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Chez moi

Colle-air

Si je devais être un pêché capital je serais la colère.

J’aimerais être la gourmandise ou la luxure mais non, je serais la colère.

Non pas que je sois colérique, juste qu’il y a longtemps que j’en ai fait mon alliée.

 

Je la connais bien, petite je l’utilisais pour me faire respecter. Je compensais mon année scolaire en moins et ma petite taille par une capacité à me mettre en boule pour me faire écouter et respecter, à l’adolescence j’ai continué et en plus je l’ai beaucoup utilisé pour masquer d’autres émotions. Je transformais la tristesse en colère, la peur en colère, la douleur en colère.

La colère était devenue mon couteau-suisse émotionnel.

J’en maitrisais toutes les facettes, de la colère froide qui durait longtemps à la colère explosive comme un volcan qui rentre soudainement en éruption et détruit tout sur son passage.

Heureusement je ne suis jamais devenue son esclave.

 

Depuis ce temps-là, j’ai réappris à ne plus tout cacher sous un vernis de colère. Si ce n’est aux yeux des autres, tout du moins aux miens.

J’ai appris aussi à ne plus toujours lui céder. Et au fil du temps ce « plus toujours » est devenu très proche de « plus jamais ».

Trop proche.

 

La colère, la colère justifiée, est salvatrice en ce qui me concerne dans le fond. Taiseuse par nature, doublée d’une exaspérante tendance à vouloir protéger les autres surtout de moi-même, et triplée d’un caractère rarement rancunier, elle me permet de dire (enfin) aux gens que j’aime ce que je garde sur le coeur. Elle fait sauter le verrou qui m’empêche de penser à moi avant de penser aux autres, efface cette façon que j’ai de toujours trouver des excuses gens que j’aime (« non mais ne t’enerve pas ce n’est pas le moment, il/elle est très occupé(e) et à plein de problèmes tu règleras ça plus tard » et bizarrement le plus tard ne vient jamais) et de passer l’éponge sur mes propres blessures.

La colère fait disparaitre toute précaution, toute crainte de ne plus être aimée pour affirmer temporairement le « moi » sur le « tu ».

 

 

Si on devait me demander actuellement – comme une révision de mes cours d’anatomie – où se situe le plexus solaire, je n’aurais aucun problème à donner la réponse.

Tant depuis des semaines les tensions s’y sont accumulées, me donnant l’impression de porter une pelote de laine chargé d’électricité à cet endroit-là qui me coupe la respiration.

Je suis en colère.

Je suis en colère contre moi (beaucoup) d’avoir si peu de prise sur mon avenir, de me sentir tellement impuissante, de ne pas supporter la longueur des échéances.

Je suis en colère contre mon binome de blog (l’autre) qui me laisse mère célibataire alors que j’avais indiqué clairement ne pas vouloir vivre ça.

Je suis en colère contre celui qui devait me donner des explications (certaines depuis 6 mois) que j’attends toujours en espérant sans arriver à faire l’impasse ni à me convaincre que peu importe de connaitre la chronologie puisque ça ne changera rien à l’arrivée.

Je suis en colère contre ces petites phrases assassines lâchées sous forme de provocation assumée ou déguisée en humour qui me rabaissent et me donnent l’impression d’être salie, sans savoir si elles reflètent vraiment les pensées de leurs auteurs, alors que j’ai surtout besoin d’être rassurée et confortée.

Je suis en colère contre l’enchainement temporel de ces petites avanies qui m’empêche de réagir sur le moment et me force à ravaler ma colère au lieu de l’exprimer, comme une porte de tram qui se referme sur une dernière parole sans laisser la possibilité de poursuivre.

Je suis en colère d’être en colère et de ne pas arriver à dépasser ses contrariétés, d’en trouver un dérivatif malgré tous mes efforts. Incapable de contrôler l’inflation des pentes du volcan annonciateur d’une explosion. Incapable surtout d’empêcher le début de cristallisation de ces strates de colères accumulées vers une colère froide, la plus dangereuse.

 

Je suis en colère et il est temps que je le montre à qui de droit.

Par dessus tout, je veux m’en libérer.

Discussion

2 Responses to “Colle-air”

  1. Je n’ai pas ce passé que tu as avec elle, mais là tout de suite, je me sens très en phase avec toi.. Elle est là, prête à exploser d’un moment à l’autre (pas plus de quelques jours, je pense)… Je me rapproche du moment où j’arrêterai (enfin) de me taire pour temporiser? Et après? (soulagée ou détruite encore davantage?)

    Posted by carreaux | 8 avril 2013, 18:53
    • J’ai appris il y a longtemps que coucher ce qu’on a sur le coeur (pas forcément sur un blog, juste sur une feuille volante) permet souvent de faire retomber la pression et de dépasser ça (ou pas, parfois il faut se mettre en colère).

      Posted by Shaya | 9 avril 2013, 13:53

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