//

Cogito

Comptoir de la folie ordinaire

Il n’y a rien de plus pervers qu’une question. Une question qui cache en fait une suggestion présentée ainsi afin qu’elle soit plus facilement acceptée : mais vous êtes sûre qu’en fait tout va bien dans votre boulot/votre vie privée?

 

Sous entendu : et si ma fatigue était d’origine psychosomatique en fait?

 

Ça serait tellement plus simple en fait hein.

Oui je n’ai pas le boulot le plus facile du monde et il y a des jours vraiment difficiles. Mais pas plus en ce moment que d’habitude.
Oui tout n’est pas forcément rose tous les jours dans ma vie perso mais pas plus que d’habitude non plus aussi en fait.

J’ai douté pendant des jours. J’ai passé des heures à me dire que je refusais d’affronter la réalité, que j’étais en plein déni d’une dépression, d’un surmenage.

Que les autres devaient voir quelque chose que je refusais de voir et je me suis efforcée d’écarquiller les yeux pour y arriver enfin.

En vain.

 

J’ai conscience de ne pas être spécialement facile à vivre en ce moment pour mon entourage surtout en cette fin de semaine.

Agressive souvent, exaspérée par la moindre question, énervée de devoir faire des efforts herculéens pour répondre à la moindre demande. Insupportée de me voir comme ça.

On m’a dit d’aller voir sous ça, que si je creusais, je verrais bien qu’en fait j’étais fatiguée parce que j’avais un mal-être certain.

J’ai creusé et … non.

Il faudrait voir à ne pas confondre les causes et les conséquences. Je suis sur les nerfs parce que je suis fatiguée. Pas l’inverse.

Et j’en ai marre qu’on insinue le contraire, marre qu’on ne m’écoute pas, marre qu’on ne me soutienne pas et ne me fasse pas confiance sur la connaissance que j’ai de mon corps.

Marre qu’on me murmure que je refuse d’affronter la réalité.

 

 

La réalité c’est que je n’ai aucune résistance à la fatigue, je n’en ai jamais eu. Le jour où on voudra me torturer, pas la peine de se munir de fers rougis à blanc, il suffira de me priver de sommeil pour que je m’effondre en chialant comme une merde ou que je fasse une crise d’hystérie.

La réalité c’est que monter 2 étages me donne des courbatures monstrueuses pendant des jours après, qu’ouvrir mes volets me fait battre le coeur comme si j’avais couru un 100m, que j’ai l’impression parfois que mon corps cale comme s’il n’avait plus de carburant.

Oui mais non, quand j’explique ça on me rétorque je suis dans le déni.

Voire on insinue perfidement que si mon coeur bat vite en ce moment c’est à cause du stress…

 

Sauf que je ne suis pas stressée.

Tellement moins qu’en mai quand on m’a accusé d’un truc grave au travail par exemple.

Mais je parle dans le vide, on balaye tout ça d’un revers de la main…

Si mon corps cale c’est forcément que ma tête cale aussi.

Et il est difficile de parler aux gens qui tordent les choses pour les faire coller à ce qu’eux pensent.

 

Je savais dès le départ que ça finirait comme ça.

J’avais juste pensé que ça se limiterait aux médecins, mais finalement dans l’insinuation mon entourage est bien pire qu’eux.

 

Et j’en ai marre de ne parler que de cette putain de fatigue aussi! Grrrr!

Discussion

8 Responses to “Comptoir de la folie ordinaire”

  1. mais tu l’as fait le test de grossesse ou pas? 😀

    (je cours, oui, je cours…)

    Posted by Daydreamer | 4 août 2012, 20:22
  2. Tu n’as pas ramené des clandestins avec toi de ton joli voyage en Thaïlande ? Tu as tenté un service des maladies tropicales ???

    Posted by Pat | 6 août 2012, 13:15
  3. Je découvre à l’instant votre blog et je n’ai lu que ce billet ; mais ce que vous décrivez m’évoque des situations tellement proches de celles que j’ai vécues que je juge utile de vous en dire 2 ou 3 choses.
    Tout d’abord, que votre entourage ne comprenne pas, il n’est pas professionnel, OK. Quand on a un médecin généraliste qui ne sait pas obligatoirement mettre un nom sur ce qu’on a, mais qui comprend qu’il y a un réel problème qui ne se résume pas à une dépression, ça aide énormément.
    Le mot « fatigue » ne veut rien dire car il recouvre des petites fatigues ordinaires et passagères comme des fatigues à la limite de l’épuisement. Idem pour le mot « douleur ». J’ai appelé une « gêne » pendant des années un phénomène qui m’a empêché de dormir jusqu’à bousiller mon sommeil et j’aurais du prendre des anti-douleurs rapidement plutôt que des somnifères une fois que je ne dormais plus du tout.
    On est prêt à se remettre en cause facilement dans ces cas là, mais le déni ou le refus d’affronter la réalité dont vous parler est celui de votre entourage, pas le vôtre.
    Dans l’entourage, il y a de gens qui n’ont jamais été malades et qui ont tellement peur des maladies et de la mort qu’ils ne peuvent pas supporter d’en entendre parler, ou que « ça se rapproche » d’eux (même si ce n’est pas contagieux). Et puis une maladie qui ne se voit pas, très bizarre…Comme disait mon médecin, avec une bonne jambe cassée, tout le monde aurait été aux petits soins pour vous.
    Ce qui fait très mal, c’est de voir que des collègues qu’on considère comme des amis pensent que vous voulez « vous rendre intéressante », alors que j’avais la prétention d’être plus intéressante sans ça ;-).
    Voilà quelques remarques qui peuvent sembler bien « aigres », mais je mets celles qui me semblent « prioritaires ».
    Désolée pour la longueur de ce com. Vous pouvez m’envoyer un mail si vous le souhaitez.
    Je vous souhaite bon courage, mais je me doute que vous n’en manquez pas.

    Posted by Marie | 7 août 2012, 09:32
    • Merci beaucoup pour votre long et très intéressant commentaire au contraire!
      Effectivement je ne manque pas de courage, heureusement.
      Mais ça a un côté double peine de devoir subir en plus ce genre de commentaires de la part de l’entourage en plus du reste.

      Posted by Shaya | 7 août 2012, 13:10
  4. Comme je vous comprend j’ai souffert moi aussi de la même incompréhension ! Personne ne m’entendais, ne m’écoutais. La fatigue ça ne se mesure pas avec un pied à coulisse ! C’est très difficile à expliquer, surtout quand malgré tout on affiche un minois souriant. Quelle solution trouver pour se faire entendre, comprendre au lieu de voire
    se dessiner des sourires en coin ou moqueurs, encore elle se plaint mais elle n’a rien, elle se prend pour une princesse qui veut se faire servir…Je ne sais vraiment pas quoi faire de mon côté et je n’ai pas de conseils à vous donner non plus mais je compatis à votre difficulté. Bien cordialement.

    Posted by Colette | 12 août 2012, 18:35

A vous les studios

Shaya ailleurs …

~ Tumblr : Books and Boobs

~ Tumblr : Point Vernis

L'instagram de Shaya

Previously

août 2017
L M M J V S D
« Juil    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

D’où viens-tu?