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Dans ma tête

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Oscillations

De droite à gauche et de gauche à droite

En ce moment j’oscille beaucoup. Voire j’ai la sensation d’osciller en permanence, sans moment stable.
Entre l’impression que je pète la forme et celle que je vais m’effondrer physiquement.
Entre l’impression de beaucoup trop m’écouter et celle que je devrais le faire beaucoup plus.

Cette période de canicule est comme je le redoutais rude physiquement pour moi. Tension dans les chaussettes (enfin elle baissait déjà dans les 15j avant), tachycardie par moment, sensation d’épuisement, jambes qui flageolent et tête qui tourne.
Ça me fait mal de le dire mais peut-être bien que j’ai rejoint le club des « personnes fragiles ».

Mais pas tout le temps.
Il y a des matins où je vais bien, des moments où un brin de fraîcheur me remet en route, il suffit parfois de quelques minutes allongées pour que cette baisse de tension et la faiblesse qu’elle induit ait disparu.

Du coup je ne dis rien à mon entourage. Ou alors juste que « je vais doucement » en ce moment. Alors qu’en fait il y a des moments où je suis vraiment mal, à deux doigts du malaise ou de l’effondrement; et des moments où je vais vraiment bien. Et pas tellement d’entre-deux.

Je ne dis rien parce que dire c’est reconnaître que … Que physiquement je suis tout sauf un roc, qu’il faut qu’ils fassent attention à moi (avec en plus tout le risque de déception autour de ce sujet).
Je ne dis rien parce qu’eux vont dire quoi ? De m’arrêter ? Je travaille dans un lieu climatisé, c’est encore là que je suis le mieux, si je pouvais j’y dormirai mais y être implique, oui, de travailler.
Je ne dis rien parce que … qu’est-ce que ça va changer de le dire justement ? Rien.

Alors autant se taire, courber le dos en silence quand je suis au bord de l’effondrement, en attendant que ça passe.

Rétrospective photo

Vivre là-bas tout l’été

J’aime bien me replonger dans mes photos. Surtout – on ne va pas se mentir – dans celles de mon smartphone ou d’Instagram, accessibles à tout moment et parfois plus représentatives de « moments de vie » que celles faites avec mon APN.
Régulièrement je me fais un petit trip photos des derniers mois/années.

Là je suis tombée sur les photos prises par et avec mon petit frère quand il est venu en février. J’aime tellement revoir ces photos de lui, de nous, de notre complicité. J’aime garder la trace de sa silhouette dégingandée de ces 17 ans. J’aurais plaisir à la regarder plus tard et à me remémorer ces jours et nos rires.
Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir plus de photo de lui, de son enfance, des changements qu’il a connu au fil des années. J’en ai fait – j’ai le souvenir d’une photo de lui et de sa bouille de coquin quand il avait 6-7 ans – mais les tirages photos se sont perdus et même si c’est flippant de voir Google être capable de savoir où j’ai pris un certain nombre de photos sans que celles-ci aient été géolocalisées (je supprime toujours la géolocalisation de mes photos) c’est quand même bien pratique aussi cette mémoire numérique qu’il stocke et garde.

Je prends très peu de selfies (et j’en conserve encore moins), je me moque de me voir moi mais j’aime garder la trace des autres et documenter les moments passés ensemble. Souvent je me dis après que j’aurais dû prendre plus de photos … ou moins en supprimer après parce que je trie très souvent et parfois trop sévèrement.
En plus j’ai mis longtemps à prendre ces photos là. Longtemps j’ai préféré les photos sans personne dessus, celles grandioses de paysages ou de villes mythiques – de celles qu’on peut mettre sur Instagram en s’attirant des « wahou » – sans que mes proches apparaissent dessus. Je préférais prendre des portraits volés d’eux mais je n’y pensais pas forcément ou alors je n’étais pas contente du résultat. Je n’aime toujours pas trop les photos posées mais désormais je m’oblige à en faire. Pour garder une trace d’eux, de ce moment vécu ensemble, parce que finalement avec le recul ce sont ces photos là qui comptent le plus au fur et à mesure que les années passent.

Je ne suis absolument pas nostalgique du temps qui passe, j’aime chaque nouvelle journée et les possibles dont elle est la promesse, j’aimais prendre soin de mon petit frère quand il était enfant mais je ne troquerais pour rien au monde notre complicité maintenant qu’il devient adulte. Mais je suis de plus en plus nostalgique que ce temps passé le soit sans avoir laissé de traces, sans souvenirs à regarder, sans photos à comparer, sans rappels à la mémoire.

Alors je commence à documenter le présent pour le futur et pour que les moments passés et les choses faites ensembles ne sombrent pas dans l’oubli.

Couper

Vautour planant dans le ciel

Je suis rentrée de Cuba hier et j’ai tant à dire sur ce pays.

Je ne sais pas bien encore comment je vais rédiger et organiser tout ça, tout ce que j’ai à dire, à montrer, tout ce que ce pays m’a inspiré comme pensées tout au long des 2000kms parcourus sur ces routes (et comme photos puisque j’en ai 1200 à trier). Il faut dire qu’à l’heure actuelle la fatigue (du voyage, du retour, de la nuit en avion), les 6h de décalage horaire, la perte de 20° de température, le jet lag neuronal (je n’ai pas encore sorti le moindre « buenos dias ! » mais ça ne saurait tarder) n’aident pas à la réflexion.

Comme prévu, Cuba a été une formidable déconnexion d’internet. J’ai réussi à publier quelques photos sur Instagram (difficilement) au bout d’une semaine mais pour le reste ça a été la coupure. Je recommande d’ailleurs la destination à tous ceux qui auraient besoin ou voudraient faire une vraie pause internet et réseaux sociaux.

Et ça m’a fait un bien fou …
J’ai d’ailleurs bien du mal et pas envie de m’y remettre.
Ce voyage en général m’a fait un bien fou. Surtout parce que pendant 15j je ne me suis occupée que de moi, je n’ai géré que moi, le monde s’est débrouillé sans moi. Ni mieux ni mal que si je m’étais occupée de lui.

J’ai envie d’écrire que je suis fatiguée des gens, mais je sais que ceux qui vont le prendre pour eux ne seront pas ceux qui me fatiguent mais ceux – pas si nombreux – qui m’ont manqué pendant ces 15j de coupure.

Le fait est surtout que j’ai conscience qu’un certain nombre de réseaux sociaux (Twitter pour ne pas le nommer) me coûtent. Me coûtent beaucoup. D’énergie et d’autres choses. Et que j’ai l’impression d’y rester pour de mauvaises raisons sans savoir comment changer ça sans perdre ou réduire le contact avec un certain nombre de personnes avec qui je ne veux pas perdre ni réduire le contact.

Bref le constat est là, je ne sais pas quoi en faire, encore moins avec mes neurones qui sont toujours en balade quelque part au dessus de l’Atlantique.

Je me fatigue

8 jours – dont 5 avec fièvre – c’est le temps qu’aura duré ce rhume. Enfin ce qui ressemblait à un banal rhume au départ avant de ressembler un temps plutôt à une sinusite.

A posteriori, et si j’avais su que ça durerait aussi longtemps, je me dis que j’aurais dû m’arrêter. Ces derniers jours ont été un vrai calvaire, rajoutant de la fatigue à la fatigue, se lever le matin a été une vraie gageure, assurer les journées un vrai défi.

Je ne l’ai pas fait parce que … parce que ma stagiaire, parce que les 3 semaines de vacances qui arrivent, parce que le week-end qui va suffire, parce que à quoi ça sert de s’arrêter le lundi alors qu’on est malade depuis le mercredi soir ?

J’aurais dû m’arrêter ok …

Mais même en me disant ça et même en sachant que ça aurait été mieux je ne peux empêcher une petite voix triomphale, pleine de fierté, dans ma tête de dire : « Tu l’as fait finalement non ? Tu as tenu ? Alors pourquoi tu aurais dû t’arrêter hein ? »

Dans mes innombrables défauts il y a … l’entêtement.
C’est aussi une qualité qui me sauve souvent je crois. Mais franchement parfois ça me dessert d’une force cette façon que j’ai de ne. jamais. vouloir. rien. lâcher.
Une obstination totale même envers moi même.
Ne jamais réussir à me dire « ok très bien tu n’es pas à l’article de la mort mais tu vas t’arrêter quelques jours quand même » sans le vivre comme un atroce aveu de faiblesse et craindre l’accusation de fainéantise.
Ne pas non plus pouvoir m’empêcher de ressentir une immense fierté a posteriori d’avoir réussi à tout faire et tout tenir alors que franchement sur le moment j’en ai bavé. Comme si j’étais en perpétuel défi contre moi-même.

Je me fatigue.

Vous serait-il possible de la fermer svp ?

Keep calm and breath

Un matin, au réveil, en ouvrant mon flux instagram j’ai découvert cette image de Sketches in Stilness (que j’aime beaucoup d’une manière générale) et ça m’a fait comme une petite révélation : « c’est tellement ça ».

Je suis fatiguée de l’avis des autres. Et je suis fatiguée qu’ils me l’imposent constamment.
Oh je ne dis pas que je suis toujours parfaite en la matière loin de là. Ça doit m’arriver quelque fois, ça m’arrive surement quelque fois. Mais j’essaye d’éviter d’imposer aux autres ce que je pense du gouvernement en place, de celui d’avant, et de tout un tas d’autres sujets moins politiques mais pas moins polémiques … et je ne dois pas trop mal réussir puisqu’une fois, un ami proche, vraiment proche, m’a dit une fois « mais en fait je ne sais même pas pour qui tu votes » (plus beau compliment) alors qu’on avait parlé politique plusieurs fois ensemble (mais sans que je lui impose MON avis manifestement).

Ça ne veut pas dire que je n’en ai pas d’avis. Sur le réchauffement climatique, sur l’église, sur les fonctionnaires. Simplement que je le garde pour moi. Je ne ressens pas le besoin de l’étaler partout, je ne ressens pas le besoin d’en parler partout, ni de le confronter à celui des autres pour le renforcer ou me sentir détentrice de la parole sacrée et chargée de l’imposer.

J’évite aussi d’imposer mes opinions parce je sais qu’on ne m’en fera pas aisément changer. Et qu’on ne parle pas aux murs, pas plus qu’ils ne se parlent entre eux. Je me suis rendue compte récemment que j’étais franchement solide sur mes bases, que je mettais du temps pour construire mais avis mais que je n’en changeais pas facilement : j’ai fait quelques séances d’hypnose, une histoire de sommeil perturbée qui ne s’arrangeait pas comme je voulais depuis qu’une nuit de novembre 2015 je me suis réveillée avec un steak tartare à la place du mollet. Et j’ai raconté tout ça et tout ce qui concernait la Maladie à l’hypnothérapeute. Parce qu’il était évident pour moi que mes rapports compliqués avec le sommeil s’étaient noués là, dans l’abandon de la nuit où la Maladie avait porté sa première banderille. L’hypnothérapeute n’a pas pu s’empêcher de vouloir chercher une cause psychique à la Maladie, une explication, une raison, une trace dans mon histoire qu’il pourrait relier. Et je lui ai gentiment mais fermement fait comprendre qu’il ne fallait pas, qu’il n’en trouverait pas, qu’il n’en trouverait jamais. Que j’avais cherché un temps aussi au fin fond de mon cerveau avant de réaliser comme c’était vain, que ça ne changerait de toute façon rien. Il a fait marche arrière. Lui.

Mes proches apprennent vite que le silence n’est pas un problème pour moi, que je peux me passer de dire et d’exprimer si on ne me donne pas l’espace nécessaire pour ça.
L’autre jour, au café, mes collègues disaient qu’elles trouvaient qu’en réunion on ne s’écoutait pas assez les uns les autres. Je rigolais en me disant qu’il nous faudrait un bâton de parole. Quelques instants plus tard, sur un autre sujet, deux d’entre elles m’ont coupé la parole en forçant le volume de leur voix pour couvrir la mienne et réagir à ce que je venais de dire sans me laisser finir ma phrase. Je ne l’ai jamais fini. Je ne dis pas que mon avis ne peut pas être intéressant, mais il mérite qu’on lui laisse de la place, je ne vais pas forcer à parler plus fort que les autres pour l’imposer.

J’aimerais bien qu’on me rende la pareille parfois.

Créer des liens durables

Carte postale noire sur laquelle il est écrit "il faut donner sans se souvenir et recevoir sans oublier"
Mes patients <3

C’est à eux qu’il faudrait demander évidemment, mais pendant longtemps je n’ai pas été une grande sœur très … impliquée auprès de ma petite sœur et de mon petit frère.

Je leur ai porté un amour fou dès le premier regard, là n’était pas la question. Et la différence d’âge ôtait tout risque de jalousie et tout enjeu de ce côté là. Mais j’ai longtemps eu un peu de mal à trouver ma place : je n’ai jamais vécu avec eux (contrairement à notre grande sœur), ça m’a toujours prodigieusement gonflé de jouer avec eux (ça me gonfle encore adulte de jouer avec un enfant alors ado je ne vous dis pas …), et j’étais une des grandes sœurs mais pas LA grande sœur puisqu’il y en avait une avant moi qui se positionnait en plus très fort sur ce secteur de référence et d’autorité.

Finalement, c’est en les voyant atteindre l’adolescence que j’ai voulu d’une part créer un lien plus fort avec eux en me disant qu’après il risquait d’être trop tard. Et puis j’ai aussi assumé de pouvoir avoir une place de grande sœur sans rien voler à la mienne. Au final je crois que j’ai pas mal réussi pour le moment et ça m’a donné de l’élan et à réfléchir pour d’autres liens …


Il y a eu mon Filleul déjà, fils de mon meilleur ami. Avoir un « statut » officiel m’a aidée à me sentir légitime pour avoir envie de jouer un rôle dans la vie de cet enfant pour qui je ne suis rien à part être l’amie de ses parents. D’autant que j’ai la volonté forte – comme pour les autres même si j’ai un statut différent – de ne pas juste être la marraine qui envoie un cadeau pour Noël et son anniversaire (comme mon parrain l’était). Je lui en envoie évidemment mais je ne veux pas avoir un lien purement « économique » avec lui alors j’essaye de trouver d’autres façons d’exister, ce qui n’est pas forcément évident avec la distance puisqu’on habite loin les uns des autres. Je suis d’ailleurs persuadée que les parents jouent un rôle évident, en me faisant exister auprès de lui …


D’eux même puisqu’au delà de mon Filleul il y a cet enfant de la mer et du soleil, qui m’envoie des cartes postales quand il va dans un musée et qui m’associe aux lacs <3. Et son petit frère à naître. Et le fils de ma meilleure amie qui devrait bientôt pointer le bout de son nez (que des garçons … je veux des filles !). Et j’ai du mal un peu à assumer d’avoir envie d’exister pour eux – j’ai peur d’empiéter et d’être maladroite par rapport aux parents alors que je ne suis rien à part une amie douce -, d’assumer de m’intituler « Tata Shaya » alors que je n’ai pas les liens du sang qui donnent droit théoriquement à ce titre. Mais est-ce qu’on a vraiment besoin des liens du sang pour être « Tata Shaya » ? Est-ce qu’on a vraiment besoin d’un titre pour se sentir légitime ?

Roseau

Au fond des montagnes, au premier plan des roseaux et entre un lac surplombé par quelques nuages blancs

Il aura fallu se faire roseau.
Il le faut encore.
Faire le dos rond, plier mais pas céder et attendre que ça passe, que ça aille mieux pour se redresser.
J’ai progressé sur ce sujet, par rapport à l’an dernier. Je courbe mieux l’échine. Probablement parce que j’ai moins à m’incliner, que la pression est moins forte. Peut-être aussi parce que j’ai appris.
Le contexte aussi est bien différent.

Avec le début de l’année, c’est la Fatigue qui a fait son retour. Insidieusement. Différente de ce que j’avais appris à nommer et à identifier l’an dernier.

Ainsi il semblerait que les débuts d’année se suivent et ne se ressemblent pas sur beaucoup d’aspects sauf qu’ils exigent physiquement leur prix. Et que celui-ci soit élevé. Tous les jours. Mais qu’en plus chaque pas de côté, chaque tentative de changement de rythme soit payé le prix fort. Ainsi ces 4j à Venise – pourtant si merveilleux – m’auront coûté très cher. En énergie. Pendant mais aussi a posteriori.

La tentation d’aller voir mon médecin pour demander à être arrêtée a été présente chaque matin pendant des semaines. Des.Semaines.
Je n’ai jamais osé sauter le pas parce que … parce que le timing vraiment mauvais, parce que l’épidémie de grippe, parce que j’arrivais quand même à me lever, à travailler et à vivre même si ça me coûtait et que ça m’empêchait de m’autoriser à me dire que là vraiment il fallait que je me repose, parce que c’était « moins pire » que l’an dernier (sauf que rien ne peut être pire que l’an dernier) et que si c’était moins pire ça devait aller, parce que je n’arrive pas encore à m’autoriser à penser que la fatigue seule – sans fièvre, sans toux, sans vomissements, sans autres symptômes – puisse être un motif légitime pour m’arrêter malgré des résultats sanguins hyper pourris qui corroboraient de ce que je ressentais et qu’il faudra que je me fasse engueuler en avril prochain comme je vais immanquablement l’être par ma médecin – et peut-être de nombreuses autres fois derrière encore – pour peut-être qu’un jour j’arrive à penser que je peux et surtout que je dois.

Aussi parce que c’est maintenant que l’étau commence à se desserrer (c’est l’impression que j’en ai tout du moins) que je réalise à quel point il m’a étouffé …

J’ai mieux géré que l’an dernier vis à vis de mon entourage. Je me suis moins plainte aussi. Ou alors c’est simplement que la chape était moins lourde (merci les médicaments) (je préfère ne même pas imaginer la même situation sans), difficile à dire.
Difficile aussi de savoir le pourquoi de cette récurrence du début d’année, le froid, l’hiver, le manque de lumière ou une simple coïncidence ? On le saura l’an prochain ..


Ça va mieux, je relève la tête, j’arrive à le dire mais je suis encore fatiguée. J’espère que ça va continuer à s’améliorer.

La solitude du malade

Seule

Il y a quelques jours de cela, j’ai passé mon contrôle technique trimestriel à l’hôpital. Même s’il y a toujours un fond d’appréhension à ces rdv (quelles mauvaises nouvelles pourraient tomber ?), j’ai toujours plaisir à retrouver mes médecins. J’ai conscience de la chance que j’ai d’avoir crée une chouette relation de confiance avec elle. A double sens puisque j’ai confiance en elles mais je leur ai montré qu’elles pouvaient avoir confiance en moi également, que j’étais concernée par ce qui se passait et que j’étais capable d’interroger ce qu’elles me disaient mais aussi de comprendre leurs arguments et leur raisonnement et de suivre leurs recommandations et les traitements prescrits sans pour autant me prendre pour une spécialiste du sujet … Preuve en est puisque j’arrive à chaque consultation avec ma petite liste de questions et que j’ai eu un grand moment de solitude à l’automne lors de la vaccination contre la grippe.

C’était une visite sans enjeux. Pour moi tout du moins puisque aucun changement ne s’était profilé depuis la dernière fois et que les résultats des analyses de sang faites en amont indiquaient que tout allait bien (et que je sais les lire). Pour mes médecins il en allait un peu autrement.

Néanmoins ces visites me laissent toujours un goût …. un peu acide. Pas à cause de mes médecins. Mais parce que ça me renvoie violemment au fait que je sois seule face à la maladie. Il y a bien des personnes qui étaient au courant que j’avais ces rdv et qui m’ont demandé comment ça s’était passé mais c’était difficile pour plein de raisons de débriefer avec elles. Et j’aurais vraiment besoin de pouvoir débriefer ces rdv avec quelqu’un. J’aurais besoin d’en parler, d’avoir l’avis de quelqu’un d’autre dessus, de repasser la conversation pour revoir ce que j’aurais pu rater ou mettre en avant les éléments importants selon moi mais en ayant le garde-fou d’un avis extérieur pour ne pas m’emballer pour rien. Après j’ai bien conscience que je demande la lune parce qu’il me faudrait quelqu’un qui connaisse suffisamment les enjeux et l’historique pour suivre ce qui se dit, qui ait suffisamment de connaissances médicales et physiologiques pour être capable de rebondir sur tout ça sans que j’ai à tout réexpliquer et qui se sente un minimum concerné par tout ça.

Quand je suis sortie de mon rdv, j’ai appelé ma mère, qui m’a écouté poliment pendant 5mn sans jamais avoir la moindre réaction, comme si ceci était somme toute très anecdotique. Alors j’ai laissé tomber et j’ai raccroché. Mon père aussi était au courant de ces rdv aussi, il ne m’en a pas touché un mot jusqu’à ce qu’après Noel on s’appelle et qu’il s’étonne que je me sois couchée si tôt le soir du Réveillon et que je lui rappelle que je n’avais pas beaucoup de marge au niveau de la fatigue et pas les moyens de m’offrir une nuit écourtée. Là il a osé me demander comment mes rdv s’étaient déroulés … Je n’ai évidemment pas envie d’être résumée à la Maladie et qu’on m’en parle du soir au matin. Il y a même des jours où on pourrait m’en parler et que je m’y refuse parce que ça ne serait pas le bon moment. Mais qu’on ne m’en parle jamais ça me donne juste l’impression que c’est nié par tout le monde et complètement tabou …


Il y a quelques semaines, longtemps après tout le monde, j’ai enfin lu « Le lambeau » de Philippe Lançon. J’avais tergiversé longtemps avant d’oser me lancer, peu sûre de réussir à encaisser ce qu’il y aurait forcément dans ces pages.
J’avais tort. 

J’ai trouvé ce livre absolument sublime (peut-on vraiment dire cela quand on sait le sujet traité ?), j’ai été envoûtée par l’élégance de l’écriture de Philippe Lançon, par sa finesse, par sa pudeur. Par l’absence de larmoyance (ça ne se dit pas ? Je l’invente!) dans ce récit qui aurait pourtant eu bien des raisons d’en contenir. J’ai admiré le recul qu’il lui a fallu pour écrire ce livre, j’ai aimé ses digressions et ses aller-retours entre l’avant attentat et l’après, les liens qu’il tisse au travers de sa vie.

J’ai dévoré son livre en quelques jours et pourtant j’ai cru à un moment, vers les 3/4, que je n’arriverai pas à le finir. Philippe Lançon y parle très justement tout au long de ces pages de la temporalité du malade au long cours et de cette réalité en marge qui l’habite pleinement et qu’on lui reproche souvent : ne pas se préoccuper de ce qui préoccupe le reste du monde, de son égoïsme/égocentrisme autour de ce sujet – la maladie et les soins qui l’accompagnent – qui dans le fond n’est vraiment important que pour lui, de se complaire dans ce statut, de ne pas vouloir tourner la page (mais comment pourrait-on la tourner quand la maladie ne vous oublie jamais et s’arrange bien souvent pour que vous non plus vous ne puissiez pas l’oublier en constituant vos matins, vos midis, vos soirs et parfois vos nuits ?) …

De manière totalement inattendue, assez désagréable, et déroutante, ce livre me renvoyait à ma propre histoire et à la Maladie. Et me rappelait que dans le fond on est toujours rapidement seul face à celle-ci.

Calendrier de l’Avent 2018 des Gratitudes

Hiiii c’est Noweeel qui approche!

C’est sur Twitter que ça se passe normalement mais j’ai raté le début, pas envie de rattraper, pas envie de le faire là-bas mais bien envie de le faire ici, et puis pas envie d’en faire une par jour mais tout d’un coup. Parce que le calendrier de l’Avent de toute façon, ce n’est pas dans mes coutumes de Noel !

1_ Le Nouveau Boulot …
Il est arrivé quand j’en avais besoin, réellement, comme une bouffée d’oxygène, comme une éclaircie dans un ciel bien sombre depuis le début de l’année.

2_ La famille qu’on se choisit …
Il y a eu des moments vraiment difficiles en 2018 et des gens qui avaient déjà été là lors des moments difficiles des années précédentes se sont avérés tout aussi présents et peut-être encore plus. Parce que ce n’est pas facile d’être présents et compréhensifs dans la durée, quand mon état de santé ne fait que s’aggraver et qu’il n’y aura pas de retour en arrière, quand ça impacte tout le monde en plus de moi.

3_ L’émerveillement encore et toujours …
Devant un beau lever de soleil sur les montagnes, devant l’eau turquoise du lac, devant l’air iodé de la Manche, devant un lever de lune, devant la première chute de neige …

4_ Les moments à soi qui font du bien …
Les temps de lecture, les séances de méditation, les moments seules en pleine nature, les randonnées …

5_ Les moments avec les autres qui font du bien …
Ce pique-nique estival au bord de l’eau à regarder un petit gars s’éclater à décapsuler des bouteilles de bière (vides), ces restos, ces discussions, ces rires, ces échanges.

6_ Cette journée passée en tête à tête avec mon père cet été.
La première depuis …. tellement de temps que je ne m’en souviens pas. C’était calme, mot que je n’associe pas souvent à ma relation avec mon père, c’était doux.

7_ Tous les livres que j’ai réussi à lire cette année.
Pas assez, jamais assez, évidemment. Mais pas un qui ne m’ait déçu je crois, beaucoup qui m’ont amusé, encore plus qui m’ont fait réfléchir même s’ils ont parfois été ardus à lire.

8_ Toutes les fois où j’ai réussi à faire plaisir à quelqu’un.
Souvent avec pas grand chose, un sachet de thé ou un morceau de fromage offert, juste la volonté de faire plaisir, d’arracher un sourire, de donner un peu de réconfort.

9_ Les vadrouilles italiennes, à Turin et dans les Cinque Terre.
Moments doux, si doux, si faciles, si évidents.

10_ Préparer les futures vadrouilles.
Italienne encore mais aussi cubaine (peut-être).

11_ Tous les vernis magnifiques posés.
Les brillants, les pailletés, les changeants, les bleus, les rouges et tous les autres. Toutes ces fois où j’ai pris quelques instants pour admirer mes ongles à la lumière.

12_ Le plaisir de la cuisine que j’ai et qui ne se dément pas même si le temps vient parfois à manquer pour ça.

13_ Les cosmétiques maison.
Je suis loin (très loin même) de faire tous mes cosmétiques moi même mais j’aime beaucoup ajouter de nouvelles recettes chaque année et étendre doucement mais surement mon répertoire.

14_ Ce recul que j’arrive de plus en plus à prendre sur la colère. La mienne un peu mais surtout celle qui ne vient pas de moi, celle qui me « contamine ». Et c’est drôlement apaisant.

15_ Les petites attentions que d’autres m’ont prodigué.
Les liens envoyés en disant « ça m’a fait penser à toi », les photos de sapin de Noel, les cartes postales … 

16_ La « réconciliation » avec mes grands parents paternels.
Mais est-ce qu’on peut vraiment se réconcilier avec des morts ? En tout cas je me suis réconciliée avec un bout de mon passé et certains de mes souvenirs, c’est déjà ça.

17_ Les clins d’œil complices, les câlins réconfortants, les bras aimants qui réchauffent et qui protègent, les discussions qui nourrissent.

18_ Toutes les tasses de thé bues cette année.
Seule ou accompagnée, tous ces parfums humés qui m’ont parfois renversé tellement ils étaient merveilleux, tous ces moments d’émerveillement en prenant la première gorgée d’un nouveau thé qui s’avère absolument délicieux.

19_ Ces rituels de Noel qu’on s’instaure avec mes amies. La Chasse aux sapins de Noel qui n’a démarré que pour me réconforter l’année où Noel s’annonçait mal pour moi, la Ste Shaya du jour où l’on fait le sapin, le Secret Santa …

20_ L’apaisement (peut-être temporaire je ne me fais pas trop trop d’illusion) dans mon rapport avec la Maladie. L’acceptation qui semble se faire. Il faut dire que les traitements médicaux ont bien réduit les symptômes les plus gênants pour le moment. Ça aide.

21_ Les nouvelles collègues avec qui le courant passe tellement bien qu’elles en oublient que ça ne fait même pas un an que je suis là. Les anciens collègues aussi, certains tout du moins, qui te donnent envie de venir tous les jours parce que les rires, les sourires et les conversations qui réconfortent.

22_ Les vadrouilles auxquelles on rêve. Pour dans 2 ans ou pour un peu plus loin. Auxquelles on rêve un peu sérieusement ou franchement pour le fun. 

23_ Tout ce que j’ai appris cette année. De l’anecdote rigolote ou insignifiante à la grande Histoire. De l’information professionnelle confidentielle à celle qui nous concerne tous. Du savoir au savoir-être ou savoir-faire. Tout ce qui m’a fait grandir encore et m’a enrichi un peu plus.

24_ Que les grands drames de cette année nous ait encore épargné moi et ceux que j’aime. Pourvu que ça dure encore longtemps …



Bon ben ça sera déjà pas mal pour cette édition !

Sur une échelle de 0 à 10 …

… 0 signifiant pas du tout et 10 le plus fort que vous puissiez imaginer, vous êtes à combien ?

 

Live and let die

 

Plus le temps passe et plus je suis embêtée quand quelqu’un me demande – sincèrement – comment je vais.

Parce que « ça va » ou « ça ne va pas », ça manque de nuances.

Et que j’ai besoin de nuances.

 

Surtout sur un sujet … toujours le même …. la fatigue !

A la question de savoir comment je vais, j’hésite toujours à répondre franchement sur le sujet de la fatigue.

Parce que je n’aime pas inquiéter mon entourage et que j’aurais envie de toujours répondre « yeah ! Tout va super bien! «  je serais tentée de toujours répondre « je suis fatiguée ». Sauf que je ne suis pas toujours fatiguée de la même façon ou tout du moins pas à la même intensité.

Mon état de base depuis plusieurs mois concernant la fatigue sur une échelle de 0 à 10 c’est 3. Tout le temps. Et manifestement je ne m’y suis pas encore habituée parce que j’ai quand même envie de répondre « je suis fatiguée ».

Actuellement (= au moment où j’écris ces lignes), j’estime ma fatigue autour de 5-6/10. Je sens nettement la différence au quotidien mais ça reste gérable, bien loin du 9/10 atteint l’an dernier pendant les fêtes. Dans tous les cas « je suis fatiguée ». Sauf que ça n’a rien à voir entre les 2, et que la nuance « je suis un peu fatiguée / je suis fatiguée / je suis très fatiguée » je ne suis pas certaine que ça parle suffisamment à mon entourage.

 

Du coup je vais peut-être instituer un nouveau rituel :

_Comment tu vas Shaya?

_Je suis à 5/10 en fatigue mais sinon ça va.

 

Je ne suis pas sûre sûre qu’ils soient prêts.

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