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Dans ma tête

L’idée d’être grosse

Je me souviens très bien du jour où s’est incrusté dans ma tête l’idée que j’étais « grosse ».

 

J’étais à l’école primaire. En classe de CE2 ou de CM1, je ne sais plus. Si je voulais je pourrais retrouver.

C’était le jour de la photo de classe. Je portais un gilet beige et une jupe rose, j’avais une coupe de cheveux horrible (une espèce de coupe au bol) et des socquettes avec mes sandales. J’étais sur le côté droit du groupe, devant comme toujours vu ma taille. Ma meilleure amie de primaire était à côté de moi.

Je me souviens qu’elle m’a dit de rentrer le ventre pour que j’ai l’air moins grosse sur la photo.

J’ai rentré le ventre comme elle me l’avait dit.

 

Oui si je devais dater le moment où s’est imprimé dans ma tête l’idée que j’étais grosse, je pense que je remonterai là.

A quel point les choses se sont-elles passées comme je l’ai écrit? A quel point ai-je déformé voire reconstruit ce souvenir? Je sais avec certitude qu’il y a eu ce jour-là une remarque sur mon ventre, peut-être était-ce juste que je me tenais avachie, peut-être était-ce ce que j’ai gardé en souvenir.

Tout ceci m’a sans doute d’autant plus marqué que cette remarque a du entrer en résonnance avec le venin que ma grand mère me distillait dans l’oreille depuis des années. Que je marchais comme un éléphant, que j’étais empotée, que ma soeur était teeeeeellement plus grande et fine et belle.

De ce jour, je me suis vue grosse.

Ca fait tôt n’est-ce pas l’école primaire pour penser ainsi?

 

J’ai retrouvé il y a quelques temps la fameuse photo de classe de cette journée.

Ma mère a conservé toutes mes photos de classe et en cherchant un papier dans ses affaires je suis tombée dessus.

J’avais complètement oublié cette journée en fait. Pas de traumatisme, pas de cris ni de pleurs. Juste cette remarque, ce ventre rentré et l’oubli.

En retrouvant cette photo je me suis souvenue de ce qui s’était passé ce jour-là et je m’attendais à me voir sur cette photo rondouillette et marquée par le surpoids telle que j’avais compris que j’étais alors.

Ce que j’y ai vu était complètement différent.

Il y avait la coupe de cheveux horribles, les socquettes avec les sandales, la jupe rose et le gilet beige. Mais de la boule que je m’imaginais être, point de trace. Une petite fille avec encore les rondeurs de l’enfance oui, mais pas plus que les autres enfants autour de moi. Pas de ventre proéminent, pas de bras ni de jambes boudinés. Pas de surpoids, pas de gras excessifs.

Pourquoi cette petite fille sur cette photo s’est-elle mise dans la tête ce jour-là qu’elle était grosse? Parce qu’objectivement elle ne l’est pas.

 

Je n’ai pas la réponse.

Je sais juste que je risque de retrouver nombre de photos où j’aurais pensé être grosse dessus et où je constaterai que non.

Jusqu’à quel point les autres peuvent-ils influencer l’image que nous avons de nous-mêmes? Jusqu’à quel point les laissons nous faire?

Discussion

19 Responses to “L’idée d’être grosse”

  1. Moi, petite, j’étais la « bouboule » de la famille. Une famille de femmes petites et minces et d’hommes plutôt fins et musclés. Toute mon enfance j’ai entendu de ma mère la même rengaine « tiens toi droite et rentre ton ventre ». Et puis un jour, comme toi, alors que je devais avoir à peine 19-20 ans, j’ai regardé attentivement les photos de famille. Et je me suis rendue compte que j’étais pas la fille grosse que les remarques de ma mère suggéraient. Que j’étais juste normale, avec un peu de ventre, des seins et des épaules peut être un peu trop carrées. Merci maman.

    Posted by MaO | 17 avril 2013, 09:05
    • Ces remarques ont laissé des traces durables sur ta façon de te voir?

      Posted by Shaya | 17 avril 2013, 20:21
      • Carrément. A part quand j’étais descendue à 40 kg suite à un souci intestinal, et meme aujourd’hui alors que je suis à 5kg en dessous de mon poids « de forme » meme si je sais quelque part que ce n’est pas le cas, je me suis toujours sentie « enrobée »

        Posted by MaO | 18 avril 2013, 07:51
        • Je crois que la perception qu’on a de nous même et notre réalité physique sont deux choses souvent déconnectées et que les autres jouent vraiment un grand rôle dedans. (Pour le pire ou le meilleur)

          Posted by Shaya | 18 avril 2013, 12:14
  2. Moi j’ai plutôt l’expérience inverse. Une famille qui évitait de me faire des remarques sur mon poids alors que j’en prenais. Ce qui fait que j’ai pris réellement conscience du problème que « tard », quand j’étais déjà grosse.
    Je me rappelle très bien du moment aussi.
    On était en cours d’EPS au lycée. On faisait de la gym et il y avait un mouvement à faire sur lequel on devait prendre appui sur 2 autres élèves. La prof passait voir chaque groupe. Quand elle est arrivé au notre, elle a précisé que quand ce serait mon tour, il fallait qu’on l’appelle pour qu’elle fasse l’appui. Les autres ont eu un regard pour moi… quelque chose entre l’embarras et la honte pour quelqu’un qu’on aime bien. Je n’ai pas compris du tac au tac que la prof venait de dire que j’étais trop grosse pour que les autres me soutiennent. Ma pensée a été un peu longue à la détente.
    Quand j’ai fait l’exercice, la prof a failli demander à un des garçons d’un autre groupe de venir faire l’appui avec elle. Heureusement, une des copines du groupe, grande et plutôt solide, a dit qu’elle pouvait le faire.

    J’avais conscience d’être plutôt empotée, de ne pas être mince, d’avoir un côté buldozer. J’avais déjà encaissé des allusion, des remarques. Vivant dans un internat de filles, j’avais l’habitude de dire que je me trouvais trop grosse mais c’était commun, même les filles les plus fines prétendaient se trouver trop grosses, c’était le truc à dire. Mais cette fois-là, c’était le regard d’une adulte, une personne extérieure qui n’avait rien à y gagner.

    Tout ça pour dire que le regard des autres a un rôle énorme car si je ne me suis pas sentie grosse plus tôt, c’est aussi parce qu’autour de moi, on m’a « protégée » de ce jugement.

    Posted by Lizly | 17 avril 2013, 12:04
    • Comme quoi on ne se voit que dans le regard des autres en fait.

      (Je trouve ton témoignage touchant dans le sens où tes camarades d’école t’ont protégé aussi à priori alors que les enfants/ados sont des salauds entre eux plutôt)

      Posted by Shaya | 17 avril 2013, 20:24
      • Les enfants et ados peuvent être carrément salauds entre eux (j’en vois des vertes et des pas mures au boulot) mais ils sont aussi capable de développer une grande solidarité. Mon groupe de copines était du genre « à la vie, à la mort » et on se protéger les unes les autres vis à vis de l’extérieur. Il y avait mon poids mais on avait toutes nos points faibles sur lesquels les autres n’auraient pas manqué d’appuyer s’ils ne s’étaient pas attendu à devoir faire front à 6 nanas remontées au lieu d’une dépitée !
        Par contre, entre nous, on n’était pas tendres. Mais ça ne sortait pas du groupe et on ne tapait pas sur les points les plus sensibles.
        Jusque vers le milieu de la Terminale où c’est parti en cacahouète. A cause de mecs. Et ouais 😉

        Posted by Lizly | 18 avril 2013, 09:54
  3. Très bonne question

    Posted by Eric Mulhouse | 17 avril 2013, 12:05
  4. Je pourrais presque avoir écrit le même texte. Ah ces petites phrases, pas forcément dites avec méchanceté, mais qui font si mal qu’elles restent bien ancrées… Je suis loin d’être filiforme, mais je n’ai jamais été ‘grosse’ et pourtant, comme toi, depuis l’école primaire (je dirais CE2 ou CM1), je me vois grosse, différente de toutes mes amies de l’époque, fine et gracieuse avec leurs longs cheveux (ma mère était une adepte des ciseaux et mes cheveux ne dépassaient jamais mes épaules !). Quand je regarde les photos, je découvre une petite fille, tout à fait dans la norme et j’ai presque du mal à me reconnaître en fait.

    Posted by Patricia | 17 avril 2013, 16:29
  5. J’ai toujours su que j’étais grosse, on me l’a toujours dit, médecins, famille… Quand je mangeais un truc avec ma cousine, en surpoids aussi, ma mère m’engueulait, me demandais si je faisais un concours à qui serait la plus grosse des deux. A la maison, si je redemandais du plat, soit on me servait en me culpabilisant, soit on me le refusait en disant que j’avais pas besoin de ça (et je piquais dans le frigo après). Et quand je regarde les photos de mes cours de danse par exemple, je vois une seule grosse au milieu de petites filles fines, à 6 ans je faisais déjà tache. Pas le souvenir de remarques à l’école, on était une toute petite école, seulement 7 ou 8 élèves de ma classe d’age, ensembles depuis la maternelle. Au collège non plus, aucune remarque, juste l’évidence pour mes copines que je ne devais avoir ambition sentimentale, la question n’était même jamais évoquée, on parlait toujours des envies des autres filles, celles qui avaient un physique qui leur permettait de rêver à Bidule de la 4eme5 ou Machin de la 4eme3. La gêne à la piscine à cause du maillot chaque jeudi matin, la joie quand c’était cours de plongée, il fallait porter un t-shirt sur le maillot pour protéger du frottement des bouteilles, je me sentais moins humiliée devant les autres.
    Mais bon, c’est pas la même chose, tu parles d’une perception erronée, pour moi c’était juste un constat objectif. Maintenant je suis toujours grosse, bien plus qu’avant d’ailleurs, mais je pense avoir réussi à comprendre comment ne plus grossir. Je me trouve toujours affreusement difforme, mais j’arrive à m’apprécier dans certains vêtements, à m’autoriser à prendre plaisir à manger, sans culpabilité.
    Parait que ma fille est déjà trop grosse, le diamètre de son abdomen est un peu au dessus des courbes, ça commence vachement tôt ces conneries… Si tu ajoutes le commentaire de la gynéco en mesurant ma hauteur utérine ce mois-ci (« Ah, 29cm, elle a vraiment profité! »), je crois que je commence déjà à flipper. Mais d’en être consciente m’évitera peut-être de lui faire sentir qu’elle est trop grosse, ou de la rendre grosse à force de régimes comme ça a été mon cas.
    (bouh, en écrivant ce commentaire, je réalise que je souffre toujours autant de ma « grossittude » même si depuis Floupy et la découverte de la satiété, je reprends espoir)

    Posted by poulpynette | 17 avril 2013, 22:26
    • Ne te laisse pas emmerder pour ton bébé, sauf si tu fais du diabète gestationnel tu n’as pas de raison de t’angoisser pour son poids.

      Posted by Anna Musarde | 18 avril 2013, 10:18
      • J’allais dire la même chose à Poulpy. S’il n’y a pas de réalité médicale (et une gynéco qui dit « ah elle a bien profité » ce n’est pas un diagnostic de surpoids foetale) il n’y a pas de raison de s’angoisser. Je suis née en faisant le même poids et la même taille que ma grande soeur. Aujourd’hui elle fait du 36 et 1m72, moi je fais 1m58 et du 40, donc faut se détendre.

        Posted by Shaya | 18 avril 2013, 12:17
        • Voilà. Et il ne faut pas non plus s’en faire pour l’accouchement, mon premier enfant pesait plus de 4kg, plein de gens m’ont prédit le pire, en fin de compte ça s’est très bien passé.

          Posted by Anna Musarde | 18 avril 2013, 12:31
  6. Ha le regard des autres qui construit notre jugement de nous même. Moi on m’a toujours répété que j’étais la petite grosse empotée, toujours malade, pas sportive. Pareil que toi a côté de ma sœur (ma petite sœur pour mon cas) si fine, si féminine, si joliiiiie je faisais pas le poids (ou plutôt si). J’ai grandi, me suis construite en me disant que j’était grosse et moche. Que je trouverais jamais personne donc a quoi bon s’emmerder avec des régimes ? J’ai jamais été en surpoid petite, ni particulièrement grosse, une enfant basique puis une adolescente gauche, un peu ronde avec des petits seins, mais pas énorme non plus, du 38/40. Puis j’ai pris la pillule et suis passée au 40 ferme.
    Puis j’ai rencontre Chéri. 2m pour 100 kilos et c’est devenu un sujet de plaisanterie entre nous. On était un couple de gros. On mangeait ce qu’on voulait. Pas gras, ni junk fois, mais en abondance. Lui est monte a 120 kilos et moi je suis montée jusqu’au 42/44 (je faisais 72 kilos pour 1,63) et la pour la première fois de ma vie j’ai dit stop. Je me suis toujours trouve grosse et j’ai jamais aime mon corps, mais j’en avais pas honte, si les gens étaient pas content il me regardait pas. Mais ce jour la, y a deux ans. Le jour ou le pantalon de mon jean t.42/44 a pété, je me suis détestée, dégoûtée, j’ai eu envie de vomir tellement je me sentais mal et qu’ils avaient raison tous, je n’étais qu’un gros tas difforme et dégoûtant. Ils avaient raison de me surveiller, me fustiger quand je me réservais d’un plat ou que je mangeais entre les repas et j’ai décidé de maigrir. J’ai découvert la chrono nutrition et j’ai perdu 15 kilos (Chéri 30) et une hygiène de vie qui me convient. Je fais du sport parce que j’en ai envie et pas parce que je me sens obligée et donc y prends beaucoup de plaisir, pour la première fois de ma vie d’adulte je fais du 36/38 et pourtant quand je me regarde, nue, je me trouve toujours aussi grosse. Je sais que j’ai maigri, je le vois sur l’étiquette de mes habits, mais pas dans mon regard 😮
    Quant a ma famille, ils se réjouisse que je ne sois plus obèse mais me répète qu’il fait que fasse attention pour pas reprendre parce que bon « tu comprend t’étais obèse quand même »).
    Le regard des autres te construit et pas seulement quand t’es enfant 🙂

    Posted by sushiesan | 18 avril 2013, 12:41
    • Le regard des autres est la jauge qui permet de se situer. Mais des fois la jauge est faussée. Surtout quand les autres nous renvoient leurs propres peurs, préjugés (comme le coup de « fais attention t’étais obèse » euh … merde?)

      Posted by Shaya | 19 avril 2013, 18:35

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