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Cogito

Notre responsabilité commune d’internautes ?

(Au départ je voulais écrire une partie de ceci sur Ello, sachant que ma visibilité sur ce réseau social y est moindre, que je vais écrire quelque chose un peu à contre courant du discours habituel et que je bénéficie là bas d’une grande bienveillance. Mais il faut avoir le courage de ses convictions alors ça sera ici. Néanmoins je vous rassure, je ne compte pas faire ça trop souvent.)

 

Depuis quelques mois se multiplient les discours mettant en cause internet dans la radicalisation islamiste et la propagation de théories complotistes mais aussi dans la libération d’une parole raciste et/ou antisémite.

Ça a notamment été le cas après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-cacher, par des politiques qui ont probablement été plus que maladroits dans le lien qu’ils ont fait entre ces événements et internet, révélant leur méconnaissance profonde (ou leur incompréhension) au passage.

Évidemment les réseaux sociaux n’ont pas manqué de relever ça d’un seul homme, ainsi que d’appuyer le fait que les médias disaient que tout ce petit monde s’était radicalisé en prison, et donc de rejeter d’un bloc la mise en cause d’internet dans ces événements … et par conséquence dans les autres.

J’ai été déçue de cette attitude générale, et j’ai trouvé ça un peu facile.

 

Peut-être que les responsables des attentats de début janvier n’ont jamais eu besoin d’internet pour se radicaliser (et peut-être qu’après la prison, ils sont passés par la case internet pour poursuivre leur embrigadement ? Avant la case « terrain ». Mais comme les médias ne le disent pas ohlalalala c’est sur jamais ils n’ont eu aucun contact avec internet) mais je trouve difficile de faire fi des témoignages de plus en plus nombreux de parents (et des spécialistes travaillant sur cette question) dont les enfants ont été soit approchés directement par internet (facebook notamment mais ce n’est pas le seul moyen à priori) soit par une personne physique qui les a ensuite conduits sur des sites appropriés pour leur laver le cerveau au point qu’ils ont décidé de tout quitter pour aller faire le djihad en Syrie.

Je trouve également difficile de faire comme si plusieurs hashtags nauséabonds ne s’étaient pas répandus sur Twitter depuis plusieurs mois (j’ai en mémoire #UnBonJuif mais il y en a eu bien d’autres). De même qu’il est difficile d’ignorer les propos haineux qui se répandent sur la toile que ce soit sur des blogs, sur des sites plus installés ou sur les réseaux sociaux. De même qu’il est difficile de faire comme si la propagande djihadiste ne maîtrisait pas à la perfection les outils et les codes d’internet, répandant vidéos d’exécution plus proches du film à gros budget d’Hollywood ou du jeu vidéo que de l’horreur que ces actes devraient vraiment inspirer.

Tout ce que nous constatons tous par nous-mêmes, toutes ces alertes envoyées par des gens qui travaillent au quotidien sur ces sujets, tout le monde se tromperait et non non non internet n’aurait vraiment rien à voir avec tout ça ?

Je le répète : c’est un peu facile, non ?

 

Nous sommes bien d’accord, internet est un média, un vecteur. La parole crée ailleurs s’y libère parce que l’anonymat le permet, le sentiment de liberté inhérent à internet (et donc d’impunité) fait sauter le pas mais il serait peut-être temps que nous réfléchissions à sa viralité (non négligeable) et que si la pensée s’y libère elle peut aussi … s’y créer. S’y répliquer tout du moins, j’ai du mal à croire que tous les gens qui déversent leur haine des autres l’avaient forcément en eux avant.

Nous sommes bien d’accord aussi que les réponses politiques n’ont jusque là jamais été adéquates, révélant à quel point internet est un outil qu’ils ne maîtrisent pas ou mal et dont les potentialités leur restent par trop inconnues. Mais justement j’aurais aimé que face à des politiques à côté de la plaque, au lieu de se contenter de rejeter collectivement la faute d’internet dans tout ça, les internautes (surtout ceux qui ont les connaissances techniques suffisantes) deviennent force d’explications et de propositions parce que ça risque de devenir de plus en plus difficile de se voiler la face.

Discussion

9 Responses to “Notre responsabilité commune d’internautes ?”

  1. Le problème, c’est que même si de bons techniciens aguerris au lobbying (type la quadrature du net) essaient de faire bouger les choses dans le bon sens, ils sont globalement incompris des dirigeants politiques. J’avais lu un article qui expliquait qu’à l’ENA on continuait encore maintenant à expliquer aux jeunes élèves qu’Internet c’était le mal, et qu’ils n’y étaient pas du tout formé à tout ce que cela pouvait apporter. Du coup, je doute que nos dirigeants politiques réussissent à en comprendre réellement l’utilité, pour ensuite mieux lutter contre Facebook et compagnie pour leur faire comprendre que mieux gérer les propos racistes serait bénéfique pour tout le monde.

    Posted by Elizabeth | 24 février 2015, 08:41
  2. Je ne suis pas sûre d’avoir les neurones suffisants pour être constructive dans ce débat au demeurant fort intéressant et pertinent, par contre une chose me vient spontanément à l’esprit là, c’est le facteur « journalisme ». Qui eux maîtrisent à merveille les réseaux de tout genre (Facebook, twitter et j’en passe), qui savent parfaitement s’en servir, qui voient forcément passer tout ce que tu mentionnes et qui pourraient faire le lien, et convaincre les politiciens dépassés…
    La vraie question est: le peuvent-ils, le veulent-ils, peuvent-ils avoir un réel poids et aider à changer les choses?

    Posted by Floh | 24 février 2015, 10:18
    • Je ne suis pas certaine du tout que les journalistes aient envie de s’impliquer pour faire évoluer les choses même s’ils utilisent et maîtrisent les réseaux sociaux. Je crois qu’il y a une certaine habitude du « détachement » contraire à cet engagement.

      Posted by Shaya | 24 février 2015, 21:42
  3. Je pense qu’il y aurait beaucoup à dire, mais pour moi le sujet essentiel est tout de même l’éducation : on colle les gosses devant les écrans sans réfléchir ni les informer un minimum, et on s’étonne de voir qu’ils se font avoir de plein de manière possibles (celle que tu cites mais aussi le cyber harcèlement par exemple).
    Tout ne se résout pas par l’éducation, mais on pourrait tout de même commencer par là.
    De fait les parents et les profs dans leur majorité s’estiment incompétents, donc ils laissent les jeunes à eux-mêmes, ce qui en l’occurrence n’est pas forcément la meilleure compagnie.

    Posted by Anna Musarde | 24 février 2015, 18:09
    • Je t’avoue que cette question de l’éducation me laisse perplexe. Je ne peux ni te dire que oui ni que non.
      Parce que si on ne parle que des jeunes partis en Syrie, il y en a qui viennent de « bonnes familles » comme on dit avec une bonne éducation à priori et des parents présents.
      D’après ce que j’ai compris, la seule « constante » qu’on réussit à dégager ceux qui se confrontent à ça c’est que ce sont des jeunes avec une « fragilité ».

      Néanmoins si on limite l’accès à la haine, aux discours lavant le cerveau etc. ça éviterait que ceux laissés face à ça, tombent dedans non ?

      Posted by Shaya | 24 février 2015, 21:46
      • Ben justement, même dans les « bonnes familles » on laisse les enfants se dépatouiller avec leur usage d’Internet.
        Les barrières d’escaliers sont utiles pour les enfants trop petits pour comprendre le danger, mais au fur et à mesure qu’ils grandissent il faut bien les faire sauter et qu’ils se confrontent au danger de la chute. C’est à ça que sert l’éducation, justement.

        Posted by Anna Musarde | 25 février 2015, 12:06
  4. Bien d’accord avec toi. Ceci dit, le terrain est miné et peut ouvrir la voie à des abus pour une sécurité qui ne sera jamais garantie à 100%.
    Les politiques au pouvoir ne se sont intéressés qu’au volet commercial du net, surtout pour contrer le peer to peer, montrant par là qu’ils n’avaient rien compris.

    Posted by des pas perdus | 24 février 2015, 20:24
    • Oh oui le terrain est miné et la tentation de la restriction des libertés grande (appuyée par les sondages qui vont bien) c’est d’autant plus pour ça que je pense que les usagers devraient se mobiliser pour éviter des réponses simplistes et à côté de la plaque par des décideurs trop néophytes.

      Posted by Shaya | 24 février 2015, 21:50

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