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Cogito

Parfum de haine

J’imagine que c’est l’avantage de marcher lentement tout en ayant le cerveau qui a retrouvé peu ou prou sa vitesse de croisière : on a le temps d’observer.

Voir ses détails du quotidien qui échappent à nos yeux le reste du temps.

Slow life.

 

C’est ainsi que j’ai remarqué ces tracts collés – et à moitié arrachés – sur quasiment tous les poteaux du quartier.

J’imagine qu’ils datent de la période électorale, propice aux déchaînements incontrôlés de passions et aux vérités à l’emporte-pièce.

Sur ces tracts donc il y avait écrit « Communisme : 900 000 morts. Pas de ça chez nous. »

Je ne suis plus sûre du chiffre inscrit, vous m’excuserez mais je ne suis pas certaine que ça change grand chose.

Ca m’a rappelé ces autres tracts collés un peu partout sur les poteaux de ma ville il y a quelques mois qui m’avaient profondément choqué : « Suisses, go home! ».

 

Pas de signature, aucun moyen de connaître la provenance de ces messages, la même façon d’utiliser un format publicitaire pour répandre son message : un slogan court, un placardage massif.

Bourrage de crâne.

Et la haine qui transpire du papier.

 

Je sais les périodes de crise propices à l’apparition de tensions, à l’exacerbation des rancoeurs, aux vérités partielles et partiales qui réconfortent, à la recherche désespérée d’un coupable.

Ce bouc-émissaire sur lequel on pourra déverser toute sa colère, toute sa haine. Qu’on pourra « faire payer ».

Même s’il en a toujours été ainsi de tous temps, voir des vérités fallacieuses car à tout le moins tronquées servir à exacerber la vindicte populaire m’inquiète.

Si on ne peut nier les morts en URSS liées aux exactions du régime peut-on faire une telle généralisation et une telle transposition chez nous? Ca me parait digne de la meilleure époque du maccarthysme. Et si on ne peut nier que dans mon département (j’imagine que c’est assez commun à toutes les régions frontalières de la Suisse) les loyers et le prix des logements (le niveau des produits aussi) explosent, c’est ne regarder qu’une partie du problème puisque tout cet argent permet aussi d’avoir un des départements les plus riches de France et les plus dynamiques économiquement (alors qu’en dehors du tourisme on n’a pas grand chose …).

 

Mais surtout j’ai l’impression de retrouver ce climat partout.

Dans la rue, dans les magasins, dans les salles d’attente, à travers le prisme de mon écran.

J’avais cru que cette aggressivité latente, ce mépris souverain, cette absence d’écoute, cette façon de vouloir imposer ses vues, cette manière d’humilier son interlocuteur et cet irrespect disparaitraient avec la cloture de la période électorale.

Je constate qu’il n’en ait rien. Toujours la même acidité crachée, toujours la même ambiance délétère.

Et je m’interroge … à quoi ça sert de vouloir démontrer qu’on est le tenant de LA vérité ultime quand il n’y a plus personne autour pour écouter?

 

Et surtout … La haine de l’autre, l’irrespect de l’autre, la négation de l’autre, ça mène où?

Discussion

4 Responses to “Parfum de haine”

  1. Magnifique billet… Tellement proche de ce que je ressens.

    Bonne journée à toi

    Posted by falconhill | 25 juillet 2012, 08:23
  2. Jung dirait que l’ombre existe grâce à la lumière. Nous avons besoin de savoir que l’ombre existe pour faire valoir la lumière. Les périodes de crise voient les peurs accrues. Produisons donc de la lumière. Continuons

    Posted by Yann | 25 juillet 2012, 10:06

A vous les studios

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