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Dans ma valise

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une statue du dieu ganesh

Relativité de la saleté

une statue du dieu ganesh
Mon cher Ganesh <3

L’autre jour dans un musée, alors que j’étais assise sur un banc à contempler une oeuvre, une dame est arrivée pour s’asseoir à côté de moi. Il y avait une petite trace sale sur la place libre, que je n’avais pas vu, comme un truc renversé et essuyé mais qui aurait laissé une trace colorée que personne n’aurait frotté vigoureusement pour la faire disparaître. Elle s’est mise à pester vraiment très fort que quand même il pourrait nettoyer dans ce musée et que le monde partait à sa perte et blablabla.

Intérieurement je n’ai pas pu m’empêcher de rigoler. C’était rien et elle en faisait tout un drame. C’était vraiment rien comme saleté, ça ne collait pas, ça n’allait pas tâcher ses habits. Et puisque justement elle avait des habits, ça n’allait pas la souiller elle, ça n’allait pas passer la barrière de sa peau et déclencher une septicémie. Mais je me suis mordue la joue pour ne rien dire et je me suis souvenue …

Il y a eu un temps où je n’acceptais pas de yaourts périmés depuis ne serait-ce qu’un jour (personne ne parlait alors des DLC qu’on peut allègrement dépasser), où je refusais de manger avec les couverts utilisés par quelqu’un d’autre (de très proche hein), où je n’allais pas dans des toilettes à la turc ni dans des chiottes publiques pas absolument impeccables et quand bien même elles étaient propres je ne posais jamais un bout de peau sur la lunette, où je tombais dans les pommes à l’idée de m’asseoir sur un banc un peu sale/vieux. J’exagère … mais à peine et je pense que vous voyez l’idée. J’avais été élevée dans une conception très occidentale de l’hygiène, et la moindre saleté risquait de déclencher une terrible maladie et de me tuer.

Et puis … je suis allée en Inde.
Je me suis levée dans des chambres dans lesquelles il y avait des cafards (et ça ne paraissait rien parce que de l’autre côté de la porte il y avait des rats du coup les cafards c’était bien), je me suis douchée avec un seau et de l’eau de pluie récupérée sur le toit, j’ai été dans des toilettes qui n’était qu’un trou dans un sol et dans d’autres qui étaient un cloaque à ciel ouvert plutôt que des toilettes, je me suis lavée les dents à l’eau purifiée pour ne pas rester à me vider 3 semaines, j’ai marché dans des rues qui n’avaient probablement jamais vu la propreté, j’ai marché dans des rigoles de saleté drainées par l’eau de la mousson, j’ai dormi dans un lit dans un hôtel Hyatt dont les draps avaient gardé des tâches propres (et je me suis dit qu’il n’y avait qu’en Inde qu’on pouvait voir un truc pareil dans un hôtel de ce standing), j’ai acquis des réflexes dont celui de ne JAMAIS boire de l’eau du robinet dont j’ai mis plusieurs jours à me débarrasser à mon retour, j’ai prié pour que le vendeur à la sauvette ait dit vrai et n’ait pas mis de glaçons dans le jus de fruits, j’ai croisé les doigts pour que les plats, les couverts et les verres des restaurants aient été lavés avec au moins un peu de savon.

Et ce voyage en Inde a beaucoup changé mon rapport à la saleté. Ce fameux lâcher-prise qu’on nous enjoint à atteindre souvent et que je recherche parfois, je l’ai acquis là bas concernant l’hygiène. J’ai appris qu’une tâche de saleté ne pouvait pas nous tuer mais que de l’eau contaminée était fatale, qu’on pouvait faire pipi dans à peu près n’importe quelles conditions sans risque sanitaire mais que se retenir entraînerait à coup sûr une cystite bien plus préoccupante, que la peau était une barrière bien solide tant qu’on n’avait pas la moindre plaie.
Depuis que je suis rentrée je mange des yaourts périmés, je pose mes fesses sur la lunette des toilettes et j’utilise les toilettes à la turc sans rechigner, et parfois je consens à utiliser la fourchette de quelqu’un d’autre pour croquer un truc (mais la cuillère je ne peux pas!), je m’assois sur des endroits un peu crade en me disant que la machine à laver fera le reste et que ça n’est pas si crade.
Et je me marre intérieurement quand j’entends mes collègues dirent qu’elles défont TOUT le lit pour voir l’état de la literie quand elles dorment dans un hôtel (en France), ou qu’elles en s’assoient même pas sur la cuvette des toilettes de l’hôtel, ou qu’elles sont scandalisées parce que potentiellement la femme de ménage a utilisé la même lavette pour nettoyer le lavabo et la lunette des toilettes. L’Inde m’a vraiment beaucoup détendue sur ce sujet.

Mais je suis encore plus chiante sur le lavage des mains et sur la désinfection des plaies.


nb : cette article de Marion Montaigne sur la lunette des toilettes (en vidéo ici) m’a bien aidée à me conforter dans ma détente sur le sujet.

Cigares et mojito : la fin du voyage

Voilà c’est la fin de l’album photo de Cuba.
J’aime bien écrire ces billets post-voyage. Ça prolonge un peu celui-ci je trouve de se replonger rapidement dans ses photos et ça permet de le vivre après, comme la préparation et l’anticipation permet de le prolonger en le faisant exister avant. Je suis contente aussi de partager mes photos avec vous.

J’ai l’impression d’être loin d’avoir tout écrit concernant Cuba, peut-être que j’y reviendrai dans quelques mois, j’ai l’impression d’avoir oublié de parler de tellement de choses mais évidemment c’est impossible.
Par contre, les jours passant, je me dis que ce voyage me marquera probablement beaucoup plus que ce que j’avais imaginé en le vivant.

Je vais refermer le chapitre par un billet un peu fourre-tout mêlant réflexions et conseils.

La question majoritaire qu’on m’a posé à mon retour ça a été : « c’était bien ? » … et j’ai été très embêtée pour répondre à cette question. Oui c’était bien dans le sens où je me suis vraiment régalée pendant ce voyage mais Cuba demande une réponse beaucoup plus nuancée et complexe que « oui c’était génial ». Réponse que j’ai donc été incapable de donner, il a fallu que j’explique le contexte de l’île, que je nuance au delà de mon propre séjour qui a été sans nuages. Je crois que je l’ai fait aussi pour casser le côté « voyage de rêve » que Cuba semblait faire naître dans certains esprits. J’ai été surprise avant mon départ par le nombre de fantasmes que mon futur voyage semblait faire naître, il y a un imaginaire fort autour de Cuba et de tous mes voyages c’est la première fois que j’y ai été autant confronté, un imaginaire positif. J’ai aussi été surprise par le nombre de personnes qui dans le vol de retour vers la France (rempli de français donc) exprimaient leur déception face à leur voyage. Je pense qu’il y a un lien fort entre les deux.

Transport en commun cubain
A Cuba on marche ou on monte à cheval ou dans une carriole
Ou alors en bici-taxi
Et on attend (que quelqu’un veuille bien vous prendre en stop)

Je n’ai pas été déçue par Cuba, je m’étais renseignée avant et j’avais déjà cassé cette image d’Épinal d’une île des Caraïbes, couverte de palmiers et de sable blanc, où le rhum coule à flots ainsi que la musique et où tout le monde chante et danse en se baladant dans des vieilles voitures américaines. La réalité est moins … rose et le réveil doit être brutal pour certains oui face à la pauvreté et au délabrement de l’île, aux gens qui se déplacent encore en carriole ou qui attendent des heures au bord des routes que quelqu’un veuille bien les prendre en stop. Alors oui sauf à vouloir s’enfermer dans un hôtel au bord d’une plage sans rien (vouloir) voir de l’île il vaut peut-être mieux éviter Cuba si on ne supporte pas cette vision de la pauvreté. C’est rude, vraiment rude, il faut se préparer à l’idée qu’aller à Cuba c’est aller dans un pays sous-développé (ce sont les cubains qui le disent) et ça oblige à se mettre au clair vis à vis d’un certain nombre de choses, notamment sa culpabilité d’avoir tant quand il manque eux de tout. Moi je trouve toujours que ça remet les idées en place. Bref Cuba c’est comme l’Inde, pas une destination dans laquelle on s’engage à la légère.

(A côté de ça, Cuba c’est de la joie et de la bonne humeur, du lâcher-prise à la mode cubaine, des cocktails oui, de la musique, des beaux paysages, de belles rencontres et une démonstration de solidarité et de la débrouillardise)

La « Tumba Francesa » sorte de Menuet apporté à Cuba par les colons français fuyant Haïti après la révolte des esclaves

L’autre question récurrente concernant mon voyage concerne … la nourriture. So french !
Personnellement ça a plutôt été une bonne surprise ! Probablement parce que je m’étais préparée au pire. On m’avait dit « on ne va pas à Cuba pour la nourriture » et donc je m’étais préparée à un régime alimentaire peu réjouissant digne de celui connu en Islande.
Finalement j’ai été plutôt ravie de constater que la nourriture était simple mais bonne et bien préparée. Je n’ai jamais mal mangé. Après c’est vite répétitif : riz à tous les repas, haricots rouges régulièrement, choux/concombres/tomates en crudité, porc ou poulet ou poissons/crevettes et en dessert flan au caramel (et parfois ananas ou mangue !). Effectivement au bout de 15j on commence à se lasser mais je trouve VRAIMENT malvenu de s’en plaindre alors que les portions sont plus que généreuses quand eux ils manquent réellement de tout.

Cuba c’est aussi des moments WTF où je me suis bien marrée avec une douchette à côté des toilettes dont je me suis bien demandée l’utilité (à la japonaise ?) (ah non en fait c’est pour se laver les pieds … en plein milieu de la salle de bain alors qu’il y a une douche et pas d’évacuation dans le sol ?) ou cette passion pour les Christ assis, complètement dépressifs et déprimants (mais qui me font rire à chaque fois que je regarde les photos).

Alo oui cer déprime christique
C’est pas la pêche encore
Toujours pas …

En résumé avant de partir à Cuba il ne faut pas oublier que c’est :
– Cher
– Pas pour tout le monde (assurément pas si vous ne supportez pas la pauvreté)

– Une dictature communiste
– Une île des Caraïbes de 1200 kms de long environ donc si vous voulez des glaciers et une foule de paysages variés … il faut peut-être réfléchir à une autre destination.
– Une foule de questions et peu de réponses

Cigares et mojito : Santiago de Cuba, Camagüey, Cayo Guillermo

On ne peut pas dire qu’il s’agisse de mes déceptions de ce voyage car en vérité à Cuba rien ne m’a déçu.
On va dire qu’il s’agit de ce que j’ai moins aimé en comparaison de tout ce dont j’ai parlé avant. Et pas forcément pour des raisons architecturales ou autre mais aussi parce qu’on ne peut pas dissocier une ville de son territoire, de ce qui s’y passe et de ce que ses habitants y vivent. Et à Cuba l’aspect social n’est jamais loin …

Santiago de Cuba
Je voulais absolument aller à Santiago de Cuba à cause de son histoire. Dès le départ c’était une étape non négociable de mon voyage à Cuba.
Et si Santiago de Cuba a été un démarrage un peu brutal et m’a pas mal déstabilisée, ce crescendo vers la Havane m’a permis je crois de pleinement admirer les beautés de la Havane et d’en tomber complètement amoureuse.

Santiago de Cuba est une des plus anciennes villes de la Havane et la 2e en importance actuellement. Mais le très mauvais état des routes et infrastructures de l’île l’isole considérablement et la laisse encore actuellement à l’écart des grands circuits touristiques. De ce fait, la pauvreté est vraiment prégnante à Santiago de Cuba et c’est l’endroit où je me suis sentie le plus sollicitée, voire même harcelée, par les jineteros mais aussi pour donner tout simplement (des savons, des vêtements etc). A Santiago de Cuba c’est quasi non stop mais aussi cette impression que tout se paye (la visite + les photos pendant la visite etc…).
Au delà de ça, j’ai trouvé cette ville dure (là où Trinidad était douce) mais avec le recul je ne suis pas étonnée.
La pauvreté donc y est omniprésente, les immeubles pourrissent sur place sans ce charme de la Havane et suintent la misère, mais l’histoire de la ville aussi contribue à cette dureté : Santiago est la ville des révolutions. Celle de Castro évidemment mais aussi celle d’avant, contre les Espagnols. C’est aussi là que sont enterrés les « pères de la Patrie ». Et Castro. Les slogans de la propagande castriste y sont visibles partout (contrairement à la Havane), l’architecture très communiste.
Tout ça contribue à la dureté de cette ville. Surtout en premier contact avec Cuba.

Le monument d’Antonio Maceo (un autre des « pères de la patrie ») qui trone sur la place de la révolution. Vous voyez le petit côté soviétique ?
Ca aussi ça a un petit côté soviet
Et puis des fois qu’on oublie où on est, la piqûre de rappel n’est pas discrète
Dites bonjour à tonton Fidel
Mais Santiago c’est aussi un centre historique
Mais aussi la maison de Diego Velazquez (très étonnante par son architecture andalouse et très différente des maisons coloniales ultérieures)
Une cathédrale bleue très photogénique 😉
Et d’anciennes maisons coloniales (limites châteaux) transformées en écoles ou en musées (mais avec un avion dans le jardin) (regardez bien la photo)


Camagüey
C’est compliqué d’expliquer l’effet que la ville de Camagüey m’a fait. Je crois que le meilleur terme c’est « l’indifférence ».
L’indifférence face à son architecture, l’indifférence face à ses 9 églises, l’indifférence face aux tijarones, les grandes jarres enterrées servant à recueillir l’eau de pluie, l’indifférence face à Ignacio Agramonte (le héros local).
Le seul souvenir que je vais garder de Camagüey je crois sera cette lumière du soir dans laquelle je l’ai photographié en arrivant.

C’est sous cette lumière que j’ai préféré Camagüey
Entre chiens et loups
Les fameuses tijarones (pas trop enterrée celle là)
Par contre j’ai adoré l’expression artistique de Camagüey (Cuba est riche artistiquement j’ai trouvé)


Cayo Guillermo
Ah Cayo Guillermo … ma pause plage de rêve, sable blanc, mer translucide et cocotiers. J’avais trouvé dommage d’aller à Cuba uniquement pour visiter sans prendre le temps de profiter du Cuba des plages. Aussi au milieu avais-je calé 3j à Cayo Guillermo pour souffler. Cuba c’est une grande île entourée par plein de petits ilôts perdus dans la mangrove ou à quelques encablures de la côte.
Quelques uns d’entre eux ont été transformés en lieux de villégiatures pour touristes occidentaux. J’avais choisi Cayo Guillermo car c’est une petite île et au bout de celle-ci se trouve la magnifique Playa Pilar (du nom du bateau d’Hemingway qui venait y pêcher au gros).

Playa Pilar s’est avérée aussi merveilleuse et magnifique que je l’avais imaginé. Cayo Guillermo en général s’est révélé le lieu de plages de rêve que j’avais imaginé.
Pour le reste … pour le reste le seul moyen de se loger dans ces cayos c’est l’hôtel de luxe (en théorie) géré par des groupes étrangers (généralement espagnols) en all-inclusive. Avec tout ce que ça peut comporter. Première fois de ma vie que je logeais dans ce type d’établissement. Dernière fois aussi probablement. Au minimum ça a été une expérience sociologique intéressante. Cuba est très prisée des canadiens notamment, ils y viennent 3 semaines en all-inclusive sans mettre un pied dehors et donc sans rien voir du pays. Ma définition de l’angoisse je crois.
J’ai ainsi pu observer le gang des serviettes qui à 8h réserve son transat au bord de la piscine, le broc énorme qu’on demande à faire remplir de bière au bar tout au long de la journée, les gens en plein soleil de 10h à 17h et donc rouge écarlate mais qui y retourne tout pareil le lendemain (alors qu’à 17h30 la plage est … déserte!). L’an-goi-sse.

Mais en vérité mon plus gros problème à Cayo Guillermo ça a été la qualité déplorable des installations hôtelières. D’une manière générale il ne faut pas avoir d’attentes trop démentielles concernant les hôtels cubains. Surtout quand ils sont gérés par des groupes internationaux paradoxalement. Malgré les étoiles nombreuses affichées (et les prix en conséquence), ils ne sont clairement pas au niveau d’une clientèle internationale (mais c’est propre, aucune mauvaise surprise de ce côté là). Là dessus aussi j’ai beaucoup pensé à l’Inde, je me rappelle cet hôtel Park Hyatt, où les draps – certes propres – avaient des traces de tâches anciennes. Le fou rire que j’avais eu en me disant que nul part ailleurs qu’en Inde ça ne pouvait se voir dans des hôtels d’un standing pareil. L’entretien des installations n’est absolument pas une priorité à Cuba (compliqué probablement par l’embargo subi par l’île mais ça ne fait pas tout). Paradoxalement les « petits » hôtels 100% cubains affichant « seulement » 3 étoiles se sont avérés de bien meilleures surprises que les hôtels internationaux. Mais Cayo Guillermo a été le summum (et le seul endroit où j’ai râlé parce que je ne suis pas d’une exigence folle surtout dans un pays pauvre) avec pas d’eau froide (donc pas de douche possible) et pas de WC … et une équipe franchement méprisante (pas habitué aux touristes râleurs manifestement … pas souvent des français faut croire). Au final ils nous ont changé de chambre, offerts 2 bouteilles de rhum et une dîner langouste pour se faire pardonner mais ça a clairement gâché la parenthèse (et ils ont redonné aussi sec notre chambre à de nouveaux arrivants). Ça aurait pu être 3j parfaits, ça a été 3j moyens…

Ah … playa Pilar !
La vue depuis la 1ère chambre (celle sans eau froide et chasse d’eau)
La piscine au coucher du soleil, vidée du gang des serviettes

Cigares et mojito : Baracoa, Trinidad, Cienfuegos et Viñales

Finalement c’est assez rigolo de raconter en vrac son voyage, ça permet de le déconstruire pour le revisiter autrement et de tirer d’autres liens.
Aujourd’hui, après vous avoir parlé de mon amour fou pour La Havane, je vais vous parler un peu de mes autres coups de cœur de Cuba.

Trinidad
Je le mets en premier alors que je n’y suis arrivée que dans la 2e semaine de mon voyage mais cette ville est un poil au dessus des autres endroits dont je vais parler aujourd’hui. Juste après la Havane en quelque sorte dans mon classement personnel.
J’attendais beaucoup de Trinidad, peut-être parce que la 1ère semaine de mon voyage avait été assez déstabilisante et m’avait un peu laissée sur ma faim en terme d’émerveillement, peut-être parce qu’on m’en avait promis beaucoup, peut-être parce que le nom de Trinidad véhicule toujours autant de fantasme, de mystère, d’exotisme.
J’avais peur d’être déçue par Trinidad à trop en attendre … et il n’en a rien été. J’avais peur que Trinidad soit trop touristique, en général ça me rebute ces villes peuplées de magasins pour touristes et de groupes de moutons se pressant dans les rues, je l’ai trouvé juste touristique ce qu’il fallait pour me sentir moins oppressée par la pauvreté que dans la 1ère partie de mon séjour à Cuba.

Il y a une délicieuse nonchalance dans cette ville, un parfum de temps suspendu et que l’on prend, de Cendrillon coloniale qui viendrait de se réveiller de son long sommeil (le Musée Romantique – ne me demandez pas le pourquoi de ce nom qui n’a aucun rapport – qui est une ancienne fastueuse maison coloniale superbement restaurée mérite vraiment la visite), une absence de stress. Il fait beau, il fait chaud, la vie est plus douce qu’ailleurs grâce aux touristes et la ville est belle. Pas proprette, pas léchée, simplement belle.
J’ai adoré Trinidad.

Ma seule frustration à Trinidad aura été cette occultation complète de son rôle dans l’esclavagisme à Cuba, liée à se proximité géographique avec la vallée de Los Ingenicos, vallée d’exploitation de la canne à sucre. Les grandes familles qui ont construit les grandes maisons coloniales de Trinidad étaient riches grâce à ça. Mais comme je l’ai déjà écrit c’est général à Cuba de ne pas interroger (ou de manière très partielle et orientée) son histoire …

La plaza Mayor et ses maisons coloniales
La tour emblématique de Trinidad
Ah ces palmiers sur les photos, on ne s’en lasse pas
Trinidad est pleine de jolies maisons
Tellement cubain ^^
Trinidad c’est aussi des put*** de galets utilisés en pavés qui te niquent les pieds (rimes riches)
Des rues moins riches mais tout aussi colorées
Des vieilles voitures colorées dans des rues aux maisons colorées
Ah oui, les cubaines pour se protéger du soleil utilisent … les parapluies !
Coucher de soleil sur Trinidad
La vallée de los ingenicos (haut lieu d’exploitation de la canne à sucre) (et orage au loin)
La tour de 45m d’où a été prise la photo précédente, tour servant à surveiller les esclaves qui travaillaient dans les champs


Baracoa
Virage à 180° par rapport à Trinidad. Baracoa est la 2e ville où j’ai posé mes bagages à Cuba. Une ville du fin fond de l’est de l’île (je vous laisse retourner sur la carte de mon voyage que je vous avais mis dans mon 1er billet), au bout d’une route de montagne qui parait un peu interminable. Une ville verdoyante, que les cubains qualifie de « pot de chambre de l’île » tant il y pleut plus qu’ailleurs. Baracoa est à la fois une des premières villes fondées sur Cuba par Christophe Colomb et une ville restée coupée du reste du monde jusqu’en 1960 où une route a enfin été ouverte dans ce massif montagneux qui la surplombe (vous imaginez ? Avant on pouvait seulement y aller en bateau !).
A ce titre Baracoa est … j’allais dire « moins vivante qu’ailleurs » mais ce n’est pas le bon terme. Ville en retrait, en retard sur son temps, très peu touristique, pauvre et soumise plus que le reste de l’île aux cyclones, Baracoa a souffert d’Irma en 2018 et de Matthew en 2016. J’ai aimé cet absence de tourisme qui la laisse encore authentique, ce petit côté western de son centre historique, j’ai aussi beaucoup aimé cette nature verdoyante qui l’entoure, ces forêts de palmiers (décapités par Irma …), ces plantations de bananes, de cacao, de café, ce massif montagneux qui l’enserre. Baracoa c’est l’étape nature. Dans l’avion à l’aller, j’étais à côté d’une cubaine vivant en France qui revenait dans sa famille pour un mois et m’avait dit « il faut aller à Baracoa ».
Je suis d’accord avec elle : ce n’est pas évident, mais il faut aller à Baracoa.

(nb : pour la petite histoire quand on va à Baracoa – je le rappelle la zone la plus humide de l’île – on passe, juste avant d’attaquer la route de montagne, par l’endroit le plus sec de Cuba. Une zone de quelques kilomètres, assez improbable, de quasi désert, extrêmement sèche. Ça m’a fait bien marrer cette proximité entre le plus sec et le plus humide)

Ya que moi qui trouve que ça a un côté far west ?
Perspective
Scène de vie cubaine
Oh ! Des palmiers !
<3
Oh des bananes !
Ceci est potentiellement du chocolat (mais ça se mange comme ça et c’est bon, par contre ça n’a pas le gout du chocolat)
Baracoa c’est le seul endroit où j’ai pu voir la Mariposa, fleur emblématique de Cuba
Une partie des montagnes qui ceinturent Baracoa
Ah oui par rapport à Trinidad ça fait moins rêver …
Et ça n’est pas fini
Les dégats d’Irma sont toujours bien visibles sur le front de mer
Transport en commun de cette ville qui n’a pas de bus 🙂


Cienfuegos
Un autre de mes coups de cœur, même si j’ai malheureusement passé peu de temps entre ses murs. J’ai bien aimé cette petite ville sur la route entre Trinidad et La Havane, sans vraiment être capable d’expliquer pourquoi. Peut-être parce qu’elle a été fondée par un français, originaire de Bordeaux, peut-être parce qu’un arc de triomphe « inspiré de celui de Paris » y trône (faut le savoir), peut-être parce que cette rue piétonne qui mène au Malecon que j’ai trouvé douce à parcourir.
Je crois que des fois il ne faut pas chercher à expliquer. J’ai aimé Cienfuegos et c’est tout ce qui compte à mes yeux.

Le parc José Marti
L’arc de triomphe à la française ^^’
A Cuba, la fête des 15 ans des filles sont hyper importantes : on loue grandes robes de princesse et photographe professionnel pour un shooting de princesse


Viñales
Autre zone de tourisme majeur de Cuba, la vallée de Viñales avec ses formations géologiques et sa culture de tabac mérite qu’on y fasse un tour. Pour ses paysages, pour cette typicité de la culture du tabac et ses coutumes, mais également pour sa végétation. J’ai trouvé que plus on allait vers l’ouest de l’île moins celle-ci se faisait franchement tropicale (ça reste une île des Caraïbes). Les fleurs apparaissent alors qu’on n’en voit pas du tout sur la partie est (à mon grand étonnement), l’air se fait un petit peu plus sec alors qu’il est très humide à Baracoa et Santiago.

Il y a de la douceur à Viñales, malgré la fréquentation touristique et j’ai beaucoup aimé cette vallée.

La belle vallée de Viñales et ses formations géologiques atypiques
La petite cabane à gauche ce sont les séchoirs à tabac
Les feuilles de tabac en train de sécher avant de se changer en cigares
Oh un bébé ananas en pleine croissance !
La vallée de Viñales ce sont aussi plein de grottes et des formations géologiques cachées

Cigares et mojito : La Havane

Bien … maintenant que je vous ai parlé de Cuba d’une manière générale, partons dans la ville qui m’a renversé aux premiers regards et pourtant dernière ville dans laquelle j’ai résidé à Cuba : la Havane.

Love at first sight !

Un boulevard en bord de mer sur lequel circule des vieilles voitures et où se promène des gens avec des hauts immeubles en arrière fond
La vue depuis le Malecon, le soir de mon arrivée à la Havane (love love love)

C’est d’ailleurs aussi un parfum de frustration qui me reste de la Havane. Celui d’un séjour trop court dans ses rues, d’un goût de trop peu d’elle. Je crois que j’aurais aimé passer une semaine en tout à explorer ses rues et à m’y perdre, le nez au vent. En tout cas j’aurais voulu 2j de plus entre ses murs.
D’ailleurs je me dis que je ne retournerai pas forcément à Cuba, mais que j’aimerais vraiment retourner à la Havane (dommage que ça soit trop loin pour s’y faire un long week-end comme à Séville qui m’avait laissé le même goût de trop peu quand j’étais allée en Andalousie). Je suis vraiment ravie d’avoir terminé mon voyage par la Havane – au lieu de le démarrer comme ça se fait souvent – c’était une espèce d’apothéose ! J’ai eu l’impression qu’avoir vu le reste de Cuba me permettait encore plus de profiter de tout ce que cette ville a à offrir.

La vue depuis le rooftop de mon hôtel
Même endroit, autre côté (et l’orage qui arrive)

J’allais écrire qu’il y avait « tout de Cuba » dans la Havane mais ce n’est pas vrai, il y a seulement « beaucoup de Cuba » dans la Havane.
Il y a toute la splendeur passée de Cuba, toute sa grandeur. Toute cette influence américaine qu’on perçoit. Toute sa splendeur et son opulence. Et sa décadence, sa décrépitude, sa pauvreté. Il y a toutes les contradictions de ce pays complexe, toute son ambiguïté. Et toute sa vie débordante aussi, sa bonne humeur, sa joie de vivre. Le tout s’alternant en quelques rues.

Bonjour Mesdames !
Bonjours Mesdames bis !

Peut-être que je n’aurais pas autant aimé la Havane si j’avais démarré sa découverte par Vieja Habana, le quartier historique, restauré, nettoyé, vidé de ses habitants, bien propret. Les bâtiments sont magnifiques, nombreux, ils ont une histoire … mais il leur manque je trouve ce petit supplément d’âme cubain qui a été nettoyé. Néanmoins le palais des capitaines généraux vaut le détour et le quartier encore en pleine restauration mérite la visite.

Patio d'un palais avec ses arches et des palmiers au milieu
La cour du palais des capitaines généraux. Ils étaient pas trop mal logés les gouverneurs n’est-ce pas ?
La vieille Havane
La vieille Havane
La vieille Havane
La place St François d’Assise de la vieille Havane
Les beaux immeubles restaurés de la vieille Havane
La place dont j’ai oublié le nom de la vieille Havane
La vieille Havane
Encore un immeuble réhabilité … transformé en hôtel après qu’on ait « relogé » ses habitants
La vieille Havane proprette
La vieille Havane
La vieille Havane des touristes
L’hôtel d’Hemingway
L’ancien palais présidentiel (aujourd’hui le musée de la Révolution!)
Ancien palais présidentiel qui garde quelques traces de la révolution ^^’

Heureusement pour moi, les premiers pas que j’ai fait dans la Havane je les ai fait à Centro Habana, le quartier le plus pauvre et décrépi de la Havane. Ses immeubles complètement en ruines, voire carrément effondré, ses façades décrépis et sales, ses rues défoncées. Et pourtant c’est tellement Cuba, tellement tout le reste de ce que j’ai vu de l’île, que ça m’a étrangement donné à penser que j’allais aimer follement cette ville.

Il y a *un peu*de travail de restauration à Centre Habana
*Juste* un peu
Et puis pas qu’un bâtiment à restaurer …
Et encore
Et encore (même si la biennale d’art contemporain met un peu de couleur pour cacher ça)
Et l’intérieur est à l’avenant
Ca n’en finit pas
Même les « gros » immeubles tombent en ruine
Décadence

Et les autres quartiers, moins dégradés mais bien cubains dans l’âme : Vedado, Miramar … ont achevé de me convaincre. Sans compter la vue depuis le Malecon ou celle de la baie depuis le fort El Morro (un fort construit pour protéger la Havane contre les attaques des pirates !

Le fort d’El Morro

Ce que j’ai préféré à la Havane ?

les cocktails (ah non ça c’est partout à Cuba :D)

– faire un tour en vieille voiture américaine. Ça coûte une blinde certes (50€/heure) mais si vous êtes à 4 ça devient raisonnable et une balade de 2h vous permet de faire un vrai tour complet de la ville et d’en voir une foule de choses. Et puis ça a un charme fou.

Il parait que tous les touristes veulent des voitures roses (no way)
En route Marcel ! (rouge, ceux qui me connaissent bien seront surpris)
Toi je t’ai grave kiffé !
Miiiii !

– la vue de la Havane depuis le fort El Morro situé en face

La baie de la Havane depuis le fort
Suite
Fin (à gauche au fond le port de la Havane, hyper abrité donc)

– le palais des capitaines généraux

– les quartiers Centro Habana, Vedado et Miramar qui ont chacun leur caractère bien particulier

Encore quelques photos de la Havane pour finir ?

Aperçu de l’ancien palais présidentiel depuis une ruelle
La place de la Revolucion ! (toutes les villes en ont une mais évidemment celle de la Havane est IMMENSE) (et sans un pet d’ombre)
L’énooorme mémorial à José Marti (un des pères de la patrie)
L’ambassade espagnole (en plein centre alors que les autres se sont installés au calme dans Miramar)
Le Capitole … cubain !
Le bosquet de la Havane, bout de forêt préservé dans la ville avec ses arbres couverts de mousse espagnole

Cigares et mojito : Cuba

Je n’avais pas prévu du tout de commencer comme ça à vous relater mon voyage, j’avais prévu de démarrer par la ville qui m’a complètement renversée lors de mon séjour cubain : la Havane.
J’ai même commencé à écrire mon billet sur la Havane … et en l’écrivant je me suis rendue compte que je ne pouvais pas démarrer comme ça, que pour être compréhensible avant de parler de la Havane, il fallait que je parle de Cuba, tout simplement.

Alors soit puisque le pays et le récit l’exige !

Prenez un petit mojito et installez vous, je vais être bavarde !

Mais d’abord, j’ai fait une carte de mon périple cubain pour reposer le contexte (départ de Santiago de Cuba, décroché par Baracoa puis direction l’est de l’île jusqu’à la Havane – il manque le retour de Viñales à la Havane, Google ne voulait plus rajouter d’étape ^^)

Je n’ai pas la prétention de dire que pendant mon séjour qui n’a duré que 15 jours je suis devenue une spécialiste de Cuba ni que je suis devenue la seule détentrice de la vérité concernant ce pays.
Je ne vais vous livrer là que ce que j’en ai perçu, ce que j’en ai compris avec tout le risque d’erreur qu’il peut y avoir là dedans.

J’ai adoré mon voyage à Cuba.
Ceux qui lisent mes pérégrinations depuis un moment vont dire que j’écris toujours la même chose à propos de mes voyages et que je me répète. J’y vois surtout le signe que je prépare très bien mes voyages en amont, je me renseigne, je lis sur le pays avant de décider de m’y rendre et j’y vais donc en sachant assez bien ce que je vais y trouver et donc sans attentes irréalistes … contrairement manifestement à un certain nombre de personnes avec qui j’ai parlé à l’aéroport ou dans l’avion du retour qui exprimaient le déception vis à vis de ce pays et ne recommanderaient pas d’y aller.

Je les comprends d’un côté … Cuba est un pays difficile. J’ai très souvent pensé à l’Inde, je crois ne jamais avoir autant pensé à l’Inde depuis que j’y suis allée en 2011. C’est dire …
Cuba est un pays déroutant, déstabilisant même. Un pays ambivalent où le sublime côtoie l’innommable, un pays qui montre et qui cache à la fois, où il faut constamment aller gratter sous les apparences pour un peu mieux saisir les choses, un pays au double visage qui prône le communisme tout en désirant très fort arborer tous les éléments d’une société de consommation dans une sorte de contradiction permanente …
Déstabilisant vous dis-je.

Avant toute chose, quand on va à Cuba il ne faut pas oublier – il ne faut JAMAIS oublier – qu’on est dans une dictature communiste. En temps que touriste on peut très facilement l’oublier, le ciel bleu, la chaleur, les cocotiers et les mojito, le manque d’habitude et l’inconscience des chanceux qui vivent depuis toujours dans des démocraties, et un statut privilégié par rapport aux cubains puisque c’est le tourisme qui fait vivre le pays actuellement. Sauf que… par moment la réalité revient vous frapper en pleine figure pour peu que vous ayez envie de voir les choses (il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir). C’est subtile comme votre passeport systématiquement scanné à chaque hôtel pour que le régime sache constamment où vous êtes, comme ces caméras de surveillance dernier cri installées partout alors que le pays manque de tout ; des fois c’est moins subtile comme l’immense restriction d’accès à internet et ces sites censurés auxquels vous n’arrivez pas à accéder ; parfois c’est carrément pas subtile comme cette propagande du régime qui s’affiche absolument partout (murs et panneaux d’affichage dans les rues libres de toute pub mais pas de celle du régime) sauf étrangement à la Havane, ou ces gardiens armés de matraque qui vous engueulent si vous ne marchez pas sur la bonne allée sans que soit pour autant indiqué quelle allée vous devez prendre au milieu des dizaines existantes, ou comme ces endroits où on vous interdit de prendre sacs et appareils photos sans que ça se justifie. D’ailleurs ce sont ces deux derniers éléments que j’ai trouvé le plus représentatif : à Cuba on est dans un
régime autoritaire qui peut édicter les lois arbitraires qu’il veut et en changer tous les jours si ça lui chante et il ne faut pas chercher à les comprendre. Il faut s’y plier, point.
Et il ne faut jamais oublier que suivant les questions que vous posez, vous risquez de mettre sévèrement vos interlocuteurs cubains en difficulté. La liberté d’expression n’existe pas, les cubains n’ont accès qu’aux 6 chaines cubaines, la presse écrite relaie le discours du régime (il faut la lire une fois d’ailleurs, elle est parfaitement traduite en français … et à mourir de rire) et ils ne se risquent pas à en dévier, trop dangereux pour eux. Ça non plus il ne faut pas l’oublier. Et ça empêche d’accéder vraiment à eux et à ce qu’ils pensent.

Garde à vous !

La deuxième chose qui m’a frappée à Cuba c’est l’immense pauvreté de ce pays. Je savais qu’ils ne roulaient pas sur l’or – évidemment – mais je n’imaginais pas réellement l’état de pauvreté et de misère de ce pays. Digne de l’Inde. Et pire encore, ce pays qui garde tant de vestiges de sa splendeur passée tombe littéralement en ruine. Une fois sorti du centre historique des villes généralement restauré, les immeubles et les maisons sont sales, moisis et dans un état absolument innommable quand ils se s’écroulent pas carrément.

Voilà voilà voilà … loue magnifique T2 ouvert sur la ville … grand ouvert.
Ou lors vous le préférez moisi ?

S’ajoute à cela que les cubains manquent de tout. Vraiment. Les magasins sont vides (les magasins subventionnés par l’Etat encore plus que les magasins »privés »), les étals de marché sont peu garnis, les pharmacies n’ont quasiment aucun médicament à proposer. J’ai vu des queues immenses devant des magasins dans lesquels les cubains ne rentraient qu’un par un pour ressortir triomphalement avec … 2 litres d’huile. Et ce qu’on trouve coûte un prix démentiel. Pour vous donner une idée, le salaire moyen à Cuba est de 25 CUC (1 CUC = 1€ environ c’est facile pour la conversion), 6 rouleaux de papier toilette valent 6 CUC (6€ ! 1€ par rouleau de PQ!), un frigo tout basique (pas le dernier Siemens immense que vous avez) coûte 800 CUC … Evidemment tout ceci ne va pas s’arranger avec la décision de Trump de durcir à nouveau l’embargo économique sur Cuba et la crise au Venezuela qui fournissait beaucoup de choses à Cuba … Les cubains sont extrêmement stoïques (et débrouillards … système D et marché noir partout) par rapport à tout ça (pas de bagarre devant les magasins, pas de disputes, j’ai essayé d’imaginer la même situation en France et … enfin voila) et se préparent à une nouvelle « période spéciale » (qu’en termes choisis ces choses-là sont dites) digne de celle de 1991. Les infrastructures en général sont dans un état déplorable, les routes parfois réduites à l’état de piste. En même temps la plupart du temps, les cubains se déplacent à vélo ou à cheval/en carriole parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir plus. Cela dit quand on a atterri (à Santiago de Cuba pour ma part) j’ai vite compris, jamais vu une piste d’aéroport dans un état si déplorable alors que c’est la 2e ville du pays. Pourtant bien que pauvre et en ruines, Cuba est un pays très très propre. J’ai été épatée par ça. Les cubains cachent aussi très bien leur dénuement, ce qui est une gageure quand on sait que la lessive, le savon et les vêtements sont des vrais produits de luxe à Cuba.

Vite cachons la misère en faisant semblant d’avoir plein de médicaments en mettant toutes les boites bien alignées devant, le vide se verra moins derrière
Faut pas avoir trop faim
Là non plus (par contre ya du rhum, cher)

La corollaire de tout ça c’est qu’à Cuba le touriste peut vite se sentir pris pour une pompe à fric à qui on tente de faire cracher le plus possible. J’ai entendu beaucoup de personnes râler contre ça au retour. On attend effectivement de vous que vous donniez constamment un pourboire, de manière parfois insistante : pour la dame pipi du restaurant ou du musée dont vous avez déjà payé l’entrée, pour la visite guidée que vous avez déjà payé, pour le bagagiste à qui vous n’avez trop rien demandé.
Ça peut paraître agaçant surtout que Cuba est une destination à la base franchement pas donnée pour les touristes, après si on se met 2mn à leur place, le fait est qu’on ferait très probablement la même chose. Comme je l’ai dit, le salaire moyen c’est 25 CUC, très insuffisant pour vivre. Récupérer 1 CUC de pourboire par ci par là ça devient rapidement une question de survie. Et il faut relativiser, si vous donnez environ 1,5 CUC par jour de pourboire, sur 15j ça ne représente que 22€ en plus sur le séjour, allez disons 25. Pas la ruine non plus (surtout si vous n’hésitez pas à mettre 20 CUC dans un tee-shirt du Che par ailleurs …) … Je ne dis pas que j’ai eu raison mais personnellement j’ai fait le choix de me plier de bonnes grâces aux pourboires pour ceux qui travaillent, de donner spontanément savons de l’hôtel et autres objets amenés (stylos, échantillons de parfum, chewing-gum) à des gens dans la rue ou les parcs qui ne demandaient rien, et de ne rien donner à ceux qui le demandaient dans la rue ou au pied de l’entrée de l’hôtel (des gens qui demandent de l’argent c’est exceptionnel). D’ailleurs pour ceux qui trouvent les demandes de pourboire insupportables proposer à la place un savon, un stylo ou autre réjouit en général l’interlocuteur.
Et même si c’est répétitif et parfois insistant ça se fait toujours avec le sourire et gentillesse, sans agressivité. Les cubains sont extrêmement gentils. De même qu’on est très souvent sollicité dans les endroits touristiques pour acheter des babioles mais qu’un « non » avec le sourire ne déclenche jamais la moindre colère. D’une manière générale, Cuba est un pays dans lequel je ne me suis jamais sentie en insécurité (en faisant preuve d’un peu de bon sens et en n’étalant pas ses billets de 50 CUC partout), j’ai été épatée par l’absence de jalousie ou d’envie que notre aisance pourrait susciter chez les cubains et il n’y a qu’un seul quartier de la Havane qui soit déconseillé aux touristes, et encore : la nuit.

En même temps, malgré le discours communiste omniprésent qui s’étale, les magasins et les marques s’affichent partout et Cuba montre tous les signes d’une société qui se voudrait de consommation. Une société à double vitesse aussi avec des gens franchement aisés (ou aidés par un membre de la famille émigré aux USA ou en Europe) et d’autres qui n’ont vraiment rien. C’est assez perturbant. C’est même franchement perturbant cette schizophrénie permanente entre le discours et la réalité.
Pareillement Cuba est le pays où juste devant l’ambassade américaine a été construite une place « anti-impérialiste » afin d’accueillir les manifestations … anti-impérialistes (vous ne l’auriez pas deviné je parie) et où dans le même temps la trace de la présence américaine est omniprésente et n’a pas été gommée. Voire même suscite la fierté. Il y a les vieilles voitures américaines évidemment mais aussi la stricte réplique du Capitole américain qui trône fièrement (et même plus) dans la Havane, la version localement produite du cola alors que le pays manque de tout, la fierté par rapport à Hemingway etc…

Hey mais il faisait drôlement beau et chaud à Washing… ah non on me dit que c’est la Havane
Laisse moi zoom zoom zang

D’autre part, Cuba est un pays qui n’a aucune analyse, aucun recul sur son histoire. La récente, comme l’ancienne. Qui ne l’énonce pas en tout cas. Quand vous visitez une maison coloniale, on vous parle des meubles en acajou, des verres en cristal de Baccarat, de la porcelaine de Sèvres, mais jamais des habitants, de ce qu’ils faisaient (exploitation de la canne à sucre et esclavage), de ce qu’ils sont devenus, de ce que la maison est devenue après la révolution contre les espagnols et celle de Castro. Ils ne parlent jamais de l’aide des américains pour chasser les espagnols, du développement économique lié aux colons espagnols ou à la fréquentation américaine. Enfin, lié à ça, Cuba est un pays qui vit dans le culte de ses « héros ». « Les pères de la Patrie » sont mis à l’honneur un peu partout un peu tout le temps : le premier homme qui a libéré ses esclaves sur l’île, celui qui a lutté contre les Espagnols, le Che évidemment… C’est un peu surprenant, pas pour le Che il faudrait être naïf pour ne pas s’y attendre mais pour ces hommes plus anciens dont on ne sait rien et dont on ne nous dit en fait rien sauf leur fait d’armes, et ça finit par être franchement lassant.

Bon … ceci ayant été posé, allez vous faire un petit daïquiri bien frais avant qu’on rentre dans le vif du sujet.

Cigares et mojito

J’arrive !

« Ça fait longtemps que vous n’êtes pas partie à l’étranger ! » m’ont dit mes « vieux » patients. Ceux qui me connaissent depuis assez longtemps pour se souvenir de la dernière fois où je suis partie donc. Et un peu des fois d’avant.
Enfin « longtemps » …
Techniquement la dernière fois que je suis allée à l’étranger c’était en janvier de cette année mais j’imagine que Venise et l’Italie c’est presque la France et en tout cas pas suffisamment loin dans la tête de mes patients. Je les ai trop habitués à plus loin que ça ;).

Donc d’après leurs standards c’est le Pérou mon dernier voyage à l’étranger. Et longtemps c’était ……… il y a 3 ans.
C’était hier …
C’était dans une autre vie … (bref…)

J’ai hâte de ce voyage. Encore plus depuis que je suis justement passée en mode « voyage » : préparant ma valise et épluchant mon guide pour l’apprendre par cœur. Mon corps et encore là mais ma tête est ailleurs …

J’ai besoin de ce voyage aussi. Besoin de partir loin, de couper avec le quotidien, avec les gens, de ne m’occuper que de moi et d’oublier les problèmes des autres. Besoin de changer de culture, de langue, de climat. La promesse de température autour de 30° et d’enfiler shorts et débardeurs en avance sur la France étant une cerise supplémentaire (même si au bout de 2 jours je râlerai d’avoir chaud).

Mon corps a besoin de ce voyage. En deux semaines, j’aurai enchaîné la gastro et une méga crève. Signe que je suis crevée et que mes défenses immunitaires sont à la traîne. Que j’ai besoin d’ailleurs.
(Et de m’asseoir sur le mépris de ceux qui ne bougent jamais envers ceux qui voyagent)

Besoin de déconnexion aussi et ça tombe bien pour le coup Cuba s’avérera parfaite, internet y étant rare, cher et (très) lent.
La seule frustration sera probablement de ne pas pouvoir partager mes photos au fil de mon séjour. Je pourrai le faire après comme on m’a dit … certes mais je me connais, je n’aurai pas le même élan, il n’y aura pas cette spontanéité comme quand je mets le soir les photos des lieux qui m’ont émerveillée dans la journée. C’est rigolo les habitudes qu’on se crée même en voyage.
Je reprends toujours mes photos de voyage après … pour constituer mes livres photo et là c’est complètement différent dans la façon de faire, de trier et d’analyser. Plus intime.
Alors peut-être que ce voyage sera tout simplement ainsi, plus intime.
Mais j’ai quand même trouvé le # pour symboliser ce voyage, des fois que … Ce sera donc #CigaresEtMojito !

Cuba on m’a dit beaucoup de toi, on m’a promis beaucoup de toi, j’attends beaucoup de toi.
Dans tous les cas … j’arrive bientôt !

Jolie Turin

Symbole de la ville

 

« Mais … pourquoi vous allez à Turin? » m’a-t-on demandé, manifestement stupéfait par ma destination de long week-end.

J’ai ricané, oui c’est vrai, pourquoi ? Mais en vérité je suis assez mal placée pour le faire puisqu’il n’y a pas si longtemps de ça, à peine plus de 6 mois, j’avais moi-même de Turin, la vision d’une ville industrielle et sans charme.

A tort …

Enfin, pas complètement, industrielle elle l’est mais assurément pas dans son centre ville historique.

 

Personnellement, j’ai trouvé l’architecture de Turin magnifique. Douce. Cohérente.

Le castello

 

Le palais royal

 

L’ (ancienne) université

Une sensation de grande harmonie au sein du centre ville mais aussi une absence de sensation d’écrasement (ce qui est souvent le cas dans les grandes villes je trouve) et d’une ville très aérée et « verte » grâce à ses parcs.

Surannée également avec ses vieux trams, ses immeubles défraîchis …

#Défraichi (un peu quand même)

 

Je l’ai trouvé un peu déroutante aussi. Je m’attendais à une architecture proche de celle de ma région, une idée confuse née de cette histoire commune avec la Savoie. J’avais d’ailleurs une foule d’idées fausses concernant Turin. Je pensais entendre parler du Saint Suaire à tous les coins de rue par exemple, il n’en a rien été. Et je pensais adorer le chocolat chaud et le bicerin, et il n’en a rien été non plus ^^’.

Une certaine idée du bicerin (version évoluée avec des morceaux de chocolat à la pistache sur la crème fouettée) (me suis contentée des cappuccino après)

 

J’ai adoré la ville de Turin, son ambiance, sa vivacité.

Son histoire aussi avec ses vestiges romains, ses palais royaux et ses églises baroques.

La cathédrale

La porte Palatine (vestige romain)

Son côté pratique avec ses kilomètres (18 quand même) de rues en arcade qui permettent de déambuler au sec les jours de pluie.

Celles-ci n’étant pas les plus belles (mais les plus belles j’ai oublié de les photographier)

 

Dans le pilier une « boutique »

 

Et des bouquinistes

 

Et puis son musée égyptien … Ah son musée égyptien.

*soupirs*

On m’avait dit « si tu ne dois visiter qu’un seul musée à Turin, tu DOIS visiter le musée égyptien », ce à quoi j’avais répondu vaguement « mouais … » tant les collections égyptiennes des grands musées me laissent sur ma faim. Et j’ai compris pourquoi en visitant ce musée égyptien : une vraie muséographie, pas juste une exposition d’un tas de pièces, une mise en relation de l’évolution des pratiques funéraires et de l’art à travers le temps grâce à quelques pièces magnifiques et fort bien choisi, un audioguide formidablement fait (inclus dans le billet) … j’ai passé 2h30 dans ce musée absolument magique et j’en suis ressortie amoureuse.

Si vous ne devez visiter qu’un seul musée à Turin, vous DEVEZ visiter le musée égyptien ! 😀

(Par contre je vous conseille VRAIMENT d’acheter vos billets à l’avance par internet, vous payerez 2€ de plus mais vous vous éviterez 1h30 à 2h de queue, moi pour 2€ j’achète)

 

Ramses II !

Le Bullet Journal … la suite

Je m’étais promis de ne pas reparler sans cesse de mon Bullet Journal après en avoir déjà fait 2 billets. Même si j’adore en parler quand on m’interroge dessus et en expliquer le fonctionnement, que j’adore chercher des solutions pour ceux qui n’arrivent pas à l’adapter au mieux, je n’avais pas envie de tourner en boucle dessus et de faire un billet de blog tous les mois. Mais … mais à l’aube du démarrage de mon 3e Bullet Journal j’ai terriblement envie de refaire un point.

Parce qu’à deux ans d’utilisation, mon Bullet Journal continue d’évoluer et de s’adapter à mes besoins, et que ma foi si ça peut donner des idées à certaines personnes …

Parce que ces derniers mois les billets de blog se sont multipliés sur le sujet et que plus un sujet devient visible plus il attire les critiques et j’avais envie de remettre quelques points sur les i.

 

[S’il y en a qui n’ont pas lu mon/mes premier(s) billet(s) sur le sujet ou qui ne savent pas ce qu’est un bullet journal je les invite vivement à lire les liens ci dessus sous peine de ne strictement rien piger à la suite ou tout du moins de ne pas pouvoir comparer]

Déjà et avant toute chose : est-ce qu’on peut arrêter de raccourcir Bullet Journal en BuJo svp ???? C’est absolument atroce et stupide comme terme ! J’ai l’impression d’avoir des enfants de 10 ans en face « hi hi hi regarde mon BuJo! Je lui ai peigné sa crinière arc-en-ciel et j’ai remis des paillettes ». Déjà que Bullet Journal c’est assez cryptique comme terme si en plus on parle de BuJo … Ou alors c’est pour se comprendre entre initié et laisser les autres à l’écart ? Quand je veux vraiment raccourcir à l’écrit, j’écris BuJ. A l’oral je dis « Bullet journal » en entier ça n’est pas un effort démentiel. Bref ça n’a strictement aucun intérêt, ARRÊTEZ PUTAIN !

(Punaise j’ai été obligée d’écrire trois fois BuJo (quatre maintenant) je suis à deux doigts de la crise de tétanie tellement je déteste ce terme) (la dernière fois que j’ai autant détesté un truc c’était Shakira qui se trémoussait dans la boue)

 

Alors qu’est-ce que j’ai changé en 2016 à mon Bullet Journal ?

Déjà le format. En 2015 j’utilisais un carnet A6, en 2016 j’étais passée en A5 et je réédite ce format là pour 2017. Il me convient mieux, plus de place pour écrire. L’inconvénient c’est que du coup le carnet est plus gros, plus lourd à trimballer mais comme il m’accompagne rarement dans mon sac à mains, m’attendant sagement à la maison, personnellement ça ne me dérange pas. Si je l’avais sur moi par contre quotidiennement, ça serait un vrai problème et j’aurais rebasculé sur du A6 je pense.

L’organisation de mes pages de début de mois a été pas mal modifiée. Dès le début, l’organisation de base proposée pour le Bullet Journal ne me convenait pas et j’avais réorganisé les choses rapidement. J’ai continué. Désormais j’ai une double page avec mes tâches du mois à faire, un mini section où je note les rdv du mois – j’ai toujours mon agenda mais renoter ces rdv dans mon Bullet Journal me permet de me les remémorer -, une autre mini section où je note les livres lus pendant le mois, une section achat à faire et une autre où je note les dépenses du mois.

Première double page mensuel (cliquer pour agrandir)

Ensuite, sur la double page suivante, j’ai fait une page un peu fouillie sur les pensées/gratitudes et autres du mois et une sur les idées/choses à noter du mois. Je me suis rendue compte que les notes disséminées au fil des jours ne me convenaient pas mais que faire une entrée pour chacune d’entre elles dans mon index non plus. J’ai une mémoire, comment dire, calendaire (?) c’est à dire que je me souviens en général à quelle période j’ai eu telle idée ou j’ai croisé telle information, c’est du coup plus facile pour moi de regarder dans la page du mois (ou des mois de printemps) pour retrouver une information.

Pensées, gratitudes, idées, notes etc …

Par ailleurs au cours de l’année je me suis rendue compte que j’avais besoin d’un espèce de « calendrier à l’année ». Pas pour y noter les futurs rdv – comme beaucoup de gens le font puisque c’est la grosse limite du Bullet journal – étant donné que j’ai toujours mon agenda et que je ne compte pas m’en passer, mais parce que de temps à autre je me retrouve avec des choses futures à faire et nul part où les noter. Par exemple en octobre j’ai vu mon allergologue, il m’a demandé de revenir le voir en mars et pour se faire la secrétaire m’a dit d’appeler en décembre pour prendre le rdv … où est-ce que je pouvais bien noter ça ? Et ça arrive quand même régulièrement. Du coup au début de mon bullet journal de 2017, j’ai crée une double page que j’ai organisé par mois pour y noter ce genre de choses.

(Oh oui choses palpitantes à venir 😉 )

 

 

Enfin – révolution majeure ! – après avoir longtemps infusé cérébralement sur le sujet, j’ai soudain (et enfin) su comment me faire un Bullet Journal professionnel. Qui est complètement différent de mon Bullet Journal personnel. C’est un petit carnet pour l’instant, plus petit qu’un format A6, justement pour pouvoir le trimballer aisément lui pour le coup.

Oui c’est mon Bullet journal professionnel … ^^’

Dedans j’y ai un index et une page de tâches à faire … par mois. Pas de tâches journalières, j’en ai personnellement peu l’usage. Par contre j’ai récupéré de mon Bullet Journal personnel de faire mes listes en partant de la fin de mon Bullet Journal et en les numérotant en chiffres romains. J’ai ainsi noté tous mes projets en cours, pour leur suivi je sais déjà que je vais me régaler.

Donc depuis quelques mois maintenant j’ai deux Bullet Journal : un pro et un perso. J’avais peur de les multiplier, j’avais peur d’y perdre l’intérêt du Bullet Journal. Finalement c’est tout le contraire. Avant j’inscrivais régulièrement des tâches professionnelles dans mon  Bullet Journal majoritairement personnel et ça me donnait l’impression que mon travail s’invitait dans mon temps personnel … et c’est déjà assez souvent le cas sans que je l’y invite via mon Bullet Journal. Là mes tâches pro restent sagement dans leur petit carnet que je ne consulte pas le week-end, pas le soir etc. Génial !

 

Et sinon haters gonna hate ?

Donc depuis quelques mois les billets enthousiasmés sur le Bullet Journal se multiplient sur les blogs francophones. Je peux difficilement jeter la pierre, j’en ai moi-même commis un et en vérité je suis toujours aussi enthousiasmée par le Bullet Journal. La corollaire c’est qu’un beau matin d’automne en ouvrant mon facebook j’ai appris que « le Bullet Journal c’était juste un agenda pour nana qui n’ont que ça à foutre faire de jolis dessins », ça m’a un tout petit peu énervée (un euphémisme c’est glissé dans cette phrase sauras-tu le reconnaître?) de me faire insulter gratuitement par quelqu’un qui manifestement n’avait même pas cherché à comprendre le principe du Bullet Journal.

Alors je suis la première à reconnaître que parfois je trouve le comportement de certains utilisateurs de Bullet Journal … franchement flippant. Que ce soit l’investissement qu’ils mettent dedans ou les tracking hyper pointus utilisés (genre les nanas qui cochent le nombre de verre d’eau qu’elles boivent par jour). Néanmoins si je ne partage pas du tout cette passion d’enjoliver à mort son Bullet Journal, par manque de temps et clairement par manque total de talent artistique, je comprends celles qui le font. Peut-être que si je savais en faire, moi aussi j’écrirais mon titre en faisant du lettering. Parce que visuellement c’est agréable et qu’un visuel agréable ça compte dans l’usage répété d’un Bullet Journal. Même si moi je le limite à utiliser un stylo 4 couleurs et des stabilos pour casser la monotonie d’un truc écrit uniquement en noir. Ah et cette année acheter un joli carnet pour en faire mon Bullet Journal (notons d’ailleurs que la 1ere fois je l’avais recouvert de masking tape pour l’enjoliver, j’en déduis que je suis une nana qui n’a que ça a foutre de coller du masking tape sur une couverture) (d’ailleurs vous noterez sur la photo de la double page du mois de janvier que j’utilise toujours du masking tape pour souligner la tranche de chaque 1ere page du mois) (je suis TROP une meuf vraiment superficielle et qui a du temps à perdre ouhlalala). Au delà de ça, ma foi, j’imagine que ceux qui se font un beau bullet journal sont plus près à le montrer que ceux comme moi qui en ont un moche. Je me souviens très bien quand j’ai pris les photos pour faire mon 1er billet sur le sujet de m’être dit « pffff je peux pas montrer ça c’est moooooche ». Du coup on voit sans doute plus ceux qui dessinent que les autres …

 

Bref intéressez vous au fond plutôt qu’à la forme et on en reparlera.

 

Et au risque de me répéter, personne n’a jamais dit que tout le monde devait adopter le Bullet Journal. Ce n’est pas forcément pour vous, ou pas le moment pour, ou plus le moment pour. C’est juste un outil parmi les autres.

Ce camp de concentration en France : Struthof-Natzwiller

« Il est des coins du monde dont on se dit qu’ils sont maudits à jamais, quelque soit la beauté de la nature qui l’entoure et le soleil qui brille, tant la haine et l’horreur l’ont souillé »

 

 

 

 

 

C’est ainsi que j’ai commencé la légende de la première photo du camp de concentration du Struthof que j’ai décidé de poster sur instagram parce que c’était vraiment ce que je ressentais dans cet endroit méconnu – et un peu du bout du monde – qui se situe pourtant en France 1.

 

Car oui, peu de monde le sait mais la France a accueilli sur son territoire l’un de ces terribles endroits et même si l’on est bien loin de la terrifiante machine à tuer qu’a été Auschwitz, il y a eu à cet endroit de 20 000 à 22 000 morts ………

...

 

Je comprends bien qu’on ne se vante pas d’abriter sur son territoire un tel endroit, il n’y a vraiment pas de quoi s’en vanter, mais je regrette néanmoins qu’un tel silence l’entoure – un silence presque assourdissant – et qu’on n’en parle pas plus, surtout qu’il se visite et que cette visite justement me parait des plus importantes, a fortiori en cette période. On pourrait *presque* oublier ce qui s’est passé là, dans ce paysage magnifique où la nature verdoyante et préservée resplendit autour. Et pourtant …

...

Pourtant on touche bien là bas, l’horreur/l’inhumanité/la folie organisée/la haine dont l’homme est capable. Contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire, il serait faux de croire que le Struthof était un camp de concentration « mineur » du IIIe Reich, une toute petite verrue sur le territoire français, pour donner un ordre d’idée, il y aurait eu à Dachau – qui est 100 fois plus connu – environ 30 000 morts ………

...

 

Alors oui il faut y aller, même si j’ai hésité en ce 16 juillet – 2j à peine après l’attentat de Nice, y aller et se confronter aux miradors, aux fils barbelés, à la potence et surtout à la chambre à gaz et au four crématoire, tous deux vraiment particulièrement difficile à affronter 2. Rendre l’existence de tout ça tangible, physique, je sais bien que ça a existé mais voir les choses de ses yeux … c’est bien différent 3. Et surtout je fais partie de ces gens qui pensent que nous devons nous confronter frontalement au pire de notre histoire, à ce que nous avons fait de plus sordide et de plus horrible pour comprendre, analyser et nous souvenir comment nous avons pu un jour en arriver là et peut-être 4 en tirer les leçons qui éviteront que cela se reproduise.

...

 

Cette visite m’a bouleversée, remuée, m’a mis les tripes à l’envers et m’a fait beaucoup réfléchir.

Et pour commencer je me suis demandée comment on entretenait un tel lieu. Parce que si ce n’est pas entretenu, les bâtiments se dégradent et risquent de disparaître … mais en même temps ça ne peut pas avoir l’air trop propret et neuf, comme si ce lieu était un centre de vacances convivial en pleine nature. C’est d’ailleurs un peu le cas de deux bâtiments du camp et je leur reproche leur parquet neuf qui sent bon et leurs murs bien blancs alors que dans ces lieux des hommes ont été frappés à mort, torturés, utilisés pour des expériences 5, assassinés et finalement … réduit en cendres.

A ce titre, le batiment de la chambre à gaz, situé à distance du camp est vraiment sordide, suintant et glauque. Une véritable plongée en enfer. Je plains d’ailleurs beaucoup la personne chargée de rester là toute la journée pour gérer l’accueil des visiteurs (et je comprends que le monsieur chargé ce jour là de cette tâche ait été plus souvent dehors au soleil pendant ma visite que dedans).

Se voir dans les reflets du passé

Se voir dans les reflets du passé

 

Mais surtout ma grande réflexion a porté sur les photos. Est-ce qu’on photographie un lieu pareil et comment ?

Oui après beaucoup d’hésitation j’ai photographié, on me l’a reproché d’ailleurs, mais je tenais à le faire. J’ai abandonné mon parti pris habituel « que ce soit beau », pas question de le magnifier, de faire de cet endroit un bel endroit malgré le grand ciel bleu et l’herbe verte, au contraire je voulais fixer l’essence de ce qu’il était sans non plus tomber dans le sordide, le sensationnaliste et le voyeuriste 6 et aussi garder une trace physique de l’existence de ce lieu. Pas seulement dans ma mémoire. Ce ne sont certainement pas des photos que je vais montrer à des amis autour d’un apéro mais si un jour j’arrive à douter de la réalité de ce lieu, il me suffira d’aller voir ses photos pour me rappeler que si, ce lieu existe bien.

Mais je comprends que la prise de photo puisse choquer. J’ai moi-même été choquée de voir un certain nombre de personnes face au four crématoire (dont la mise en scène est particulièrement claire et donc sordide) dégainer leur smartphone pour prendre une photo en mode « hi hi je vais montrer ça aux potes sur facebook/instagram ça va trop les faire halluciner » sans la moindre minute de réflexion sur le sujet de leur photo. Moi je suis partie du bâtiment, j’en suis revenue, j’en ai fait 3 fois le tour en me demandant si j’allais le prendre en photo ou pas avant de me décider à en faire une rapide tout en m’excusant mentalement auprès des victimes et en leur promettant qu’elle ne serait pas diffusée mais qu’il fallait que je la prenne sinon j’avais l’impression de ne pas complètement me confronter à l’horreur de la chose et de la fuir un peu.

Et puis surtout je voulais des photos de ce lieu pour … en parler. Car je sais que beaucoup de personnes ignorent l’existence de cet endroit en France, je l’ignorais moi même jusqu’à il y a 2 ans quand au hasard d’un reportage sur les déportés je suis tombée de mon siège en découvrant qu’il y avait un camp de concentration en France. Et après l’avoir vu de mes propres yeux, je me DEVAIS d’en parler.

...

 

C’est désormais chose faite.

Des hommes et des femmes sont morts dans des conditions atroces ici et nous devons vivre à jamais avec ça.

...

 

 

 

 

Informations pratiques :

– Le camp de concentration de Struthof-Natwiller est situé à une petite soixantaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, il est plus facile d’y accéder par la route de Rothau que par le Mont Ste Odile (j’ai fait les 2, je confirme). C’est indiqué à partir de Schirmeck, toutefois n’espérez aucune « publicité » autre ailleurs, on se contente d’un simple « Struthof » il faut vraiment savoir à l’avance qu’on veut y aller.

– Si vous montez par la route de Rothau, en route vous verrez indiqué « chambre à gaz ». Elle est effectivement un peu en contrebas du camp. Je vous conseille de vous y arrêtez plutôt après la visite du camp, toutefois elle est fermée entre 12h30 et 14h si je ne dis pas de bêtise (enfin les horaires donnés sur le site ne sont pas les mêmes donc appelez avant c’est mieux) suivant l’heure vous devrez peut-être vous y arrêtez avant (et il n’y a pas vraiment de quoi stationner c’est assez mal fichu).

– L’accès au camp même est gratuit, il vous faudra néanmoins demandé un billet à la billeterie du centre européen des résistants déportés (à côté du parking pour pour pouvoir y accéder). Les 6€ de droit d’entrée concernent le centre européen des résistants déportés (à l’extérieur) et le musée du KL Struthof-Natzwiller (le 1er baraquement en rentrant dans le camp), j’ai fait le choix de ne pas les faire (trop rude pour cette journée) je ne peux donc pas vous dire s’ils valent le coup.

– Le site internet est très bien fait, et plein d’infos je vous conseille vraiment de le consulter. Par contre sur place ça manque vraiment d’indications, ainsi on peut apercevoir la maison du commandant du camp en contrebas de l’entrée de celui-ci mais on ne la voit pas de loin et ce n’est pas indiqué. De même vous pouvez monter à proximité de la carrière où les prisonniers extrayaient du granit etc …

– Je vous recommande également la lecture de la fiche wikipédia sur le camp …

– Enfin … ce n’est pas vraiment une recommandation mais j’y suis allée un jour d’été par grand beau temps sous le soleil et je n’ai pas regretté. Si je dois y retourner, j’essayerai sans doute d’y aller un jour de pluie/automne/hiver parce qu’on doit être encore plus dans la réalité de ce que ce lieu a été. Mais en première visite j’aurais trouvé ça difficile.

– Enfin (bis) c’est bête mais même si tous les gens que j’ai croisé dans le camp se comportait hyper bien, et que naturellement dans les bâtiments tout le monde chuchotait, moi j’ai été choqué par la tenue des gens venus visités. Je sais bien que c’est l’été et qu’il fait beau mais les petites robes rouges, les shorts jaunes, les tee shirts bleus flash … j’ai trouvé ça tellement incongru (et déplacé en fait) dans ce lieu. Moi j’avais pas réussi à enfiler plus que du blanc et du noir pour venir là.

Idem pour les gens qui mangeaient leur sandwich face à la porte d’entrée du camp … ya des bancs et c’est pas interdit mais … j’aurais bien été incapable d’avaler la moindre bouchée là.

 

 

Notes:

  1. qui plus est à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau du Mont Ste Odile … (endroit par ailleurs proprement hallucinant : abbaye disneyland et aucune référence nul part à la catastrophe aérienne de 1992)
  2. je ne suis pas prête à aller à Auschwitz, j’ai failli me trouver mal devant la chambre à gaz et le four crématoire
  3. d’ailleurs on devrait y emmener tous les négationnistes
  4. je dis bien « peut-être » …
  5. la table de dissection en est d’ailleurs le rappel terrible
  6. je ne sais pas si j’ai réussi – vous me direz – mais ça c’est encore un autre débat

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