//

Monde de merde

Elle élève un bébé toute seule

J’ai souvent entendu dire que les femmes actives avec enfants faisaient une double journée : le boulot puis les enfants, l’entretien de la maison etc.

Je me dis toujours que les mères célibataires doivent en faire une triple.

 

Comme un paquet d’autres femmes, ma mère m’a élevée seule et j’ai toujours pensé avoir mesuré le prix qu’elle a payé pour ça.

Financier avec les soirs à manger du muesli avec du fromage blanc pour que je mange à ma faim, humain en me faisant toujours passer avant elle pour tout, temporel en m’emmenant à la musique/la natation/les claquettes etc…

 

Aujourd’hui j’ai réalisé qu’il n’en était rien, que je n’avais pas mesuré le véritable prix que ma mère avait payé pour moi.

Une collègue – en vacances – est passée au boulot aujourd’hui pour récupérer des papiers pour la rentrée de son fils en petite section de maternelle.

Je l’ai trouvé tendue, à fleur de peau, vraiment pas bien, sans arrivée à savoir pourquoi sur le moment.

 

Et après j’ai compris.

La rentrée de son fils s’est passée bof-bof, en raison de difficultés vis à vis de l’école qui pourrait ne pas l’accueillir toute la journée, et surtout … ma collègue s’est séparée de son mari il y a 6 mois, et cette rentrée a été une vraie claque pour elle de ce que cette séparation impliquait vraiment par rapport à son fils.

Evidemment suite à la séparation, ma collègue a dû trouver un autre appartement, déménager, s’organiser seule tous les jours tout en mettant en place les week-ends chez son père. Mais son fils est resté chez la même nounou, avec la même amplitude horaire, il n’y a pas eu de paperasse à remplir.

Cette rentrée change tout. Ma collègue se retrouve à devoir changer ses horaires de travail, inscrire son fils au périscolaire, se battre avec son ex pour obtenir des papiers dont elle a besoin pour leur enfant, etc…

Je crois qu’elle a réellement pris conscience surtout qu’elle était … toute seule. Pour s’occuper de son fils, pour gérer les petits et grands problèmes du quotidien, prier pour que l’école le prenne toute la journée sinon elle ne saura pas comment faire, prier pour qu’il ne tombe pas (trop) malade, devoir faire seule des choix importants pour l’avenir de son fils.

 

Seule. Seule. Seule. Seule.

Personne pour prendre le relais. Jamais. Personne pour soutenir quand on craque. Jamais.

 

C’est ça le véritable prix que ma mère a payé pour moi.

C’est vertigineux.

Discussion

10 Responses to “Elle élève un bébé toute seule”

  1. Voilà. T’es seule. Et quand ça va pas, que t’en peux plus, parce que tu es juste fatiguée ou parce qu’un enfant c’est pas que du bonheur et que parfois (souvent) t’as plutôt envie de le balancer par la fenêtre et bien, non, y’a personne. Pareil, c’est toi qui doit faire face seule à la maitresse quand l’enfant ne travaille pas (et plus tard à une foultitude de profs – mon dieu, comme j’ai hâte !)

    Et quand tes potes t’invites à une fête qui tombe le mauvais week end, ils ne comprennent pas que non, tu ne viendras pas parce que, même si tu peux emmener ton môme ou payer une baby sitter, c’est ta pomme qui va devoir assurer le lendemain à 6, 7 ou 8h suivant l’âge du troll.

    Posted by MaO | 6 septembre 2013, 07:47
  2. Faut pas non plus le dramatiser …
    J’ai fait ça avec quatre.
    Mes fils pleuraient tous les matins quand je les amenais à l’école mais le soir, quand j’arrivais ventre à terre pour n’être pas en retard à l’heure de les récupérer : ils me criaient : « va-t-en Maman, on n’a pas fini de jouer ! »
    Oui, la carrière en prend un coup. Mais finalement, c’était pareil lorsque j’étais avec mon ex. : il ne prenait strictement rien en charge, au contraire, il était une charge de plus.
    Je me suis sentie soulagée de cela. Leur père n’a eu qu’un droit de visite médiatisé qu’il n’a pas accepté. Donc, pas de pb de WE chez le père, mais gestion des dégâts d’une vie familiale dysfonctionnante et des dégâts d’une séparation brutale, même si elle a apporté un soulagement.

    A moment donné, j’ai fréquenté  » l’ECOLE DES PARENTS  » Association super bien, Bld Voltaire et ça m’a bien aidée.
    .
    Voilà, vite, trop vite, ils grandissent et participent : ils sont contents d’aller chercher le pain tous seuls, ils passent l’aspi, ils font les listes de courses, ils mettent le soir la table du p’tit déj’, ils prennent la parole au « conseil de guerre » [ Chaque semaine, le samedi matin, avant l’école, nous tenions ce Conseil au p’tit déj. : c’était l’occasion de dire chacun notre tour ce qui va et ce qui ne va pas et de lister et d’afficher ce que nous décidions de faire.] Eh bien toussa c’était bien sympa.
    Courage à elle.
    Plein de bises

    Posted by ladyapolline | 6 septembre 2013, 11:33
    • Loin de moi l’idée de dramatiser.
      Seulement dire qu’à un moment cette solitude face à tout tu te la manges en pleine face et tu dois apprendre à la digérer et à faire avec.

      Posted by Shaya | 6 septembre 2013, 20:34
  3. Oui, faut pas tourner tout en noir il y a aussi pleins de chouettes moments et une fusion qui n’existe pas quand il y a un papa. Et puis c’est vrai que ça fait des enfants très autonomes 🙂

    (surtout que, comme Ladyapollline, le papa aidait pas non plus et maintenant quand c’est son tour, ce sont ses parents à lui qui gèrent la môme…)

    Posted by MaO | 6 septembre 2013, 17:52
  4. Ce qui me frappe dans ce que tu dis, c’est surtout qu’on a du mal à trouver de l’aide en dehors de la cellule familiale, du coup quand on se sépare… C’est aussi le manque de solidarité extérieure (les voisins, les amis, la famille élargie) qui enferme ces femmes dans une solitude matérielle et morale immense.

    Posted by Anna Musarde | 8 septembre 2013, 11:11
    • Oui ça oui. A commencer par la sphère professionnelle. Ma mère a morflé car j’étais souvent malade, ou elle ne pouvait pas partir en réunion ou en formation car personne pour me garder (ma famille était loin) et ses chefs le lui ont fait payé. C’est le cas de ma collègue aussi qui n’a pas de famille dans le coin non plus, et les autres collègues ne comprennent pas qu’elle galère, ils ne lui font pas de cadeau.

      Posted by Shaya | 8 septembre 2013, 13:18
  5. j’y pense parfois (en me disant que bon, par certains côtés, ça m’arrangerait d’être seule, ça éviterait que « quelqu’un » dise « oui » après que j’ai dit « non »… 😉 ). mais même avec un mari qui participe (de gré ou de force selon son envie et/ou sa fatigue), je me cogne toute la paperasse, l’organisation de l’année scolaire, des vacances, les visites (prévues ou imprévues) chez le toubib… il m’arrive même de gérer par téléphone depuis le boulot, pendant ma pause et en marchant pendant le retour à la casa… je ne parle pas des séances au cmpp… (le prochain, au taf, qui me demande quand je reprends à temps complet, je le passe par la fenêtre)

    Posted by Daydreamer Toulouse | 8 septembre 2013, 19:50
    • Je pense que ce n’est pas tant de devoir gérer seule que de se savoir seule qui est dure pour ma collègue car avant elle gérait dejà tout toute seule mais sa simple présence à lui la soutenait moralement même s’il ne faisait rien.

      Posted by Shaya | 8 septembre 2013, 21:12

A vous les studios

Shaya ailleurs …

~ Tumblr : Books and Boobs

~ Tumblr : Point Vernis

L'instagram de Shaya

Previously

août 2017
L M M J V S D
« Juil    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

D’où viens-tu?