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Dans ma tête

L’effet miroir

Le défi c’était aussi l’absence de moments à moi et de calme

 

Il y a quelques semaines de ça, c’était fête de famille pour moi.

C’était surtout à la fois la première fois que je m’éloignais de chez moi depuis que je sais que j’ai cette maladie et la première fois que j’allais revoir les membres de ma famille.

Je m’étais préparée à ce que ça ne soit pas évident, mais je ne m’étais pas préparée à ce que ça le soit … comme ça.

 

Il a fallu gérer l’anxiété de mes parents déjà.

De ma mère qui n’était pas sereine de me voir m’éloigner géographiquement d’elle pour la première fois depuis que je suis sortie de l’hôpital en l’appelant pour lui dire « maman il faut que je te dise …. j’ai ça ». Comme si à l’autre bout de la France si jamais quelque chose se passait ils ne seraient pas capables de s’occuper de moi.

De mon père ensuite, qui n’a trop rien dit quand je lui ai annoncé à son tour cette maladie mais qui n’en a pas pensé moins. Ainsi la veille de mon arrivée, je l’ai eu paniqué au téléphone, ne se souvenant plus ce que je prenais au petit déjeuner … Comme si c’était important … moi qui n’ai pour indispensable à ce repas là qu’un thé et un jus d’orange, faisant feu de tout bois pour le reste.

 

Il a fallu gérer les autres aussi.

J’ai passé le week-end à regretter d’avoir parlé de cette fichue maladie à ma famille. Je suis plutôt taiseuse sur ce genre de choses et si j’avais écouté ma nature je ne leur en aurais pas touché un mot, je me suis fait violence pour aller contre ça. Parce qu’il ne fallait pas, parce que ça n’aurait pas été correct envers eux, parce que ça aurait fait un obstacle entre nous.

J’avais juste pas prévu qu’eux, iraient en parler aux gens qui leur sont proches. Et ça fait beaucoup de monde. Qui se sont donc jetés sur moi pour prendre de mes nouvelles. D’un côté c’était « mignon », ça m’a montré indirectement que ma famille se faisait beaucoup de souci pour moi. Mais en vérité c’était surtout …. comme si on me mettait une petite claque chaque fois. C’était un week-end de fête, d’insouciance et les autres me renvoyaient encore et encore à ça, comme si c’était la seule chose qu’on avait à me dire ou à me demander sur ma vie actuelle.

 

Et je n’avais vraiment pas besoin de ça.

Parce que le plus compliqué ces jours-là à gérer ça a été …. moi.

J’ai inventé un mot qui m’existe pas, j’appelle ça « la souciance » qui n’est ni plus ni moins que le contraire de l’insouciance.

Avant quand je partais en voyage ou en week-end, je n’étais qu’euphorie anticipatrice « gniiiiii je paaaaars (loin) de chez moiiiiii gniiiiiiiiiiiiii ! » … eh bien je me demande si je retrouverai cette état d’esprit un jour. Bien sûr qu’avant je gérais l’organisation et la valise et le reste mais j’avais juste hâte de partir. Maintenant j’ai peur, et je pense à toute l’organisation que ça demande, les médicaments à ne surtout pas oublier et ça signifie aussi ne pas oublier de les prendre aux heures où ils doivent l’être, les laboratoires d’analyse à trouver pour faire les prises de sang nécessaires, le médecin à appeler pour lui donner les résultats, et j’en passe et des meilleurs. La souciance. Ne plus jamais partir l’esprit libre, ne plus jamais profiter intégralement d’une journée sans se dire qu’il ne faudra pas oublier le médicament à 19h45 (ou sans que le téléphone le rappelle), etc.

Mon conte préféré quand j’étais petite c’était la princesse aux petits pois, je l’aime toujours beaucoup d’ailleurs (ne me demandez pas pourquoi). Sauf que loin de chez moi, mes exigences et moi m’ont vraiment fait l’effet d’être une princesse capricieuse. Et vas-y que j’ai besoin d’un 2e oreiller pour surélever mes pieds pour dormir, et vas-y que « non je peux pas manger de carotte crue et puis vraiment pas trop de salade verte/haricots verts/tomates/épinard/blettes/fèves et puis je vais m’arrêter là sinon on en a pour la nuit »

J’en hurlerais de rage, de frustration, de me voir ainsi demander parce qu’il me faut plus désormais que ce qu’il faut à n’importe qui et que si chez moi tout a été aménagé depuis longtemps et que je n’y pense plus, chaque fois que je suis loin de chez moi me rappelle à ça.

 

C’est ça finalement qui a été le plus difficile ces jours là, me voir dans les yeux des autres. Cet effet miroir.

Il va me falloir un peu de temps encore pour le digérer.

Discussion

4 Responses to “L’effet miroir”

  1. « La souciance, »
    Génial, c’est exactement ça !

    Posted by theFILF | 27 juin 2017, 11:14
  2. Ben c’est normal, ça ne vient pas si facilement ça, et puis ça renvoie à du douloureux….Alors oui tu auras toujours ces préoccupations, mais je pense aussi que ceux qui sont autour de toi seront ok (pour ne pas dire contents) de pouvoir au moins faire ça pour toi: t’aider à trouver ce qui te va, ce qui te convient. Parce qu’au-delà, on ne peut pas faire grand chose de plus… (j’espère que je ne suis pas maladroite dans mes propos, et que je ne blesse pas en disant tout cela…)
    Des tonnes de bises ma jolie!

    Posted by flofeenix | 27 juin 2017, 16:43
    • Alors honnêtement le truc qui aiderait vraiment c’est de ne pas avoir à demander, que ça devienne standard dans la tête des gens sauf que faut pas rêver alors même si mes proches seront toujours ok pour m’aider, faudra toujours demander et ça me renverra toujours à ça 🙂

      Posted by Shaya | 28 juin 2017, 12:10

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