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Dans ma tête

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Tsunami

Montagne surplombant le lac avec quelques nuages dans un ciel bleu
Heureusement il reste toujours le beau <3

Finalement je réalise que je n’ai jamais écrit ici ce nom que je cherchais , pour décrire cette fatigue qui m’avait étouffé, nom que j’avais fini par trouver : le Tsunami.

Je ne l’ai pas écrit ici, mais je l’ai écrit ailleurs et j’ai dit que j’allais l’appeler ainsi car « cette fatigue arrive brutalement, détruit tout et quand elle se retire on pourrait croire qu’il ne s’est rien passé et qu’elle ne reviendra jamais ».

Je me demande si à l’époque, en mai 2018, j’avais réalisé à quel point ce nom était pertinent sur nombre d’aspects. Probablement pas.
Puisque c’est maintenant que le Tsunami est revenu que je le réalise.

Car oui, quasiment deux ans jour pour jour après son premier déferlement, le Tsunami est de retour. Je ne l’ai pas vu arriver, je n’ai pas senti l’eau se retirer sous mes pieds qui allait annoncer la vague monstrueuse. J’ai beau refaire le film des jours qui l’ont précédé, aucun signal ne m’a alerté. J’étais un peu crevée, mais comme je l’ai été de nombreuse fois sans que cela débouche sur un Tsunami. Je l’ai craint pourtant depuis 2 ans, j’ai scruté avec inquiétude les signes qui pouvaient l’annoncer, les moments de fatigue un peu exacerbée, j’ai redouté sa réapparition, j’ai espéré que ça n’arrive jamais. A tort.
Le Tsunami est revenu par surprise, je n’ai pas vu la vague grossir à l’horizon, je n’ai rien pu faire pour l’empêcher de me submerger et de me dévaster.

Je l’ai simplement reconnu tout de suite quand il a été là. Il ne m’a fallu que quelques minutes pour réaliser que c’était un tsunami, que la Fatigue était revenue. Quelques minutes pour renouer avec cette seconde peau qui pèse des tonnes et qui m’étouffe (pour celles et ceux qui auraient lu « Moi en double » de Navie je trouve que c’est très bien illustré, même si là cette double peau était en rapport avec le poids), au point que tenir ma fourchette ce soir-là soit une véritable épreuve physique et que je doive demander à ce qu’on m’épluche ma clémentine le lendemain midi.

Néanmoins il y a du positif dans tout ça et je veux le voir. Un an 1/2 de répit depuis la fin de la précédente attaque, c’était bien plus que ce que j’avais espéré alors.
Et surtout j’ai appris du 1er Tsunami. Appris qu’il y aurait une fin à cette période difficile même si je n’en connais pas la date exacte. Appris à mieux réagir aussi, à me sentir légitime dans ce que je ressens et à savoir que c’est la Maladie qui mord et non moi qui m’écoute trop. Appris une certaine souplesse, à me faire roseau au lieu de me raidir et à lâcher du lest au lieu de ne vouloir céder sur rien.
Appris enfin à dire à mon entourage et à réagir rapidement. J’ai commencé à réorganiser mon agenda, à déléguer certaines choses au niveau professionnel, à alléger la logistique de tous les jours (et tant pis s’il faut manger surgelé pendant 3 mois) et le planning des journées. J’ai aussi prévenu mon entourage proche, que j’étais en situation de fragilité, qu’il allait falloir qu’ils veillent sur moi, que j’allais devoir en faire moins, que ça risquait de durer un moment, qu’il allait leur falloir de la patience et de la tolérance. Appris à ne pas rajouter de l’émotionnel à tout ça pour que ça ne devienne pas une souffrance.

Le Tsunami est là.
La vague me parait un peu moins haute qu’il y a deux ans. Des digues ont été mises pour ça en même temps.
Reste à savoir combien de temps il va falloir pour que l’eau se retire et quelle sera l’étendue des dégâts.

Ce qui nous construit

Keep calm and think

C’est fou comme les choix que l’on fait et les événements que l’on vit peuvent parfois nous construire sans qu’on s’en rende compte sur le moment.

Il m’a fallu un peu de temps, après avoir commencé à travailler dans le monde de la cancérologie, pour réaliser que ce n’était peut-être pas simplement le fait du hasard si j’avais atterri là. Que la maladie de ma mère quand j’étais adolescente, puis la disparition de mes 2 grands-mères à un an d’intervalle à cause de cette maladie, y était peut-être un peu pour quelque chose.
Des fois je me demande s’il n’y a pas là dedans une volonté de réparation, un besoin de contrôler quelque chose sur lequel j’ai eu bien peu de prise à l’époque, une nécessité d’affronter professionnellement un vécu personnel, une projection malsaine à travers le parcours de mes patients. Mais le fait est que ce n’est pas ce que j’éprouve quand j’y pense. Au mieux j’y vois juste la familiarité d’une maladie qui terrifie nombre de personnes alors que je me la suis appropriée adolescente et que j’ai grandi dans son ombre.
Il n’empêche, le fil est là, solidement établi dans mon histoire même s’il a changé de nature au cours du temps.

Et parfois ces choses qui nous construisent se retrouvent de manière plus surprenante.
L’autre soir je suis allée voir un concert autour de la musique de Mozart. J’adore la musique classique, mais j’ai un amour encore plus particulier pour l’œuvre de Mozart.
Au delà du fait que ça a été une moment vraiment formidable, il y a surtout eu ces fourmillements dans les mains quand l’orchestre s’est installé sur scène. Je n’ai pas joué de violoncelle depuis plus de 15 ans, et même si je n’ai jamais réussi à vendre mon violoncelle (que j’ai donc toujours) ça ne me manque pas au quotidien et je ne passe pas mon temps à me dire qu’il faudrait que je reprenne. Mais là, en les regardant, j’avais une envie dingue de les rejoindre pour jouer (bon évidemment je n’ai absolument pas le niveau et même à l’époque je ne l’avais pas) et je me suis rendue compte de la trace que mes 10 années de pratique du violoncelle avaient laissé sur moi. Je me doutais bien que si j’aimais tant la musique classique alors que c’est peu valorisé à mon âge, ce n’était pas pour rien. Mais en fait c’est beaucoup plus profond et intense que ça. Il y a un élan qui ne se dément pas.
Et qui ne se démentira sans doute jamais puisque cela fait désormais partie de moi.

A quoi ça sert ?

I agree with this

Il y a deux ans de ça, l’automne avait été difficile.
Trop d’incertitude sur mon avenir professionnel, trop de stress, trop de réveils nocturnes angoissés. Sans être catastrophique, ça n’était pas la super pêche.
Et ça devait se sentir pour ceux qui me connaissent bien. J’en avais parlé un peu à mes plus proches mais pas suffisamment il faut croire ou pas assez à leur goût il faut croire, puisqu’un jour l’un d’entre eux m’a dit « je vois bien que ça ne va pas mais pourquoi tu dis rien ? »

Oui, c’est vrai, pourquoi ?
Je ne suis pas une grande bavarde. Surtout quand il s’agit de parler de ce qui ne va pas.
Mais surtout … à quoi ça sert ? Sérieusement ? Est-ce que ça va changer quelque chose de parler encore et encore de ce qui ne va pas, de tourner en boucle sur ça, de refaire les mêmes conversations alors qu’on n’a strictement aucune prise sur les événements ?
Alors autant ne pas en parler.
Pas de manière récurrente en tout cas. Moi en tout cas ça ne me va pas de tourner en boucle sur ça et qu’on m’interroge constamment sur ça.

Autant je suis partisane de toujours laisser de l’espace à ceux de mes amis qui ont besoin de leurs problèmes autant moi je préfère qu’on me parle d’autre chose.
J’essaye déjà de me contraindre à signaler que ça ne va pas, à expliquer pourquoi au moins rapidement, mais il ne faut pas en attendre plus je crois.

Point de crispation

C’est étrange comme l’esprit peut se figer parfois sur quelque chose, un détail. C’est étrange comme l’enjeu se cache dans les détails.

J’ai beaucoup beaucoup avancé sur la Maladie, je me surprends régulièrement. Mais.
Mais il y a dans ma tête un point d’accrochage. Quelque chose que je n’arrive pas à obtenir de mes médecins et sur lequel je n’arrive pas à lâcher prise. Un truc tellement anodin.

Je suis malade depuis 9 jours. Un rhume banal d’automne, une crève sans fièvre donc sans gravité, un vague mauvais moment rapidement passé. En théorie.
Pour l’instant, sans être gravement malade, c’est surtout un rhume qui s’éternise sans que je vois vraiment d’amélioration pour le moment, monter deux étages me demande un effort et que je m’étouffe régulièrement. 9 jours pour un truc aussi banal ça commence à être long.

Je suis sûre que depuis que la Maladie m’oblige à prendre un certain nombre de médicaments, je guéris moins vite des infections et je cicatrise moins vite en cas de blessure. Le moindre rhume devient apocalyptique et interminable, la moindre coupure met des plombes à cicatriser et nécessite une certaine surveillance. Je finis toujours par guérir. Mais le temps que ça prend à chaque fois ….

J’en ai parlé à ma médecin, plusieurs fois. A chaque fois, elle me dit que non, que ça n’a rien à voir. Et ça me crispe. Et je me crispe sur ce point là. Sans bien comprendre pourquoi ça prend autant d’importance pour moi d’obtenir cette reconnaissance finalement somme toute assez anecdotique.
Enfin non, en fait pas si anecdotique : si je guéris moins vite c’est à prendre en compte pour tout, pour moi quand je suis malade, pour le médecin s’il doit m’arrêter, pour la durée du traitement s’il doit y en avoir, pour la fragilité immunitaire que ça semble induire.
Et puis aussi et surtout parce que j’ai besoin que quelqu’un valide ce que je constate. Que ça ne soit pas « juste dans ma tête ». Surtout que là je suis sûre de ce que je constate, contrairement à beaucoup d’autres sujets plus fluctuants concernant la Maladie, la fatigue par exemple. Aussi parce que j’ai l’impression que ma médecin rejette en bloc le sujet, par peur que je décide d’arrêter mes médicaments. Alors qu’il en faudra beaucoup plus pour que j’arrête mes médicaments, beaucoup plus qu’un rhume qui dure 2 fois plus de temps que la normale, beaucoup plus qu’une coupure qu’il faut désinfecter plus longtemps en attendant qu’elle cicatrise. J’ai bien conscience que mes médicaments me sauvent la vie au quotidien (et ce n’est pas une hyperbole, ils me sauvent littéralement la vie), je ne suis pas prête à les arrêter à la légère.

C’est aussi pour ça que je me crispe autant sur ce sujet, ça serait une reconnaissance sans risque, sans enjeu pour ma médecin, mais qui soulagerait quelque chose pour moi.

Petit chat dormant dans des bras

Réhabilitation

Petit chat dormant dans des bras
En miaou

C’est étrange comme l’histoire peut se recomposer depuis un an. Elle ne se réécrit pas, les événements sont toujours les mêmes mais ils s’assemblent différemment. Ils se rééquilibrent même en douceur.

Jusqu’à mes 18-20 ans, j’avais 2 grands mères.
Ma grand mère maternelle, que j’adorais, un vrai soutien, un pilier, un refuge, une valeur sûre pour moi et sa disparition m’a longtemps laissé un manque.
Ma grand mère paternelle, qui s’amusait à me faire pleurer aux repas, qui m’humiliait devant le reste de la famille, qui me disait que je marchais comme un éléphant, qui n’arrêtait pas de me trouver trop proche de mon père (mon faible rempart contre elle) et qui se foutait de ma gueule parce que je ne savais pas repassé à 9 ans. Aka Mémé Bourreau (dont je n’ai pas été la seule victime dans la famille loin s’en faut).

Quand Mémé Bourreau est morte, ma belle-mère m’a dit son étonnement de me voir à son enterrement, « avec tout ce qu’elle m’avait fait ». Et c’est vrai que je n’y suis pas du tout allée pour la pleurer elle. Sur le moment, j’aurais dit que j’y allais pour mon père, parce que mon absence aurait été une blessure trop béante à ajouter à celle de la disparition de sa mère. J’aurais aussi probablement dit que j’y allais pour m’assurer qu’elle était bien morte (de manière assez moche) et enterrée. Je crois maintenant que j’y allais aussi pour moi, pour tourner définitivement cette page. J’avais coupé les ponts depuis longtemps avec mes grands parents paternels, je n’avais plus de contacts avec eux même pas téléphoniques, ils n’existaient plus dans ma vie et je leur niais toute influence. A l’exception d’une seule que je reconnaissais à ma grand mère paternelle depuis longtemps : celle de m’avoir appris – dans la douleur – à me défendre y compris contre les adultes, à dire « non », à penser « va te faire foutre », à m’opposer, à m’imposer, à ne pas la fermer.

Au printemps ça a fait 13 ans que Mémé Bourreau est décédée et pendant des années rien de ce qui précède n’a bougé. Ni un ressentiment persistant et tenace, ni un écartement des souvenirs et de ce qu’ils m’avaient « légué » dans ma construction.
Jusqu’à l’année dernière.
Ça a commencé quand j’ai su que j’allais partir en vacances pas très loin de là où ils sont enterrés et où j’ai passé mes vacances d’enfance. « Pas très loin » d’une centaine de kms, ce qui fait toujours moins que les 750 qui me séparent habituellement de ces lieux. Et que j’ai décidé que j’irai fleurir leur tombe, sans que personne ne m’ait rien demandé. Que j’irai voir leur maison, que j’irai parcourir les rues de la ville. Mon père apprenant où j’allais en vacances m’a demandé d’aller fleurir la tombe mais je l’avais déjà décidé avant. Et c’était bien, et j’étais contente de l’avoir fait.

Et depuis les choses continuent doucement à se remettre à leur juste place. J’ai enfin demandé à mon père la recette de ce plat madeleine de Proust de mon enfance, et c’était Mémé Bourreau qui le réalisait et je m’apprête à le refaire quand il fera un peu plus frais.

J’ai aussi réattribué une place, surprenante (vraiment), à Mémé Bourreau dans la genèse de mon féminisme. J’ai toujours considéré que mon féminisme me venait de ma mère – qui ayant divorcé sans hésiter de mon père quand j’avais 4 ans m’avait prouvé quotidiennement qu’on n’avait pas besoin d’un homme pour s’en sortir et pour monter les meubles – et de ma grand mère maternelle – qui n’avait pas hésité elle à mettre mon grand père devenu alcoolique et violent à la porte avec 2 filles à élever dans les années 70, avait passé son permis et trouvé un travail dans la foulée.
J’ai longtemps pensé que Mémé Bourreau n’avait rien à faire dans cette histoire là (comme dans le reste ^^), au contraire. Qu’elle était l’exemple type de la bourgeoise BCBG ayant contrainte sa fille mineure enceinte à se marier pour éviter le scandale.
Et puis l’autre jour ma mère m’a fait remarquer que si mon père prenait en charge chez lui les repas, les courses et le ménage c’était parce qu’il avait grandi avec ce modèle là. Et ça m’a dessillé un peu les yeux.
Ça m’a rappelé que j’avais grandi avec le modèle d’un couple de grands parents où la femme n’était pas soumise (loin s’en faut), où mon grand père prenait largement sa part des tâches quotidiennes (notamment les repas) et dans lequel ma grand mère avait repris un travail rapidement après la naissance de ses enfants. Ce qui n’était somme toute pas si courant que ça dans les années 70.

Ça n’enlève rien au fait que ma grand mère a obligé sa fille mineure enceinte à se marier pour éviter le scandale, ça n’enlève rien à tous les autres dégâts qu’elle a pu faire, ça dit juste que rien n’est jamais aussi tranché qu’on le voudrait et qu’on peut avoir en soi des influences qu’on n’avait pas vu venir.

Calligraphie

L’écriture me manque.
L’écriture manuscrite me manque.
Pour ce qui est de coucher mes mots j’ai la chance d’avoir ce blog et sinon ça me manquerait aussi.

Ce qui me manque c’est le stylo qui court sur le papier, ce sont les lettres tracées par ma main, c’est le poignet qui s’endolorit d’avoir beaucoup écrit. C’est l’odeur du papier, les lignes tracées sur la page pas vraiment blanche de ce fait, l’encre qui inscrit et le blanc pour corriger la phrase quand la pensée s’est égarée ou que l’accord a été mal effectué.

L’école me manque rien que pour ça. J’ai la nostalgie des kilomètres d’écrits notés, de ma trousse remplie de différents stylos. J’adore les stylos, aujourd’hui encore, je suis sensible à la façon dont ils écrivent, à la joliesse qu’ils donnent ou pas à mon écriture.

J’ai la nostalgie des centaines de pages écrites à ma meilleure amie pendant que j’étais à la fac pour lui raconter au jour le jour ma vie. Du stylo plume et du stylo bille, des feutres fins de couleur.
J’ai la nostalgie aussi des écrits qu’on retrouve un jour par hasard en vidant une armoire ou un grenier.

Comme tout le monde je passe beaucoup de temps sur l’ordinateur. J’écris toujours beaucoup mais c’est par le clavier que je le fais. J’envoie des mails, je rédige des documents, je m’escrime sur Excel pour faire des tableaux, et le poignet est douloureux de manier la souris au lieu du stylo.
Pourtant je ne suis pas très douée pour réfléchir sur informatique, régulièrement il me faut revenir au papier pour organiser mes idées, gribouiller et raturer à la main pour savoir ce que je vais dire et écrire et dans quel ordre.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien je pense si le Bullet Journal – son carnet et cette nécessité d’écriture – me convient autant, si j’y prends autant de plaisir malgré les années qui passent, et que je n’ai jamais pu passer aux méthodes d’organisation numériques sur ordinateur ou smartphone.

Mais le Bullet Journal ne comble pas mon envie d’écrire régulièrement un long texte, même pas une belle phrase en fait.
Du coup je me demande si je ne vais pas essayer de m’écrire régulièrement une lettre.

Lac d'Annecy entouré de montagne

On oublie…

Belle fin de journée

J’ai la chance, la grande chance, d’habiter dans un endroit magnifique.
Et des fois je l’oublie.
En fait, souvent je l’oublie.
Prise par le quotidien, la circulation trop dense, les journées tunnel qui ne laissent pas de répit pour relever la tête et réaliser la chance qu’on a (d’être là, d’être heureuse, d’admirer l’arbre face à ma fenêtre et les oiseaux qui nichent dedans), prise par les désagréments de cette ville touristique, à la croissance de population effrénée, prise par la météo grise et froide.

J’oublie d’admirer les superbes montagnes face à ma fenêtre, j’oublie d’admirer la couleur du lac, j’oublie qu’en 1/4 je peux être en pleine nature, j’oublie qu’en sortant du travail je peux aller le baigner, j’oublie la neige qui fait briller la ville l’hiver.

Et puis il suffit d’une étincelle pour que mes yeux se dessillent et que la magie et la mémoire me reviennent.
Le virage d’une route qui m’offre un panorama superbe sur le lac ou le Mont Blanc, l’éclat d’une forêt rousse au soleil de l’automne, le chant des oiseaux ou la rencontre des marmottes lors d’une balade en montagne, les premières neiges qui viennent illuminer les sommets.


C’est pareil avec les gens qu’on aime.
On oublie la chance qu’on a.
Pris dans le quotidien qu’il faut assumer jour après jour, pris dans les habitudes, pris dans les certitudes.
On oublie les rires, les conversations qui font grandir et réfléchir, la complicité, les découvertes. On oublie tout ce qu’ils apportent à notre vie.

Et des fois on ferait bien de s’en souvenir et de retrouver la magie.

une statue du dieu ganesh

Relativité de la saleté

une statue du dieu ganesh
Mon cher Ganesh <3

L’autre jour dans un musée, alors que j’étais assise sur un banc à contempler une oeuvre, une dame est arrivée pour s’asseoir à côté de moi. Il y avait une petite trace sale sur la place libre, que je n’avais pas vu, comme un truc renversé et essuyé mais qui aurait laissé une trace colorée que personne n’aurait frotté vigoureusement pour la faire disparaître. Elle s’est mise à pester vraiment très fort que quand même il pourrait nettoyer dans ce musée et que le monde partait à sa perte et blablabla.

Intérieurement je n’ai pas pu m’empêcher de rigoler. C’était rien et elle en faisait tout un drame. C’était vraiment rien comme saleté, ça ne collait pas, ça n’allait pas tâcher ses habits. Et puisque justement elle avait des habits, ça n’allait pas la souiller elle, ça n’allait pas passer la barrière de sa peau et déclencher une septicémie. Mais je me suis mordue la joue pour ne rien dire et je me suis souvenue …

Il y a eu un temps où je n’acceptais pas de yaourts périmés depuis ne serait-ce qu’un jour (personne ne parlait alors des DLC qu’on peut allègrement dépasser), où je refusais de manger avec les couverts utilisés par quelqu’un d’autre (de très proche hein), où je n’allais pas dans des toilettes à la turc ni dans des chiottes publiques pas absolument impeccables et quand bien même elles étaient propres je ne posais jamais un bout de peau sur la lunette, où je tombais dans les pommes à l’idée de m’asseoir sur un banc un peu sale/vieux. J’exagère … mais à peine et je pense que vous voyez l’idée. J’avais été élevée dans une conception très occidentale de l’hygiène, et la moindre saleté risquait de déclencher une terrible maladie et de me tuer.

Et puis … je suis allée en Inde.
Je me suis levée dans des chambres dans lesquelles il y avait des cafards (et ça ne paraissait rien parce que de l’autre côté de la porte il y avait des rats du coup les cafards c’était bien), je me suis douchée avec un seau et de l’eau de pluie récupérée sur le toit, j’ai été dans des toilettes qui n’était qu’un trou dans un sol et dans d’autres qui étaient un cloaque à ciel ouvert plutôt que des toilettes, je me suis lavée les dents à l’eau purifiée pour ne pas rester à me vider 3 semaines, j’ai marché dans des rues qui n’avaient probablement jamais vu la propreté, j’ai marché dans des rigoles de saleté drainées par l’eau de la mousson, j’ai dormi dans un lit dans un hôtel Hyatt dont les draps avaient gardé des tâches propres (et je me suis dit qu’il n’y avait qu’en Inde qu’on pouvait voir un truc pareil dans un hôtel de ce standing), j’ai acquis des réflexes dont celui de ne JAMAIS boire de l’eau du robinet dont j’ai mis plusieurs jours à me débarrasser à mon retour, j’ai prié pour que le vendeur à la sauvette ait dit vrai et n’ait pas mis de glaçons dans le jus de fruits, j’ai croisé les doigts pour que les plats, les couverts et les verres des restaurants aient été lavés avec au moins un peu de savon.

Et ce voyage en Inde a beaucoup changé mon rapport à la saleté. Ce fameux lâcher-prise qu’on nous enjoint à atteindre souvent et que je recherche parfois, je l’ai acquis là bas concernant l’hygiène. J’ai appris qu’une tâche de saleté ne pouvait pas nous tuer mais que de l’eau contaminée était fatale, qu’on pouvait faire pipi dans à peu près n’importe quelles conditions sans risque sanitaire mais que se retenir entraînerait à coup sûr une cystite bien plus préoccupante, que la peau était une barrière bien solide tant qu’on n’avait pas la moindre plaie.
Depuis que je suis rentrée je mange des yaourts périmés, je pose mes fesses sur la lunette des toilettes et j’utilise les toilettes à la turc sans rechigner, et parfois je consens à utiliser la fourchette de quelqu’un d’autre pour croquer un truc (mais la cuillère je ne peux pas!), je m’assois sur des endroits un peu crade en me disant que la machine à laver fera le reste et que ça n’est pas si crade.
Et je me marre intérieurement quand j’entends mes collègues dirent qu’elles défont TOUT le lit pour voir l’état de la literie quand elles dorment dans un hôtel (en France), ou qu’elles en s’assoient même pas sur la cuvette des toilettes de l’hôtel, ou qu’elles sont scandalisées parce que potentiellement la femme de ménage a utilisé la même lavette pour nettoyer le lavabo et la lunette des toilettes. L’Inde m’a vraiment beaucoup détendue sur ce sujet.

Mais je suis encore plus chiante sur le lavage des mains et sur la désinfection des plaies.


nb : cette article de Marion Montaigne sur la lunette des toilettes (en vidéo ici) m’a bien aidée à me conforter dans ma détente sur le sujet.

Oscillations

De droite à gauche et de gauche à droite

En ce moment j’oscille beaucoup. Voire j’ai la sensation d’osciller en permanence, sans moment stable.
Entre l’impression que je pète la forme et celle que je vais m’effondrer physiquement.
Entre l’impression de beaucoup trop m’écouter et celle que je devrais le faire beaucoup plus.

Cette période de canicule est comme je le redoutais rude physiquement pour moi. Tension dans les chaussettes (enfin elle baissait déjà dans les 15j avant), tachycardie par moment, sensation d’épuisement, jambes qui flageolent et tête qui tourne.
Ça me fait mal de le dire mais peut-être bien que j’ai rejoint le club des « personnes fragiles ».

Mais pas tout le temps.
Il y a des matins où je vais bien, des moments où un brin de fraîcheur me remet en route, il suffit parfois de quelques minutes allongées pour que cette baisse de tension et la faiblesse qu’elle induit ait disparu.

Du coup je ne dis rien à mon entourage. Ou alors juste que « je vais doucement » en ce moment. Alors qu’en fait il y a des moments où je suis vraiment mal, à deux doigts du malaise ou de l’effondrement; et des moments où je vais vraiment bien. Et pas tellement d’entre-deux.

Je ne dis rien parce que dire c’est reconnaître que … Que physiquement je suis tout sauf un roc, qu’il faut qu’ils fassent attention à moi (avec en plus tout le risque de déception autour de ce sujet).
Je ne dis rien parce qu’eux vont dire quoi ? De m’arrêter ? Je travaille dans un lieu climatisé, c’est encore là que je suis le mieux, si je pouvais j’y dormirai mais y être implique, oui, de travailler.
Je ne dis rien parce que … qu’est-ce que ça va changer de le dire justement ? Rien.

Alors autant se taire, courber le dos en silence quand je suis au bord de l’effondrement, en attendant que ça passe.

Rétrospective photo

Vivre là-bas tout l’été

J’aime bien me replonger dans mes photos. Surtout – on ne va pas se mentir – dans celles de mon smartphone ou d’Instagram, accessibles à tout moment et parfois plus représentatives de « moments de vie » que celles faites avec mon APN.
Régulièrement je me fais un petit trip photos des derniers mois/années.

Là je suis tombée sur les photos prises par et avec mon petit frère quand il est venu en février. J’aime tellement revoir ces photos de lui, de nous, de notre complicité. J’aime garder la trace de sa silhouette dégingandée de ces 17 ans. J’aurais plaisir à la regarder plus tard et à me remémorer ces jours et nos rires.
Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir plus de photo de lui, de son enfance, des changements qu’il a connu au fil des années. J’en ai fait – j’ai le souvenir d’une photo de lui et de sa bouille de coquin quand il avait 6-7 ans – mais les tirages photos se sont perdus et même si c’est flippant de voir Google être capable de savoir où j’ai pris un certain nombre de photos sans que celles-ci aient été géolocalisées (je supprime toujours la géolocalisation de mes photos) c’est quand même bien pratique aussi cette mémoire numérique qu’il stocke et garde.

Je prends très peu de selfies (et j’en conserve encore moins), je me moque de me voir moi mais j’aime garder la trace des autres et documenter les moments passés ensemble. Souvent je me dis après que j’aurais dû prendre plus de photos … ou moins en supprimer après parce que je trie très souvent et parfois trop sévèrement.
En plus j’ai mis longtemps à prendre ces photos là. Longtemps j’ai préféré les photos sans personne dessus, celles grandioses de paysages ou de villes mythiques – de celles qu’on peut mettre sur Instagram en s’attirant des « wahou » – sans que mes proches apparaissent dessus. Je préférais prendre des portraits volés d’eux mais je n’y pensais pas forcément ou alors je n’étais pas contente du résultat. Je n’aime toujours pas trop les photos posées mais désormais je m’oblige à en faire. Pour garder une trace d’eux, de ce moment vécu ensemble, parce que finalement avec le recul ce sont ces photos là qui comptent le plus au fur et à mesure que les années passent.

Je ne suis absolument pas nostalgique du temps qui passe, j’aime chaque nouvelle journée et les possibles dont elle est la promesse, j’aimais prendre soin de mon petit frère quand il était enfant mais je ne troquerais pour rien au monde notre complicité maintenant qu’il devient adulte. Mais je suis de plus en plus nostalgique que ce temps passé le soit sans avoir laissé de traces, sans souvenirs à regarder, sans photos à comparer, sans rappels à la mémoire.

Alors je commence à documenter le présent pour le futur et pour que les moments passés et les choses faites ensembles ne sombrent pas dans l’oubli.

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