait franchement tropicale (ça reste une île des Caraïbes). Les fleurs apparaissent alors qu’on n’en voit pas du tout sur la partie est (à mon grand étonnement), l’air se fait un petit peu plus sec alors qu’il est très humide à Baracoa et Santiago.

Il y a de la douceur à Viñales, malgré la fréquentation touristique et j’ai beaucoup aimé cette vallée.

La belle vallée de Viñales et ses formations géologiques atypiques
La petite cabane à gauche ce sont les séchoirs à tabac
Les feuilles de tabac en train de sécher avant de se changer en cigares
Oh un bébé ananas en pleine croissance !
La vallée de Viñales ce sont aussi plein de grottes et des formations géologiques cachées

Cigares et mojito : La Havane

Bien … maintenant que je vous ai parlé de Cuba d’une manière générale, partons dans la ville qui m’a renversé aux premiers regards et pourtant dernière ville dans laquelle j’ai résidé à Cuba : la Havane.

Love at first sight !

Un boulevard en bord de mer sur lequel circule des vieilles voitures et où se promène des gens avec des hauts immeubles en arrière fond
La vue depuis le Malecon, le soir de mon arrivée à la Havane (love love love)

C’est d’ailleurs aussi un parfum de frustration qui me reste de la Havane. Celui d’un séjour trop court dans ses rues, d’un goût de trop peu d’elle. Je crois que j’aurais aimé passer une semaine en tout à explorer ses rues et à m’y perdre, le nez au vent. En tout cas j’aurais voulu 2j de plus entre ses murs.
D’ailleurs je me dis que je ne retournerai pas forcément à Cuba, mais que j’aimerais vraiment retourner à la Havane (dommage que ça soit trop loin pour s’y faire un long week-end comme à Séville qui m’avait laissé le même goût de trop peu quand j’étais allée en Andalousie). Je suis vraiment ravie d’avoir terminé mon voyage par la Havane – au lieu de le démarrer comme ça se fait souvent – c’était une espèce d’apothéose ! J’ai eu l’impression qu’avoir vu le reste de Cuba me permettait encore plus de profiter de tout ce que cette ville a à offrir.

La vue depuis le rooftop de mon hôtel
Même endroit, autre côté (et l’orage qui arrive)

J’allais écrire qu’il y avait « tout de Cuba » dans la Havane mais ce n’est pas vrai, il y a seulement « beaucoup de Cuba » dans la Havane.
Il y a toute la splendeur passée de Cuba, toute sa grandeur. Toute cette influence américaine qu’on perçoit. Toute sa splendeur et son opulence. Et sa décadence, sa décrépitude, sa pauvreté. Il y a toutes les contradictions de ce pays complexe, toute son ambiguïté. Et toute sa vie débordante aussi, sa bonne humeur, sa joie de vivre. Le tout s’alternant en quelques rues.

Bonjour Mesdames !
Bonjours Mesdames bis !

Peut-être que je n’aurais pas autant aimé la Havane si j’avais démarré sa découverte par Vieja Habana, le quartier historique, restauré, nettoyé, vidé de ses habitants, bien propret. Les bâtiments sont magnifiques, nombreux, ils ont une histoire … mais il leur manque je trouve ce petit supplément d’âme cubain qui a été nettoyé. Néanmoins le palais des capitaines généraux vaut le détour et le quartier encore en pleine restauration mérite la visite.

Patio d'un palais avec ses arches et des palmiers au milieu
La cour du palais des capitaines généraux. Ils étaient pas trop mal logés les gouverneurs n’est-ce pas ?
La vieille Havane
La vieille Havane
La vieille Havane
La place St François d’Assise de la vieille Havane
Les beaux immeubles restaurés de la vieille Havane
La place dont j’ai oublié le nom de la vieille Havane
La vieille Havane
Encore un immeuble réhabilité … transformé en hôtel après qu’on ait « relogé » ses habitants
La vieille Havane proprette
La vieille Havane
La vieille Havane des touristes
L’hôtel d’Hemingway
L’ancien palais présidentiel (aujourd’hui le musée de la Révolution!)
Ancien palais présidentiel qui garde quelques traces de la révolution ^^’

Heureusement pour moi, les premiers pas que j’ai fait dans la Havane je les ai fait à Centro Habana, le quartier le plus pauvre et décrépi de la Havane. Ses immeubles complètement en ruines, voire carrément effondré, ses façades décrépis et sales, ses rues défoncées. Et pourtant c’est tellement Cuba, tellement tout le reste de ce que j’ai vu de l’île, que ça m’a étrangement donné à penser que j’allais aimer follement cette ville.

Il y a *un peu*de travail de restauration à Centre Habana
*Juste* un peu
Et puis pas qu’un bâtiment à restaurer …
Et encore
Et encore (même si la biennale d’art contemporain met un peu de couleur pour cacher ça)
Et l’intérieur est à l’avenant
Ca n’en finit pas
Même les « gros » immeubles tombent en ruine
Décadence

Et les autres quartiers, moins dégradés mais bien cubains dans l’âme : Vedado, Miramar … ont achevé de me convaincre. Sans compter la vue depuis le Malecon ou celle de la baie depuis le fort El Morro (un fort construit pour protéger la Havane contre les attaques des pirates !

Le fort d’El Morro

Ce que j’ai préféré à la Havane ?

les cocktails (ah non ça c’est partout à Cuba :D)

– faire un tour en vieille voiture américaine. Ça coûte une blinde certes (50€/heure) mais si vous êtes à 4 ça devient raisonnable et une balade de 2h vous permet de faire un vrai tour complet de la ville et d’en voir une foule de choses. Et puis ça a un charme fou.

Il parait que tous les touristes veulent des voitures roses (no way)
En route Marcel ! (rouge, ceux qui me connaissent bien seront surpris)
Toi je t’ai grave kiffé !
Miiiii !

– la vue de la Havane depuis le fort El Morro situé en face

La baie de la Havane depuis le fort
Suite
Fin (à gauche au fond le port de la Havane, hyper abrité donc)

– le palais des capitaines généraux

– les quartiers Centro Habana, Vedado et Miramar qui ont chacun leur caractère bien particulier

Encore quelques photos de la Havane pour finir ?

Aperçu de l’ancien palais présidentiel depuis une ruelle
La place de la Revolucion ! (toutes les villes en ont une mais évidemment celle de la Havane est IMMENSE) (et sans un pet d’ombre)
L’énooorme mémorial à José Marti (un des pères de la patrie)
L’ambassade espagnole (en plein centre alors que les autres se sont installés au calme dans Miramar)
Le Capitole … cubain !
Le bosquet de la Havane, bout de forêt préservé dans la ville avec ses arbres couverts de mousse espagnole

Cigares et mojito : Cuba

Je n’avais pas prévu du tout de commencer comme ça à vous relater mon voyage, j’avais prévu de démarrer par la ville qui m’a complètement renversée lors de mon séjour cubain : la Havane.
J’ai même commencé à écrire mon billet sur la Havane … et en l’écrivant je me suis rendue compte que je ne pouvais pas démarrer comme ça, que pour être compréhensible avant de parler de la Havane, il fallait que je parle de Cuba, tout simplement.

Alors soit puisque le pays et le récit l’exige !

Prenez un petit mojito et installez vous, je vais être bavarde !

Mais d’abord, j’ai fait une carte de mon périple cubain pour reposer le contexte (départ de Santiago de Cuba, décroché par Baracoa puis direction l’est de l’île jusqu’à la Havane – il manque le retour de Viñales à la Havane, Google ne voulait plus rajouter d’étape ^^)

Je n’ai pas la prétention de dire que pendant mon séjour qui n’a duré que 15 jours je suis devenue une spécialiste de Cuba ni que je suis devenue la seule détentrice de la vérité concernant ce pays.
Je ne vais vous livrer là que ce que j’en ai perçu, ce que j’en ai compris avec tout le risque d’erreur qu’il peut y avoir là dedans.

J’ai adoré mon voyage à Cuba.
Ceux qui lisent mes pérégrinations depuis un moment vont dire que j’écris toujours la même chose à propos de mes voyages et que je me répète. J’y vois surtout le signe que je prépare très bien mes voyages en amont, je me renseigne, je lis sur le pays avant de décider de m’y rendre et j’y vais donc en sachant assez bien ce que je vais y trouver et donc sans attentes irréalistes … contrairement manifestement à un certain nombre de personnes avec qui j’ai parlé à l’aéroport ou dans l’avion du retour qui exprimaient le déception vis à vis de ce pays et ne recommanderaient pas d’y aller.

Je les comprends d’un côté … Cuba est un pays difficile. J’ai très souvent pensé à l’Inde, je crois ne jamais avoir autant pensé à l’Inde depuis que j’y suis allée en 2011. C’est dire …
Cuba est un pays déroutant, déstabilisant même. Un pays ambivalent où le sublime côtoie l’innommable, un pays qui montre et qui cache à la fois, où il faut constamment aller gratter sous les apparences pour un peu mieux saisir les choses, un pays au double visage qui prône le communisme tout en désirant très fort arborer tous les éléments d’une société de consommation dans une sorte de contradiction permanente …
Déstabilisant vous dis-je.

Avant toute chose, quand on va à Cuba il ne faut pas oublier – il ne faut JAMAIS oublier – qu’on est dans une dictature communiste. En temps que touriste on peut très facilement l’oublier, le ciel bleu, la chaleur, les cocotiers et les mojito, le manque d’habitude et l’inconscience des chanceux qui vivent depuis toujours dans des démocraties, et un statut privilégié par rapport aux cubains puisque c’est le tourisme qui fait vivre le pays actuellement. Sauf que… par moment la réalité revient vous frapper en pleine figure pour peu que vous ayez envie de voir les choses (il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir). C’est subtile comme votre passeport systématiquement scanné à chaque hôtel pour que le régime sache constamment où vous êtes, comme ces caméras de surveillance dernier cri installées partout alors que le pays manque de tout ; des fois c’est moins subtile comme l’immense restriction d’accès à internet et ces sites censurés auxquels vous n’arrivez pas à accéder ; parfois c’est carrément pas subtile comme cette propagande du régime qui s’affiche absolument partout (murs et panneaux d’affichage dans les rues libres de toute pub mais pas de celle du régime) sauf étrangement à la Havane, ou ces gardiens armés de matraque qui vous engueulent si vous ne marchez pas sur la bonne allée sans que soit pour autant indiqué quelle allée vous devez prendre au milieu des dizaines existantes, ou comme ces endroits où on vous interdit de prendre sacs et appareils photos sans que ça se justifie. D’ailleurs ce sont ces deux derniers éléments que j’ai trouvé le plus représentatif : à Cuba on est dans un
régime autoritaire qui peut édicter les lois arbitraires qu’il veut et en changer tous les jours si ça lui chante et il ne faut pas chercher à les comprendre. Il faut s’y plier, point.
Et il ne faut jamais oublier que suivant les questions que vous posez, vous risquez de mettre sévèrement vos interlocuteurs cubains en difficulté. La liberté d’expression n’existe pas, les cubains n’ont accès qu’aux 6 chaines cubaines, la presse écrite relaie le discours du régime (il faut la lire une fois d’ailleurs, elle est parfaitement traduite en français … et à mourir de rire) et ils ne se risquent pas à en dévier, trop dangereux pour eux. Ça non plus il ne faut pas l’oublier. Et ça empêche d’accéder vraiment à eux et à ce qu’ils pensent.

Garde à vous !

La deuxième chose qui m’a frappée à Cuba c’est l’immense pauvreté de ce pays. Je savais qu’ils ne roulaient pas sur l’or – évidemment – mais je n’imaginais pas réellement l’état de pauvreté et de misère de ce pays. Digne de l’Inde. Et pire encore, ce pays qui garde tant de vestiges de sa splendeur passée tombe littéralement en ruine. Une fois sorti du centre historique des villes généralement restauré, les immeubles et les maisons sont sales, moisis et dans un état absolument innommable quand ils se s’écroulent pas carrément.

Voilà voilà voilà … loue magnifique T2 ouvert sur la ville … grand ouvert.
Ou lors vous le préférez moisi ?

S’ajoute à cela que les cubains manquent de tout. Vraiment. Les magasins sont vides (les magasins subventionnés par l’Etat encore plus que les magasins »privés »), les étals de marché sont peu garnis, les pharmacies n’ont quasiment aucun médicament à proposer. J’ai vu des queues immenses devant des magasins dans lesquels les cubains ne rentraient qu’un par un pour ressortir triomphalement avec … 2 litres d’huile. Et ce qu’on trouve coûte un prix démentiel. Pour vous donner une idée, le salaire moyen à Cuba est de 25 CUC (1 CUC = 1€ environ c’est facile pour la conversion), 6 rouleaux de papier toilette valent 6 CUC (6€ ! 1€ par rouleau de PQ!), un frigo tout basique (pas le dernier Siemens immense que vous avez) coûte 800 CUC … Evidemment tout ceci ne va pas s’arranger avec la décision de Trump de durcir à nouveau l’embargo économique sur Cuba et la crise au Venezuela qui fournissait beaucoup de choses à Cuba … Les cubains sont extrêmement stoïques (et débrouillards … système D et marché noir partout) par rapport à tout ça (pas de bagarre devant les magasins, pas de disputes, j’ai essayé d’imaginer la même situation en France et … enfin voila) et se préparent à une nouvelle « période spéciale » (qu’en termes choisis ces choses-là sont dites) digne de celle de 1991. Les infrastructures en général sont dans un état déplorable, les routes parfois réduites à l’état de piste. En même temps la plupart du temps, les cubains se déplacent à vélo ou à cheval/en carriole parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir plus. Cela dit quand on a atterri (à Santiago de Cuba pour ma part) j’ai vite compris, jamais vu une piste d’aéroport dans un état si déplorable alors que c’est la 2e ville du pays. Pourtant bien que pauvre et en ruines, Cuba est un pays très très propre. J’ai été épatée par ça. Les cubains cachent aussi très bien leur dénuement, ce qui est une gageure quand on sait que la lessive, le savon et les vêtements sont des vrais produits de luxe à Cuba.

Vite cachons la misère en faisant semblant d’avoir plein de médicaments en mettant toutes les boites bien alignées devant, le vide se verra moins derrière
Faut pas avoir trop faim
Là non plus (par contre ya du rhum, cher)

La corollaire de tout ça c’est qu’à Cuba le touriste peut vite se sentir pris pour une pompe à fric à qui on tente de faire cracher le plus possible. J’ai entendu beaucoup de personnes râler contre ça au retour. On attend effectivement de vous que vous donniez constamment un pourboire, de manière parfois insistante : pour la dame pipi du restaurant ou du musée dont vous avez déjà payé l’entrée, pour la visite guidée que vous avez déjà payé, pour le bagagiste à qui vous n’avez trop rien demandé.
Ça peut paraître agaçant surtout que Cuba est une destination à la base franchement pas donnée pour les touristes, après si on se met 2mn à leur place, le fait est qu’on ferait très probablement la même chose. Comme je l’ai dit, le salaire moyen c’est 25 CUC, très insuffisant pour vivre. Récupérer 1 CUC de pourboire par ci par là ça devient rapidement une question de survie. Et il faut relativiser, si vous donnez environ 1,5 CUC par jour de pourboire, sur 15j ça ne représente que 22€ en plus sur le séjour, allez disons 25. Pas la ruine non plus (surtout si vous n’hésitez pas à mettre 20 CUC dans un tee-shirt du Che par ailleurs …) … Je ne dis pas que j’ai eu raison mais personnellement j’ai fait le choix de me plier de bonnes grâces aux pourboires pour ceux qui travaillent, de donner spontanément savons de l’hôtel et autres objets amenés (stylos, échantillons de parfum, chewing-gum) à des gens dans la rue ou les parcs qui ne demandaient rien, et de ne rien donner à ceux qui le demandaient dans la rue ou au pied de l’entrée de l’hôtel (des gens qui demandent de l’argent c’est exceptionnel). D’ailleurs pour ceux qui trouvent les demandes de pourboire insupportables proposer à la place un savon, un stylo ou autre réjouit en général l’interlocuteur.
Et même si c’est répétitif et parfois insistant ça se fait toujours avec le sourire et gentillesse, sans agressivité. Les cubains sont extrêmement gentils. De même qu’on est très souvent sollicité dans les endroits touristiques pour acheter des babioles mais qu’un « non » avec le sourire ne déclenche jamais la moindre colère. D’une manière générale, Cuba est un pays dans lequel je ne me suis jamais sentie en insécurité (en faisant preuve d’un peu de bon sens et en n’étalant pas ses billets de 50 CUC partout), j’ai été épatée par l’absence de jalousie ou d’envie que notre aisance pourrait susciter chez les cubains et il n’y a qu’un seul quartier de la Havane qui soit déconseillé aux touristes, et encore : la nuit.

En même temps, malgré le discours communiste omniprésent qui s’étale, les magasins et les marques s’affichent partout et Cuba montre tous les signes d’une société qui se voudrait de consommation. Une société à double vitesse aussi avec des gens franchement aisés (ou aidés par un membre de la famille émigré aux USA ou en Europe) et d’autres qui n’ont vraiment rien. C’est assez perturbant. C’est même franchement perturbant cette schizophrénie permanente entre le discours et la réalité.
Pareillement Cuba est le pays où juste devant l’ambassade américaine a été construite une place « anti-impérialiste » afin d’accueillir les manifestations … anti-impérialistes (vous ne l’auriez pas deviné je parie) et où dans le même temps la trace de la présence américaine est omniprésente et n’a pas été gommée. Voire même suscite la fierté. Il y a les vieilles voitures américaines évidemment mais aussi la stricte réplique du Capitole américain qui trône fièrement (et même plus) dans la Havane, la version localement produite du cola alors que le pays manque de tout, la fierté par rapport à Hemingway etc…

Hey mais il faisait drôlement beau et chaud à Washing… ah non on me dit que c’est la Havane
Laisse moi zoom zoom zang

D’autre part, Cuba est un pays qui n’a aucune analyse, aucun recul sur son histoire. La récente, comme l’ancienne. Qui ne l’énonce pas en tout cas. Quand vous visitez une maison coloniale, on vous parle des meubles en acajou, des verres en cristal de Baccarat, de la porcelaine de Sèvres, mais jamais des habitants, de ce qu’ils faisaient (exploitation de la canne à sucre et esclavage), de ce qu’ils sont devenus, de ce que la maison est devenue après la révolution contre les espagnols et celle de Castro. Ils ne parlent jamais de l’aide des américains pour chasser les espagnols, du développement économique lié aux colons espagnols ou à la fréquentation américaine. Enfin, lié à ça, Cuba est un pays qui vit dans le culte de ses « héros ». « Les pères de la Patrie » sont mis à l’honneur un peu partout un peu tout le temps : le premier homme qui a libéré ses esclaves sur l’île, celui qui a lutté contre les Espagnols, le Che évidemment… C’est un peu surprenant, pas pour le Che il faudrait être naïf pour ne pas s’y attendre mais pour ces hommes plus anciens dont on ne sait rien et dont on ne nous dit en fait rien sauf leur fait d’armes, et ça finit par être franchement lassant.

Bon … ceci ayant été posé, allez vous faire un petit daïquiri bien frais avant qu’on rentre dans le vif du sujet.

Couper

Vautour planant dans le ciel

Je suis rentrée de Cuba hier et j’ai tant à dire sur ce pays.

Je ne sais pas bien encore comment je vais rédiger et organiser tout ça, tout ce que j’ai à dire, à montrer, tout ce que ce pays m’a inspiré comme pensées tout au long des 2000kms parcourus sur ces routes (et comme photos puisque j’en ai 1200 à trier). Il faut dire qu’à l’heure actuelle la fatigue (du voyage, du retour, de la nuit en avion), les 6h de décalage horaire, la perte de 20° de température, le jet lag neuronal (je n’ai pas encore sorti le moindre « buenos dias ! » mais ça ne saurait tarder) n’aident pas à la réflexion.

Comme prévu, Cuba a été une formidable déconnexion d’internet. J’ai réussi à publier quelques photos sur Instagram (difficilement) au bout d’une semaine mais pour le reste ça a été la coupure. Je recommande d’ailleurs la destination à tous ceux qui auraient besoin ou voudraient faire une vraie pause internet et réseaux sociaux.

Et ça m’a fait un bien fou …
J’ai d’ailleurs bien du mal et pas envie de m’y remettre.
Ce voyage en général m’a fait un bien fou. Surtout parce que pendant 15j je ne me suis occupée que de moi, je n’ai géré que moi, le monde s’est débrouillé sans moi. Ni mieux ni mal que si je m’étais occupée de lui.

J’ai envie d’écrire que je suis fatiguée des gens, mais je sais que ceux qui vont le prendre pour eux ne seront pas ceux qui me fatiguent mais ceux – pas si nombreux – qui m’ont manqué pendant ces 15j de coupure.

Le fait est surtout que j’ai conscience qu’un certain nombre de réseaux sociaux (Twitter pour ne pas le nommer) me coûtent. Me coûtent beaucoup. D’énergie et d’autres choses. Et que j’ai l’impression d’y rester pour de mauvaises raisons sans savoir comment changer ça sans perdre ou réduire le contact avec un certain nombre de personnes avec qui je ne veux pas perdre ni réduire le contact.

Bref le constat est là, je ne sais pas quoi en faire, encore moins avec mes neurones qui sont toujours en balade quelque part au dessus de l’Atlantique.

Les années se suivent…

Courber

… et se ressemblent.
Les débuts d’année en tout cas.

Puisque je suis sur le point de m’envoler pour me faire dorer la pilule – comme je l’ai fait à peu près à la même époque l’an dernier – et que le mois d’avril s’achemine tranquillement vers sa fin, je crois que je peux tirer un bilan de ce début d’année. Un bilan croisé avec le début de l’année dernière.

Je l’avais écrit – difficilement – , mais avec le début de l’année, la Fatigue a fait son retour. Différente de l’année dernière. L’année dernière je la qualifiais de tsunami, dévastatrice, cette année elle était serpent enroulé autour de ma colonne vertébrale qui s’amusait à resserrer ses anneaux pour me rappeler qu’elle était bien là.

En février j’écrivais qu’elle desserrait son étreinte. Oui elle avait un peu relâché la pression … mais c’est maintenant qu’elle vient de me laisser, de vraiment me laisser, que je respire à nouveau librement – à peu près à la même période où le tsunami s’est retiré l’an dernier – malgré mon bon gros rhume de 8 jours qui m’a pourtant bien lessivé, que je réalise à quel point j’en étais encore loin.
A quel point elle a entravé mes mouvements et alourdit mes membres, combien elle s’est installée insidieusement en me faisant finir mes journées effondrée sur le canapé, les muscles du dos douloureux d’avoir résisté.

Deux années successives mais une même temporalité …
La différence d’intensité c’est aux médicaments que je l’attribue. Pour le reste … je crois qu’il faut que je me résigne à ce que les débuts d’année prennent cet aspect. J’attends une année supplémentaire pour en avoir la certitude. J’ai demandé à ma médecin s’il y avait une raison à cette récurrence, une explication liée au froid et à l’hiver. Elle n’a pas su me dire, mais je n’attends pas d’elle qu’elle puisse tout m’expliquer.

Néanmoins, elle a décidé que désormais nous nous verrions en début d’année, histoire de m’obliger à prendre cet arrêt qu’elle juge nécessaire dans cette situation et qui me laisse moi dubitative parce que le repos n’améliore rien de mon point de vue mais elle dit que ça me permettra de souffler même si ça ne règle pas le fond.

En attendant la crise semble être passée, ça me laisserait 8 mois pour me préparer. On va en profiter.

Je me fatigue

8 jours – dont 5 avec fièvre – c’est le temps qu’aura duré ce rhume. Enfin ce qui ressemblait à un banal rhume au départ avant de ressembler un temps plutôt à une sinusite.

A posteriori, et si j’avais su que ça durerait aussi longtemps, je me dis que j’aurais dû m’arrêter. Ces derniers jours ont été un vrai calvaire, rajoutant de la fatigue à la fatigue, se lever le matin a été une vraie gageure, assurer les journées un vrai défi.

Je ne l’ai pas fait parce que … parce que ma stagiaire, parce que les 3 semaines de vacances qui arrivent, parce que le week-end qui va suffire, parce que à quoi ça sert de s’arrêter le lundi alors qu’on est malade depuis le mercredi soir ?

J’aurais dû m’arrêter ok …

Mais même en me disant ça et même en sachant que ça aurait été mieux je ne peux empêcher une petite voix triomphale, pleine de fierté, dans ma tête de dire : « Tu l’as fait finalement non ? Tu as tenu ? Alors pourquoi tu aurais dû t’arrêter hein ? »

Dans mes innombrables défauts il y a … l’entêtement.
C’est aussi une qualité qui me sauve souvent je crois. Mais franchement parfois ça me dessert d’une force cette façon que j’ai de ne. jamais. vouloir. rien. lâcher.
Une obstination totale même envers moi même.
Ne jamais réussir à me dire « ok très bien tu n’es pas à l’article de la mort mais tu vas t’arrêter quelques jours quand même » sans le vivre comme un atroce aveu de faiblesse et craindre l’accusation de fainéantise.
Ne pas non plus pouvoir m’empêcher de ressentir une immense fierté a posteriori d’avoir réussi à tout faire et tout tenir alors que franchement sur le moment j’en ai bavé. Comme si j’étais en perpétuel défi contre moi-même.

Je me fatigue.

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