//

Cogito

Terre de frontières : entre Annecy et Genève

J’habite aux marges de la France. Je fais partie des gardiens des marches de celle-ci.

Au nord la Suisse. A l’est l’Italie. Mais l’Italie, isolée de l’autre côté des Alpes massives parait tellement plus distante que la Suisse.

 

J’habite un pays de confluence. Voie de passage géographique, là où trois nations se rejoignent, se confrontent, cohabitent. Où les hommes se mêlent, échangent, s’observent et partagent. Ici les frontières sont parfois brouillées. Pas celles géographiques, même si régulièrement il y a des propositions de rattachement de la Hte Savoie à la Suisse … ou l’inverse, les autres. Tu travailles en Suisse ou tu connais forcément quelqu’un qui le fait, tu consultes la météo suisse parce qu’elle sera bien plus précise te concernant que n’importe quel bulletin diffusé à la tv, tu regardes la Tv suisse d’ailleurs aussi.

J’habite un pays de barrières aussi. Physiques, même si une partie des douaniers a quitté les postes qu’ils occupaient; culturelles un peu, mentales surtout. Bien plus que Lyon la lointaine c’est Genève la grande ville la plus proche géographiquement … oui mais elle se trouve appartenir à un autre pays.

C’est Genève la plus proche? Et pourtant je la connais infiniment moins que Lyon. Elle me reste étrangère. Parce que dans un pays étranger, pas avec une langue étrangère non mais une monnaie étrangère (ça m’a frappée en rentrant de Venise en Italie où je ne me suis jamais préoccupée de conversions ni de change… bonheur absolu), parce que à part la voiture se rendre là bas est TRES compliqué (pas de trains, et pour l’aéroport 4 trajets par jour en bus la semaine, un seul les jours de week-end!), parce que pas de réflexion au niveau du territoire … à la frontière tout s’arrête.

C’est d’autant plus rageant que pour avoir été à Mulhouse, j’ai pu constater à quel point 3 pays pouvaient réfléchir ensemble à l’aménagement des transports et des échanges entre eux.

 

 

J’habite une terre de frottements surtout. Pas seulement parce qu’il y a les Alpes crées par le frotti-frotta un peu trop violent de deux plaques tectoniques.

Et des frottements il y en a de plus en plus c’est pas peu dire …

 

L’année dernière, un soir où je rentrais en voiture du travail, stupéfaite j’ai constaté que à chaque feu (j’emprunte la même route que pour rejoindre Genève) était placardé une affichette sur laquelle était écrit en gros  » Swiss GO HOME ». Dire que j’ai été choquée, c’est un euphémisme.

Oh je sais bien les maux dont on accuse les suisses de ce côté là de la frontière : ils font flamber le prix de l’immobilier avec tout leur argent empêchant les français de trouver un logement, ils volent les salariés aux entreprises françaises, ils se « croient chez eux » alors qu’ils sont des étrangers, ils sont racistes et méprisants envers les français. J’ai vu les réactions de haine que ça générait chez mes compatriotes, entre insultes et autres gracieusetés crachés dessus par derrière.

Je sais aussi les maux dont on accuse les miens de l’autre côté de la frontière : ils volent le travail des suisses, ils sont malpolis et envahissants etc… Je sais aussi les campagnes de pub haineuses dont les français sont les cibles (racisme anti-français …), d’ailleurs les affichettes avaient été placardées peu de temps après l’une d’elle, les moqueries – quand ce n’est pas pire – récurrentes au travail.

 

Ca m’attriste de voir un tel comportement des deux côtés de la frontière et une réflexion aussi manichéenne.

Il est très simpliste aux haut-savoyards d’accuser les suisses de tous les maux … et d’oublier que si ce département est un des plus riches (et pas que financièrement) en France c’est grâce à cette proximité. Genève a reversé cette année 175 millions d’euros à l’Ain et la Haute Savoie au titre de la compensation fiscale genevoise. Quant aux Suisses, leurs entreprises profitent largement de la main d’œuvre française formée de ce côté de la frontière pour compenser les trous dans leurs effectifs.

 

Autant dire que chacun se tire une balle dans le pied et qu’il y a encore beaucoup à faire pour établir l’harmonie.

Discussion

2 Responses to “Terre de frontières : entre Annecy et Genève”

  1. Je ne sais pas si ça va te consoler mais l’intolérance envers les frontaliers est aussi (hélas) une réalité de l’autre côté du lac : les partis les plus populistes soumettent régulièrement aux votations des mesures les visant. La connerie se fiche des lignes au sol…

    Posted by Nekkonezumi | 28 janvier 2013, 09:02

A vous les studios

Shaya ailleurs …

~ Tumblr : Books and Boobs

~ Tumblr : Point Vernis

L'instagram de Shaya

Previously

juillet 2017
L M M J V S D
« Juin    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

D’où viens-tu?