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Pensées morbides

Peu de temps après l’annonce du cancer de ma mère, un jour j’avais mis les pieds dans le plat (avec toute la délicatesse que je peux avoir parfois quand j’enfile mes gros sabots) en lui demandant textuellement ce qu’elle souhaitait pour son enterrement si jamais ….
J’avais eu besoin d’aborder frontalement le sujet avec elle tant qu’il était temps sans vraiment réaliser pourquoi du haut de mes 15 ans.
Maintenant je sais. Que j’avais besoin d’avoir des certitudes si je devais affronter le pire. Avoir des certitudes sur ce que ma mère avait comme dernières volontés, des certitudes basées sur des choses énoncées explicitement et pas des « je crois » « je pense » « il me semble… ». Surtout quand, comme ça aurait été mon cas, on doit affronter le reste de sa famille qui pense mieux savoir que les autres ce que voulait le défunt et tente d’imposer ses vues.

Après cette première conversation, ma mère avait pris sur elle de me réexpliquer où elle rangeait ses papiers importants (actes de propriété etc) et les différents comptes qu’elle possédait (mhuhuhu j’ai l’air d’une héritière dit comme ça), parce que ça me servirait … si jamais.
On avait beaucoup ricané sur le fait qu’étant fille unique je ne risquais pas de me disputer avec qui que ce soit concernant l’héritage. On avait même ricané de ça devant ma tante et mes cousins (dont Cousin Débilos) qui en avaient été fort choqués.

Avec plusieurs années de recul, je me rends compte à quel point j’avais raison. Raison d’avoir abordé ce sujet là avec ma mère, raison d’être soulagée d’être fille unique du côté de ma mère.
Quand je vois que ma mère est fachée avec sa soeur – sans doute irrémédiablement – à cause de la succession de ma grand-mère; que l’enterrement de cette dernière a été très compliquée à organiser avec ma mère disant que ma grand-mère voulait être incinérée et ma tante disant qu’elle voulait être enterrée; que mon père est brouillé avec sa soeur en grande partie à cause d’événements liés à mon grand père …

De mon expérience personnel, mais aussi des cas (nombreux … trop nombreux) que je peux croiser dans ma vie professionnel, j’en ai retiré l’urgence qu’il y a toujours à préparer l’après-soi. (A fortiori quand on sait être atteint d’une maladie grave)
Ses dernières volontés oui et sa succession.
Certes le sujet n’est pas agréable à envisager, l’esprit peut même refuser de s’y atteler [Freud disait qu’il était impossible d’envisager sa propre mort. Essayez de vous représenter mort dans votre tête. Pas malade ou dans le coma, vraiment mort, vous verrez que votre esprit trouvera des parades pour ne pas avoir à affronter ça (c’est d’ailleurs un petit exercice que je fais de temps en temps).] mais ne pas tout faire pour essayer de préserver l’harmonie au sein de sa famille une fois qu’on ne sera plus là me parait réellement égoïste.
Je me dis que dans ma famille tout aurait été tellement plus simple si mes grand-parents avaient laissé un testament.

Et je frémis en pensant qu’autant du côté de ma mère les choses seront simples, autant du côté de mon père avec ses 4 enfants issus de 3 mariages dont un toujours en cours … s’il ne fait (s’ils ne font, en incluant ma belle mère qui a tout de même un rôle important là dedans) pas les choses correctement… ça sera la merde. Je n’ai aucun doute que ça pourrait fort mal se passer avec mes deux (demi) soeurs …

Enfin quand même … de là à aborder le sujet pendant Noel … il fallait que j’ose ^^’

Shaya ça rime avec « les pieds dans le plat »!
(Enfin pour le coup ça a fait mouche et j’espère que le message est passé)

Discussion

10 Responses to “Pensées morbides”

  1. Je ne trouve pas ça morbide du tout, au contraire. Je trouve comme toi qu’il vaut mieux en parler tant qu’on est encore vivant : enterrement, succession, don d’organe… Je sais quoi pour mon père et mon mari, il sait quoi pour moi, on a même prévenu les gens dont on voulait qu’ils s’occupent des enfants si on mourrait tous les deux alors qu’ils sont encore petits. On pense même mettre ça sur le papier pour que personne ne puisse le contester.

    Posted by Anna Musarde | 5 janvier 2013, 10:14
  2. Ok, ce n’est peut-être pas LE sujet pour un réveillon réussi à coup sûre mais je trouve que tu as raison parce que ce sont des choses importantes. J’en ai déjà parlé avec mes parents et je sais ce qu’ils souhaitent ainsi que mon frère (ma soeur, c’est plus compliqué mais si on sait, elle suivra). L’Homme et moi en avons parlé entre nous aussi. Pas encore vraiment à nos parents,
    Je trouve ça bien de savoir. J’aime beaucoup ta phrase concernant les certitudes. ça donne un élément stable dans une situation qui a tout de déstabilisante…
    Je ne trouve pas ça plus morbide que parler du don d’organes.

    Posted by Lizly | 5 janvier 2013, 19:26
    • C’était pas LE sujet de réveillon mais je garantis que ça met l’ambiance 😉 (pis ils m’avaient cherchée)
      Je crois d’ailleurs qu’il faut en parler avant que ses parents soient trop âgés parce que plus on se rapproche de la mort et plus on déteste entendre parler de ça, voire on réagit mal en se sentant (à tort) poussé vers la mort ou dépouillé.
      Et j’insiste vraiment sur le côté rassurant d’avoir des certitudes dans une période qui est très déstabilisante comme tu vois.

      (Quand on voit comme certains ont dû mal à parler du don d’organe justement)

      Posted by Shaya | 5 janvier 2013, 21:20
  3. Bien, bien, bien, je laisse mon ordi une petite semaine, je reviens, et pouf tu me colles un sujet de migraine… Avant, je me contentais de dire que je voulais être vidée comme une huitre (sauf les yeux, je donne pas mes rétines) puis incinérée, la totalité d mes biens allant à mon conjoint. Là j’vais devoir envisager ce que deviendra Junior, déjà faut que je comprenne comment le père peut avoir un pouvoir décisionnel si je suis dans les choux le jour de l’accouchement, si y’a des décisions vitales à prendre, est-ce qu’il aura son mot à dire ou est-ce que ça sera à mes parents de décider….

    Posted by poulpynette | 5 janvier 2013, 20:52
    • Un sujet de migraine non, mais de réflexion … sans doute!
      Et en même temps c’est important, surtout quand on va devenir mère 🙂
      Pour ce qui est du pouvoir de décision du Koala si tu es dans les choux lors de l’accouchement, vous êtes pacsés, c’est ton conjoint et il sera sur place (ce qui ne sera pas forcément le cas de tes parents), qui plus est tu devrais remplir un papier à la demande de l’hopital/clinique le désignant (ou désignant quelqu’un d’autre mais j’imagine que ça sera lui) comme la personne de confiance qui devra décider si tu n’es pas en capacité de le faire.

      Posted by Shaya | 6 janvier 2013, 15:02
    • J’allais dire la même chose que Shaya : en général avant ton admission on te demande de remplir un papier désignant un tiers de confiance.

      Posted by Anna Musarde | 6 janvier 2013, 19:00

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