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Me Myself and I

Consentir ce n’est pas sentir les cons

Si on veut immanquablement me transformer en insupportable gremlin sous acide (certains ne manqueront pas de dire que c’est mon état permanent j’en suis sûre) il suffit de me faire accompagner quelqu’un qui va se faire soigner dans un milieu hospitalier. Je pense d’ailleurs que l’HAS devrait m’embaucher pour les certifications des centres de soins. J’observe tout, je juge tout, je critique tout (« il ne s’est pas lavé les mains en rentrant dans la chambre », « elle porte des boucles d’oreilles », « elle a les ongles longs », « ya pas de gel hydroalcoolique dans les chambres » etc… )

 

Ma mère étant une habituée des passages sur la table d’opération, le classement de l’Express passe pour amateur à côté de moi.

Et je suis assez contrariée par un aspect de sa dernière opération.

 

Sortie de sa consultation avec le chirurgien, je lui demande – au milieu d’environ un milliard d’autres questions – s’il lui a bien donné le consentement à signer. Ma mère me dit qu’elle a signé quelque chose pendant la consultation … mais qu’elle ne sait pas quoi. (Super)

Quelques temps plus tard, rdv avec l’anesthésiste. Rdv dès le départ très agaçant puisque le questionnaire (avez-vous de l’hypertension, de l’asthme, une pathologie mentale, des dents de travers, un sein plus gros que l’autre?) sensé être donné longtemps à l’avance pour être rempli correctement (avec l’aide de son médecin traitant évidemment) a été remis … 5 mn avant la consultation. [Je plains ceux qui n’ont pas l’habitude ou qui ne connaissent pas bien leur dossier médical – surtout les personnes âgées – de devoir remplir ça en urgences à main levée.] Mais surtout sortie de son rdv, dans le dossier je trouve la feuille de consentement (pour l’anesthésie) qu’elle doit signer chez elle et ramener le jour de l’intervention.

 

Woooookééééé …. il y a encore du boulot (c’est pas nouveau).

Je crois que ces deux médecins (et ils ne sont pas les seuls) n’ont pas bien compris l’intérêt du consentement. Au delà d’avoir un joli bout de papier signé attestant que « le patient il était ok pour tout si si c’est promis » en cas de pépin, c’est justement de permettre au patient de poser les questions qu’il n’a jamais pu pas forcément pu poser pendant la consultation. Ouvrir le dialogue. Vérifier qu’on a bien délivré la fameuse information « claire, loyale et appropriée ». Et pas faire parapher un papier parce qu’on oblige à le faire.

Je trouve révélateur ce « détail » (pour beaucoup ça en sera un, pas pour moi) dans le sens où il montre un manque total de réflexion et d’investissement autour de ce qu’on leur demande de faire, pourquoi on leur demande de le faire et quel est le sens auprès des patients qui leur font face.

 

[Du coup je comprends mieux pourquoi quand je demande (en moyenne 25 fois) aux gens s’ils ont tout bien compris ou s’il faut que je réexplique et s’ils ont des questions, ils sont super surpris …]

Discussion

18 Responses to “Consentir ce n’est pas sentir les cons”

  1. Je suis d’accord, ce n’est pas un détail. « Consentement libre et éclairé », ce n’est pas signer un bout de papier parce qu’on te demande de le faire ou qu’on menace de refuser de te soigner si tu ne le fais pas.

    Posted by Anna Musarde | 6 décembre 2013, 09:27
  2. En même temps, les patients et les médecins vivent beaucoup dans un monde où le médecin sait tout, et que le patient peut lui faire aveuglément confiance, le médecin sait ce qui est bon pour le patient, c’est son job. C’est pour ça que certains médecins s’offusquent qu’on leur pose des questions (quoi, vous ne me faites pas aveuglément confiance?) et les patients n’osent pas poser de question (si le médecin dit que je dois faire ci et ça, c’est que c’est vrai).

    Posted by poulpynette | 6 décembre 2013, 13:36
    • Et c’est comme ça qu’on se retrouve à « consentir » (sauf que pas vraiment, car pas de manière libre et éclairée) à des tas de choses qu’on n’aurait jamais acceptées si on nous les avait présentées honnêtement, et avec la possibilité réelle de refuser. Parce qu’on pense que les autres savent mieux, et qu’on est en position de faiblesse.

      Posted by Anna Musarde | 6 décembre 2013, 13:52
      • En même temps on éduque les médecins à ça. Ma première journée en fac de médecine ça a été « vous allez être l’élite de la nation, les seuls capables de décider ». Quand on te répète ça pendant 10-15 ans, si tu ne prends pas de recul tu finis par le croire très fort. Mais tant que la formation ne changera pas ça, ça continuera (et pour la majorité des médecins qui sont des médecins d’une « vieille » école on leur a expliqué que la relation soignant-soigné c’était une relation de « soumission librement consenti » tout tient dans ce terme atroce de « soumission »)

        Posted by Shaya | 7 décembre 2013, 10:54
    • D’ailleurs c’est très mauvais pour les médecins aussi, cet état d’esprit : à jouer au tout-sachant, tout-maîtrisant ils finiraient par se croire responsables de choses auxquelles ils ne peuvent rien.

      Posted by Anna Musarde | 6 décembre 2013, 16:37
      • Oui ça c’est vrai. Après des études scientifiques ont aussi montré que si les médecins présentent trop précisément les enjeux (comme à un confrère) et se desengagent du choix (vous décidez ce que vous voulez) les patients étaient très stressés (trop) et incapables de prendre une décision. C’est un équilibre subtil et difficile à trouver.

        Posted by Shaya | 7 décembre 2013, 10:57
    • Oh oui je sais bien et je passe mon temps à lutter contre ça. D’ailleurs à l’expérience ça ne résiste souvent pas.

      Posted by Shaya | 7 décembre 2013, 10:51
  3. En tant que malade au long cours, j’ai constaté que la plupart des médecins nous prennent pour des jambons décérébrés incapables de comprendre s’ils nous expliquent.

    Heureusement dans mon « parcours de soins » qui fêtera ses 6 ans en mars prochain, j’en ai croisé deux qui n’avaient pas peur d’expliquer clairement (et de répondre à mes questions). Mais 2 sur pfiou…. 10 ?

    Posted by MaO | 6 décembre 2013, 22:22
    • (c’est parce que le jambon c’est bon) comme je le disais c’est un exercice difficile et subtil qui les renvoie à leurs propres failles (ce qui n’est nullement une excuse pour prendre les patients pour des jambons) et il faut se « battre » avec eux pour qu’ils prennent le temps et la peine d’expliquer.

      Posted by Shaya | 7 décembre 2013, 10:59
      • « Il faut », je suis d’accord, mais qui en a la force en plein parcours de chimio ou en plein accouchement… Pas tout le monde. On devrait avoir systématiquement un tiers de confiance pour se battre à sa place en cas de défaillance.

        Posted by Anna Musarde | 7 décembre 2013, 14:51
        • Et quand tu en as la force, que tu oses poser des questions quand tu comprends pas, on te prend de haut et on te traite de chieuse qui veut tout savoir. Genre quand j’ai voulu savoir ce qu’on m’injectait au juste (au final, antibios, serum phy et ocytocine) et qu’on m’a balancé que j’étais bien une prof pour poser tant de questions, et que si je me posais moins de questions et me détendais un peu plus, ça irait mieux.
          C’est vrai que ça décourage vite si on n’est pas un minimum préparé à ce genre de réaction. Je crois que notre meilleure arme sera l’information, le plus possible en amont, parce que si on arrive et qu’on attend qu’ils nous renseignent, c’est pas gagné.

          Posted by poulpynette | 7 décembre 2013, 21:54
        • J’ai souvenir d’une autre étude qui disait que les tiers de confiance étaient trop méconnus et peu désignés.

          Posted by Shaya | 9 décembre 2013, 18:38

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