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La vie c'est du boulot

Histoire de perruque

« Je peux enlever ma perruque? » demande-t-elle.

Il fait chaud ce jour-là. Il fait chaud depuis plusieurs jours. Ca fait du bien, l’hiver a été long, douloureux et rude. Mais ça n’a pas que des avantages.

Et cette perruque, qui cache à la face du monde le crâne dépourvu de cheveux en dessous et donc l’histoire concomitante, qui gratte, qui colle, qui insupporte. Faux postiche, vraie souffrance.

 

« Je n’ai pas de bandana pour mettre à la place » semble-t-elle s’excuser.

Ah le courage de ces gens malades – pour certains malades à en crever – qui vivent dans l’angoisse et qui pourtant trouvent encore l’énergie de préserver la sensibilité des autres …

Même si dans le fond ce n’est pas un acte de générosité. Préserver les autres c’est aussi se préserver soi. Aussi ou surtout?

De leur regard, de leur pitié, de leur tristesse. Des mots maladroits et qui blessent. De se voir à travers leur regard comme un monstre. Ou comme une petite chose fragile et susceptible de mourir. Ou de penser se voir ainsi.

De se voir réduit(e) à l’état étroit de « malade » quand on voudrait rester avant tout … femme. (Car oui en la matière cette « coquetterie » est essentiellement féminine)

 

« Oui bien sur, allez y ça ne me dérange pas évidemment » je réponds.

Demi-mensonge et vérité partielle.

Oui si elle en a envie, si cette chose sur la tête lui est trop désagréable, bien sur qu’elle peut l’enlever devant moi! Et non elle ne va pas me choquer ni me mettre mal à l’aise. J’en ai trop vu pour ça et je tiens à ce qu’elle se dise toujours qu’avec moi elle peut se mettre à l’aise.

Mais je sais que quand elle va l’enlever , comme ça sera la première fois que je la vois ainsi, je vais … frémir. Oh je vais faire en sorte que pas un seul de mes cils ne bouge, que mon expression ne change en rien et que mes yeux ne semblent pas différents de ce qu’ils étaient quelques secondes avant, mais mon âme frémira oui.

Pas de dégoût ni de pitié.

Elle frémira face à ce témoignage si éloquent – bien que temporaire – de la maladie et des traitements sur son corps là où habituellement les vêtements, le maquillage ou la peau … le cache à nos yeux.

Elle frémira aussi devant ce visage qu’elle connaît maintenant bien et qu’il lui faut désormais redécouvrir. Sans perruque. Et oui ça change tout la première fois, pas la peine de faire dans l’hypocrisie.

 

En ce moment il fait chaud et ça ne devrait pas s’arrêter.

Et moi je frémis.

Shaya ailleurs …

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