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Dans les tiroirs

Le boomerang revient toujours

Il est étrange, drôle (vous savez le drôle pas drôle), étonnant que ce billet fasse suite au dernier. Ce n’était en tout cas pas prémédité … comme quoi il y a des méandres qui se dessinent sans qu’on les voit.

 

Il y a des jours qui vous donnent l’impression de passer dans une machine à laver en mode essorage. Ce jour-là en était un.

 

(Il est possible que j’ai déjà relaté certaines parties de cette histoire. Je sais que j’ai voulu le faire mais je ne sais pas si j’ai fini par le faire) (et j’ai la flemme de chercher) (asseyez-vous c’est une longue histoire)

Quand j’avais 13-14 ans, une de mes amies s’est mise à changer brutalement. Vous savez ce fameux « elle était vive, gaie et enjouée et du jour au lendemain elle est devenue triste et renfermée sur elle-même ». Vraiment. Alors j’ai fini par lui demander un jour ce qui se passait. Je ne lui ai pas demandé si elle allait bien ou pas, je savais qu’elle allait mal et je lui demandais pourquoi. Ce jour-là, dans ce bus, entourés d’autres collégiens insouciants, elle m’a montrée les dizaines de scarifications qu’elle se faisait aux bras et aux jambes depuis des semaines.

Aujourd’hui encore j’ai le coeur qui se serre en pensant à la souffrance qu’il faut porter en soi pour se l’infliger physiquement et en tirer un soulagement temporaire.

Pas de harcèlement scolaire, de viol, de racket ici. Mais une mère aimante … et psychologiquement maltraitante envers sa fille adolescente.

 

Qu’est-ce qu’on fait quand on a 14 ans et qu’on prend cette claque dans la figure?

Je me suis ouverte à un adulte de cette situation, mon kiné. (J’avais et j’ai toujours une relation très forte avec mon kiné) Mais il se trouve qu’il connaissait la mère de mon amie et qu’il a déclaré impensable qu’elle cherche à faire souffrir sa fille. D’ailleurs je n’ai jamais su si elle cherchait à faire souffrir sa fille consciemment ou pas, mais nier la souffrance évidente de mon amie c’était comme nier l’existence du soleil.

La voyant s’enfoncer de plus en plus au fil des semaines et constatant mon incapacité à l’aider, j’ai joué mon joker : je suis allée voir une femme de notre collège. Aujourd’hui encore je m’interroge sur son métier. Elle n’était pas prof, pas infirmière, pas psychologue. Et un peu tout ça. Mais elle savait écouter surtout.

 

Elle a convoqué mon amie, l’a fait parler. Elle a convoqué ses parents, leur a ouvert les yeux (un peu).

Et puis ça a été tout. Mon amie n’a jamais été suivie par un professionnel, jamais entourée comme elle aurait du l’être. Elle s’est sortie seule de cette situation comme elle a pu. Elle n’a plus jamais été la même, elle est restée réservée, mélancolique.

Bancale.

 

Presque 13 ans plus tard… On est restées amies. Au printemps dernier je la vois, je la trouve pas bien. Absente, stressée … Et 6 mois de silence derrière qui se sont terminés par cette journée machine-à-laver-en-mode-essorage.

Ce qu’elle me raconte de ces 6 derniers mois me donnent envie d’hurler : elle s’est mise à faire de l’arythmie, de la tacchycardie, des crises d’angoisse, de l’hypotension. Mais paradoxalement tous ses examens médicaux étaient normaux. Ca s’appelle de la somatisation.

 C’est le problème des trucs pas réglés, ça te revient toujours dans la gueule. C’est ce qui arrive à mon amie. 13 ans plus tard le traumatisme de départ.

Et j’ai envie de hurler de voir qu’après en avoir tant bavé ado, elle se retrouve à devoir de nouveau en chier.

 

Je suis bouleversée surtout. Depuis ce jour où elle m’a fait assez confiance pour me montrer ses scarifications, je me sens « responsable » d’elle. Ce n’est pas le bon mot mais il n’en existe pas pour définir ce que je ressens. Tous les adultes l’avaient abandonné, elle n’a plus eu que moi pendant cette période-là alors oui je me sens « responsable » d’elle en quelque sorte, le devoir de ne pas l’abandonner si le reste du monde l’abandonne.

Et je m’en « veux » (ce n’est pas le bon mot non plus il n’y a pas de culpabilité) d’avoir cru pendant toutes ses années qu’elle vivait avec cette marque en elle, cette fragilité et qu’il n’y avait rien à y faire. De n’avoir pas vu qu’il faudrait y faire quelque chose.

Je suis bouleversée au point d’avoir envie de pleurer.

Discussion

4 Responses to “Le boomerang revient toujours”

  1. Je suis désolée pour elle et pour toi. J’espère qu’en fin de compte ça lui permettra de régler ce qu’elle n’a pas pu régler à l’époque… Quelle chierie.

    Posted by Anna Musarde | 12 novembre 2013, 09:39
    • Elle le positive vachement, ça fait plaisir. Déjà avoir réussi à mettre des mots et une cause sur ce qui la bouffe depuis des années, ça l’a soulagé et elle se dit qu’elle va enfin pouvoir faire ce qui aurait du être fait à l’époque : régler ça.

      Posted by Shaya | 12 novembre 2013, 13:10
  2. La situation est… à hurler.
    Mais dans toute cette douleur, cette injustice, ce … je n’ai pas le mot, elle t’a toi et ce n’est pas rien, ça non.

    Posted by Lizly | 14 novembre 2013, 13:02

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