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En route Marcel !

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Cigares et mojito : Cuba

Je n’avais pas prévu du tout de commencer comme ça à vous relater mon voyage, j’avais prévu de démarrer par la ville qui m’a complètement renversée lors de mon séjour cubain : la Havane.
J’ai même commencé à écrire mon billet sur la Havane … et en l’écrivant je me suis rendue compte que je ne pouvais pas démarrer comme ça, que pour être compréhensible avant de parler de la Havane, il fallait que je parle de Cuba, tout simplement.

Alors soit puisque le pays et le récit l’exige !

Prenez un petit mojito et installez vous, je vais être bavarde !

Mais d’abord, j’ai fait une carte de mon périple cubain pour reposer le contexte (départ de Santiago de Cuba, décroché par Baracoa puis direction l’est de l’île jusqu’à la Havane – il manque le retour de Viñales à la Havane, Google ne voulait plus rajouter d’étape ^^)

Je n’ai pas la prétention de dire que pendant mon séjour qui n’a duré que 15 jours je suis devenue une spécialiste de Cuba ni que je suis devenue la seule détentrice de la vérité concernant ce pays.
Je ne vais vous livrer là que ce que j’en ai perçu, ce que j’en ai compris avec tout le risque d’erreur qu’il peut y avoir là dedans.

J’ai adoré mon voyage à Cuba.
Ceux qui lisent mes pérégrinations depuis un moment vont dire que j’écris toujours la même chose à propos de mes voyages et que je me répète. J’y vois surtout le signe que je prépare très bien mes voyages en amont, je me renseigne, je lis sur le pays avant de décider de m’y rendre et j’y vais donc en sachant assez bien ce que je vais y trouver et donc sans attentes irréalistes … contrairement manifestement à un certain nombre de personnes avec qui j’ai parlé à l’aéroport ou dans l’avion du retour qui exprimaient le déception vis à vis de ce pays et ne recommanderaient pas d’y aller.

Je les comprends d’un côté … Cuba est un pays difficile. J’ai très souvent pensé à l’Inde, je crois ne jamais avoir autant pensé à l’Inde depuis que j’y suis allée en 2011. C’est dire …
Cuba est un pays déroutant, déstabilisant même. Un pays ambivalent où le sublime côtoie l’innommable, un pays qui montre et qui cache à la fois, où il faut constamment aller gratter sous les apparences pour un peu mieux saisir les choses, un pays au double visage qui prône le communisme tout en désirant très fort arborer tous les éléments d’une société de consommation dans une sorte de contradiction permanente …
Déstabilisant vous dis-je.

Avant toute chose, quand on va à Cuba il ne faut pas oublier – il ne faut JAMAIS oublier – qu’on est dans une dictature communiste. En temps que touriste on peut très facilement l’oublier, le ciel bleu, la chaleur, les cocotiers et les mojito, le manque d’habitude et l’inconscience des chanceux qui vivent depuis toujours dans des démocraties, et un statut privilégié par rapport aux cubains puisque c’est le tourisme qui fait vivre le pays actuellement. Sauf que… par moment la réalité revient vous frapper en pleine figure pour peu que vous ayez envie de voir les choses (il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir). C’est subtile comme votre passeport systématiquement scanné à chaque hôtel pour que le régime sache constamment où vous êtes, comme ces caméras de surveillance dernier cri installées partout alors que le pays manque de tout ; des fois c’est moins subtile comme l’immense restriction d’accès à internet et ces sites censurés auxquels vous n’arrivez pas à accéder ; parfois c’est carrément pas subtile comme cette propagande du régime qui s’affiche absolument partout (murs et panneaux d’affichage dans les rues libres de toute pub mais pas de celle du régime) sauf étrangement à la Havane, ou ces gardiens armés de matraque qui vous engueulent si vous ne marchez pas sur la bonne allée sans que soit pour autant indiqué quelle allée vous devez prendre au milieu des dizaines existantes, ou comme ces endroits où on vous interdit de prendre sacs et appareils photos sans que ça se justifie. D’ailleurs ce sont ces deux derniers éléments que j’ai trouvé le plus représentatif : à Cuba on est dans un
régime autoritaire qui peut édicter les lois arbitraires qu’il veut et en changer tous les jours si ça lui chante et il ne faut pas chercher à les comprendre. Il faut s’y plier, point.
Et il ne faut jamais oublier que suivant les questions que vous posez, vous risquez de mettre sévèrement vos interlocuteurs cubains en difficulté. La liberté d’expression n’existe pas, les cubains n’ont accès qu’aux 6 chaines cubaines, la presse écrite relaie le discours du régime (il faut la lire une fois d’ailleurs, elle est parfaitement traduite en français … et à mourir de rire) et ils ne se risquent pas à en dévier, trop dangereux pour eux. Ça non plus il ne faut pas l’oublier. Et ça empêche d’accéder vraiment à eux et à ce qu’ils pensent.

Garde à vous !

La deuxième chose qui m’a frappée à Cuba c’est l’immense pauvreté de ce pays. Je savais qu’ils ne roulaient pas sur l’or – évidemment – mais je n’imaginais pas réellement l’état de pauvreté et de misère de ce pays. Digne de l’Inde. Et pire encore, ce pays qui garde tant de vestiges de sa splendeur passée tombe littéralement en ruine. Une fois sorti du centre historique des villes généralement restauré, les immeubles et les maisons sont sales, moisis et dans un état absolument innommable quand ils se s’écroulent pas carrément.

Voilà voilà voilà … loue magnifique T2 ouvert sur la ville … grand ouvert.
Ou lors vous le préférez moisi ?

S’ajoute à cela que les cubains manquent de tout. Vraiment. Les magasins sont vides (les magasins subventionnés par l’Etat encore plus que les magasins »privés »), les étals de marché sont peu garnis, les pharmacies n’ont quasiment aucun médicament à proposer. J’ai vu des queues immenses devant des magasins dans lesquels les cubains ne rentraient qu’un par un pour ressortir triomphalement avec … 2 litres d’huile. Et ce qu’on trouve coûte un prix démentiel. Pour vous donner une idée, le salaire moyen à Cuba est de 25 CUC (1 CUC = 1€ environ c’est facile pour la conversion), 6 rouleaux de papier toilette valent 6 CUC (6€ ! 1€ par rouleau de PQ!), un frigo tout basique (pas le dernier Siemens immense que vous avez) coûte 800 CUC … Evidemment tout ceci ne va pas s’arranger avec la décision de Trump de durcir à nouveau l’embargo économique sur Cuba et la crise au Venezuela qui fournissait beaucoup de choses à Cuba … Les cubains sont extrêmement stoïques (et débrouillards … système D et marché noir partout) par rapport à tout ça (pas de bagarre devant les magasins, pas de disputes, j’ai essayé d’imaginer la même situation en France et … enfin voila) et se préparent à une nouvelle « période spéciale » (qu’en termes choisis ces choses-là sont dites) digne de celle de 1991. Les infrastructures en général sont dans un état déplorable, les routes parfois réduites à l’état de piste. En même temps la plupart du temps, les cubains se déplacent à vélo ou à cheval/en carriole parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir plus. Cela dit quand on a atterri (à Santiago de Cuba pour ma part) j’ai vite compris, jamais vu une piste d’aéroport dans un état si déplorable alors que c’est la 2e ville du pays. Pourtant bien que pauvre et en ruines, Cuba est un pays très très propre. J’ai été épatée par ça. Les cubains cachent aussi très bien leur dénuement, ce qui est une gageure quand on sait que la lessive, le savon et les vêtements sont des vrais produits de luxe à Cuba.

Vite cachons la misère en faisant semblant d’avoir plein de médicaments en mettant toutes les boites bien alignées devant, le vide se verra moins derrière
Faut pas avoir trop faim
Là non plus (par contre ya du rhum, cher)

La corollaire de tout ça c’est qu’à Cuba le touriste peut vite se sentir pris pour une pompe à fric à qui on tente de faire cracher le plus possible. J’ai entendu beaucoup de personnes râler contre ça au retour. On attend effectivement de vous que vous donniez constamment un pourboire, de manière parfois insistante : pour la dame pipi du restaurant ou du musée dont vous avez déjà payé l’entrée, pour la visite guidée que vous avez déjà payé, pour le bagagiste à qui vous n’avez trop rien demandé.
Ça peut paraître agaçant surtout que Cuba est une destination à la base franchement pas donnée pour les touristes, après si on se met 2mn à leur place, le fait est qu’on ferait très probablement la même chose. Comme je l’ai dit, le salaire moyen c’est 25 CUC, très insuffisant pour vivre. Récupérer 1 CUC de pourboire par ci par là ça devient rapidement une question de survie. Et il faut relativiser, si vous donnez environ 1,5 CUC par jour de pourboire, sur 15j ça ne représente que 22€ en plus sur le séjour, allez disons 25. Pas la ruine non plus (surtout si vous n’hésitez pas à mettre 20 CUC dans un tee-shirt du Che par ailleurs …) … Je ne dis pas que j’ai eu raison mais personnellement j’ai fait le choix de me plier de bonnes grâces aux pourboires pour ceux qui travaillent, de donner spontanément savons de l’hôtel et autres objets amenés (stylos, échantillons de parfum, chewing-gum) à des gens dans la rue ou les parcs qui ne demandaient rien, et de ne rien donner à ceux qui le demandaient dans la rue ou au pied de l’entrée de l’hôtel (des gens qui demandent de l’argent c’est exceptionnel). D’ailleurs pour ceux qui trouvent les demandes de pourboire insupportables proposer à la place un savon, un stylo ou autre réjouit en général l’interlocuteur.
Et même si c’est répétitif et parfois insistant ça se fait toujours avec le sourire et gentillesse, sans agressivité. Les cubains sont extrêmement gentils. De même qu’on est très souvent sollicité dans les endroits touristiques pour acheter des babioles mais qu’un « non » avec le sourire ne déclenche jamais la moindre colère. D’une manière générale, Cuba est un pays dans lequel je ne me suis jamais sentie en insécurité (en faisant preuve d’un peu de bon sens et en n’étalant pas ses billets de 50 CUC partout), j’ai été épatée par l’absence de jalousie ou d’envie que notre aisance pourrait susciter chez les cubains et il n’y a qu’un seul quartier de la Havane qui soit déconseillé aux touristes, et encore : la nuit.

En même temps, malgré le discours communiste omniprésent qui s’étale, les magasins et les marques s’affichent partout et Cuba montre tous les signes d’une société qui se voudrait de consommation. Une société à double vitesse aussi avec des gens franchement aisés (ou aidés par un membre de la famille émigré aux USA ou en Europe) et d’autres qui n’ont vraiment rien. C’est assez perturbant. C’est même franchement perturbant cette schizophrénie permanente entre le discours et la réalité.
Pareillement Cuba est le pays où juste devant l’ambassade américaine a été construite une place « anti-impérialiste » afin d’accueillir les manifestations … anti-impérialistes (vous ne l’auriez pas deviné je parie) et où dans le même temps la trace de la présence américaine est omniprésente et n’a pas été gommée. Voire même suscite la fierté. Il y a les vieilles voitures américaines évidemment mais aussi la stricte réplique du Capitole américain qui trône fièrement (et même plus) dans la Havane, la version localement produite du cola alors que le pays manque de tout, la fierté par rapport à Hemingway etc…

Hey mais il faisait drôlement beau et chaud à Washing… ah non on me dit que c’est la Havane
Laisse moi zoom zoom zang

D’autre part, Cuba est un pays qui n’a aucune analyse, aucun recul sur son histoire. La récente, comme l’ancienne. Qui ne l’énonce pas en tout cas. Quand vous visitez une maison coloniale, on vous parle des meubles en acajou, des verres en cristal de Baccarat, de la porcelaine de Sèvres, mais jamais des habitants, de ce qu’ils faisaient (exploitation de la canne à sucre et esclavage), de ce qu’ils sont devenus, de ce que la maison est devenue après la révolution contre les espagnols et celle de Castro. Ils ne parlent jamais de l’aide des américains pour chasser les espagnols, du développement économique lié aux colons espagnols ou à la fréquentation américaine. Enfin, lié à ça, Cuba est un pays qui vit dans le culte de ses « héros ». « Les pères de la Patrie » sont mis à l’honneur un peu partout un peu tout le temps : le premier homme qui a libéré ses esclaves sur l’île, celui qui a lutté contre les Espagnols, le Che évidemment… C’est un peu surprenant, pas pour le Che il faudrait être naïf pour ne pas s’y attendre mais pour ces hommes plus anciens dont on ne sait rien et dont on ne nous dit en fait rien sauf leur fait d’armes, et ça finit par être franchement lassant.

Bon … ceci ayant été posé, allez vous faire un petit daïquiri bien frais avant qu’on rentre dans le vif du sujet.

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