// archives

collée à la glue s’il voue plait

This tag is associated with 1 posts

L’étiquette

Avis de tempête

 

C’était un de ces matins où j’avais décidé de me rendre à l’aquabike, sautant de mon lit pour entrer dans mon maillot de bain.

Là-bas, en maillot de bain pas sexy, pas maquillée et mal coiffée, une femme m’aborde. Ça n’est pas la première fois que je la croise là, je vois bien qu’à chaque fois elle me dévisage un peu plus que la normale et moi aussi son visage m’évoque vaguement quelque chose mais je n’arrive pas du tout à la remettre.

Et donc là elle se lance et elle m’aborde : « bonjour, excusez moi, vous êtes bien Shaya … ? je suis la maman de F. »

Oulalalala, cette dame, c’est la maman de F. cet ami que je connais depuis le collège ?

 

Cette conversation a été un énorme moment de solitude pour moi de bout en bout.

Déjà parce que je ne l’ai pas reconnu. Je ne l’ai pas vu souvent dans ma vie, peut-être deux ou trois fois, mais quand même. Je suis super physionomiste, vraiment, l’autre jour j’ai aperçu une des nombreuses employées de ma pharmacie pendant que je faisais mes courses et elle elle m’a regardé perplexe mais moi je l’ai tout de suite reconnue et remise, je reconnais les collègues de ma mère que je n’ai pas vu depuis 20 ans et que je n’ai vu qu’une fois ou deux, je reconnais mes patients d’il y a 5 ans quand ils viennent me dire bonjour (oui j’ai des patients qui viennent me faire des coucous quand ils en ont l’occasion même 5 ans après). Mais elle, même après qu’elle m’ait dit qu’elle était la mère de F., je la regardais en me disant « vraiment ? C’est vraiment la mère de F. ? » il n’y avait rien qui me parlait en elle.

 

Ça a ensuite été un grand moment de solitude, parce que cette femme me donne toujours envie de m’enfuir le plus loin possible. D’une part, parce que F. étant mon ami, je sais les turpitudes de leurs relations et qu’à l’instar de mon père et de ma grand-mère, s’il a décidé de mettre 600 kms entre eux, ce n’est pas que parce que son travail l’y obligeait mais bien parce qu’il le voulait. Et j’ai du mal à me détacher de ça quand je la regarde. D’autre part – et surtout – parce que cette femme, même si je l’ai peu souvent croisé, me regarde toujours comme un maquignon évaluerait positivement une pouliche (la pauvre … si elle savait) et semble soupirer très fort intérieurement que son fils et moi ne soyons pas en couple. Et là il me faut vraiment mobiliser tout le vernis social de la politesse pour rester courtoise et ne pas m’enfuir loin.

 

Mais surtout, ça a été un grand moment de solitude par une de ses réflexions. Malgré ma réaction épidermique envers elle, nous avons bien sûr échangé quelques mots. Et il se trouve que ce matin là, ma mère m’accompagnait et qu’elle s’est évidemment présentée rapidement avant de nous laisser échanger. Si bien, que la deuxième ou troisième phrase de la mère de mon ami a été « ça me fait plaisir de voir ta maman, ça veut dire que ça va si elle est là » et j’en suis littéralement restée bouche bée.

C’est exactement le genre de discours qu’on tient d’une personne qu’on sait gravement malade non ? Et c’est bien à ça que cette dame faisait référence, au cancer de ma mère … il y a 16 ans !!!!!! Bien sûr qu’elle sait que ma mère a eu un cancer, j’étais au lycée avec son fils quand c’est arrivé, et quand il a récidivé, j’était à la fac … avec son fils ! Mais c’était il y a 16 et 13 ans et j’ai trouvé ça absolument terrifiant que la première et seule chose qu’elle me dise concernant ma mère soit ça comme si dans sa tête elle l’associait toujours et irrémédiablement à ça. J’aurais compris qu’elle me demande si elle allait bien ou que la voyant elle ne fasse pas de commentaire supplémentaire pour me le demander. J’aurais compris si ça avait été peu de temps après sa maladie. Je comprends aussi que le cancer de ma mère ait pu la marquer à l’époque, elles ont approximativement le même âge, ça a pu forcément la renvoyer à quelque chose pour elle-même. Mais que 15 ans après, ce soit aussi prégnant … Au.Secours.

Mais c’est surtout pour ma mère que j’ai trouvé ça terrifiant.

J’ai réalisé à ce moment là que même 15 ans après (15 ans bon sang!), il y aurait toujours des gens pour la renvoyer à cette maladie. La renvoyer frontalement … brutalement … à cette maladie. Pour la définir d’abord par ça, et ensuite par tout le reste. Bien sûr que cette maladie a eu un impact important sur elle et l’a changé irrémédiablement notamment dans ses priorités de vie (pas qu’elle d’ailleurs, j’en vois des traces chez moi presque quotidiennement) et qu’elle vit avec des séquelles de cette maladie (mais séquelles que personne ne voit ni ne connait sauf moi) mais ce n’est qu’une chose parmi d’autres dans sa vie, elle ne le porte pas en étendard, n’en fait pas un élément central dans son histoire, ne se définit pas prioritairement par ça. C’est une période avec laquelle elle a fait la paix avant de reprendre le cours de sa vie, pas le même qu’avant, un autre mais qui va de l’avant.

Et donc il y aura toujours des gens pour la ramener à CA, même 15 ans après, même probablement 30 ans après. Pas beaucoup j’espère mais ils existent, comme si c’était eux qui étaient restés coincés dans une boucle temporelle. J’espère que ça n’est et que ça ne sera jamais votre cas.

 

Moi maintenant je vais surtout m’attacher à ce que cette femme n’approche jamais de ma mère.

Shaya ailleurs …

~ Tumblr : Books and Boobs

~ Tumblr : Point Vernis

L'instagram de Shaya

Previously

septembre 2017
L M M J V S D
« Août    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  

D’où viens-tu?