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Cogito

L’hésitation

Il y a une méga private joke dans cette photo

 

C’est une question rituelle. Systématique. Une de celles – nombreuses – que je pose à tous mes patients la première fois où je les vois lors d’un véritable interrogatoire : « vous vivez seul ou en couple? ».

La réponse est importante pour moi, pour bien saisir le contexte de vie de mes patients, pour savoir sur quoi m’appuyer si besoin (ou pas). Mais pas plus que quand je leur demande s’ils vivent en maison ou en appartement, s’ils ont des étages à monter ou pas. Pas moins non plus. Aucun jugement de ma part, c’est une information purement factuelle dont j’ai besoin pour m’occuper d’eux au mieux.

En général j’obtiens une réponse de même nature, purement factuelle, que les gens me délivrent très naturellement qu’ils soient célibataire ou pas. Ça s’inscrit dans la continuité de mes questions sur la variation éventuelle de leur poids et avant celles sur leur activité professionnelle avant la maladie.

Je suis une professionnelle au service de leur santé, tout ça est parfaitement neutre.

 

Pourtant dans de très rares cas, il y a une latence supplémentaire avant que j’ai ma réponse à cette question. Quelque chose d’infime, d’impalpable mais qui se joue uniquement sur cette question là alors que j’en pose au moins cinquante autres. Un battement de cœur supplémentaire, une fraction de seconde qui donne le temps de m’évaluer, un regard sur moi miroir de ce cerveau qui réfléchit à toute allure avant de faire un choix.

J’ai (enfin) fini par mettre le doigt sur ce qui lie tous ces cas et ce que signe cette fraction de seconde.

A chaque fois que j’ai observé ce phénomène, quand la personne me répond elle m’informe qu’elle vit en couple …. avec quelqu’un du même sexe.

Information parfaitement neutre pour moi que je traite comme le fait que la personne soit fumeuse ou pas. Je ne le note même pas dans le dossier me contentant d’un « en couple » comme pour tout le monde (sauf les célibataires :p). Je me contente juste de le noter dans un coin de ma tête pour ne pas faire preuve d’indélicatesse en demandant « comment madame va ? » alors qu’il me faudrait demander « comment monsieur va ? ».

 

Mais surtout – et ça me sert le cœur depuis que je l’ai compris – je sais désormais ce que cette fraction de silence supplémentaire dit, ce que ce regard appuyé sur moi, ce que ce cerveau qui tourne soudain à pleine allure signifie : c’est la décision de la prise de risque. Le moment où cette personne qui ne me connait pas encore puisqu’elle me voit pour la première fois se demande si elle peut me dire la vérité ou si elle s’expose à des regards écœurés et/ou des paroles puantes.

J’aimerais tellement les rassurer mais tout se joue trop vite pour que je le puisse. Néanmoins quelque chose chez moi doit les rassurer assez pour qu’ils osent prendre ce risque puisqu’ils m’ont toujours répondu la vérité.

J’aimerais dire aussi que je ne traite pas ces personnes différemment de mes autres patients, mais ça serait mentir. Il  y a une différence (et une seule) : quand je dois évoquer leur conjoint devant quelqu’un d’autre, je le fais toujours en utilisant des termes très vagues et neutres pour ne pas les mettre en difficulté.

 

L’actualité nous rappelle tristement pourquoi me dire la vérité semble être un tel saut dans l’inconnu pour eux …

Discussion

2 Responses to “L’hésitation”

  1. Si tu savais comme j’aime et admire ta délicatesse….
    Des bises ma jolie

    Posted by flofeenix | 30 mai 2017, 11:18

A vous les studios

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