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Dans ma tête

Relativité de la saleté

une statue du dieu ganesh
Mon cher Ganesh <3

L’autre jour dans un musée, alors que j’étais assise sur un banc à contempler une oeuvre, une dame est arrivée pour s’asseoir à côté de moi. Il y avait une petite trace sale sur la place libre, que je n’avais pas vu, comme un truc renversé et essuyé mais qui aurait laissé une trace colorée que personne n’aurait frotté vigoureusement pour la faire disparaître. Elle s’est mise à pester vraiment très fort que quand même il pourrait nettoyer dans ce musée et que le monde partait à sa perte et blablabla.

Intérieurement je n’ai pas pu m’empêcher de rigoler. C’était rien et elle en faisait tout un drame. C’était vraiment rien comme saleté, ça ne collait pas, ça n’allait pas tâcher ses habits. Et puisque justement elle avait des habits, ça n’allait pas la souiller elle, ça n’allait pas passer la barrière de sa peau et déclencher une septicémie. Mais je me suis mordue la joue pour ne rien dire et je me suis souvenue …

Il y a eu un temps où je n’acceptais pas de yaourts périmés depuis ne serait-ce qu’un jour (personne ne parlait alors des DLC qu’on peut allègrement dépasser), où je refusais de manger avec les couverts utilisés par quelqu’un d’autre (de très proche hein), où je n’allais pas dans des toilettes à la turc ni dans des chiottes publiques pas absolument impeccables et quand bien même elles étaient propres je ne posais jamais un bout de peau sur la lunette, où je tombais dans les pommes à l’idée de m’asseoir sur un banc un peu sale/vieux. J’exagère … mais à peine et je pense que vous voyez l’idée. J’avais été élevée dans une conception très occidentale de l’hygiène, et la moindre saleté risquait de déclencher une terrible maladie et de me tuer.

Et puis … je suis allée en Inde.
Je me suis levée dans des chambres dans lesquelles il y avait des cafards (et ça ne paraissait rien parce que de l’autre côté de la porte il y avait des rats du coup les cafards c’était bien), je me suis douchée avec un seau et de l’eau de pluie récupérée sur le toit, j’ai été dans des toilettes qui n’était qu’un trou dans un sol et dans d’autres qui étaient un cloaque à ciel ouvert plutôt que des toilettes, je me suis lavée les dents à l’eau purifiée pour ne pas rester à me vider 3 semaines, j’ai marché dans des rues qui n’avaient probablement jamais vu la propreté, j’ai marché dans des rigoles de saleté drainées par l’eau de la mousson, j’ai dormi dans un lit dans un hôtel Hyatt dont les draps avaient gardé des tâches propres (et je me suis dit qu’il n’y avait qu’en Inde qu’on pouvait voir un truc pareil dans un hôtel de ce standing), j’ai acquis des réflexes dont celui de ne JAMAIS boire de l’eau du robinet dont j’ai mis plusieurs jours à me débarrasser à mon retour, j’ai prié pour que le vendeur à la sauvette ait dit vrai et n’ait pas mis de glaçons dans le jus de fruits, j’ai croisé les doigts pour que les plats, les couverts et les verres des restaurants aient été lavés avec au moins un peu de savon.

Et ce voyage en Inde a beaucoup changé mon rapport à la saleté. Ce fameux lâcher-prise qu’on nous enjoint à atteindre souvent et que je recherche parfois, je l’ai acquis là bas concernant l’hygiène. J’ai appris qu’une tâche de saleté ne pouvait pas nous tuer mais que de l’eau contaminée était fatale, qu’on pouvait faire pipi dans à peu près n’importe quelles conditions sans risque sanitaire mais que se retenir entraînerait à coup sûr une cystite bien plus préoccupante, que la peau était une barrière bien solide tant qu’on n’avait pas la moindre plaie.
Depuis que je suis rentrée je mange des yaourts périmés, je pose mes fesses sur la lunette des toilettes et j’utilise les toilettes à la turc sans rechigner, et parfois je consens à utiliser la fourchette de quelqu’un d’autre pour croquer un truc (mais la cuillère je ne peux pas!), je m’assois sur des endroits un peu crade en me disant que la machine à laver fera le reste et que ça n’est pas si crade.
Et je me marre intérieurement quand j’entends mes collègues dirent qu’elles défont TOUT le lit pour voir l’état de la literie quand elles dorment dans un hôtel (en France), ou qu’elles en s’assoient même pas sur la cuvette des toilettes de l’hôtel, ou qu’elles sont scandalisées parce que potentiellement la femme de ménage a utilisé la même lavette pour nettoyer le lavabo et la lunette des toilettes. L’Inde m’a vraiment beaucoup détendue sur ce sujet.

Mais je suis encore plus chiante sur le lavage des mains et sur la désinfection des plaies.


nb : cette article de Marion Montaigne sur la lunette des toilettes (en vidéo ici) m’a bien aidée à me conforter dans ma détente sur le sujet.

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