// archives

Cogito

This category contains 255 posts

Perdue avec moi-même

Non ce n’est pas une nouvelle méthode de mesure du tour de cuisse, c’était juste pour montrer mon vernis assorti à mon pantalon

 

J’ai perdu une taille de pantalon.

C’est logique, la concrétisation de ce poids perdu et qui continue à l’être, pourtant je continue à ne pas y croire et à avoir besoin de le dire pour – tenter – de rendre ça concret. Pourtant je ne l’ai pas vu venir. Pas vraiment.

Ça faisait quelques semaines que je me disais que bientôt je pourrais rentrer dans la taille du dessous, les soldes ont été l’occasion d’envisager sérieusement l’achat d’un pantalon à un prix très intéressant dans cette taille, mais que je ne pouvais pas essayer auparavant. Finalement à trop hésiter, celui-là m’aura échappé. Mais une séance d’essayage ultérieure l’aura montré, j’aurais pu l’acheter.

 

Ça devrait me réjouir non ? C’est l’attitude attendue par le reste de la société.

Ce sont des félicitations qu’on m’a adressé quand j’en ai parlé alors que je n’avais rien demandé (comme quand les gens remarquent que j’ai perdu du poids). 

En vérité non. Si j’en parle, si j’en ai parlé c’est parce que je suis perturbée par ce changement de taille. Complètement paumée en vérité. Comme si en perdant une taille de vêtements je n’étais plus vraiment moi. 

Ce n’est pas une question d’image dans la glace, pas une question de chiffre sur la balance ou sur l’étiquette. C’est une question de repère, de ceux qu’on intègre et sur lesquels on se construit.

Il va me falloir un peu de temps pour intégrer ce changement, pour ne plus systématiquement me diriger vers la taille du dessus. Il va me falloir d’autant plus de temps que je perds du poids de partout sauf de la poitrine (je sais, certaines vont être jalouses mais moi j’aurais bien aimé perdre un peu de là) et que si la taille du bas a changé, celle du haut non.

 

Tout ceci m’a fait penser aux personnes qui subissent une chirurgie bariatrique ou une chirurgie esthétique et qui perdent leurs repères en un passage sur le table d’opération. La violence que ça peut être, que ça doit être, même quand on l’a désiré, alors que personnellement il ne s’agit que d’une taille de vêtement …

J’accepte …

Let the sunshine!

 

Il y a quelques temps il m’a dit « tu es comme Don Quichotte, tu préfères te battre contre des moulins à vent que t’adapter au monde qui change ».

J’ai trouvé ça un peu rude.

Je ne suis effectivement pas réputée pour ma souplesse (mentale) (enfin la physique aussi), je déteste les changements de plan de dernière minute, les invitations au débotté, j’aime avoir le temps de planifier, d’anticiper, de me préparer, de me retourner.

Mais s’il me faut du temps pour m’adapter, le fait est que je m’adapte au final. Je suis plus tortue que lièvre. Voire même plus glacier et montagne que caméléon et girouette.

Et je trouve ça vraiment injuste surtout comme remarque avec tout ce que j’ai fait depuis 10 mois.

 

 

Avant hier elle m’a dit « il faut accepter Shaya, ac-cep-ter !!! Il n’y a comme barrières que celles que l’on se met à soi-même. »

Je n’ai rien dit sur le moment, trop assommée. Mais avec le recul cette remarque me met en colère même si je suis en partie d’accord avec ça.

Je ne l’ai pas compris sur le moment mais « l’acceptation » aura sans doute été le mot de mon année 2017. Et très probablement celui de mon année 2018.

Oh oui il faut ACCEPTER ! Je suis au courant merci bien ! Sauf que entre la théorie, que je connais parfaitement, et la pratique il y a ……… un monde,au moins. Et que ce n’est pas parce qu’on me somme d’accepter ce qui m’arrive que miracle des miracles, tadam !, je vais réussir à le faire. 

Par ailleurs, je ne suis pas tout à fait d’accord avec le fait qu’il n’y ait comme barrières que « celles que l’on se met à soi-même ». Evidemment que nous sommes nos propres ennemis mais la vie aussi te met des bonnes grosses barrières dans la gueule parfois, du modèle mur de Berlin, et que si on peut leur grimper dessus pour les dépasser faut arrêter de faire comme si tout le monde en avait forcément les ressources (morales, physiques, financières, familiales, amicales).

Or donc il me faut accepter. Là ! Tout de suite ! Maintenant ! Immédiatement !

L’injonction de le faire est là, la mise en demeure immédiate. Personne pour me dire « tu vas finir par l’accepter mais ça prend un peu de temps c’est normal », aucun délai, aucun temps accordé. Pourtant je suis persuadée que tout ce dont j’ai besoin c’est … de temps. Mais je saoule avec mes demandes de temps, avec mon besoin de temps. Il est vrai que ce n’est pas tellement à la mode dans notre société, le temps long laissé aux choses pour qu’elles se fassent. 

 

 

Et puis … et puis j’aimerais qu’on cesse de m’enjoindre à accepter ce sur quoi je fais encore un blocage en faisant fi de toutes les autres choses que je dois accepter dans le même temps, que ce n’est pas négligeable du tout en quantité, et que je ne peux pas tout gérer en même temps (ou alors mon cerveau va exploser). Ça ne me parait pas démentiel de ne pas avoir encore fait tout le travail en 10 mois.

 

Where I stand

Ici, là et maintenant

 

C’est la conclusion un peu … inattendue … de cette fin d’année, comme un pied de nez pour ces 10 mois sur 12 par ailleurs plutôt difficiles, néanmoins c’est la certitude qui m’emplie désormais depuis plusieurs jours, voire même semaines …

Si cette année était à refaire est-ce que je la referais pareil ?

Non évidemment ! Ça me fait toujours marrer les gens qui disent que « oui j’en ai chié des ronds de chapeaux mais si c’était à refaire je referais tout pareil », soit ils n’en ont pas tant chié que ça, soit le temps a vraiiiiment fait son oeuvre.

 

Moi si je devais refaire cette année je m’épargnerais les mauvaises nouvelles de santé et la corvée des traitements contraignants à mettre en place (ça semble se calmer un peu en cette fin d’année) (enfin non on va dire que moi je m’habitue, c’est la grande force de l’être humain que d’être capable de s’adapter, ça prend un peu de temps pour le coup mais ça se fait) évidemment, et surtout – SURTOUT – les bons gros 3 mois de stress très intense entre septembre et novembre.

Mais si je m’éviterais 2-3 gros chausse-trappes, je ne voudrais surtout rien changer du cheminement et je ne voudrais pour rien au monde à cette heure-ci être ailleurs qu’ici, avec les gens que j’ai choisi pour m’entourer, avec les choix de vie que j’ai fait quelqu’ils puissent être difficiles à assumer parfois.

 

Voilà c’est ça ma conscience aigüe de cette fin d’année : que je suis exactement où je dois être, à ma place, entourée des gens qui doivent m’entourer, que je ne voudrais pour rien au monde être 1cm plus à droit ou 1cm plus à gauche et que surtout je ne voudrais pour rien au monde avoir d’autres personnes autour de moi que ceux que j’ai déjà.

Merci à eux, c’est grâce à eux essentiellement que je sais que je suis là où je dois être.

Délayage

Boooring

 

 

Professionnellement, il m’arrive régulièrement d’assister à des congrès ou des journées d’informations, il m’arrive même parfois d’y faire moi-même une intervention.

Le format est toujours le même : un temps précis déterminé par les organisateurs pour faire une présentation sur un sujet communiqué à l’avance aux organisateurs.

Typiquement 20 ou 30 de minutes de présentation suivie de 10 minutes de questions par le public.

C’est assez clair non ?

 

Pourtant systématiquement, il y a des gens qui dépassent ce cadre fixé et en général pas à moitié. L’apothéose a été la dernière fois que j’ai assisté à ce type d’événements avec à midi 1h de retard déjà pris et des gens absolument pas gênés de faire des communications de 40-45 mn …

ET JE NE COMPRENDRAI JAMAIS CES GENS BON SANG !!!!!!!!!!!!!

Est-ce un manque total de considération envers les autres participants (intervenants et public) ? Est-ce une incapacité absolue à faire un choix dans ce qu’ils ont envie de dire sur ce sujet ? Voire une inaptitude totale à la concision et au fait d’aller à l’essentiel ? Est-ce une inaptitude à évaluer correctement la durée de son intervention (et à lire son chronomètre/sa montre si on prend la peine de s’entraîner avant en cas de doute) ?

Je ne sais pas, j’ai beau réfléchir, je ne me l’explique vraiment pas.

Moi quand je fais une communication, je respecte le temps de parole qui m’est attribué, je m’en fais même un devoir, question de respect. Ça m’oblige parfois à tailler dans le vif et à passer rapidement sur certaines informations que j’aimerais développer mais j’y arrive, ils devraient bien le pouvoir aussi non ?

 

L’autre jour, alors que je m’ennuyais à mourir (et le mot est faible) en écoutant une présentation interminable sur le nouveau site web d’une institution, ça m’a rappelé ma scolarité.

Toute ma scolarité, j’ai angoissée à la fin de chaque contrôle / DS / partiel parce que mes camarades rendaient le double voire le triple de copie que moi à la fin de l’épreuve. Toute ma scolarité, je me disais sur le moment que je n’avais pas écrit assez, que j’allais avoir une mauvaise note, que le prof allait me reprocher d’avoir été trop au but sans développer ni rabâcher mon propos. Il m’aura fallu être à l’université pour comprendre que non en fait pas du tout, la preuve en était mes notes excellentes tout le long de ma scolarité. J’étais sanctionnée quand j’oubliais une information qu’on pensait que je devais fournir en réponse mais on n’a jamais attendu – ni même voulu – de moi que j’écrive sur 5 pages ce qui pouvait tenir sur une. Et ça m’a toujours très bien été.

 

Je ne peux pas m’empêcher de voir une certaine similitude entre les deux. Que si ces personnes avaient appris plus jeune à faire concis, à s’arrêter à l’essentiel, alors à l’âge adulte ils sauraient le faire. Que si on sanctionnait plus strictement le délayage à l’écrit ou à l’oral … je m’énerverais moins lors de ces moments professionnels. Et par pitié, ne faites pas ça vous aussi !

Pour la science !

Des fois j’ai envie de foutre le feu

 

C’était à la fin de l’été, un peu avant mes vacances.

Par hasard, grâce à internet, je suis tombée sur cette information : l’AP-HP lançait une étude en ligne sur les maladies chroniques, l’étude ComPaRe.

Comme j’ai eu l’immense chance de rejoindre la communauté des malades chroniques je me suis dit que j’allais voir de quoi il retournait. Après tout je participe à l’étude Nutrinet-santé depuis des années, et j’aime assez ce format d’étude numérique par questionnaires. (Ça a ses défauts hein, on pourrait en parler mais là j’ai la flemme)

 

J’ai pris le temps de regarder en détails les informations disponibles sur le site (notamment concernant les données recueillies), j’ai réfléchi et j’ai décidé de participer (en pensant qu’il ne me prendrait pas vu que c’est une maladie rare) (mais en fait si, ils avaient aussi prévu la mienne). Pour cela comme pour toute étude, j’ai donné mon consentement après avoir lu attentivement la notice d’information et comme pour toute étude, je peux le retirer quand je veux.

J’ai commencé à remplir les questionnaires d’inclusion et là j’ai pris une énorme claque dans la figure qui m’a mis les larmes aux yeux. Parce qu’on me demandait qu’est-ce que c’est ma vie quotidienne avec la maladie, qu’est-ce qui est plutôt une aide ou une contrainte dans ma vie avec la maladie (ma famille, mon entourage, mon travail etc…), quels sont les symptômes les plus gênants et qu’est-ce qu’ils m’ont empêché de faire, à quel point mon traitement médicamenteux est un fardeau et en quoi, idem pour le suivi nécessaire (les examens, les visites chez les médecins) mais aussi les contraintes alimentaires, financières, etc …

Personne ne m’avait jamais posé la question, pas même mes médecins – et pourtant je les apprécie beaucoup et j’ai vraiment confiance en eux mais ils ne se soucient jamais de l’impact sur ma vie quotidienne, probablement parce qu’ils ne pourraient rien y faire – pas même moi honnêtement, je ne m’étais jamais posée la question … et ça a été surprenant. Et violent.

 

Parce que l’impact est réel, même si je n’en ai pas forcément conscience.

Parce que l’impact est réel, même si mon entourage s’en fout, voire me renvoie à la figure à quel point ces contraintes, vraiment, ça l’emmerde.

Une des choses qui me pèse le plus ce sont les contraintes alimentaires puisque j’ai plein d’aliments pas-interdits-mais-faut-pas-trop-trop-trop-en-manger (et le double discours puisqu’un autre médecin me dit qu’il faut que j’en mange beaucoup pour maigrir) parce que sinon l’anticoagulant il n’y en a plus assez et que la prise de sang suivante est mauvaise et que du coup faut qu’on change le dosage du médicament et que je refasse une prise de sang 3j après jusqu’à ce que la prise de sang soit de nouveau bonne.

Ces prises de sang incessantes je ne les supporte plus, je n’ai pas peur des piqûres ce n’est pas la question, mais ça me donne envie d’hurler de perdre mon temps au labo et de me faire bousiller les veines du bras tous les 3j jusqu’à ce que les résultats soient de nouveau ok. Alors je fais attention à ce que je mange, et quand je dois manger 2 fois dans la même journée des aliments pas-interdits-mais-faut-pas-trop-trop-trop-en manger, comme la salade et les haricots verts, ça m’inquiète un peu.

L’autre jour j’ai eu le tort de le dire, que bon j’étais pas super ravie d’avoir dû manger de la salade ET des haricots verts dans la même journée, aliments imposés en prime puisque je n’avais pas choisi les menus ce jour-là, et tout ce qu’on m’a répondu c’est « Oh ça va hein, pour 4 haricots verts! » (sous-texte : « tu vas pas faire chier »). Ben … si ? C’est facile je trouve de me répondre ça quand on n’est pas la personne qui va en subir les conséquences, quand on n’est pas la personne qui va se taper des prises de sang tous les 3j jusqu’à ce que ce soit ok, quand on n’est pas la personnes qui va se faire engueuler par son médecin parce que l’anticoagulant est trop bas.

 

Donc oui l’impact est réel. Pour mon entourage aussi visiblement. Et ça ne le rend pas très aidant.

Mais pour moi que quelqu’un se soucie de cet impact, même si c’est juste dans une étude, ça a été une vraie libération.

Désamour de soi

Red shoes on the bed

J’ai toujours eu un rapport à mon poids assez … assez …. assez quoi d’ailleurs ? Distant ? Apaisé ? Un mélange de déni et d’assumage tranquille (ça ne se dit pas ? Je m’en fous, je le dis).

Ça vient de plusieurs choses, de Mémé Bourreau qui me traitait d’éléphant alors que je n’avais même pas 10 ans (et que je n’étais même pas grosse comme me l’a révélé des photos revues des années après), de savoir parfaitement depuis des années que mon IMC dépasse le seuil théorique idéal pour me coller dans la catégorie surpoids, de ces pantalons qu’il faut acheter en 42 sinon je ne rentre pas dedans, de ce refus de faire le moindre régime après en avoir fait 2 il y a longtemps qui se sont soldés par une reprise de poids supérieur à celui perdu et de ne pas vouloir me bousiller un peu plus la santé, de la conscience aiguë à la fois de ne pas correspondre aux canons de beauté en vigueur ET que je ne serais pas plus aimée si je faisais du 36, de ces hommes qui ont su et qui savent encore dire le désir que je leur inspire, de mon plaisir à cuisiner et à manger que j’avais peur d’abîmer.

Bref sans raffoler de ces kilos en trop, j’étais relativement sereine par rapport à mon poids.

 

Et puis j’ai reçu cette injonction de ma médecin (pardon je devrais dire « d’une de mes médecins » tant il y en a désormais qui se penchent sur mon cas) (aparté : ça fait 6 mois que j’ai franchi le Rubicon et je ne l’ai toujours pas accepté et digéré on dirait) de perdre du poids.

Pas pour des raisons esthétiques, même pas tellement que je sois trop grosse en général, mais parce que à cause d’une des deux maladies qui me touchent mon organisme stocke du gras en excès là où il ne faut pas et que si je ne m’en débarrasse pas c’est le diabète qui s’invitera dans la danse à terme.

J’ai parfaitement conscience des tenants et des aboutissants de cette décision, je suis pleinement volontaire pour tout faire pour éviter que le diabète ne se rajoute à tout le reste et la façon dont elle m’a demandé de perdre du poids était pleine de bienveillance et de délicatesse « votre poids je m’en fiche en fait, il n’est pas excessif, mais vous devez perdre cette graisse là et il n’y a qu’une perte de poids général qui le permettra » … pourtant ça bouleverse beaucoup ce rapport à mon corps déjà bien malmené par l’autre maladie.

 

J’ai beau avoir adhéré à cette décision et en être complètement et consciemment actrice – puisque si je ne voulais pas perdre de poids personne ne pourrait m’y obliger – la seule chose qui semble s’être inscrite en moi c’est une version tronquée et déformée de nos échanges : « tu es trop grosse Shaya. Tu es un putain de boudin moche et répugnant ».

Désamour de soi. Alors qu’il n’a jamais été que question de ma santé, c’est tout le reste qui se retrouve remis au premier plan.

 

Et ça se retrouve vicieusement dans tout ce qui a trait à mon apparence.

Confrontée à des photos sur lesquelles j’ai les cheveux plus longs qu’actuellement, la première (et seule en fait) chose que j’ai pensé c’est « tu as vraiment une gueule d’épagneul » (= qu’est-ce que tu es moche). Très agréable envers moi-même …

 

Malmenée par son fonctionnement interne qui hoquette, malmenée sur son aspect physique, il me faut réapprendre à aimer ce corps. Et en vérité je ne sais pas bien comment.

Se taire pour se protéger

Les vacances dont je n’ai pas parlé

 

J’étais au téléphone avec mon père et nous parlions de la rentrée de mon petit frère et de ma petite sœur.

Ou plutôt j’essayais puisque mon père ne me donnait que des réponses très vagues concernant ma petite sœur. J’ai fini par comprendre que l’emploi du temps de ma petite sœur n’était peut-être pas aussi confus que mon père le disait mais qu’il ne pouvait pas me répondre parce que ma petite sœur ne lui avait rien dit.

J’ai pesté intérieurement, mais bon sang comment pouvait-elle faire se comporter ainsi avec eux, à ne rien leur dire alors que quand même elle vit chez eux !

C’est là que ça m’a explosé à la figure.

 

Depuis longtemps, j’ai des relations complexes (compliquées ?) avec ma famille … (sauf ma mère et mon petit frère).  Cet été en a encore été un exemple des plus frappants.

Il y a de l’amour entre nous c’est certain mais aussi un passif (copieux), des tensions, des rancœurs, de l’incompréhension mutuelle. Les voir est toujours source de tension pour moi, nous n’avons pas les mêmes centres d’intérêt, pas la même façon de penser, je déteste leurs opinions à l’emporte-pièce, sans nuances ni subtilités etc etc … Si bien que mes visites se doivent d’être peu fréquentes et courtes pour que ça ne dégénère pas.

Et qu’au fil des ans j’ai mis en place un certain nombre de stratégies pour me protéger.

Dont le silence. Je tais énormément de choses. C’est à peine s’ils savent où je travaille et ce que je fais, ils ne connaissent pas mes amis, ils ne savent pas de quoi ma vie est remplie. Je leur ai même tu que j’étais partie 15j en vacances de l’autre côté de la France …

 

Et c’est exactement ce que ma petite sœur fait à sa façon. Elle se protège, elle leur tait le plus d’éléments possibles de sa vie. Peut-être avec un peu moins de subtilité que moi – encore que je ne suis pas sûre qu’ils soient si dupes que ça me concernant et je n’habite pas avec eux – mais elle fait exactement comme moi et je m’apprêtais à lui en faire le reproche alors que je suis vraiment mal placée pour ça et surtout que je ne suis absolument pas étonnée en y réfléchissant.

Bon sang, je n’ai prévenu mon père de mon départ en Inde que deux jours avant pour m’épargner l’incompréhension, l’inquiétude, les réflexions stupides !

Ce qui est … inquiétant … c’est que mon petit frère aussi applique cette stratégie. De manière beaucoup plus subtile que ma petite sœur par contre puisque si ma petite sœur bloque tout, mon petit frère, lui, semble donner mais ce ne sont que des miettes quand on y regarde bien.

Et ma grande sœur aussi a fait ça, jusqu’à ce qu’être en couple depuis longtemps semble l’émanciper.

 

Je trouve ça assez angoissant sur notre mode de fonctionnement familial … 

Déni d’attentat

[En ce moment, mon cerveau reprend. Il reprend des choses, déjà dites, déjà écrites pour mieux les compléter. C’est le cas de ce billet qui est le prolongement – ou plutôt l’aboutissement ? – de celui-là, écrit il y a plus d’un an désormais, que je vous conseille donc de lire aussi / avant / après]

Et silence

« On va éviter d’allumer la télé et de regarder les infos » ai-je dit ce 17 août, « il y a eu un attentat à Barcelone, on va s’épargner ça ».

Je me rends compte que c’est ma stratégie désormais. Pour St Etienne du Rouvray, pour l’Allemagne, pour la Suède, pour la Belgique, pour Londres et Manchester, et donc désormais pour Barcelone. En général informée par Twitter de ce qui vient de se passer, je coupe celui-ci, je m’assure que les gens que j’aime qui pourrait être dans le coin vont bien et je « passe à autre chose ». J’essaye de surtout ne voir aucune image à la tv, je n’allume la radio qu’avec parcimonie, je lis un peu la presse écrite pour avoir les faits et rien que les faits. Pas de témoignages larmoyants de gens ayant assistés à tout, pas de vidéos faites sur le moment qui montrent la panique, la peur, les blessés et les morts et me brisent le cœur, pas de rabâchage vide pendant des heures de ce qu’on sait à l’heure actuelle (=rien).

C’est mieux pour moi, à court et à long terme.

J’ai compris ça avec l’attentat de Nice dont j’avais été complètement préservée pour cause de week-end isolé. Cette attaque – et les suivantes – se sont inscrites dans ma mémoire, j’en connais les faits, le déroulé, le lieu, le nombre de blessés et de morts comme tout le monde. Mais elle ne s’est pas inscrite en moi de manière émotionnelle voire traumatique. Quand j’y pense, ça ne réactive pas en moi des émotions négatives, il ne reste que les faits, solidement inscrits dans ma mémoire, je ne ressens pas la peur ou la panique comme quand je repense à Charlie Hebdo ou au soir du 13 novembre alors que ces deux attentats sont nettement plus anciens …

Plus j’y réfléchis et plus je suis persuadée – peut-être à tort, après tout, ça ne repose sur rien d’autre que mon expérience – que ces émissions spéciales qui ressassent encore et encore les images, les témoignages etc activent les mêmes processus cérébraux – dans une moindre mesure évidemment – que ceux qui conduisent aux stress post-traumatiques des personnes témoins ou victimes directs des événements. Du coup j’en veux de plus en plus aux médias, surtout télé, de jouer ce jeu au mieux malsain au pire sordide de cette emprise émotionnelle. Parce que quand vous prenez un peu de recul, tous ces témoignages, tous ces gens qui pleurent en racontant leur histoire, ce n’est pas de l’information, ce ne sont pas des faits, c’est juste une façon de jouer sur votre voyeurisme et/ou de vous laisser vous identifier aux victimes et ça vous rend … captifs.

Interroger l’évidence [modifié]

Tadam !

 

Pendant son séjour, à un moment, mon petit frère a mis sur le tapis LE sujet qui agite ma famille depuis des mois voire des années : « Tu crois que Grande Soeur et Beau-frère auront un enfant un jour ? ».

Aussi insupportable qu’elle soit, je ne peux pas lui en vouloir de poser la question, ses parents sont en boucle sur le sujet depuis au moins 2 ans et c’est régulièrement à moi qu’on la pose étant donné ma proximité évidente avec ma grande sœur. J’aime autant qu’on la pose à moi qu’à eux, dernier lambeau de dignité dans cette conversation souterraine qui les agite, même si ça m’oblige à prendre sur moi pour ne pas me mettre à leur hurler rageusement dessus.

Au delà de ma réponse factuelle « oui/non/allez vous faire foutre » j’ai essayé d’amener mon petit frère à questionner cette évidence qu’un couple installé depuis un certain temps, voire marié en ce qui les concerne, DEVAIT/ALLAIT avoir un enfant. Qu’il n’y avait pas forcément pour les membres du couple d’évidence là dedans, que parfois elle ne l’était que par « logique des choses » sociale et familiale (et que parfois il y avait évidence claire nette et précise depuis le départ). Qu’on pouvait peut-être écouter cette absence d’évidence, voire ces choix profondément réfléchis par conviction écologique ou responsable ou autre sur une planète déjà surchargée et en cours d’asphyxie, qu’une vie sans enfant n’était pas forcément inaboutie ou triste comme il me l’a dit. Qu’il faudrait peut-être plus souvent que les gens interrogent cette évidence dans leur propre cheminement de parents.

Ça a été une conversation rude pour lui je crois, je ne peux pas lui jeter la pierre, c’est une conversation rude pour les adultes aussi de ce que j’en ai constaté.

 

Quelques jours plus tard, je n’ai pu m’empêcher de « rire » puisque c’était pile le jour du dépassement où nous aurions consommé toutes les ressources disponibles de la planète, j’ai eu une conversation avec Dr Chouchou qui sortait d’une semaine avec ses neveux et qui m’a confié du bout des lèvres que ni lui ni sa compagne ne se sentaient d’avoir d’enfant. Jamais. Il s’attendait de ma part au laïus habituel sur le fait qu’on n’était jamais prêt à avoir des enfants et qu’il fallait juste se lancer, sur le bonheur ineffable, merveilleux et sans cesse renouvelé d’avoir des enfants, etc etc etc … A la place je lui ai juste répondu qu’ils n’auraient pas d’enfants et qu’ils feraient autre chose dans leur vie et que ça serait bien aussi.

J’ai senti un immense soulagement de sa part d’éviter au laïus habituel que tout le monde doit leur servir dès qu’ils abordent le sujet.

 

Moi la première je n’aurais sans doute jamais interrogé cette évidence solidement ancrée dans nos vies et nos sociétés si je n’y avais pas été obligée …

 

En ce moment je me bats contre mes médecins.

Enfin non, c’est faux, je me battrais avec eux si j’étais dans l’opposition frontale, si je répondais par la colère, si je haussais le ton. A la place, je suis dans l’opposition tranquille, ce côté « parle à mon cul ma tête est malade » si agaçant.

Il n’empêche, mes médecins sont obsédés par « ma fertilité » ou plutôt par le fait de la préserver le plus possible, comme si elle n’était pas déjà franchement catastrophique. Alors que moi je m’en fous, mais alors d’une force … Je le leur ai dit d’ailleurs, j’ai argumenté : j’ai expliqué l’absence de projet d’enfant, le deuil d’en avoir un jour, le refus d’affronter un jour une grossesse tellement risquée qu’elle m’empêcherait de respirer pendant des mois. Elles n’ont rien voulu entendre alors maintenant c’est moi qui n’écoute plus, ça me parait un juste retour des choses.

Moi j’aimerais vraiment mieux que mes médecins soient obsédés par ma fatigue, mes prises de sang ……. atypiques dirons nous pudiquement, mes migraines, ma tachycardie, la tête qui me tourne trop souvent, cet isulinorésistance secondaire qui s’installe silencieusement … Ça me parait beaucoup beaucoup beaucoup plus important que ma … « fertilité ».

Je me disais pendant un temps que mes médecins étaient obsédés par ma fertilité parce que ce sont des femmes. Qu’elles ont elles-mêmes enfanté et qu’elles projettent sur moi quelque chose de leur histoire. Mais finalement, je ne suis pas sûre que ça ne soit que ça.

Pendant un temps, un ami – un des rares au courant – n’arrêtait pas de remettre le sujet sur le tapis : « Mais tu feras des FIV, des PMA, des GPA » « Mais pourquoi tu ne commences pas à préparer un dossier d’adoption » « J’ai une amie qui ne voulait pas d’enfant, à 40 ans, elle s’est soudain réveillée et elle s’en est mordue les doigts ». Je refuse. Je refuse de rentrer dans un système qui me rendrait complètement dingue, un système fait de souffrance et de déception, je refuse de me faire des piquouzes d’hormones tous les jours, je refuse de prendre ma température tous les jours pour me forcer à baiser LE bon jour et surtout pas le reste du temps, je refuse de rester les jambes bien en l’air après, je refuse d’hurler le cœur déchiré chaque fois que le test de grossesse sera négatif, je refuse d’entamer des démarches d’adoption fastidieuses qui me feront espérer un jour – dans quelques années – d’aller à l’étranger chercher un enfant … peut-être, si on m’en juge digne.

 

Je refuse de me plier à tout ça alors que tout le monde me pousse dans cette voie juste parce que c’est ce que je suis censée faire en temps que femme.

Mais je ne suis pas sûre que le reste du monde ait bien envie de l’entendre.

L’hésitation

Il y a une méga private joke dans cette photo

 

C’est une question rituelle. Systématique. Une de celles – nombreuses – que je pose à tous mes patients la première fois où je les vois lors d’un véritable interrogatoire : « vous vivez seul ou en couple? ».

La réponse est importante pour moi, pour bien saisir le contexte de vie de mes patients, pour savoir sur quoi m’appuyer si besoin (ou pas). Mais pas plus que quand je leur demande s’ils vivent en maison ou en appartement, s’ils ont des étages à monter ou pas. Pas moins non plus. Aucun jugement de ma part, c’est une information purement factuelle dont j’ai besoin pour m’occuper d’eux au mieux.

En général j’obtiens une réponse de même nature, purement factuelle, que les gens me délivrent très naturellement qu’ils soient célibataire ou pas. Ça s’inscrit dans la continuité de mes questions sur la variation éventuelle de leur poids et avant celles sur leur activité professionnelle avant la maladie.

Je suis une professionnelle au service de leur santé, tout ça est parfaitement neutre.

 

Pourtant dans de très rares cas, il y a une latence supplémentaire avant que j’ai ma réponse à cette question. Quelque chose d’infime, d’impalpable mais qui se joue uniquement sur cette question là alors que j’en pose au moins cinquante autres. Un battement de cœur supplémentaire, une fraction de seconde qui donne le temps de m’évaluer, un regard sur moi miroir de ce cerveau qui réfléchit à toute allure avant de faire un choix.

J’ai (enfin) fini par mettre le doigt sur ce qui lie tous ces cas et ce que signe cette fraction de seconde.

A chaque fois que j’ai observé ce phénomène, quand la personne me répond elle m’informe qu’elle vit en couple …. avec quelqu’un du même sexe.

Information parfaitement neutre pour moi que je traite comme le fait que la personne soit fumeuse ou pas. Je ne le note même pas dans le dossier me contentant d’un « en couple » comme pour tout le monde (sauf les célibataires :p). Je me contente juste de le noter dans un coin de ma tête pour ne pas faire preuve d’indélicatesse en demandant « comment madame va ? » alors qu’il me faudrait demander « comment monsieur va ? ».

 

Mais surtout – et ça me sert le cœur depuis que je l’ai compris – je sais désormais ce que cette fraction de silence supplémentaire dit, ce que ce regard appuyé sur moi, ce que ce cerveau qui tourne soudain à pleine allure signifie : c’est la décision de la prise de risque. Le moment où cette personne qui ne me connait pas encore puisqu’elle me voit pour la première fois se demande si elle peut me dire la vérité ou si elle s’expose à des regards écœurés et/ou des paroles puantes.

J’aimerais tellement les rassurer mais tout se joue trop vite pour que je le puisse. Néanmoins quelque chose chez moi doit les rassurer assez pour qu’ils osent prendre ce risque puisqu’ils m’ont toujours répondu la vérité.

J’aimerais dire aussi que je ne traite pas ces personnes différemment de mes autres patients, mais ça serait mentir. Il  y a une différence (et une seule) : quand je dois évoquer leur conjoint devant quelqu’un d’autre, je le fais toujours en utilisant des termes très vagues et neutres pour ne pas les mettre en difficulté.

 

L’actualité nous rappelle tristement pourquoi me dire la vérité semble être un tel saut dans l’inconnu pour eux …

Shaya ailleurs …

~ Tumblr : Books and Boobs

~ Tumblr : Point Vernis

L'instagram de Shaya

Previously

novembre 2018
L M M J V S D
« Oct    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930