//

Cogito

Nous sommes tous des Picsou

Il est l'or mon seignor

Il est l’or mon seignor

Quand j’étais auxiliaire de vie j’avais remarqué un phénomène récurrent : ceux qui étaient les plus généreux avec moi, et je ne parle pas seulement du billet de 10€ glissé pour Noel (oui je sais techniquement c’est interdit mais comment tu fais pour refuser sans vexer quand vraiment ils y tiennent ?), mais aussi – et surtout ? – du thé ou du café offert tous les jours, des petits gâteaux qui l’accompagnaient, du jus de fruit frais en pleine canicule, et « si si asseyez vous 5mn pour vous reposer »; ces gens donc qui exprimaient leur générosité au quotidien par mille petites attentions étaient toujours des gens qui n’avaient pas tellement plus que moi et mes 600€ par mois de salaire. Des gens qui vivaient parfois dans des studios minuscules, pas adaptés à leur handicap, pour qui 10€ étaient une somme conséquente et qu’un paquet de café ou de gâteaux étaient une vraie dépense dans le mois.

Alors que les gens qui vivaient dans des maisons sublimes au bord du lac ou des appartements immenses en coeur de ville, qui valent des millions d’euros, qui se demandaient combien d’ISF ils allaient payer cette année, ceux-là n’ont jamais considéré qu’ils pouvaient peut-être me donner plus que le salaire (dérisoire vu l’importance et la dureté de ce métier) qui m’avait été accordé. Pas même un café ou un petit gâteau ou un simple verre d’eau quand il faisait 35°. Pourtant pour eux un billet de 10€ à Noël ou un paquet de café n’aurait représenté qu’une gouttelette de dépense supplémentaire invisible dans l’océan.

 

Certains voyages depuis ont confirmé cette impression que moins on a … plus on partage.

 

J’y pense beaucoup depuis quelques jours, depuis cette crise des réfugiés. Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle désagréable dans ma tête. Nous sommes, vous et moi, comme ces gens aisés, complètement terrifiés à l’idée de se déposséder ne serait-ce qu’un tout petit peu pour que d’autres possèdent un peu plus, vivent un peu mieux au quotidien, soient un peu moins dans un besoin absolu.

J’imagine qu’il est plus facile de partager en deux son quignon de pain quand on a que ça.

Nous sommes des Picsou jalousement assis sur notre tas d’or, enfermés dans notre coffre fort, terrifiés à l’idée qu’on vienne nous voler, choqués qu’on diffuse une photo quand le reste du monde est choqué de ce que la photo montre.

 

Et dire que plus de la moitié de nos concitoyens ne veulent pas que nous accueillons plus de réfugiés …

Discussion

6 Responses to “Nous sommes tous des Picsou”

  1. Ohlala. Merci pour tes mots si justes, une fois de plus….

    Posted by Floh | 3 septembre 2015, 14:26
  2. Je me pose la question tous les jours. Ne devrions nous pas aider des compatriotes/des migrants/des SdF et les accueillir chez nous, dans notre grande maison, ou nous sommes nombreux, mais la place ne manque pas. Oui, mais le bureau, avec la cheminée, c’est là que je lis et à côté de notre chambre. Oui, mais le salon du haut, c’est celui des enfants. Et la chambre de Camille, qui est au pensionnat, c’est la chambre de Camille. Oui, il y a les dépendances, la grange et l’atelier, mais il n’y a pas l’eau et vu qu’on a plus de travail, on arrête les travaux…Bref, même quand ça allait bien, nous n’étions déjà pas généreux, le serons-nous dans notre dégringolade ? Quel enfant mort, quelle tragédie faut-il pour que nous prenions conscience que nous sommes liés indubitablement par notre humanité ?

    Posted by MALICORNE (@Malicorne92) | 4 septembre 2015, 02:12
  3. encore une fois, tu engages les réflexions que parfois l’on repousse… Comme Malicorne, j’y pense, puis j’oublie, prise dans le quotidien.
    Mais ces personnes elles n’oublient pas.
    Et il va bien falloir y penser sérieusement, trouver des solutions…

    Posted by carreaux | 4 septembre 2015, 23:20

A vous les studios

Shaya ailleurs …

~ Tumblr : Books and Boobs

~ Tumblr : Point Vernis

L'instagram de Shaya

Previously

décembre 2017
L M M J V S D
« Nov    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

D’où viens-tu?