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Cogito

Culture confiture

L’autre jour en lisant un article sur Samia Ghali, une élue marseillaise, dans le dernier Causette, je suis tombée en arrêt sur ce paragraphe « à l’échelon national, cependant, le débat d’idées est souhaitable. Or, deux jours passés à ses côtés n’ont accouché d’aucune référence culturelle. Elle ne cite jamais un auteur, un philosophe, un film.»

 

Causette #39 - Octobre 2013 - page 21

Causette #39 – Octobre 2013 – page 21

 

J’avoue avoir été assez choquée par cet espèce de reproche au fait que l’élue ne se référait pas à des auteurs ou à des livres pour soutenir ses idées.

J’aurais compris qu’on reproche l’absence de référence à des études sociologiques mais … à des références culturelles ? Je trouve qu’il y a un certain snobisme intellectuel derrière ça. Parce qu’appuyer ses idées en citant Rousseau, Molière ou Corneille ne me parait pas forcément pertinent loin de là. Citer des auteurs c’est dire qu’on les a lu, étaler ses connaissances, c’est parfois (souvent ? ) détourner le propos original pour soutenir les siens. Et je ne vois pas bien en quoi ça légitime forcément une idée. Je peux parfaitement soutenir une idée à la con tout en citant Candide de Voltaire, ça n’en restera pas moins une idée à la con quelques soient les références culturelles que j’y adjoindrai.

Sans compter que parfois les références culturelles sont elles-mêmes de bas niveau (si je cite 50 shades of grey pour appuyer la nécessité d’une éducation au SM dans les écoles primaires ça passe comment ?)

 

Je suis d’accord que la pensée doit être nourrie, soutenue souvent par la lecture d’écrits (pas forcément philosophique ou sociologique d’ailleurs), appuyée par des études mais je pense aussi que des bonnes idées peuvent survenir spontanément soit de l’expérience de terrain soit d’une réflexion isolée née par hasard dans un cerveau. Et que les décrédibiliser au motif qu’on ne cite pas Proust au passage est une erreur.

Je suis d’accord aussi que l’expérience liée au terrain donne en général une vision trop parcellaire d’un problème, trop émotionnel aussi et qu’il faut s’élever au-delà de ça pour avoir une vision générale d’un contexte et des implications générées. Mais ça n’empêche pas que certaines idées de la « base » soient issues d’une réflexion approfondie et pertinente.

 

Si avoir lu l’intégral de Zola et vu tous les Godard suffisaient à devenir intelligent… ça se saurait.

Accessoirement on peut avoir fait les deux sans se sentir obligé de s’y référer. Ne pas étaler sa confiture culture, ne pas en ressentir le besoin. Croire qu’une idée si elle est bonne se suffit à elle-même et qu’un débat d’idées se doit de contenir avant tout … des idées. Pas l’intégral des classiques de la littérature française.

 

 

nb : j’aime beaucoup Causette par ailleurs, ce ne sont que 3 phrases perdues dans la totalité même si ça m’a désagréablement rappelé certains textes (féministes ok j’avoue et pas du féminisme que je soutiens) s’accrochant à toute force à des références bibliographiques répandus par dizaine sur quelques lignes. Je ne dis pas qu’il n’est pas bon de s’appuyer sur des références sociologiques, je dis juste que ce n’est pas parce que Machin dit un truc que Machin est dans le vrai. Même si ce que Machin a écrit nous fait plaisir.

En science « dure » (excusez moi d’être issue de cette culture-là) avant de croire ce que Machin a écrit, on attend que Machin-truc confirme ce que Machin a écrit. On attend même des dizaines de Machin-truc dont on ausculte au passage la qualité de leur travail. Et quand des dizaines de Machin-truc ont écrit, on compare leurs écrits (méta-analyse ça s’appelle) et après on dit que peut-être Machin a raison. Mais Machin tout seul, quoiqu’il dise, ne suffit pas. (Et des fois on se foire quand même)

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