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Cogito

Nos non-actions

J’ai enfin trouvé le temps, et le courage, de regarder ce documentaire diffusé mardi dernier (dépechez vous il ne vous reste que 2j pour le voir) sur les parents qui maltraitent (et tuent) leurs enfants et comment notre société regarde et réagit.

J’ai aimé que ce documentaire prenne le temps d’interroger nos actions de témoin indirect (toujours indirect, sauf à être complice ou partie prenante) quand nous doutons que quelque chose ne tourne pas rond.

Ou plutôt nos non-actions.

 

Je sais ce que c’est que de se retrouver dans cette situation de craindre des maltraitances contre un enfant sans certitude, sans preuves tangibles. Je sais les doutes, la culpabilité, l’impression de s’immiscer là où on pense ne rien avoir à faire, la peur de faire plus de mal que de bien, le sentiment de solitude et surtout de ne pas savoir à qui s’adresser.

A l’époque le 119 n’existait pas, j’étais étudiante et dans une phase inédite de solitude extrême. Et je n’étais même pas sûre de ce que je pouvais / devais faire. Un cours d’éthique qui tombait fort à propos m’a aidé à savoir ce que je ne connaissais pas, à commencer par savoir que je devais faire ce signalement par obligation légale.

 

Depuis, malheureusement, j’ai été confrontée souvent – trop souvent – à ces questionnements liés à la maltraitance. Plus jamais par rapport à des enfants. Ce qui n’empêche ni les questionnements, ni les signalements qui doivent être fait.

On parle souvent, et c’est normal des maltraitances envers les enfants. On commence à parler de celles envers les personnes âgées (et c’est une bonne chose!). Mais le code pénal prévoit que toute maltraitance sur un adulte dit vulnérable soit dénoncée. Et par vulnérable on entend : âgé, malade, infirme, enceinte ou souffrant d’une déficience psychique ou physique.

Ca tombe bien des gens qui cumulent maladie, âge avancé, infirmité et parfois déficience psychique/physique (rayé les mentions inutiles), j’en croise un paquet au travail.

(Enceinte … non, moi j’en vois pas. Mais sachez le bien, si c’est compliqué de faire bouger les autorités pour une femme battue qui refuse de porter plainte pour peu qu’elle soit enceinte, là légalement c’est plus facile)

Et des suspicions de maltraitance.

 

Ce n’est pas plus facile de faire un signalement pour un adulte que pour un enfant. Pas moins culpabilisant, pas moins de doutes, pas moins de peurs.

Pas moins de gens qui s’y opposent parce qu’on n’est pas sûrs, et même quand on est quasiment sûrs en fait parce que « c’est compliqué ».

Et oui c’est compliqué, ça l’est toujours.

 

Dans le documentaire un avocat dit que les gens quand ils doivent (devraient?) faire un signalement pensent toujours aux troubles qu’ils vont créer dans une famille etc… au lieu de penser aux enfants qu’il faut sauver.

Là aussi pour les adultes c’est pareil.

 

Et c’est comme ça qu’on ne fait rien.

Discussion

2 Responses to “Nos non-actions”

  1. Il m’est aussi arrivé de ne pas voir la maltraitance. Le choc quand la collègue annonce que, tu sais Madame *** a pris ses gamins sous le bras, ils ont quitté le domicile, Monsieur les battait à coup de ceinture. Quoi? Madame ***? Mais j’ai eu son fils Bidule y’a 2 ans et j’ai jamais rien soupçonné! Et Madame *** même si elle parlait super mal français, avait toujours un sourire quand je lui disais que son gamin était sérieux et l’un des plus agréables de mes élèves, drole en plus le gamin, avec un humour très fin…
    Et moi j’ai rien vu, même pas soupçonné le moindre truc, j’aurais pu accélérer les choses, que ça se fasse 2 ans plus tôt…

    Posted by poulpynette | 28 avril 2014, 08:23
    • Je ne jette jamais la pierre à ceux qui n’ont pas vu. Ni enseignants, ni professionnels des services sociaux. Parce que je crois qu’il y a des gens qui le cachent vraiment très bien. Et qu’a posteriori c’est facile de reprocher de n’avoir rien vu.

      Posted by Shaya | 28 avril 2014, 10:57

A vous les studios

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