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Cogito

L’altérité plutôt que l’égalité?

Il faut bien reconnaitre que je suis plutôt issue d’une lignée de femmes.

D’hommes aussi, forcément, on n’a pas encore généralisé le clonage dans la famille.

Mais les têtes de proue de ma famille, ses moteurs sont les femmes, les hommes se contentant de suivre le mouvement… ou d’en disparaître.

 

Des femmes, trois femmes donc qui m’ont forgée :

– Mon grand père maternelle est mort longtemps avant ma naissance. De toute façon ma grand mère maternelle l’avait mis à la porte et en avait demandé le divorce – à un époque où c’était bien moins fréquent qu’aujourd’hui et très mal vu – après qu’il ait perdu son emploi, soit devenu alcoolique et violent.

– Ma mère a mis mon père à la porte aussi quand j’avais 4 ans. Pourquoi? Je ne sais pas bien, et je ne saurai sans doute jamais, ça ne me regarde pas, c’est un morceau d’histoire qui n’appartient qu’à mes parents.

– Ma grand mère paternelle a elle gardé mon grand père, soutien veul et complaisant à ses machinations. Et quelque soit le tort qu’elle ait pu me faire je ne peux nier la marque qu’elle a laissé sur moi : elle m’a appris à me défendre, à être forte et à ne compter que sur moi dans l’adversité sans espérer que quelqu’un viendrait me sauver. (Parce que personne ne vient jamais vous sauver, quoi que vous fassiez vous êtes toujours seul et on ne peut compter que sur soi)

 

De ces 3 femmes j’ai appris la force, l’autonomie, la fierté de qui je suis autant que de ce que je suis.

J’ai été éduquée à n’avoir aucun complexe d’aucune sorte parce que femme, que j’avais les ressources nécessaires en moi pour toujours m’en sortir par moi-même sans avoir besoin de la tutelle de quelqu’un d’autre.

J’ai appris qu’il n’y avait pas de gènes qui m’empêchaient de tenir un marteau et de monter un meuble seule ou de refaire toute la peinture de ma chambre. Pas plus que je n’étais incapable de faire un créneau correctement, d’apprécier un bon match de rugby, de prendre des décisions ou de changer un pneu moi-même.

Et si je n’aime pas le bricolage, ni le foot, ni la bière, ça ne tient pas au fait que je sois une femme mais bien que moi, Shaya, je n’aime pas.

 

Pourtant les femmes de ma famille étaient loin d’être des icones du féminisme. (On est plutôt bon chic bon genre dans ma famille)

Aucune n’a brulé son soutien-gorge, aucune n’a signé le manifeste des 343, aucune n’a jamais milité.

Mais elles ont fait beaucoup puisqu’elles ont ancré en moi l’idée que rien ne m’était interdit, jamais. Et que je n’étais pas moins qu’un homme.

Pourtant je ne peux pas dire que mon éducation n’a pas été « genrée » : petite j’ai réclamé de porter du rose et j’ai joué aux poupées et aux Barbies. (J’ai moyen rêvé au Prince Charmant mais ça c’est la faute au divorce de mes parents j’imagine)

Il faut croire que cela ne m’a pas trop traumatisée puisque je ne me suis jamais sentie moins qu’un homme. Moins compétente, moins sûre de moi,

 

Néanmoins si je ne me suis jamais sentie moins qu’un homme je ne peux pas nier que je n’en sois pas un et que je suis bien une femme. Et ça me va bien.

Je sais ce que c’est que d’avoir le ventre tordu par l’arrivée des règles mais je ne saurais jamais ce que c’est que d’avoir soudain une érection à la vue d’une jolie fille dans la rue.

Je suis plus petite qu’un homme (et que pas mal de femmes même), je maudis régulièrement mes collègues masculins quand il m’arrive de devoir desserrer quelque chose qu’ils ont serré mais je ne peux pas dire que je considère mon état féminin comme un handicap au quotidien. Loin de là.

 

Je n’ai rien contre les études sur le genre, je trouve même le travail plutôt intéressant mais je désapprouve la lecture idéologique qui en est trop souvent faite.

Parce qu’à force d’entendre dire que j’ai FORCEMENT été conditionnée à être inférieure aux hommes, je finirais presque par le croire.

Et je n’aime pas ça. Vraiment pas.

Discussion

8 Responses to “L’altérité plutôt que l’égalité?”

  1. « L’égalité, ça veut dire qu’on est tous pareil, m’dame » te dirait sans doute mes élèves. « L’égalité, c’est qu’on vaut tous la même chose », je préfère. Les hommes et les femmes ne sont pas « pareils » et tu le dis bien. Pour autant, l’un-e n’a pas à être supérieur à l’autre. Comme dans toutes les formes de discrimination : ma peau est blanches (malgré l’été ^^), elle ne sera jamais pareil que celle de ma voisine mauritanienne, pour autant, je ne vaux pas plus qu’elle ni l’inverse.
    A quoi est-on exactement conditionnée, en tant que femme, c’est difficile à dire. Parfois je me hérisse contre des publicités, des phrases dans des émissions télé ou radio, et l’Homme trouve que j’exagère. Est-ce que j’ai été conditionnée à repérer ces visions de la femme présentées au public ? Tu soulèves une question qui pourrait faire un beau débat.

    Posted by Lizly | 26 août 2013, 13:35
  2. Dans mes bras !

    Posted by Anna Musarde | 26 août 2013, 17:22
  3. Pareil. Même si j’ai grandir avec mes deux parents, mes parents ne nous en ont pas moins, ma sœur et moi, élevée de sorte que nous soyons indépendantes, pour tout ! Et qu’à la maison y a pas de travail d’homme ou de femme. Ma mère bricole et mon père cuisine et fais le ménage. Mon père est plus fort physiquement que ma mère, et sais couler une dalle et monter un mur (ancien maçon) mais qu’importe. J’ai monté des meubles et fais des branchements électriques avec ma mère et mon père m’a appris a cuisiner les plats espagnols, m’a transmis les recettes de grand mère qui restent dans la famille. Mes parents nous ont pas élevés comme des filles. Mais comme des personne a part entière qui peuvent jouer sur toute la gamme de « travaux » quotidien et nous ont appris l’indépendance primordiale a notre vie d’adulte, seule ou en couple 🙂

    Posted by SushieSan | 29 août 2013, 11:50

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