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Dans ma tête

Nan mais laissez moi, nan mais laissez moi, manger ma banane

Je sais que ma soeur essaye de tomber enceinte. Enfin … elle me l’avait dit pendant notre voyage en Guadeloupe et mon beau-frère l’avait confirmé indirectement « on attend que ça prenne ».

Et … manifestement ça ne prend pas puisqu’elle ne m’a toujours pas appelé pour m’annoncer une bonne nouvelle. Moi je ne pose pas de questions, je me refuse à mettre sur ses épaules une pression supplémentaire, je ne doute pas que le reste du monde s’en charge très bien pour moi étant donné les propres pressions que je subis.

 

« Alors Shaya tu nous fais quand un bébé? Non parce qu’il y a encore une étude qui est sortie qui dit que la meilleure période pour avoir des enfants c’est entre 25 et 30 ans »

C’est le problème du monde médical, ça donne l’illusion à certains que parce qu’ils portent une tenue blanche ils peuvent tout dire et se mêler de tout sans aucune gêne. Je sais bien que la meileure période pour avoir des enfants c’est entre 25 et 30 ans, je les connais les études scientifiques. Mais pas de bol, je suis le parfait contre-exemple de ces putains de statistiques, je suis dans la période soi-disant idéale et en fait je suis déjà non-fonctionnelle. Hop périmée, réformée pour le service. Poubelle.

J’aimerais répondre la vérité à cette question au lieu d’esquiver lâchement mais pour l’instant je n’y arrive pas. Pas encore. Alors lentement je polie mes balles dans ma tête, j’en renforce le blindage, j’en démultiplie l’impact et les dégâts pour que le jour où je tirerai enfin, elles leur explosent à la figure avec toute la violence que je souhaite.

 

Et bordel qu’on me lâche la grappe, l’utérus et les ovaires avec ça.

Qu’on NOUS (les femmes) lâche la grappe avec ça. On le sait, à force qu’on nous le rentre dans le crâne à la masse d’arme, que « les femmes font des enfants de plus en plus tard et c’est mal, qu’il faut les faire avant 30 ans ». ON LE SAIT.

Mais nous faire croire que c’est simple un enfant, que ça l’est toujours, mais quelle connerie.

Oh oui je sais bien sur, qu’il y a plein de femmes qui tombent enceintes facilement en jouant avec le sabre laser de monsieur, et même plein qui ne veulent pas que ça leur arrive.

Et puis il y a toutes les autres. Toutes celles qui n’arrivent pas à tomber enceintes quelque soit leur application à jouer souvent avec un sabre laser. Et toutes celles qui pourraient physiologiquement tomber enceintes mais qui ne se le permettent pas, parce qu’un enfant c’est quand même mieux quand ça se fait à deux et/ou qu’on a les moyens financiers et la stabilité de pouvoir l’assumer.

Et il y a celles qui ne veulent pas d’enfant. Jamais.

 

Un jour que Collègue-Crétin me demandait pour la 150e fois de la matinée si j’étais enceinte (à croire qu’il veut se proposer pour être le père), quelqu’un lui a dit d’arrêter de poser cette question sans arrêt à toutes les femmes du service. Qu’un jour il tomberait sur quelqu’un qui ne pourrait pas avoir d’enfant et qu’il le prendrait en pleine tête. Je me suis mordue la lèvre pour ne pas réagir mais OUI BON SANG OUI! Vous ne pouvez pas savoir quand vous posez cette putain de question à quelle catégorie de femmes vous avez affaire et si vous n’allez pas sauter cruellement à pied joint sur une blessure purulente.

Il serait temps que le reste du monde arrête de penser que notre utérus est l’affaire de tous et que s’abstenir de s’en enquérir s’apparente drôlement à du respect. A ce que je sache on est parfaitement apte à communiquer dessus de notre propre initiative.

 

(Oui je sais j’avais déjà écrit ça dessus l’année dernière. Fou comme les perspectives ont changé depuis…)

Discussion

14 Responses to “Nan mais laissez moi, nan mais laissez moi, manger ma banane”

  1. A croire qu’on est que des machines à faire des gosses ! Merde à la fin !
    Je ne m’étendrai pas plus, parce que tu as très très bien des mots sur ce que je ressens. Je rajouterai juste : laissez nous tranquille bordel de merde de pompe a chiotte !

    Posted by sushiesan | 4 décembre 2013, 07:54
  2. Parce que je ne voulais pas spécialement d’enfant, parce que les hasards de la vie ont fait sur j’en ai eu un quand même, le fait de ne plus pouvoir en avoir suite à un traitement un peu hard (chimio) n’a pas été traumatisant pour moi. plutôt une sorte de soulagement. Aussi, lorsque les gens bien intentionnés me demande « c’est pour quand le 2ème ? faut se dépêcher maintenant (ta goule j’ai 24 ans, sisi, ahem…) j’adore balancer en retour avec un air navré et presque larmoyant que je suis stérile. C’est jamais moi la plus génee gniak gniak gniak.

    (exactement comme lorsque qu’on le demande, en regardant mon ventre qui n’est que balloné « c’est pour quand ? c’est pas trop fatiguant ? » et que je réponds avec un air étonné « Je suis pas enceinte, je suis juste grosse « . j’adore. )

    Posted by Mao | 4 décembre 2013, 10:03
  3. Pendant ce temps, j’attends que ma femme accouche (c’est imminent), et je suis stressé comme un fou 🙂

    j’ai adoré ton billet en tous cas.

    Bisous et à bientôt

    Posted by falconhill | 4 décembre 2013, 10:50
  4. Amen. Qu’on nous lâche les ovaires !

    Posted by Anna Musarde | 4 décembre 2013, 11:07
  5. Une année scolaire passée, une collègue remplaçante à l’année m’avait confié essayer d’avoir un enfant sans succès depuis de longs mois. Plusieurs fois, nous avions été les cibles de nombreuses remarques. Je suppose que ce sont mes réactions toujours vives qui l’avait poussée à me parler à moi plutôt qu’à d’autres. Toujours est-il qu’à partir du moment où j’ai su, j’ai tenté, avec mes maigres moyens, d’être son bouclier, attirant sur moi les remarques et les questions pour les lui épargner dès que le sujet dérapait là dessus.
    J’ai eu des nouvelles d’elle, indirectement, il y a peu. Elle n’a toujours pas d’enfant. Elle n’est plus avec son compagnon également. La faute à cette grossesse qui ne s’est jamais faite ? Je n’en sais rien. Peut-être. Peut-être pas. Peut-être en partie.

    Parfois, j’ai envie de renvoyer les gens face à cette intrusion en balançant « Et bien maintenant qu’on a appris que je suis stérile, on commence à réfléchir à l’adoption mais sans conviction… » ou « Ecoute, d’abord je me remets de ma fausse couche et ensuite, on réfléchira à se relancer » ou d’autres choses dans ce genre. Ce qui me retient c’est davantage une forme de respect pour les gens qui ne peuvent réellement pas avoir d’enfant, celles qui ont vécu des fausses couches… que celui de mon interlocuteur. Quelque chose me dit que je n’ai pas à jouer avec ça.

    Mais ça me démange de leur faire exploser dans la figure qu’il s’agit de ma putain de vie privée, intime. De celle de chaque femme, de chaque homme, de chaque couple à qui ont rabats les oreilles. Et que personne n’a à intervenir là dedans.

    grrrr, voilà que je m’emporte ! Mais ce n’est pas la première fois qu’on aborde ce sujet et tu sais déjà si bien ce que j’en pense… Il faudrait faire une campagne sur ça !

    Posted by Lizly | 4 décembre 2013, 13:38
    • He ben je suis assez partante pour qu’on fasse une campagne là dessus avec pour slogan : lâchez-nous les ovaires 😉
      J’ai de la chance, ma famille est super respectueuse pour le coup. C’est à moi que ma belle-mère demande si ma soeur essaye de faire un bébé ou pas, pas question de lui poser la question directement.

      Posted by Shaya | 4 décembre 2013, 21:10
      • Tu vas dire « jamais contente » et tu auras peut-être raison, mais je ne trouve pas ça mieux d’essayer d’aller se renseigner derrière son dos. Si ta soeur voulait en parler, elle le ferait, si elle ne le fait pas, qu’on lui lâche les ovaires !

        Posted by Anna Musarde | 5 décembre 2013, 12:21
        • Oh non je suis plutôt d’accord avec toi. Mais à choisir je préfère qu’on me pose la question à moi (question à laquelle je vais répondre que je ne sais rien) qu’on lui mette la pression à elle.

          Posted by Shaya | 5 décembre 2013, 13:45
  6. J’ai du mal à concevoir que les gens se permettent de dire aux autres comment vivre leur vie. La patronne d’une cousine, qui avait du prendre un long congé pour sa première fille (grossesse pathologique) lui avait dit « surtout, avant de faire le 2ème, vous m’avertissez hein! ». Elle a envisagé de lui téléphoner à chaque fois qu’elle voudrait faire un calin à son copain mais c’était pas toujours à des heures décentes.
    Je ne sais pas si j’ai vécu parmi des gens particulièrement respectueux qui considéraient que mon système reproductif ne les regardait pas, si c’est parce que plusieurs cousins ont des soucis de ce coté qu’on est sensibilisés à ce sujet, ou si c’est juste normal et que vous êtes juste tombées sur des abrutis indélicats qui confirment la règle.
    Pour répondre à Anna Musarde, j’ai une cousine en plein parcours de FIV (5 ans d’essai pour avoir sa première fille, là ils en voudraient un 2ème), je n’ai jamais osé lui en parler directement, lui demander où ça en était, mais je sais qu’elle parle beaucoup à ma mère, sa marraine, alors c’est à elle que je demande des nouvelles. J’ai aussi eu du mal à lui annoncer ma grossesse, je savais qu’elle essayait en même temps. Mais elle était vraiment contente pour moi et elle adore voir ma fille.

    Posted by poulpynette | 5 décembre 2013, 23:31

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