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Cogito

Désamour de soi

Red shoes on the bed

J’ai toujours eu un rapport à mon poids assez … assez …. assez quoi d’ailleurs ? Distant ? Apaisé ? Un mélange de déni et d’assumage tranquille (ça ne se dit pas ? Je m’en fous, je le dis).

Ça vient de plusieurs choses, de Mémé Bourreau qui me traitait d’éléphant alors que je n’avais même pas 10 ans (et que je n’étais même pas grosse comme me l’a révélé des photos revues des années après), de savoir parfaitement depuis des années que mon IMC dépasse le seuil théorique idéal pour me coller dans la catégorie surpoids, de ces pantalons qu’il faut acheter en 42 sinon je ne rentre pas dedans, de ce refus de faire le moindre régime après en avoir fait 2 il y a longtemps qui se sont soldés par une reprise de poids supérieur à celui perdu et de ne pas vouloir me bousiller un peu plus la santé, de la conscience aiguë à la fois de ne pas correspondre aux canons de beauté en vigueur ET que je ne serais pas plus aimée si je faisais du 36, de ces hommes qui ont su et qui savent encore dire le désir que je leur inspire, de mon plaisir à cuisiner et à manger que j’avais peur d’abîmer.

Bref sans raffoler de ces kilos en trop, j’étais relativement sereine par rapport à mon poids.

 

Et puis j’ai reçu cette injonction de ma médecin (pardon je devrais dire « d’une de mes médecins » tant il y en a désormais qui se penchent sur mon cas) (aparté : ça fait 6 mois que j’ai franchi le Rubicon et je ne l’ai toujours pas accepté et digéré on dirait) de perdre du poids.

Pas pour des raisons esthétiques, même pas tellement que je sois trop grosse en général, mais parce que à cause d’une des deux maladies qui me touchent mon organisme stocke du gras en excès là où il ne faut pas et que si je ne m’en débarrasse pas c’est le diabète qui s’invitera dans la danse à terme.

J’ai parfaitement conscience des tenants et des aboutissants de cette décision, je suis pleinement volontaire pour tout faire pour éviter que le diabète ne se rajoute à tout le reste et la façon dont elle m’a demandé de perdre du poids était pleine de bienveillance et de délicatesse « votre poids je m’en fiche en fait, il n’est pas excessif, mais vous devez perdre cette graisse là et il n’y a qu’une perte de poids général qui le permettra » … pourtant ça bouleverse beaucoup ce rapport à mon corps déjà bien malmené par l’autre maladie.

 

J’ai beau avoir adhéré à cette décision et en être complètement et consciemment actrice – puisque si je ne voulais pas perdre de poids personne ne pourrait m’y obliger – la seule chose qui semble s’être inscrite en moi c’est une version tronquée et déformée de nos échanges : « tu es trop grosse Shaya. Tu es un putain de boudin moche et répugnant ».

Désamour de soi. Alors qu’il n’a jamais été que question de ma santé, c’est tout le reste qui se retrouve remis au premier plan.

 

Et ça se retrouve vicieusement dans tout ce qui a trait à mon apparence.

Confrontée à des photos sur lesquelles j’ai les cheveux plus longs qu’actuellement, la première (et seule en fait) chose que j’ai pensé c’est « tu as vraiment une gueule d’épagneul » (= qu’est-ce que tu es moche). Très agréable envers moi-même …

 

Malmenée par son fonctionnement interne qui hoquette, malmenée sur son aspect physique, il me faut réapprendre à aimer ce corps. Et en vérité je ne sais pas bien comment.

Discussion

13 Responses to “Désamour de soi”

  1. Tu analyse toi-même le mécanisme, le raccourci. Tu n’es pas trop quoi que ce soit, tu es malade d’une saleté de maladie à la c** pour laquelle on te demande de perdre du poids. (Je serais bien malvenue de te jeter la pierre : quand on m’a demandé de me mettre au régime pour le diabète gestationnel, je l’ai transformé en « tu es une goinfre qui fais du mal à son bébé tout ça pour manger n’importe quoi ».) Être au régime est forcément quelque chose d’omniprésent. Parce qu’on mange 3 repas par jour environ, parce que les occasions de grignoter sont nombreuses et parce que les copines postes des choses à propos de cookies tentateurs sur Twitter (je ne recommencerai plus, promis). ça se transforme très facilement en quelque chose de négatif… Tu encaisses déjà beaucoup (trop, s’il y a un trop il est là) et depuis un bout de temps.
    Je te souhaite de trouver l’apaisement dans tout cela et surtout, que chaque chose retrouve sa place : ta maladie et les risques qu’elle comporte, ton corps et ton apparence, puis toi, la personne que tu es, ce qui dépasse tout le reste. Je te <3

    Posted by Lizly | 9 octobre 2017, 08:34
    • Alors non tu ne dois surtout pas t’interdire de parler de cookies tentateurs sur Twitter parce qu’en ce qui me concerne, je ne me sens pas au régime. J’allais même écrire que je ne me prive de rien ce qui est faux puisque le gras doit être limité (alors que le sucre non) et ce dont je me prive vraiment c’est de fromage. Mais à côté de ça, j’ai mangé des crêpes l’autre soir, des pancakes le lendemain matin etc … Donc parle moi de tes cookies stp 😀

      Posted by Shaya | 10 octobre 2017, 12:07
  2. Ce rapport au corps, aux injonctions, à soi, si ambivalent, si fragile aussi …
    Physiquement, on ne se ressemble pas, et j’ai la chance de n’avoir aucun souci de santé, et pourtant j’ai l’impression que j’aurais pu écrire ce billet, que je l’ai déjà écrit, un peu autrement, mais pareil au fond … cette difficulté à s’aimer alors même qu’on sait qu’on donne trop d’importance à ce qui devrait ne pas en avoir. Qu’on déforme les propos des autres, et mêmes les nôtres. Se voir faire, et le faire tout de même.
    Je n’ai pas de solution, bien sûr … j’ai trouvé mes trucs. Ils me conviennent pour l’instant. Rien ne dit qu’ils puissent marcher avec qui que ce soit d’autre, ou même avec moi toujours.
    Et pourtant. Tu es belle, tu es aimée et aimable, tu es formidable.

    Posted by Minka | 9 octobre 2017, 09:04
  3. Je ne vais rien rajouter de spécial, je tomberais dans la répétition de ce que Lizly et Minka ont déjà très bien dit.
    Ah si, je pourrais te parler du désir, en effet. Mais ce ne serait qu’une redite de ce qu’on a déjà pu échanger par le passé. Tu sais à quoi t’en tenir pour ce qui me concerne, je te trouve TRES désirable et ça n’a pas changé 🙂 (Pfiou, ça fait quelque chose d’écrire ça de bon matin à froid, tu sais :-))
    Je t’embrasse, que les semaines prochaines t’apportent paix et sérénité sur ce plan.

    Posted by @theFILF | 9 octobre 2017, 09:29
  4. Je me contente de rajouter des bisous et des pensées hein? On a déjà échangé, et j’aimerais s’il te plaît que tu n’oublies jamais à quel point tu es une femme formidable!
    Des tonnes de bises!

    Posted by flofeenix | 9 octobre 2017, 11:38
  5. J’ai pensé à toi et à ce billet hier en cours, parce qu’on a parlé des représentations initiales, et à quel point c’est difficile de faire autre chose que les réactiver, même quand on veut les combattre, si on ne travaille pas directement avec. On ne peut pas juste dire à quelqu’un : mais non, la terre n’est pas plate, elle est ronde… Si l’idée d’une terre plate est ancrée en lui, ça ne suffira pas, il ne te croira pas ou il oubliera.
    C’est pour ça que les premiers regards qu’on porte sur notre corps, sur notre poids sont si importants ; parce que comme tu le dis si bien, même si ta toubib a été bienveillante, tu as en toi « une version tronquée et déformée de vos échanges », bien plus conforme à tes représentations initiales du corps et du poids qu’à ce que ta toubib voulait te dire. 🙁

    Posted by Anna | 14 octobre 2017, 14:41

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