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Barcarolle

Psychodrames familiaux

L’autre jour un ami me confiait sa hâte d’enfin partir de chez sa mère pour rejoindre la capitale et se débarrasser ainsi à la fois de sa mère et de sa soeur qui alimentent mutuellement leur stress au plus grand désarroi de mon ami qui en subit indirectement le feu.

L’histoire familiale est passée par là aussi, on se traine tous un héritage mais pour certain il est plus lourd que pour d’autres.

Très vindicatif dans ses paroles envers sa mère, comme souvent, j’ai soudain demandé à mon ami « mais ta mère tu l’aimes? ».

Ce à quoi il a répondu en colonnes rationnelles de « choses positives et choses négatives », que j’ai balayé d’une main en réitérant ma question « mais ta mère tu l’aimes? ».

L’amour n’est pas quelque chose de rationnel.

Encore moins quand il concerne l’amour filiale que la société nous impose avec forces injonctions d’éprouver pour nos parents. Comment ne pas passer pour le fils ingrat qui délaisse ses parents?

Surtout quand on est entouré de personnes qui, si leur famille n’est pas parfaite, n’ont tout du moins pas l’impression d’être entrainée vers le fond comme un boulet le fait dans l’eau.

Surtout quand, comme mon ami, on a une conscience aigüe des sacrifices qu’une mère a fait un jour – et même plusieurs – pour nous.

En même temps quel prix doit-on payer pour ces sacrifices après?

 

A ma question répétée qui le laissait sans la protection de sa rationnalité, il n’a su que me répondre « je ne sais pas ».

Quand la rancoeur et la colère dominent, comment décrypter ce qu’il y a en dessous?

 

Je suis persuadée, et je le lui ai dit, qu’une fois installée dans cette nouvelle ville et cette nouvelle vie, à des centaines de kilomètres de sa mère, qu’il fera le chemin que j’ai déjà fait et qu’il se dira qu’il l’aime … comme moi j’aime mon père. De loin.

J’aime mon père. Je n’ai aucun doute là dessus.

Je l’aime à 1000 km de moi, à l’autre bout de la France autant qu’à l’autre bout du monde. Je l’aime quand on s’appelle une fois par semaine et qu’on se voit une fois par an. Deux jours.

Si la distance est trop courte (Toulouse-Bordeaux c’était limite) ou la durée de contact plus longue, malgré tout l’amour que je lui porte, je commence sérieusement à envisager l’option d’un parricide.

 

La distance me protège des psychodrames incessants qui l’entourent, de ses colères mémorables et injustifiées, de ce stress qu’il ne sait pas gérer et des mots qu’il ne sait pas dire.

Je disais il y a quelques temps à une autre amie que mon père devait être une source d’encouragement pour elle et sa soeur. Fils d’une personne éminemment « toxique », sa mère (Mémé Bourreau pour les vieux lecteurs fidèles), qui l’avait étouffé et lui avait pourri sa vie (au sens littéral du terme) pendant des années, il s’avérait lui-même être non toxique pour ses enfants propres.

Je suis en train de m’interroger sur la pertinence de mon jugement.

 

Peut-être que ma petite soeur, dans quelques années, nous aura démontré mon erreur …

Elle, la plus fragile de la fratrie depuis toujours, la seule de ses filles à devoir supporter mon père quotidiennement qui est constamment sur son dos, rendu encore insupportable en ce moment – au point que ma belle-mère m’a appelée en pleurs pour me raconter – par la vente de la maison de mes grands parents qu’il faut désormais vider.

Elle qui ne va pas bien actuellement et que l’attitude de mon père doit enfoncer encore plus.

D’ailleurs … c’est quoi être « toxique »?

 

Peut-être n’est-ce pas sans raison que ma grande soeur et moi nous tenons méticuleusement éloignées de mon père.

Shaya ailleurs …

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