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Petit chat dormant dans des bras

Réhabilitation

Petit chat dormant dans des bras
En miaou

C’est étrange comme l’histoire peut se recomposer depuis un an. Elle ne se réécrit pas, les événements sont toujours les mêmes mais ils s’assemblent différemment. Ils se rééquilibrent même en douceur.

Jusqu’à mes 18-20 ans, j’avais 2 grands mères.
Ma grand mère maternelle, que j’adorais, un vrai soutien, un pilier, un refuge, une valeur sûre pour moi et sa disparition m’a longtemps laissé un manque.
Ma grand mère paternelle, qui s’amusait à me faire pleurer aux repas, qui m’humiliait devant le reste de la famille, qui me disait que je marchais comme un éléphant, qui n’arrêtait pas de me trouver trop proche de mon père (mon faible rempart contre elle) et qui se foutait de ma gueule parce que je ne savais pas repassé à 9 ans. Aka Mémé Bourreau (dont je n’ai pas été la seule victime dans la famille loin s’en faut).

Quand Mémé Bourreau est morte, ma belle-mère m’a dit son étonnement de me voir à son enterrement, « avec tout ce qu’elle m’avait fait ». Et c’est vrai que je n’y suis pas du tout allée pour la pleurer elle. Sur le moment, j’aurais dit que j’y allais pour mon père, parce que mon absence aurait été une blessure trop béante à ajouter à celle de la disparition de sa mère. J’aurais aussi probablement dit que j’y allais pour m’assurer qu’elle était bien morte (de manière assez moche) et enterrée. Je crois maintenant que j’y allais aussi pour moi, pour tourner définitivement cette page. J’avais coupé les ponts depuis longtemps avec mes grands parents paternels, je n’avais plus de contacts avec eux même pas téléphoniques, ils n’existaient plus dans ma vie et je leur niais toute influence. A l’exception d’une seule que je reconnaissais à ma grand mère paternelle depuis longtemps : celle de m’avoir appris – dans la douleur – à me défendre y compris contre les adultes, à dire « non », à penser « va te faire foutre », à m’opposer, à m’imposer, à ne pas la fermer.

Au printemps ça a fait 13 ans que Mémé Bourreau est décédée et pendant des années rien de ce qui précède n’a bougé. Ni un ressentiment persistant et tenace, ni un écartement des souvenirs et de ce qu’ils m’avaient « légué » dans ma construction.
Jusqu’à l’année dernière.
Ça a commencé quand j’ai su que j’allais partir en vacances pas très loin de là où ils sont enterrés et où j’ai passé mes vacances d’enfance. « Pas très loin » d’une centaine de kms, ce qui fait toujours moins que les 750 qui me séparent habituellement de ces lieux. Et que j’ai décidé que j’irai fleurir leur tombe, sans que personne ne m’ait rien demandé. Que j’irai voir leur maison, que j’irai parcourir les rues de la ville. Mon père apprenant où j’allais en vacances m’a demandé d’aller fleurir la tombe mais je l’avais déjà décidé avant. Et c’était bien, et j’étais contente de l’avoir fait.

Et depuis les choses continuent doucement à se remettre à leur juste place. J’ai enfin demandé à mon père la recette de ce plat madeleine de Proust de mon enfance, et c’était Mémé Bourreau qui le réalisait et je m’apprête à le refaire quand il fera un peu plus frais.

J’ai aussi réattribué une place, surprenante (vraiment), à Mémé Bourreau dans la genèse de mon féminisme. J’ai toujours considéré que mon féminisme me venait de ma mère – qui ayant divorcé sans hésiter de mon père quand j’avais 4 ans m’avait prouvé quotidiennement qu’on n’avait pas besoin d’un homme pour s’en sortir et pour monter les meubles – et de ma grand mère maternelle – qui n’avait pas hésité elle à mettre mon grand père devenu alcoolique et violent à la porte avec 2 filles à élever dans les années 70, avait passé son permis et trouvé un travail dans la foulée.
J’ai longtemps pensé que Mémé Bourreau n’avait rien à faire dans cette histoire là (comme dans le reste ^^), au contraire. Qu’elle était l’exemple type de la bourgeoise BCBG ayant contrainte sa fille mineure enceinte à se marier pour éviter le scandale.
Et puis l’autre jour ma mère m’a fait remarquer que si mon père prenait en charge chez lui les repas, les courses et le ménage c’était parce qu’il avait grandi avec ce modèle là. Et ça m’a dessillé un peu les yeux.
Ça m’a rappelé que j’avais grandi avec le modèle d’un couple de grands parents où la femme n’était pas soumise (loin s’en faut), où mon grand père prenait largement sa part des tâches quotidiennes (notamment les repas) et dans lequel ma grand mère avait repris un travail rapidement après la naissance de ses enfants. Ce qui n’était somme toute pas si courant que ça dans les années 70.

Ça n’enlève rien au fait que ma grand mère a obligé sa fille mineure enceinte à se marier pour éviter le scandale, ça n’enlève rien à tous les autres dégâts qu’elle a pu faire, ça dit juste que rien n’est jamais aussi tranché qu’on le voudrait et qu’on peut avoir en soi des influences qu’on n’avait pas vu venir.

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