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Shaya

Shaya has written 582 posts for En Shayalandie

Née sous la bonne balance

Comme le sujet est un peu rude je le sais je vous mets une photo réconfortante

 

Je ne sais pas si c’est parce que je travaille dans le bureau à côté de celui d’un médecin spécialiste du sujet avec lequel j’échange régulièrement sur ses patientes parce que ça fait du bien des fois et que je les vois dans la salle d’attente,

si c’est parce que j’ai travaillé sur le sujet de la grossophobie médicale en particulier – et que j’ai réfléchi à la grossophobie en général, d’ailleurs je vous recommande vivement cet épisode d’Un podcast à soi (et d’une manière générale TOUS les épisodes d’Un podcast à soi) sur le sujet – et aux mécanismes qui mènent à l’obésité et notamment à cet enchaînement délétère régimes-effets yoyo,

si c’est parce que j’ai atteint un âge où les femmes ont suffisamment de recul pour pouvoir en parler – parce que c’était il y a plusieurs années et qu’il y a prescription dans leur tête – et pour pouvoir analyser les raisons qui les ont mené à ça,

 

… bref je ne sais pas à quoi c’est dû mais je trouve que les témoignages d’une relation au minimum malsaine avec la nourriture – voire carrément pathologique avec des troubles du comportement alimentaire – se multiplient autour de moi. Y compris chez des personnes que je n’aurais jamais soupçonné d’avoir vécu ça. Et je suis triste de voir ce qu’on peut s’infliger à cause des représentations sociales autour du poids et de la beauté mais aussi l’influence que la famille peut avoir dans l’apparition de ces troubles. Je suis triste … et je suis en colère contre la société aussi.

 

Bien sûr je sais depuis longtemps que l’anorexie et la boulimie existent. Je me souviens des reportages à la télé quand j’étais jeune qui traitait de ces sujets.

Et puis il y a eu cette connaissance du lycée, retrouvée lors de mon arrivée à la fac et qui deviendra une amie au fil des jours, qui avait sorti le premier jour alors qu’on discutait avec plusieurs personnes « et pis des fois quand tu as trop mangé et bah ça fait du bien d’aller vomir après » et que personne, mais absolument personne, n’avait relevé ni réagi alors que moi ça avait allumé toutes mes alertes internes. Et toute l’année ses troubles s’étaient aggravés, au point qu’elle n’avait plus pu me les cacher et que pour son premier rdv avec un psy je l’avais accompagné.

Et puis il y a toutes ces femmes que je croise, qui ont eu une maladie grave dont elles auraient pu mourir, qui ont eu des traitements hyper violents, et qui ont pris du poids à cause des traitements. Et qui s’inflige de ces choses pour perdre parfois juste 3 kgs, et qu’elles n’ont même pas en trop, qui font 10h de sport hyper intensif par semaine jusqu’à tomber d’épuisement et qui te disent qu’elles se privent de toute vie sociale, qu’elles ne veulent plus sortir de chez elle parce qu’elles sont persuadées que tout le monde les regarde et voient comme elles sont grosses, et qui tiennent un discours tellement haineux sur elle-même et sur leur corps …

Et puis il y a mes collègues. Il y a celle qui ne mange rien sans que sa diététicienne l’y ait autorisée, qui pèse tous ses aliments aux grammes près, qui se bourre parfois tellement de légumes pour ne plus avoir faim sans avoir à manger de féculent que même moi qui aime les légumes je pense que j’en serais dégoutée à sa place, qui parle tout le temps de quand elle était obèse et qui dit que la nourriture occupe 90% de ses pensées … et puis cette autre collègue qui a l’air super bien dans sa peau qui raconte que jeune adulte elle a développé un trouble du comportement alimentaire, qu’elle s’est fait vomir un jour et que c’est rapidement devenu hyper addictif et qu’elle avait cette impression puissante de contrôle, qu’elle a perdu 40kgs en quelques mois et que personne ne s’en est inquiété ni ne s’est demandé comment, qu’elle a été félicité incessamment par tout le monde et que ça a renforcé son trouble du coup, que sa mère un peu ronde qui avait toujours rêvé que sa fille soit mince ne l’avait jamais autant prise en photo qu’à cette période là et qu’aujourd’hui quand elle lui dit qu’elle était malheureuse quand elle était mince sa mère ne veut pas l’entendre et change de sujet, qu’elle s’est fait moins vomir quand elle s’est mise en couple parce que c’était plus compliqué mais sans arrêter complètement et que son conjoint de l’époque n’a jamais rien remarqué alors qu’il travaillait dans un centre pour les troubles du comportement alimentaire et qu’il se vantait de repérer facilement les nanas qui se faisaient vomir, qu’elle n’a complètement arrêté de se faire vomir que quand elle a rencontré son conjoint actuel à qui elle a tout dit et qu’elle a pris 10 kgs depuis qu’elle a arrêté mais qu’elle est 100 fois plus heureuse que quand elle était mince.

 

Je me rends surtout compte à quel point j’ai eu de la chance. Et aussi à quel point de la même façon que le niveau socio-économique de notre famille joue sur notre avenir, le rapport de notre famille a l’alimentation et au poids joue sur nos risques de développer un trouble alimentaire.

Parce que moi j’ai eu la chance que ma famille n’ait jamais jugé mon poids, ne m’ait jamais fait de remarques négatives (sauf Mémé Bourreau mais finalement ça n’a pas tant joué), ne m’ait jamais accordé de l’attention en fonction de ça, ne m’ait jamais incité à faire de régimes (même s’ils ne m’ont pas découragée quand j’en ai fait deux alors que franchement je crois qu’on ne devrait jamais laisser les adolescentes faire un régime). J’ai eu la chance qu’on ne m’interdise jamais de manger du fromage, du chocolat ou des frites. J’ai eu la chance que ma mère n’ait jamais rêvé d’avoir la taille mannequin et n’ait pas projeté ce rêve impossible sur moi. J’ai eu la chance d’être valorisée sur les aspects intellectuels de ma personnalité et pas sur les aspects physiques. J’ai eu la chance même avec 20 kgs de trop de ne jamais être appelée « la grosse », de ne jamais être moquée, humiliée, persécutée, mise à l’écart. J’ai eu la chance que plein d’hommes me disent leur désir quel que soit mon poids, qu’aucun ne m’ait jamais demandé « de maigrir un peu comme ça je serais encore plus belle ». J’ai eu la chance qu’on m’apprenne à manger équilibré, à aimer les légumes, à les cuisiner,. Avec de la crème et du gruyère rapé aussi. J’ai eu la chance de lire des choses qui m’ont fait comprendre que je ne serais pas plus aimée si j’étais mince, pas plus heureuse, pas plus performante.

Et c’est terrible quand on voit les souffrances que ça génère de se dire qu’on a eu de la chance et que tant d’autres ne l’ont pas.

Les journées décadentes

Secret spot <3

 

J’ai bu une bière en mangeant une pizza brûlante assise sur l’une des chaises au bord du lac qui le lendemain soir accueilleraient les spectateurs de la fête du lac.

J’ai passé une après-midi à la plage, dans la fraîcheur de l’ombre d’un arbre et j’ai pique-niqué le soir pendant que le soleil se couchait derrière les montagnes.

Je me suis sauvée une journée entière dans un coin secret, loin de tout, au bord d’un petit lac d’altitude frais.

 

J’aime ces journées d’été, atypiques, décadentes, où je ne fais rien de ce que je fais habituellement alors même que je travaille pourtant. A fortiori en période de canicule.

Oublié le ménage, les courses, les papiers administratifs, le repassage, la cuisine, le blog …

C’est furtif, éphémère, tellement doux et j’en profite. Malgré la chaleur.

Question de communication

Quel est le rapport ?

 

Quand je suis arrivée à le Nouveau Boulot ce printemps, il est rapidement ressorti deux choses de ce que mes collègues disaient qui n’allaient pas concernant mon Nouveau Chef.  Je n’étais alors d’accord avec aucune des deux, je ne le suis toujours pas, mais je reste prudente et je garde à l’esprit que je n’ai pas le même recul qu’elles et qu’un nouveau boulot c’est comme un nouvel amoureux, au début c’est tout nouveau tout beau et c’est à l’usage qu’on s’aperçoit des trucs énervants (voire carrément insupportables).

 

Le premier truc c’était que mon Nouveau Chef ne déléguait jamais rien, qu’il voulait s’occuper de tout, tout en ne se positionnant jamais. Bah moi mon Nouveau Chef il me délègue plein de trucs, vraiment plein, et tant mieux parce que j’ai toujours été hyper autonome et indépendante dans mon travail (trop probablement pour certains) et que si j’avais un chef collé à mon cul constamment qui devait valider tous mes mails avant que je les envoie et qui ne me laissait aucune autonomie ni aucune marge de prise de décision, ça me gonflerait vite sévère. Après peut-être que contrairement à mes collègues, mon autonomie je la prends justement en ne lui demandant pas de tout valider. (Et pour ce qui est de se positionner, ben avec moi il s’est toujours positionné en même temps je lui donne toujours le contexte et mon propre avis avant, je ne lui demande pas de se positionner à partir du néant)

 

Le deuxième truc c’était que mon Nouveau Chef était vraiment mauvais en communication, ne communiquait pas ou mal avec l’équipe, etc…

Bon … c’est vrai que mon Nouveau Chef est un taiseux (après je considère aussi qu’il y a des choses qu’un responsable n’a pas à dire à son équipe ou qu’il doit le faire selon son propre tempo). Mais les taiseux j’en ai plein dans mon entourage, on pourrait même me dire que j’en ferais bien partie. Et surtout … et surtout j’ai réalisé en appelant mon père ce soir que si j’ai de mon point de vue si peu de mal à communiquer avec mon Nouveau Chef c’est que j’ai un entrainement de ninja avec mon père, à côté duquel Nouveau Chef est un petit joueur, et que j’applique avec ce dernier la même technique qu’avec mon père : mettre les pieds dans le plat. (Et … ça marche pas mal à priori)

Le week-end dernier, à ma grande surprise, ma petite sœur m’a envoyé spontanément des sms. A ma grande surprise oui mais à ma grande joie aussi, j’y ai vu le signe qu’elle allait mieux. Parce que depuis un an et même plus, c’était moi qui devais constamment la solliciter et qui lui envoyais toujours des sms ou qui l’appelais pour prendre de ses nouvelles. Il faut dire aussi qu’elle avait des choses à me dire, et notamment … qu’elle arrêtait son BTS en alternance avec le soutien de ses parents …

Aussi ce soir, quand j’ai eu mon père au téléphone, j’ai attendu qu’il aborde le sujet (en lançant 2-3 perches savamment placées tout de même) … j’ai attendu … attendu … attendu … jusqu’à ce que je l’aborde frontalement moi du coup ce sujet, parce que je n’ai jamais été patiente de toute façon. Et que je voyais bien que lui ne voulait pas en parler mais que si moi je mets les choses sur la table, il ne peut plus se dérober. Ça s’est avéré des plus intéressants comme discussion. Beaucoup plus que je ne m’y attendais. Parce que mon père semble avoir bien évolué concernant la santé de ma petite sœur depuis l’été dernier …  L’an dernier je prêchais seule dans le désert familial que c’était un problème de santé que ma petite sœur avait et pas un manque de volonté / un caprice / une façon de se faire remarquer. Et toute l’année j’ai eu l’impression que ça ne bougeait pas beaucoup dans leur tête. Surtout dans celle de mon père. Aujourd’hui il s’avère … il s’avère que c’est mon père qui a demandé à ma petite sœur d’interrompre son BTS parce qu’il juge que son état de santé ne le permet plus, qu’elle se met trop en danger de ce point de vue. Heureusement que j’étais assise, je ne m’y attendais pas à cette évolution. C’est toujours compliqué de savoir vraiment ce qui se passe dans la tête de mon père derrière ce qu’il dit. D’ailleurs ma mère n’a pu s’empêcher de me remettre en mémoire un « incident » familial bizarre qui avait eu lieu en février, où mon petit frère et ma belle-mère devaient venir me voir mais pas mon père parce qu’il ne voulait pas laisser ma petite sœur toute seule à la maison alors qu’ils le faisaient quand elle avait 13-14 ans et que ça me rendait dingue. A l’époque j’avais cru que c’était parce qu’il avait peur qu’elle organise une méga fiesta en leur absence, maintenant je me dis qu’il avait peut-être peur qu’elle fasse une connerie …

 

Alors voilà, finalement ce n’est pas compliqué de communiquer : il suffit de mettre les pieds dans le plat sur les sujets soigneusement évités par l’autre 😉

Je voudrais …

I wish

 

Je voudrais qu’on me choisisse pour une fois. Qu’on me choisisse entre tout.

Que je sois la tête de liste, la première des considérations, la plus importante.

 

Je voudrais qu’on s’engage pour moi.

Que je ne sois pas juste un élément du décor, un élément important peut-être mais un élément tout de même, parmi tout le reste.

 

Je voudrais un acte de foi.

Un dépassement de soi et de ses peurs. Une sortie de sa zone de confort. Un plongée dans l’inconnu. Une prise de risque.

 

Je voudrais …

Faire de la place pour ça

I need space

 

L’amie douce m’a envoyé le lien sur le mammouth (ça fait un peu ésotérique comme phrase) en me disant « ça me  fait penser à toi ».

Ça m’a réjouit, ça me réjouit toujours quand mes amis me parlent de quelque chose qui leur a fait penser à moi.

Quand j’ai cliqué ça m’a encore plus réjouit. Tellement que je l’ai imprimé deux fois : une fois pour l’afficher dans mon bureau, une fois pour le coller dans mon Bullet Journal.

 

Ça m’a parlé ? Oui.

Preuve en est que l’amie douce avait raison …

Ça m’a parlé parce que depuis un peu plus d’un an maintenant, je médite c’est vrai. Et j’adore ces moments là, vraiment, c’est mon petit shoot de bien être quotidien. Mais la méditation comme j’entendais quelqu’un le dire il y a peu ça consiste surtout à centrer son attention.

Et le reste du temps … ben le reste du temps il faut penser au boulot et que ça prend beaucoup de place en ce moment, au rdv à tenir ou à prendre, au quotidien à assurer, au repas du soir et au ménage à faire, à la machine qu’il faut lancer et à celles qu’il faut repasser, et à tout ce qu’il FAUT faire/penser/anticiper.

Et quand j’y réfléchis, quel temps reste-t-il à mon esprit pour vadrouiller ? Pour rêvasser, pour suivre le fil de pensées sans lien avec la vie quotidienne, pour se poser des questions existentielles loufoques et incongrues ? Aucun. Et je sens bien mon esprit qui étouffe de ça.

Il faut que je fasse de la place pour ça. Je VEUX faire de la place pour ça, sortir la tête de l’eau, laisser l’esprit sortir la tête du guidon, s’évader du quotidien et monter plus haut. 

Et j’étouffe de ça.

Nommer

Avis de tempête

 

J’avais dit que j’essayerai de ne pas trop en parler ici et je me retiens depuis des mois d’aborder le sujet, mais il faut que je trouve un nouveau mot, un nouveau nom.

(et vous pouvez m’y aider si vous voulez, vos suggestions sont les bienvenues)

 

Jusque là je l’appelais fatigue. Fatigue même, avec la majuscule. Voire FAAAAATIIIIIIIIGUE.

Et ce nom ne convient pas. Parce que quand je dis aux autres que je suis fatiguée, ils voient la fatigue qu’ils connaissent. Celle qu’on expérimente après une nuit trop courte ou qu’on n’a pas eu de vacances depuis trop longtemps. Celle qui consiste en 2-3 bâillements pendant la journée. Celle qui passe avec une (ou deux ou trois) bonnes nuits de sommeil, ou une sieste, voire même une bonne semaine de vacances.

Et ils me disent de me reposer, ils me disent de dormir, ils me disent qu’ils espèrent que ça va passer rapidement. Ils pensent bien faire je le sais, ils se fient à ce qu’ils connaissent, à leur fatigue, à celle qu’ils ont eu l’occasion d’expérimenter dans leur chair, celle qui n’est là qu’occasionnellement et qui passe aussi vite qu’elle est venue … s’ils savaient comme je les hais quand ils font ça.

 

Parce que moi ma fatigue c’est une chape de plomb sur l’ensemble de mon corps dès que je me lève, même après une nuit de 9h de bon sommeil, même après 10 nuits de 9h de bon sommeil. Depuis qu’elle s’est installée, elle est là tout le temps, toute la journée, tous les jours, toutes les heures. Elle ne s’en va jamais, elle ne me laisse aucun répit. Même quand je me repose, même quand je fais la sieste, même quand je suis en vacances depuis 15j. Même quand je fais ça, elle ne s’améliore pas. Elle ne s’améliorera jamais.

Quand je me repose c’est soit pour conserver un peu d’énergie (économiser mes « cuillères« ) pour « après » car il y a autre chose à faire plus tard, soit que je ne peux plus faire autrement parce que je n’ai plus la moindre goutte d’énergie.

Et cette chape de plomb devient de plus en plus pesante au fil des heures de la journée au point que faire à manger le soir est au delà de mes forces, au point que parfois le soir quand je conduis je me dis que je suis un vrai danger tant mes réflexes sont ralentis, au point qu’en fin de journée j’ai l’impression d’avoir perdu 20 points de QI tellement je n’arrive plus à réfléchir ou alors seulement de travers. Cette fatigue me liquéfie le cerveau et me ronge la moelle. Quand je me lève, mon tableau de bord m’indique que je suis déjà sur la réserve question énergie, à la fin de la journée, je suis en panne sèche.

 

Ça fait 5 mois que je la subis cette fatigue, ça commence à faire et ça n’est pas fini … Alors ma fatigue c’est aussi me demander si je vais pouvoir continuer à travailler à temps plein et combien de temps et comment je vais faire quand je ne pourrai plus; c’est prendre sur moi pour ne pas pleurer de fatigue le matin, le soir et aussi tout le reste de la journée parce que c’est la seule chose que j’ai envie de faire mais que ça ne m’aidera pas. Ma fatigue c’est prendre sur moi – et y laisser beaucoup d’énergie – pour ne pas hurler et insulter mon entourage qui n’y est pour rien, tellement je suis fatiguée justement ou parce qu’il me demande un effort mineur… pour eux mais énorme pour moi. C’est trop souvent manquer d’énergie pour les autres et en culpabiliser à mort. C’est être très égocentrée et en culpabiliser tout autant. C’est imposer des choix à son entourage qu’on aurait préféré éviter de leur imposer (et à soi aussi). C’est se demander si on arrivera à remplir ses obligations et ses engagements, savoir qu’on va devoir se plier à certains et qu’on va le payer chèrement. C’est accepter d’aller dîner un soir avec un ami en se demandant si on ne sera par trop fatiguée pour ça et si on ne va pas le planter au dernier moment. C’est y penser et en souffrir tout le temps tout en essayant (vainement en général) de ne pas parler que de ça aux autres et de ne pas que s’en plaindre.

 

Vivre avec cette fatigue c’est comme avoir un budget de 500€ par jour et avoir 700€ d’achats à faire. Parfois il y a des achats que je diffère au lendemain, et parfois je me mets à découvert et j’en paie les conséquences plus tard.

Alors pour peu qu’on y rajoute une mauvaise nuit de sommeil ou un événement fatiguant pour n’importe qui, c’est carrément l’apocalypse.

 

Les médecins appellent ça « asthénie » mais ça ne me va pas, ça ne parle à personne d’autre qu’à eux. Moi je l’appelais « fatigue » mais ça ne me va pas non plus.

Il faut pourtant que je lui trouve un nom, un nom qui dise …

J’infuse … encore et encore

Les messages mignons de mon corps

« Comment tu te sens ? » a été la question incessante et rituelle d’un de mes week-ends.

Et je répondais alors que j’allais bien et c’était vrai, j’allais bien.
Je sortais d’un rdv médical redouté, et d’apprendre que La Maladie – oui j’ai décidé qu’elle porterait ce nom ici et que je n’en donnerais jamais le véritable nom ni de détails pour ne pas être repérée par les moteurs de recherche et que ce blog devienne un lieu de « rencontre » des gens qui la partagent avec moi, on m’a mis en garde contre le fait de me perdre là dedans, je n’en ai pas envie décidément – et d’apprendre donc que La Maladie s’aggravait. Et mon entourage redoutait une explosion, une déflagration, un trébuchement tout au moins de ma part suite à cette annonce.
Et oui j’allais bien. Vraiment, bien.

Parce que j’avais lu les signes annonciateurs, décrypté les analyses … Et cette fatigue collante depuis des mois …….
Je ne suis pas tombée du paquetage, j’ai joué le jeu en étant franche avec ma médecin, en sachant les conclusions qu’elle allait probablement en tirer. Celles que j’avais tiré avant elle. Et les conclusions ont été tirées …
Et je vais toujours bien.

Mais.

Mais je sens que comme souvent, je réagis à contre-temps. En décalage. Que je vais bien mais que sous la surface sereine, des courants profonds s’agitent.
De façon plus ou moins consciente mon esprit travaille. Il cogite. Il essaye d’appréhender cette situation nouvelle et d’en faire le tour, de le délimiter.
Je lis. Au départ je me suis bien demandée pourquoi j’avais acheté ce livre sur la fatigue tant celui-ci me semblait peu répondre à mon propre cas. Et puis finalement, ça a été une vraie claque. Tellement qu’après l’avoir acheté en version numérique je compte le racheter en version papier pour surligner certains passages et les relier souvent. Et en même temps, ça m’aide sans m’aider. Je voudrais qu’on me dise quoi faire, quel chemin suivre, quelles étapes doivent être franchies les unes après les autres …. mais personne ne peut, c’est à moi de le trouver. Et pour le moment j’ai surtout l’impression d’être une souris de laboratoire qui erre dans un labyrinthe en cherchant la sortie et en se cognant au passage à un paquet de murs. Il serait tentant de mettre tout ça sous le tapis, surtout en ce moment où ça va mieux, vraiment mieux, de faire comme si tout ça n’avait été qu’un mauvais moment à passer qui ne recommencera jamais. Sauf que ça reviendra, il ne faut pas que je me leurre. Il faut que j’anticipe ce moment, que je m’adapte en prévision de ce moment … encore et toujours ce mot.
Je tente de mettre à distance. De ne pas envisager forcément le pire. De ne pas m’identifier à ces personnes que je connais ayant la même maladie que moi et dont la qualité de vie est tant altérée au quotidien. De raison garder comme on dit.
J’infuse …

Je vais toujours bien.
Mais je me punis aussi pour ce qui (m’)arrive. Plus ou moins consciemment. J’essaye d’éloigner de moi les gens qui comptent. Je me demande d’ailleurs s’ils s’en sont rendus compte. Oh je me pare de grands principes pour faire ça, je dis que c’est pour eux que je fais ça, pour le protéger de ma décrépitude, de mes pleurnicheries, de mes douleurs récurrentes. Sauf que derrière ça, en vérité, c’est surtout une façon de me punir, moi. De me faire du mal en me privant des gens que j’aime.

Je vais bien oui. Mais.

Permanence et impermanence

C’est le cycle de la vie, le cycle éterneeeel (vous l’avez dans la tête maintenant)

 

Ça fait un (long) moment que j’entends parler de l’impermanence des choses. Probablement depuis que certains de mes amis au lycée se sont fortement intéressés au bouddhisme.

J’ai toujours détesté cette notion. Elle m’angoisse. Elle me terrifie.

 

Je ne comprends pas comment on peut trouver rassurant l’idée que nous perdrons un jour tout ce que nous avons, tout ce que nous chérissons, tout ceux que nous aimons. Probablement parce que je suis une personne d’engagement. Pas d’engagement au sens où je vais aller manifester ou défendre des causes mais dans le sens où quand je ne m’attache pas facilement à quelqu’un et je laisse peu de gens passer mes défenses mais quand je le fais ce n’est pas à moitié.

Et globalement je voudrais que rien ne change, que les gens que j’aime et qui m’aiment ne cessent jamais de le faire. Surtout ça. Je suis terrifiée à l’idée de perdre les gens que j’aime et que plus personne ne m’aime.

Evidemment que j’ai des ami(e)s dont nos chemins ont divergé. Souvent en douceur, sans heurts. Mais les quelques uns avec qui ça n’a pas été le cas restent une blessure à vif pour moi. Évidemment que je sais qu’un jour mes parents vont mourir, et que moi aussi je vais mourir. Mais j’ai déjà un rapport à la mort aigu, conscient, (qui angoisse mon entourage régulièrement d’ailleurs), je n’ai pas envie de vivre avec cette idée en permanence en tête.

 

Donc voilà j’ai toujours eu peur de cette idée.

Mais j’ai découvert il y a peu que comme souvent, il y avait quand même un versant positif à cette notion.

Lors de deux moments un peu difficiles pour moi. Le premier ça a été quand j’ai eu une période de mauvais sommeil. De vrai mauvais sommeil. Qui a duré longtemps. Et pour lequel je me suis appuyée sur un programme de sophrologie lié au sommeil, que j’avais déjà fait, pour m’aider à traverser ce mauvais moment au mieux. Et à la dernière séance, il disait de garder confiance car rien n’est éternel, pas même les troubles du sommeil. Et j’avais – pour une fois – trouvé ça extraordinairement réconfortant.

De même en faisant cette fois-ci un programme de méditation sur la douleur. Quand vous êtes pliée en deux de douleurs, que vous ne rêvez que d’un scalpel qui vous arracherait quelques organes pour qu’enfin la douleur disparaisse, il est bon – et réconfortant une fois encore – de se rappeler que la douleur ne durera pas toujours, qu’elle finira par passer. (Mais ça implique aussi qu’elle reviendra …)

 

Et c’est vrai que ça l’est, réconfortant, de se dire que les mauvaises choses passeront un jour. Sauf que ça s’accompagne du fait que les bonnes passent aussi … Alors je continue à me débattre avec cette idée d’impermanence des choses …

Jeu de dupes

Crépuscule

 

Elle m’écrit : « ma chère Shaya, hospitalisée pendant quelques jours, je suis de retour chez moi où je reprends des forces mais pas suffisamment pour honorer notre rdv du jour, pardonnez moi« .

 

Je suis au courant de son hospitalisation. Il se trouve que ce jour-là j’ai vu son médecin, pour toute autre chose, mais elle m’avait prévenue : Mme B. était hospitalisée.

Je n’avais su répondre à cette information que par un « ah ……… » , parce qu’il y a des informations auxquelles on ne peut répondre qu’ainsi, et celle-ci en faisait partie. Parce que son médecin et moi savions sans le dire à voix haute que cette guerre entamée depuis des mois pour sauver Mme B. de son cancer du sein était en train d’être perdue et que cette hospitalisation était l’un des prémisses à cette défaite totale qui s’annonce.

« Tu ne la reverras plus je pense » avait ajouté son médecin après quelques instants, comme pour être sûre que malgré les non-dits et les sous-textes de ces moments, nous nous étions bien comprises. « Je sais » avais-je répondu doucement avec un sourire rassurant.

 

Mme B. le sait aussi. La dernière fois que je l’avais vu avant son hospitalisation, elle m’avait murmuré en me regardant dans les yeux « les nouvelles ne sont pas bonnes » et j’avais répondu doucement de la même façon « je suis désolée » et nous savions l’une et l’autre qu’elle m’annonçait qu’elle allait bientôt mourir et que je lui répondais les seuls mots qu’on peut répondre à ça. Sinon le silence.

Et pourtant elle m’écrit ce mail surprenant qui parait si positif. Qui donne l’illusion qu’elle ne sait pas. Et que moi non plus je ne sais pas. Alors que la grande faucheuse approche à très grands pas pour réclamer son dû séance tenante.

Et moi de lui répondre sur le même ton badin qu’il faut qu’elle se repose et qu’elle profite de cette période si agréable de beau temps et que j’espère la revoir bientôt. Comme si je ne savais pas. Comme si je ne savais pas qu’elle sait que le temps restant se compte en jours et non en semaine

 

Jeu de dupes … 

En vérité en filigrane je lui dis de profiter du temps qui lui reste avec ses proches tout en maintenant l’illusion que le temps n’est pas tant compté et que nous aurons suffisamment de temps pour nous revoir nous aussi. 

Parce que regarder arriver la Mort sans détourner les yeux c’est trop douloureux, il faut maintenir quelques illusions.

Aujourd’hui ……….

Happy day

 

Aujourd’hui ………. j’ai déambulé en tee-shirt à manches courtes orné de dent-de-lion – celui que je désespérais d’exhiber un jour – et en pantacourt, tout en goûtant la douceur des températures et du soleil sur ma peau. 

 

Aujourd’hui ………. j’ai couru, beaucoup, trop probablement, et puis j’ai pris le temps de ralentir, de m’arrêter, de respirer, de regarder le vent qui remuait doucement les branches.

 

Aujourd’hui ………. j’ai remué mes orteils vernis dans des tons rouge-orangés dans mes sandales ouvertes et j’ai goûté leur liberté.

 

Aujourd’hui ………. j’ai fait mon métier, peut-être pas tout à fait dans les règles de l’art mais peut-être encore plus comme il devait être fait à ce moment là et j’adore ça.

 

Aujourd’hui ………. je me suis interrogée – comme depuis 4j – sur ce regain d’énergie, surprenant, inattendu dans ces journées si denses. Moi qui ai vécu ces derniers mois en sachant que je n’aurai jamais assez de cuillères pour tenir la journée – et qui ne m’en rend vraiment compte que maintenant que je respire -, voilà que soudain j’ai de nouveau l’impression d’en avoir presque un stock illimité. Très étrange sensation. Je me demande d’où ça vient et surtout jusqu’à quand la trêve va durer. Il ne faudrait pas que je me réhabitue trop à ne plus finir mes journées à la limite de la rupture.

 

Aujourd’hui ………. j’ai contemplé les étoiles qui scintillaient fort dans ce ciel de nuit si clair et ce petit croissant de lune qui suggérait tant la forme de la pleine lune. Et puis cette planète qui brillait tant au dessus de l’immeuble d’en face, je me demande bien laquelle c’était. Jupiter peut-être ? 

 

Aujourd’hui ………. 

C’était une journée dure et douce à la fois. Une respiration, une pause, un sprint, une chevauchée sur un cheval fougueux.

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