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La vie c'est du boulot

Pervers

Je me souviens encore d’avoir bien ricané quand l’affaire du Sofitel de New York (appelons ça ainsi veux-tu bien?) est sortie au printemps dernier.

L’objet de mes ricanements?

Les réactions effarées de certaines personnes face à cette nouvelle : « Oh God! En 2011 il y encore des femmes qui se font agresser sexuellement dans le monde occidental pourtant tellement civilisé ??? I can’t believe it! »

 

Je me suis toujours demandée dans quel monde vivaient ces gens. Surtout quand ces réactions étaient celles de femmes.

A croire qu’on ne vit pas dans le même … de monde.

 

J’ai la chance de ne pas faire partie – pour l’instant – des femmes agressées sexuellement.

Pas que je me considère plus douée, plus forte ou plus prudente que les autres. Mais bien parce que j’ai eu la chance de ne jamais être au mauvais endroit au mauvais moment face à la mauvaise personne. Ou que j’ai eu la chance d’arriver à m’en sortir.

Parce que des situations borderlines j’en ai connu mon lot. Et pas qu’un peu.

J’avais raconté cette anecdote quand j’avais 14 ans, pourtant là où j’ai vécu le plus de situations borderlines c’est … dans le cadre professionnel.

 

Très tôt d’ailleurs. Un de mes premiers jobs d’été dans un supermarché a été très stressant pour moi parce qu’un des employés était très agressif sexuellement envers moi. Un jour que j’étais dans une réserve à l’écart, il a débarqué en me disant quelque chose comme « toi je vais te baiser ». Heureusement une amie à moi travaillait aussi là et était avec moi dans un autre coin de la réserve, si bien qu’elle est sortie et qu’il a fuit. Après ça elle ne m’a plus jamais laissée être seule dans un coin isolé pour être sûre qu’il ne passerait jamais des mots aux actes.

Quand j’ai eu fini ce job d’été j’ai été immensément soulagée tellement c’était très pesant et angoissant.

 

Mais ça n’a pas été la seule fois loin de là.

Quand j’étais étudiante, j’ai effectué 9 stages en tout pendant mes années d’étude. Essentiellement dans des milieux très masculins. Et très souvent j’ai été confrontée à des comportements « déplacés » dirons nous. Jamais de la part de mes maîtres de stage (heureusement) mais très souvent de la part de leurs collègues.

J’ai souvenir de ce stage notamment – dans un milieu déjà très difficile – où mon maître de stage avait été obligé de faire courir la rumeur comme quoi il couchait avec moi pour que ses collègues me lâchent la grappe. J’aurais pu me sentir outrée quand je l’avais appris, mais à la vérité je m’étais juste sentie reconnaissante qu’il ait conscience de cet espèce d’harcèlement dont je faisais l’objet et qu’il prenne des mesures pour que la pression retombe un peu. J’avais aussi compris pourquoi il ne me laissait jamais me déplacer seule dans le bâtiment.

De la même façon dans un autre stage, le gardien d’un des bâtiments de mon lieu de stage n’arrêtait pas de faire des remarques très fines et distinguées à mon maître de stage du genre « ah ben tu as de la chance, je voudrais bien avoir une stagiaire comme ça sous mes ordres pour l’emmener dans une petite pièce ah ah ah (rire gras) » si bien que je n’allais jamais dans ce bâtiment seule. Et c’était déjà très humiliant qu’il affiche comme ça qu’il me trouvait baisable.

L’impression d’être salie juste par des coups d’oeil et des sous-entendus lourds.

C’est même devenu tellement fréquent qu’à un moment je me suis dit que ça devait venir de moi. Que je devais avoir un comportement incitatif, une tenue trop suggestive. Avant de réaliser que le problème ne venait pas de moi, mais d’eux. Que je ne peux pas cacher la paire de seins que j’ai (surtout la mienne ^^) quelque soit ma tenue et que le fait que je porte un décolleté n’était pas une autorisation à la lourdeur et à l’insistance.

 

Alors que des gens imaginent qu’en France ou aux USA en 2011, les femmes ne soient plus jamais agressées autant dire que ça me fait vraiment marrer.

 

Pourquoi je te raconte ça?

Parce qu’hier au boulot, quelqu’un m’a tripoté les seins sans mon accord. Je ne l’ai pas vu venir, je n’ai pas réussi à l’esquiver.

Je ne peux pas écrire que c’est « rien », je ne peux même pas écrire que ce n’est pas grand chose même si il se passe des choses plus graves dans le monde.

Ce qui me choque le plus – au delà du fait d’avoir été réduit à l’état de poupée gonflable dont on veut disposer à son gré en niant que je disposais de mon corps comme je le voulais et qu’on ne me touchait pas sans mon consentement explicite – c’est ma propre réaction : une sentiment diffus de culpabilité (si c’est arrivé c’est de ma faute!) (ah oui? en quoi?) et surtout cette impression de « normalité ». Comme si c’était un « non-événement » et que je devais passer outre et poursuivre comme si de rien n’était. Pourtant un goût de cendre et un énervement diffus tout la journée m’ont fait comprendre que non bordel!

Je ne suis pas une fille tactile déjà au départ, quand je le suis avec quelqu’un c’est le signe d’une affection profonde et sincère. Et normalement quand quelqu’un touche mes seins c’est que j’en ai envie.

 

Je verrais bien au crépuscule de ma vie combien j’ai d’anecdotes de ce genre en stock mais vu le nombre que j’ai déjà à mon âge je pense que ça promet.

Je ne me balade peut-être pas avec le mot « pute » sur le front, mais assurément toujours avec le mot « proie » même si parfois je l’oublie, on se charge de me le rappeler.

En 2012, en  France.

Discussion

8 Responses to “Pervers”

  1. « J’avais aussi compris pourquoi il ne me laissait jamais me déplacer seule dans le bâtiment. »…
    Ca résume tout… C’est toi la cible/victime, c’est à toi de faire attention, c’est ta liberté qu’on entrave, et c’est toi qui te sens coupable s’il arrive quelque chose…

    Posted by Poulpy | 24 février 2012, 09:48
  2. (hey, c’est quoi ce petit truc cornu dans mon commentaire? on peut choisir sa bestiole? t’en as pas un qui ressemble à un poulpe pour moi?)

    Posted by Poulpy | 24 février 2012, 09:50
    • Non on ne peut pas choisir, même moi je peux pas le changer pour toi. Comme tu n’as pas de gravatar (l’image qui s’affiche à coté de mon pseudo et qui est toujours la même), WP t’en attribue un par défaut.

      Posted by Shaya | 24 février 2012, 12:03
  3. tu devrais bosser dans le milieu médical, c’est rien des gentlemen !

    Oula la lalala qu’il est tout zoli ton bloug… Pas trop de mal avec filezilla, hein ? Bon te voilà complètement libre !

    Faudra mettre un petit à propos pour être en conformité avec la loi en mettant certaines données ;-))

    Mes félicitations

    Posted by des pas perdus | 24 février 2012, 17:31
  4. euh… et tu lui as fait quoi, à l’abruti de fin de race qui t’a touchée sans autorisation préalable???

    (tiens, ça me fait penser qu’il y a un connard qui a « blagué » avec moi ce matin… faut que je lui mette les pendules à l’heure rapidos… avant d’être obligée de lui faire bouffer ses castagnettes… se faire virer pour un connard de fonctionnaire, je vois pas l’intérêt…)

    Posted by Daydreamer | 27 février 2012, 23:32

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