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L'enfer c'est ... les autres

Mais enfin … c’est juste une plaisanterie!

L’autre soir en raccompagnant une patiente, je croise un collègue qui rentre de vacances. Mutuellement ravis de se voir il me prend dans ses bras et me dépose sur la joue un baiser sonore.

Après ça en riant ma patiente me dit « vous êtes entourée d’hommes ». Deux autres hommes étaient passés me voir pendant que je m’occupais d’elle.

Et pourtant non, je travaille dans un univers essentiellement féminin. Et je suis ravie d’avoir ces hommes avec qui je travaille et je m’entends bien, véritable bouffée de testostérone au milieu des oestrogènes.

 

France 2 a diffusé un reportage mardi en 2e partie de soirée sur le harcèlement sexuel.

Je ne peux que vous invitez à le regarder – même s’il a été tourné sur un registre éminemment empathique mais des fois ça fait du bien de se prendre une grande claque dans la figure – ne serait-ce que parce qu’il montre très bien les mécanismes de négation de ce que vivent les victimes … très similaires à ce que vivent les victimes de viol : « si elle n’a pas dit non c’est qu’elle était consentante! »

Sans parler du « je n’ose même plus réconforter quelqu’un dans l’affliction, j’ai trop peur que ça passe pour du harcèlement! » …

Mais bien sur! Comme si on avait des gestes tactiles (et susceptibles d’être ambigü) avec des gens dont on n’était pas proche!

J’ai laissé mon collègue me prendre dans ses bras parce que je voulais bien qu’il le fasse. (Accessoirement le geste n’était en rien déplacé)

Ce n’est pas du harcèlement sexuel (en plus c’est pas mon supérieur), on a développé une relation amicale, on n’est plus que des collègues. D’où le geste. Sans ça … point de salut.

Donc non je ne crois pas que ça puisse arriver souvent qu’un geste de réconfort ou un plaisanterie (c’est une excuse avancée dans le docu aussi) soient pris pour du harcèlement sexuel par erreur. Souvent qu’en général devant les tribunaux il faut apporter des preuves matériels (mails, sms etc…) pour démontrer qu’il y a eu harcèlement.

Et pas l’inverse.

 

Je me souviens lors de l’affaire DSK de tous ces gens qui poussaient des cris d’orfraie que ohlalala mais mon dieu en 2011 dans un pays occidentalisé ya encore des femmes qui sont considérées comme des proies! Mais ohlalalala!

Et de me dire « mais dans quel monde ils vivent bordel??? »

Je travaille dans un monde essentiellement féminin – ce qui me met relativement à l’abri d’être confrontée au harcèlement sexuel – et pourtant pendant mes études j’ai été confrontée essentiellement à un univers masculin. Sur 8 stages, j’ai eu 6 maîtres de stages hommes.

Ca s’est toujours bien passé avec mes maîtres de stage masculins (j’ai même failli tomber amoureuse de l’un d’eux … mais bon marié et père d’un enfant il n’était pas certain que tout plaquer soit une bonne idée …) (le drame de ma vie) mais j’ai eu l’occasion souvent de voir pendant mes stages qu’il aurait pu en être tout autrement si ça n’avait pas été ces hommes là.

 

Il y a eu ce gardien qui m’invitait dix fois par jour à le rejoindre dans sa loge en faisant diverses propositions salaces, qui disait à mon maitre de stage qu’il aimerait bien être à sa place pour profiter de la stagiaire avec force clins d’oeil super subtils … Et je n’ai jamais rien répondu moi directement. Parce que j’étais stagiaire. Parce que je me disais que je devais me faire des films. Je ne m’en faisais pas tant que ça puisque mon maitre de stage ancien boxeur ne m’a jamais laissé seule à devoir affronter ce gardien.

Il y a eu ce stage en milieu pénitentiaire où j’étais hyper stressée à la base déjà, où on m’avait autorisé l’accès à la partie féminine ET masculine de la prison mais j’avais été brieffée sur ma tenue donc moins sexy j’ai jamais été et pourtant pendant tout le stage j’ai été relancée continuellement par … les surveillants pénitentiaires au point que mon maître de stage a fait courir la rumeur qu’il couchait avec moi pour que j’ai un peu de répit. (Mais là au moins je les rembarrais. Gentiment mais je les rembarrais.) Pourtant lui jamais le moindre geste, parole, regard déplacés envers moi.

Des exemples comme ça j’en ai des tas.

Mais plus que tout ce que j’ai vécu en stage, il y a ce souvenir d’un de mes premiers jobs étudiants. Ce gars qui dans la réserve m’avait balancé « j’vais t’baiser » et autre remarque du même acabit, et à qui je n’ai jamais rien eu le courage de dire. Pourtant j’avais des témoins. Mais je savais que c’était temporaire, que les autres me protégeraient en évitant que je sois seule.

Alors ces femmes qui ne disent pas non, pas vraiment, pas bruyamment, je les comprends. Je comprends la honte, la peur, la pudeur.

 

Et je suis bien contente parfois de bosser dans un univers féminin.

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