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Barcarolle

Si ma grand-mère était là …

Bizarrement, dans cette période que je traverse depuis 36 jours (oui je compte précisément les jours et nous en sommes à 36. Je ne fais pas un calendrier de l’Avent, je me fais mon calendrier personnel de l’Après) la personne qui me manque le plus c’est ma grand mère maternelle.

Et pourtant elle est morte depuis 10 ans et j’en ai fait le deuil même si régulièrement je pense à elle.

Et pourtant … elle me manque vraiment affreusement en ce moment.

 

Probablement parce que dans la famille maternelle qui est la mienne, elle avait un rôle central. Celui du pilier robuste à partir duquel toutes les arches se déploient.

Probablement parce que j’avais une relation très forte avec elle. De celle qu’on cite en exemple entre un grand parent et un de ses petits-enfants, cette personne refuge ou ressource vers lequel on se tourne quand on doit aller au delà ou ailleurs que vers ses parents.

Probablement parce que tant qu’elle a été là, elle ne m’a jamais fait défaut, elle m’a même sauvée parfois de justesse mais j’ai toujours pu compter sur elle.

 

Actuellement mon père me fait défaut. Pour la 4e fois de ma vie.

Après la 3e fois, j’avais décidé de lui dénier la possibilité de me faire défaut en l’isolant dans un coin de ma vie. Présent mais sans possibilité de nuire. Et finalement il arrive quand même à me faire défaut. 

Tout à l’heure il m’a appelé pour savoir si j’avais une idée de cadeau pour mon beau-frère. Non je n’en ai pas, cette année j’ai fait les cadeaux mais – surtout ceux de la famille, j’ai réussi à réinvestir émotionnellement ceux des amis – au plus court, au plus pressé, disons le sans me fouler. Alors j’ai zappé le beau-frère purement et simplement. Mon père ne m’en a pas fait le reproche, j’ai juste senti ce que je sens depuis des jours : qu’il ne comprenait pas. Qu’il ne comprenait pas que je n’avais échappé à l’hospitalisation que parce que je suis soignante, que le médecin avait confiance en moi pour suivre mon traitement et faire tout ce qu’il fallait y compris appeler le Samu si jamais ça dégénérait. Qu’il ne comprenait pas à quel point j’en avais bavé, à quel point c’était toujours compliqué. Qu’il ne comprenait pas à quel point c’était grave en fait.

La 2e fois où mon père m’a fait défaut, j’avais 15 ans et ma mère avait un cancer depuis un an. Et elle faisait une espèce de dépression liée à ça qui la rendait infernale à la maison. Je m’en étais ouverte à mon père, il avait appelé ma mère, elle s’était comportée tout à fait normalement au téléphone, il m’avait dit que je m’inquiétais trop (ou que je me faisais des idées, je ne sais plus bien). Je ne me suis jamais sentie aussi seule et malheureuse qu’à ce moment là et pour la seule fois de ma vie j’ai envisagé sincèrement de fuguer. Avec le recul j’ai compris qu’il s’agissait alors pour moi simplement de fuir pour survivre.

Quelques jours après, ma grand mère est arrivée à la maison parce que c’était prévu comme ça. Ma mère a eu contre moi une de ses crises de rage dont elle était coutumière à ce moment-là. Quelques heures plus tard ma grand mère est venue me voir et m’a simplement dit « je crois que ta maman ne va pas très bien ». Je n’étais plus seule, ce n’était pas dans ma tête, je n’ai pas fugué. Elle m’a sauvé.

Alors oui ma grand mère me manque vraiment.

 

Pourtant ma mère est formidable depuis 36 jours. Vraiment formidable.

Mais entre ses émotions et les miennes il n’y a pas ma grand mère pour faire tampon. Et l’écho de nos propres histoires résonnent un peu trop, rebondissant de montagne en montagne.

C’est difficile pour ma mère de me voir malade, forcément. Et c’est difficile pour moi de la voir s’occuper de moi comme ma grand-mère s’est occupée d’elle. Ça me renvoie à trop de choses.

Et si personne d’autre n’en a conscience, elle oui elle sait à quel point c’est grave. Elle le sait d’autant plus qu’elle a eu la même chose que moi il y a 10 ans. Et dans toutes ses choses qui flottent entre nous il y a cette culpabilité de sa part qui surnage que je sois peut-être malade aujourd’hui parce qu’elle m’aurait transmis un gène défaillant.

 

Mais au bout de 36 jours … parce que 36 jours c’est court et long à la fois … tout mon entourage, même le plus prévenant, en a assez de me voir, de m’entendre et de me sentir malade et me le fait comprendre même si c’est la plupart du temps inconscient. Et puis je ne me plains pas tant, et puis j’ai repris le travail au bout de 8j alors ça ne doit pas être si grave.

Alors que si ma grand-mère était là, elle, elle comprendrait.

Shaya ailleurs …

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