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Cogito

Nommer

Avis de tempête

 

J’avais dit que j’essayerai de ne pas trop en parler ici et je me retiens depuis des mois d’aborder le sujet, mais il faut que je trouve un nouveau mot, un nouveau nom.

(et vous pouvez m’y aider si vous voulez, vos suggestions sont les bienvenues)

 

Jusque là je l’appelais fatigue. Fatigue même, avec la majuscule. Voire FAAAAATIIIIIIIIGUE.

Et ce nom ne convient pas. Parce que quand je dis aux autres que je suis fatiguée, ils voient la fatigue qu’ils connaissent. Celle qu’on expérimente après une nuit trop courte ou qu’on n’a pas eu de vacances depuis trop longtemps. Celle qui consiste en 2-3 bâillements pendant la journée. Celle qui passe avec une (ou deux ou trois) bonnes nuits de sommeil, ou une sieste, voire même une bonne semaine de vacances.

Et ils me disent de me reposer, ils me disent de dormir, ils me disent qu’ils espèrent que ça va passer rapidement. Ils pensent bien faire je le sais, ils se fient à ce qu’ils connaissent, à leur fatigue, à celle qu’ils ont eu l’occasion d’expérimenter dans leur chair, celle qui n’est là qu’occasionnellement et qui passe aussi vite qu’elle est venue … s’ils savaient comme je les hais quand ils font ça.

 

Parce que moi ma fatigue c’est une chape de plomb sur l’ensemble de mon corps dès que je me lève, même après une nuit de 9h de bon sommeil, même après 10 nuits de 9h de bon sommeil. Depuis qu’elle s’est installée, elle est là tout le temps, toute la journée, tous les jours, toutes les heures. Elle ne s’en va jamais, elle ne me laisse aucun répit. Même quand je me repose, même quand je fais la sieste, même quand je suis en vacances depuis 15j. Même quand je fais ça, elle ne s’améliore pas. Elle ne s’améliorera jamais.

Quand je me repose c’est soit pour conserver un peu d’énergie (économiser mes « cuillères« ) pour « après » car il y a autre chose à faire plus tard, soit que je ne peux plus faire autrement parce que je n’ai plus la moindre goutte d’énergie.

Et cette chape de plomb devient de plus en plus pesante au fil des heures de la journée au point que faire à manger le soir est au delà de mes forces, au point que parfois le soir quand je conduis je me dis que je suis un vrai danger tant mes réflexes sont ralentis, au point qu’en fin de journée j’ai l’impression d’avoir perdu 20 points de QI tellement je n’arrive plus à réfléchir ou alors seulement de travers. Cette fatigue me liquéfie le cerveau et me ronge la moelle. Quand je me lève, mon tableau de bord m’indique que je suis déjà sur la réserve question énergie, à la fin de la journée, je suis en panne sèche.

 

Ça fait 5 mois que je la subis cette fatigue, ça commence à faire et ça n’est pas fini … Alors ma fatigue c’est aussi me demander si je vais pouvoir continuer à travailler à temps plein et combien de temps et comment je vais faire quand je ne pourrai plus; c’est prendre sur moi pour ne pas pleurer de fatigue le matin, le soir et aussi tout le reste de la journée parce que c’est la seule chose que j’ai envie de faire mais que ça ne m’aidera pas. Ma fatigue c’est prendre sur moi – et y laisser beaucoup d’énergie – pour ne pas hurler et insulter mon entourage qui n’y est pour rien, tellement je suis fatiguée justement ou parce qu’il me demande un effort mineur… pour eux mais énorme pour moi. C’est trop souvent manquer d’énergie pour les autres et en culpabiliser à mort. C’est être très égocentrée et en culpabiliser tout autant. C’est imposer des choix à son entourage qu’on aurait préféré éviter de leur imposer (et à soi aussi). C’est se demander si on arrivera à remplir ses obligations et ses engagements, savoir qu’on va devoir se plier à certains et qu’on va le payer chèrement. C’est accepter d’aller dîner un soir avec un ami en se demandant si on ne sera par trop fatiguée pour ça et si on ne va pas le planter au dernier moment. C’est y penser et en souffrir tout le temps tout en essayant (vainement en général) de ne pas parler que de ça aux autres et de ne pas que s’en plaindre.

 

Vivre avec cette fatigue c’est comme avoir un budget de 500€ par jour et avoir 700€ d’achats à faire. Parfois il y a des achats que je diffère au lendemain, et parfois je me mets à découvert et j’en paie les conséquences plus tard.

Alors pour peu qu’on y rajoute une mauvaise nuit de sommeil ou un événement fatiguant pour n’importe qui, c’est carrément l’apocalypse.

 

Les médecins appellent ça « asthénie » mais ça ne me va pas, ça ne parle à personne d’autre qu’à eux. Moi je l’appelais « fatigue » mais ça ne me va pas non plus.

Il faut pourtant que je lui trouve un nom, un nom qui dise …

Discussion

5 Responses to “Nommer”

  1. L’épuisement, dans sa définition initiale d’après Le Larousse « Action d’épuiser, de mettre à sec, de stériliser, d’user jusqu’au bout ou de s’épuiser ; fait d’être épuisé, tari : Vendre la marchandise jusqu’à épuisement du stock.
    État de quelqu’un dont les réserves nutritives ont été consommées ou dont le tonus nerveux est très réduit ; faiblesse extrême : Les naufragés sont dans un état d’épuisement total. » me paraît correspondre assez. Mais ce terme aussi est malheureusement galvaudé …
    Après des mois de sommeil catastrophique, je reconnais, bien que de façon forcément très atténuée en regard de ce que tu traverses, certain de ses effets. Je compatis, vraiment. Prends soin de toi. Je t’embrasse.

    Posted by Quine | 20 mai 2018, 10:59
    • Le problème c’est que le mot épuisement contient une part d’emphase émotionnelle que je ne veux pas, je voudrais un terme neutre (comme asthénie) mais qui parle à tout le monde.
      Merci beaucoup pour la compassion et les bisous 🙂

      Posted by Shaya | 20 mai 2018, 12:06
  2. « Être à bout de réserve » ? Épuisée, exténuée, risquent de poser le même problème, ils sont trop utilisés, même si ce seraient les bons termes. Harassée ? Brisée de fatigue ?
    En tout cas, je me rends compte que j’ai pu faire partie de ces personnes qui ne comprenaient pas à quel point cette fatigue est profonde et espère ne pas avoir été trop à côté de la plaque dans mes réponses parfois. Je te fais un gros câlin ! Ça ne repose pas mais on n’a jamais trop de gros câlins.

    Posted by Lizly | 20 mai 2018, 11:30
    • C’est ce que je dis à Quine si j’utilise un de ces termes, appropriés dans les faits, tout le monde va se mettre à courir dans tous les sens en hurlant « ohlalalalala mon dieu Shaya se sent épuisée qu’est-ce qu’on peut faire » et ça va plus me fatiguer d’avoir à gérer cette réaction émotionnelle qu’autre chose. Je voudrais quelque chose qui soit dénué de tout aspect émotif. Enfin exténuée me plait assez, je vais peut-être tenter avec celui-là.
      Et tu fais partie des gens qui n’ont jamais été à côté de la plaque <3
      Et comme rien ne repose, autant profiter des gros câlins 😀

      Posted by Shaya | 20 mai 2018, 12:10
  3. Quand ça m’arrive (pour d’autres raisons que les tiennes, pb d’assimilation du fer ) je dis tout simplement que je n’ai plus de forces.

    Parce que effectivement, si je dis que je suis fatiguée, ou épuisée, on me réponds « repose toi bien, ensuite ça ira mieux » (->non).

    Posted by MaO | 20 mai 2018, 20:21

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