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Dans ma tête

Paris la bombayite

Paris est mon pèlerinage.

Certains retournent périodiquement à la Mecque ou dans les lieux de leur enfance, moi je retourne à Paris.

J’aime cette ville. De loin. (Un peu comme mon père)

Les premiers jours sont émerveillement mais rapidement pointe l’agacement et la certitude – renouvelée immanquablement à chaque passage – que jamais je ne pourrais y vivre.

 

Paris est un pèlerinage parce que chaque coin de rue est propre à refaire surgir en moi des souvenirs marquants crées depuis dix ans que je déambule périodiquement dans ses rues et les couloirs de son métro mais je n’y viens pas assez souvent pour que le quotidien ait dilué ses souvenirs dans le marasme des jours plats qui se succèdent.

Paris est un pèlerinage parce que ses souvenirs m’assaillent souvent sans que je m’y attende (Ooooh c’est là que j’aurais du manger une tarte au nutella mais il n’y en avait plus, oh c’est là que j’ai diné avec untel, oh c’est contre ce mur qu’un homme un soir m’a plaqué pour m’embrasser sauvagement, etc…), et compose ma ville. Que je dois faire avec ces reminiscences, vraiment prégnantes pendant quelques secondes, que je n’ai pas envie de voir s’étioler non plus sans pour autant avoir envie de les partager avec les personnes susceptibles de m’accompagner à ce moment-là.

Paris est un pèlerinage car j’y viens assez souvent pour me sentir complètement à l’aise dans cette ville et dans ses transports [la condescendance souvent insconciente des parisiens (ou assimilés) mais quasi récurrente envers les provinciaux concernant le métro me fait souvent hurler de rire (et grincer des dents). Certes je ne sais pas où me placer dans le métro pour être la plus près de la sortie ou pour changer le plus vite possible mais je n’ai pas besoin qu’on me dise quel métro prendre pour aller à tel endroit. Au pire je sais lire un plan et télécharger l’appli adéquate sur mon téléphone.] mais pas assez pour ne plus voir le beau sous la laideur et l’étonnant dans le normal, pour ne plus dans le métro m’étonner encore de ces carreaux de faience qui décorent nombre de stations et les trouver chouette, pour ne plus prendre le temps de déambuler nonchalamment dans les couloirs du métro lors d’un changement quand autour de moi tout le monde court parce que vite vite vite, pour ne plus avoir envie de prendre un métro (ou un bus) de terminus à terminus pour entendre s’égréner les noms plus ou moins connus et ce à quoi ils renvoient.

 

Paris est un pèlerinage car chaque fois elle me renvoie à quelque chose de nouveau …….

 

……………… et ce coup-ci j’ai trouvé que Paris avait un petit air de Bombay en fait!

La saleté et l’odeur nauséabonde qui l’accompagne, les cris le bruit et les klaxons, les gens importuns croisés à chaque coin de rue ou presque, les litres d’eau qui s’écoulent du ciel comme un rappel de la mousson (les 30° en moins), la foule comme une masse écrasante et compressante qui suffoque, les gens pauvres qui dorment dans la rue au milieu du bruit et du passage ce dont je me pense absolument incapable…

Quelque part dans l'un des quartiers les plus chics de Paris

 

Finalement je me dis que Paris n’est pas si loin de Bombay (pas en kilomètres).

 

Mais là où la pauvreté ne m’a finalement pas heurté en Inde tant elle me paraissait consubstantielle au pays, elle me gêne à chaque fois à Paris comme elle m’avait gênée à Bangkok. J’ai l’indignation à géométrie variable.

Discussion

4 Responses to “Paris la bombayite”

  1. Je m’inscris en faux : je suis parfaitement sure de n’avoir aucune condescendance vis à vis des provinciaux qui prennent le métro. Je suis juste amusée quand je les vois serrer fort leur sac sous leur bras comme s’il y avait des pickpokets planqués sous chaque banquette. Certes, lorsqu’un(e) provincial(e) déboule chez moi et semble un peu perdu(e), je lui indique le plus court chemin, mais c’est tout. J’estime qu’un adulte peut se débrouiller sans problème à Paris, c’est quand même pas la jungle 😉

    En plus, je n’ai jamais compris qu’on ne puisse pas s’y retrouver facilement, se perdre où se tromper de direction tellement les plans sont clairs et les panneaux nombreux dans les couloirs et sur les quais (alors que les plans des bus et tram d’Amsterdam, par exemple, au-secours hein).

    Posted by MaO | 22 mai 2013, 13:09
    • J’ai dit « quasi récurrente » mais pas systématique et effectivement tu fais partie des quelques parisiens qui n’ont jamais été condescendant avec moi concernant les transports.

      Posted by Shaya | 22 mai 2013, 21:45
  2. J’en reviens, une semaine et moi aussi la pauvreté de certains m’a vraiment affectée.

    Posted by valeriedehautesavoie | 31 mai 2013, 13:20

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