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Barcarolle

Quelle place?

Je savais avant de partir que ce voyage serait émotionnellement pas facile. Pas facile tous les jours en tout cas.

Finalement il l’a été moins que prévu. Et plus.

 

Moins parce que ma famille étant plus détendue que d’habitude, le nombre d’engueulades a été quasi nulle par rapport au rythme de croisière.

Plus parce que c’est moi qui ais toujours morflé. Au point de sentir que si je continuais dans ma lancée je risquais de prononcer des mots irréparables qui signifieraient une brouille durable avec mon père. Et surtout que ce voyage a été l’occasion de plusieurs prises de consciences désagréables, à commencer par le fait que je n’avais aucune place dans cette famille.

 

Il y a quelques années de cela, suite à ma dernière grande dispute avec ma famille quand ceux-ci avaient essayé de m’éloigner du Best Friend, celui-ci m’avait dit « je crois que ta famille ne sait pas vraiment qui tu es ». Je n’avais pu lui donner tort à l’époque, je le peux encore moins aujourd’hui.

J’ai sans doute plus que ma part de responsabilité dans tout cela, laissant s’installer une situation qui me saute à la figure aujourd’hui. Depuis des années, mes contacts avec eux sont toujours courts. Quelques jours, une semaine GRAND MAXIMUM. Je sais très bien qu’au bout de 3j en général je commence à avoir des envies de meurtre. Dans ces rapports courts, je me rends compte que je fais souvent le dos rond. Laissant glisser sur moi petites avanies et grands désaccords. Parce que ma date de libération n’est jamais loin et que je considère plus important le maintien de la paix même si je suis la seule à en payer le prix.

12 jours c’était trop long pour maintenir cette stratégie et en fait je n’ai même pas essayé, inconsciemment décidant de ne pas faire semblant et d’être « moi ».

 

J’avais dit que ce voyage serait mon Koh Lanta-Pekin Express-Ile de la tentation familiale et manifestement tout le monde c’est axé sur le « ile de la tentation » en pensant à quelque chose de sexuel (euh non … c’est ma famille) alors que n’ayant personnellement jamais regardé la moindre minute de ce programme j’en avais retenu que les candidats y allaient souvent pour « se prouver leur amour et revenir plus unis que jamais » et qu’au final leur couple explosait.

Quand je parlais d’ile de la tentation c’était à ça que je pensais « l’explosion ».

Elle a bien eu lieu. Et pas à moitié.

 

Avant notre arrivée en Guadeloupe j’avais été intronisée « chargée de mission pour les excursions » et donc de préparer celles-ci.

Personnellement j’ai pris ma mission à coeur (et j’en avais envie, je ne concevais pas de passer mon temps sur la même plage pendant ce voyage), lisant deux guides et annotant sur l’un d’entre eux tout ce qui me paraissaient vraiment important à faire.

De ce fait je suis la seule à être arrivée en Guadeloupe en m’étant vraiment renseignée sur cette île : son histoire, ses coutumes, sa cuisine, sa géographie, les choses à voir. J’ai une excellente mémoire en plus, j’avais dans la tête une carte parfaite de l’ile et une répartition assez précise des endroits intéressants.

Ma grande soeur avait acheté un guide dont elle avait entamé la lecture mais pas plus, le reste de ma famille ne s’était intéressée à rien, ne s’était préoccupée de rien, ne s’était renseignée de rien. Attitude que je n’arrive absolument pas à comprendre…

 

Dès nos retrouvailles à l’aéroport ma famille (enfin pas ma grande soeur et son copain) a adopté une attitude ambivalente vis à vis de moi, me déclarant « experte en voyage » puisque j’étais celle qui avait le plus souvent pris l’avion et le plus loin et sollicitant mes conseils sur tout (la conformité du contenu du bagage cabine etc…) … mais n’en tenant absolument pas compte.

Exemple? : « Shaya c’est par où pour … ? » je leur donnais une direction et ils partaient systématiquement dans l’autre sens en disant « non mais je pense que c’est par là ». Bah non c’était pas par là …

Et non seulement ils n’écoutaient pas mes conseils quand bien même ils les avaient sollicité mais en plus j’ai pris conscience que d’une manière générale ils ne m’écoutaient pas. Mon avis, mes opinions, ce que je pensais, tout ça ne méritait même pas qu’on prenne la peine de faire semblant de l’écouter. Je suis la fille qui quand elle parlait avait l’impression constante de parler dans le vide.

 

Au bout de cette prise de conscience, c’est posé la question de ce que je partageais réellement avec ma famille. Et que la réponse ressemblait furieusement à « rien ». Pas la même opinion politique, pas le même rapport au populisme, pas la même façon d’affirmer les choses de manière péremptoire, pas la même façon de vouloir écraser les autres.

A-t-on vraiment besoin de partager quelque chose avec quelqu’un pour l’aimer?

Je ne sais pas. Mais trop souvent c’est le mouvement de dégoût, de rejet qui l’a emporté dans mon attitude et l’incompréhension.

 

Je ne me reconnais pas en eux. Et ils ne se reconnaissent pas en moi. Ou ils ne m’ont pas reconnu pendant ce voyage. Va savoir.

Ayant laissé tomber ma façon constante d’arrondir les angles en leur présence, me sentant totalement dans mon élément en situation de vadrouille et agacée par leur impréparation totale et surtout leur manque de curiosité absolue (ils n’ont jamais posé la moindre question bordel!), j’ai pris les rênes en main. Et ça a mené au clash.

Je m’y attendais. Je sais à quel point en voyage je peux être directive, autoritaire.

Et je ne m’y attendais pas. Je m’étais trouvée vraiment cool, essayant de concilier le chou et la chèvre pour faire plaisir à tout le monde.

Il faut croire que ça n’a pas suffit.

L’attaque a été violente. Verbalement très violente. Bien plus que dans tout ce que j’avais pu anticiper avant.

Manifestement je ne suis pas la Shaya qu’ils imaginaient.

 

Reste que je ne sais pas encore quoi faire de tout ça et que je ne peux m’empêcher de me transposer à d’autres aspects de ma vie personnelle.

Discussion

8 Responses to “Quelle place?”

  1. Bah, du haut de mes 58 ans, je me reconnais tout à fait dans ce texte; quand on a tracé son propre chemin avec d’autres sphères d’influence, retrouver son « clan » est malheureusement souvent problématique. on devient un étranger avec une histoire différente de la mémoire collective de sa famille. Ce n’est que l’histoire de n’importe quel couple ou chacun évolue indépendamment de l’autre pour finir par casser en n’ayant pas su ou pas voulu se parler. Maladie de cette société individualiste ou restes des traditions tribales, peu importe, mais ces liens du sang apportent plus souvent le gout du sang dans la bouche quand votre propre famille ne veut plus vous reconnaitre ou plutôt n’accepte pas votre histoire loin d’elle.Il ne reste qu’à espérer que les choses s’apaisent avec le temps, ce qui est (j’y crois très fort) ce qui est en train de s’opérer dans mon cas. Amitiés sincères.

    Posted by crabe dormeur | 14 mai 2013, 10:12
  2. courage……

    Posted by carreaux | 14 mai 2013, 19:20
  3. J’aime beaucoup ce qu’écrit Crabe Dormeur. Je trouve que ça sonne tellement juste ! Je suis tellement désolée que ton voyage ait tourné comme cela avec ta famille et te souhaite de trouver, avec le temps, quoi faire de cette expérience et comment la tourner.

    Posted by Lizly | 14 mai 2013, 19:54
  4. Le seul truc que j’ai trouvé pour ne pas m’énerver dans ce genre de groupe (qui me rappelle la grande famille qu’est mon bureau quand on est en tournée) c’est justement de ne rien décider et de faire le mouton bête ^^

    Posted by Nekkonezumi | 23 mai 2013, 09:14
    • J’aurais pu opter pour cette stratégie (ça a été le cas suite à cette dispute) et j’aurais tout rater de mon voyage en ne voyant rien. Je ne regrette pas, je regrette juste la violence de la dispute.

      Posted by Shaya | 23 mai 2013, 09:25

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