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Barcarolle

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Elle flambe

#Cliché

 

Je suis en train de composer son numéro mais j’ai pas envie d’appeler Béatrice.

 

Au fond de moi il y a une petite voix qui me hurle de me passer de ce coup de fil, qu’elle ne m’en voudra pas, que je peux faire l’impasse et que ça ne sera pas grave. Une petite voix égoïste. Parce que je sais que l’état de santé de Béatrice se dégrade, j’ai toujours su que ça arriverait depuis que je l’ai rencontré, elle et son cancer du pancréas-que-c’est-tout-pourri. Et je n’ai pas envie d’entendre qu’elle a des métastases qui ont essaimé un peu partout et qu’elle a de grosses douleurs. Dans le jargon, on dit qu’elle flambe. J’aime pas cette expression, j’imagine mes patients qui prennent feu et j’aime pas. Je crois que ça vient du fait que sur les images des scanners et des IRM on se met à voir plein de tâches rouges qui brillent partout et qu’elles grossissent vite, les métastases. En fait c’est pas elle qui flambe, c’est le cancer, mais il l’emporte dans son brasier.

 

Je n’ai surtout pas envie de devoir affronter la réalité en face, cette mort qui s’approche à grands pas. Non pas Béatrice svp, laissez la moi encore ! Parce que je l’aime bien Béatrice, parce qu’elle m’a touchée, qu’on a bien discuté, qu’on a même rigolé un paquet de fois. J’ai pas envie de me dire que cette conversation est peut-être la dernière, pas envie de l’entendre me remercier pour tout ce que j’ai fait pour elle (alors que j’ai fait si peu), pas envie qu’on se dise sans se le dire que c’est la fin et qu’on est contentes d’avoir pu se connaitre, pas envie de me dire que sa fille de 15 ans va devoir vivre sans elle, pas envie de me demander si elle a compris et pas envie de constater que oui elle a compris.

 

Et puis j’ai cette autre petite voix qui me dit que je ne vais pas y arriver. Que cette boule dans la gorge va finir par trahir mon émotion, qu’elle va monter dans les aigus, s’étrangler ou qu’un sanglot va m’échapper. Que ça ne sera pas professionnel de perdre ainsi ma poker face et qu’il n’est pas question que ce soit elle qui me réconforte, ça serait vraiment le monde à l’envers. Cette petite voix aussi qui me dit que je vais dire une connerie, un truc inapproprié qui va la blesser, que j’ai réussi à ne pas le faire jusque là alors ça serait dommage de commencer maintenant. Vraiment Shaya repose ce téléphone.

 

Evidemment je l’ai appelé.

Et je suis restée très professionnelle, je n’ai pas sangloté, pas gaffé. On a même ri. Elle était vraiment heureuse de me parler, de me dire merci et moi aussi j’étais contente de lui parler.

On n’enterre pas les vivants, même si le chemin qui s’annonce est moche, même si ça pue.

 

Derrière le soignant, il y a l’humain, des fois on a le cœur qui saigne un peu.

Je voudrais …

I wish

 

Je voudrais qu’on me choisisse pour une fois. Qu’on me choisisse entre tout.

Que je sois la tête de liste, la première des considérations, la plus importante.

 

Je voudrais qu’on s’engage pour moi.

Que je ne sois pas juste un élément du décor, un élément important peut-être mais un élément tout de même, parmi tout le reste.

 

Je voudrais un acte de foi.

Un dépassement de soi et de ses peurs. Une sortie de sa zone de confort. Un plongée dans l’inconnu. Une prise de risque.

 

Je voudrais …

Apaiser ceux qui restent

End of the game

 

Delphine est morte hier soir.

 

Un an et demi de lutte acharnée contre ce glioblastome et il a fini par l’emporter. Je savais que ça arriverait, je savais depuis le début que ça arriverait, que nous avions remporter des batailles mais que nous ne remporterions jamais la guerre. Au fil des semaines, chaque fois que je la voyais je me disais que c’était un miracle qu’elle soit encore là. Son oncologue m’avait dit penser la même chose chaque fois qu’il la voyait.

Mais on espérait que ce miracle durerait si ce n’est toujours, au moins encore un peu. Toujours un peu plus. Encore une journée, encore une heure. Parce que Delphine était merveilleuse. Tellement merveilleuse. Tellement lumineuse, tellement belle, tellement généreuse, tellement chaleureuse, tellement drôle, j’ai en mémoire des fous rires mémorables avec elle. Elle rendait la vie des autres plus belle, elle rendait la mienne plus belle assurément.

 

Mais voilà, malgré toute la beauté que Delphine apportait au monde, son cancer a gagné.

Et prise dans cette semaine de l’enfer, je n’ai pas pu aller lui faire mes adieux. Pas pu aller lui tenir la main une dernière fois, pas pu lui dire merci.

« Merci pour ce petit bout de chemin parcouru ensemble, merci pour votre joie communicative, merci pour vos rires, merci pour nos échanges. »

Je n’oublierai jamais Delphine. J’oublierai peut-être son prénom – j’en ai tant à retenir – mais je n’oublierai jamais son visage et un grand nombre de moment que nous avons partagé. Je n’oublierai pas non plus ce sentiment si fort d’injustice en apprenant son décès.

 

Quand un patient décède on pourrait croire que notre rôle s’arrête.

Moi je trouve qu’il y a toujours une dernière chose qui est de notre ressort, que nous pouvons faire. Pour ceux qui restent, pour la famille dans le deuil, pour les amis.

Delphine laisse derrière elle un mari et trois enfants, alors je leur ai écrit. Pour leur dire à quel point Delphine était merveilleuse et que je ne l’oublierai jamais. Pour qu’ils sachent ma gratitude de l’avoir connu et accompagné pendant un petit bout de chemin. Ça ne change rien, mais je crois fermement que ça fait du bien de l’entendre.

Schrödinger

Ouvrir grand les yeux pour se rappeler que le beau est là aussi.

 

En ce moment, j’ai envie de dire à mon entourage « s’il vous plait, pour une fois, rien que pour une fois, s’il vous plait ménagez moi ». Non c’est faux, je n’ai pas envie de le dire, j’ai envie de le crier, de le hurler même de toutes mes forces.

J’ai envie qu’ils se sentent bêtes, j’ai envie qu’ils prennent une grosse claque dans la figure, j’ai envie que pour une fois ce soit eux qui prennent un peu sur eux, au lieu que ce soit moi comme trop souvent.

C’est de ma faute en grande partie s’ils ne le font pas, parce que je ne leur hurle pas dessus justement, parce que je donne le change. Je gère. J’en donne l’illusion tout du moins, comme souvent, alors qu’en vérité je vacille sévèrement. Il est vrai que je ne me suis pas écroulée comme cette fois-là, que je n’ai pas la sensation d’avoir plongé dans un gouffre en me demandant si j’arriverai à m’en sortir, que je ne pleure pas tous les soirs. Il est vrai que je continue à rire, à parler, que la vie continue.

Peut-être parce que je suis plus mature, plus endurcie, que les expériences m’ont tanné l’âme. Peut-être parce que je l’ai voulu, que j’ai réclamé qu’on cherche, qu’on fouille et donc qu’on trouve. Peut-être parce que le déroulé des faits c’est effectué sur plusieurs mois, me laissant le temps de m’habituer. Peut-être parce qu’on n’est pas encore arrivé au bout des examens et que j’attends d’avoir l’ensemble pour m’effondrer. Peut-être parce que je n’ai même pas la force de m’effondrer et que la seule chose que j’arrive à faire c’est tenir, encore un jour, puis un autre.

Peut-être tout simplement parce que la peur – primale, celle qui te sert la gorge et s’enroule autour de ta colonne en t’empêchant de respirer – prend le pas sur la peine.

Je me sentais comme un chêne, je me sens désormais comme un roseau qui menace d’être arraché par la pire des tornades …

 

C’est de ma faute aussi, parce qu’en ce moment je ne sais pas ce que je veux des autres.

Je veux qu’ils soient présents et je veux qu’ils me lâchent la grappe. Je veux qu’ils ne fassent pas toute une histoire de tout ça et en même temps je ne veux pas qu’ils traitent ça comme une événement anodin. Je veux qu’ils se tiennent au courant et en même temps je ne veux pas qu’ils me posent de question. Je ne veux pas avoir à gérer leur stress/angoisse/inquiétude/question mais je ne veux pas qu’ils traitent ça froidement. Je veux qu’on me fasse rire et qu’on parle d’autre chose et je ne veux pas qu’ils fuient le sujet. Je veux un câlin et je veux qu’on me laisse seule. Je veux qu’ils me racontent leurs vies et je veux qu’ils m’épargnent leurs émotions trop violentes que je ne peux pas encaisser actuellement. Je veux qu’on me traite comme une petite chose fragile et qu’on ne me traite pas comme une petite chose fragile !

Je veux tout et son contraire et ça m’épuise. Je n’ose pas imaginer si je me laissais aller à le faire subir à mon entourage …

 

 

Dans ma famille (je ne sais pas s’il est partagé par ailleurs, je ne l’ai pas retrouvé sur internet) on a un dicton : « il ne faut pas aller chez le médecin, on en ressort toujours malade ».

J’y pense beaucoup en ce moment, chaque fois qu’une nouvelle consultation, que de nouveaux examens, en entraînent d’autres parce qu’une fois qu’on a commencé à peindre un tableau il faut aller jusqu’au bout et dessiner l’ensemble du motif. Même quand il est beaucoup plus moche et effrayant que ce qu’on avait imaginé – les médecins comme moi – au début.

J’envie aussi beaucoup en ce moment, les gens qui peuvent se réfugier dans une certaine part d’ignorance. Ça « m’amuse » toujours de voir les gens râler que les médecins ne leur ont pas tout dit. Des fois c’est justifié, et des fois …

J’envie cette part d’ignorance qu’ont les autres quand je parle avec mes propres médecins. J’en voudrais tellement quelques miettes, au moins un peu pour me préserver d’en savoir trop. Mais elle m’est interdite. C’est ça de travailler dans le milieu, je connais les silences et les faux fuyants, les implications derrière les mots prononcés. Je sais que quand la secrétaire m’a dit « ne vous inquiétez pas, s’il y avait quelque chose de grave elle vous aurait appelé » elle avait raison et que quand la médecin a appelé… Eh bien… Je sais que quand la médecin m’a dit « ne vous inquiétez pas » elle l’a fait avec toute la meilleure intention du monde, que l’inquiétude empire tout et n’apporte rien, et que c’était ce qu’elle était censée dire. Mais je connais trop bien les rouages du paquebot pour ne pas savoir que si elle s’est occupée elle de m’avoir un rdv avec tel autre médecin en moins d’une semaine ce n’est pas pour mes beaux yeux et ma gentillesse. Je sais que quand le médecin me dit « si vous avez mal quelque part, vous foncez aux urgences et vous leur dites que vous avez ça » elle ne rigole absolument pas et qu’intérieurement elle pense « AVC/infarctus/TVP » (dans l’ordre que vous voulez) même si elle ne le dit pas. Et je sais aussi que pendant l’auscultation si elle teste mes articulations, si elle me pose certaines questions bien particulières, c’est pour éliminer une autre maladie. Et je sais enfin en épluchant mes prises de sang à 180€ l’analyse que les reins vont bien mais que le foie bof et que ya l’air d’avoir une belle anémie cachée.

Et j’aimerais vraiment ne pas savoir tout ça, ma vie serait plus … légère. Comme ça j’aurais juste une maladie auto-immune pas connue au nom bizarre (mon corps qui s’attaque lui-même, je ne sais même pas pourquoi ça me surprend en fait), dont je ne comprendrais rien. Et je ne me scannerais pas constamment en me demandant dès que j’ai mal à la tête si je fais un AVC ou dès que j’ai une douleur dans la poitrine si c’est un infarctus.

Alors oui vous avez le droit de savoir évidemment, de tout savoir, mais le voulez-vous vraiment ?

Moi en tout cas je crois que je dormirais mieux si je ne savais pas tout ça, ou moins.

 

Alors oui j’ai voulu savoir. Et même si là j’ai l’impression de m’enfoncer des aiguilles sous la peau petit à petit, même si je me sens encore plus une fin de lignée déficiente, je sais que c’est une bonne chose, que ça m’évitera peut-être de faire un AVC à 32 ans si on fait tout bien comme il faut avec les médecins et qu’on a de la chance et que ça ne s’aggrave pas, qu’un jour j’arriverai à mettre tout ça au clair dans ma tête, à accepter cette maladie de Schrödinger : à la fois malade et pas malade, et à accepter le traitement lourd à vie qui guérit rien parce qu’on peut pas mais qui évite les pires conséquences (peut-être).

Mais en attendant s’il vous plait, ménagez moi.

Ce camp de concentration en France : Struthof-Natzwiller

« Il est des coins du monde dont on se dit qu’ils sont maudits à jamais, quelque soit la beauté de la nature qui l’entoure et le soleil qui brille, tant la haine et l’horreur l’ont souillé »

 

 

 

 

 

C’est ainsi que j’ai commencé la légende de la première photo du camp de concentration du Struthof que j’ai décidé de poster sur instagram parce que c’était vraiment ce que je ressentais dans cet endroit méconnu – et un peu du bout du monde – qui se situe pourtant en France 1.

 

Car oui, peu de monde le sait mais la France a accueilli sur son territoire l’un de ces terribles endroits et même si l’on est bien loin de la terrifiante machine à tuer qu’a été Auschwitz, il y a eu à cet endroit de 20 000 à 22 000 morts ………

...

 

Je comprends bien qu’on ne se vante pas d’abriter sur son territoire un tel endroit, il n’y a vraiment pas de quoi s’en vanter, mais je regrette néanmoins qu’un tel silence l’entoure – un silence presque assourdissant – et qu’on n’en parle pas plus, surtout qu’il se visite et que cette visite justement me parait des plus importantes, a fortiori en cette période. On pourrait *presque* oublier ce qui s’est passé là, dans ce paysage magnifique où la nature verdoyante et préservée resplendit autour. Et pourtant …

...

Pourtant on touche bien là bas, l’horreur/l’inhumanité/la folie organisée/la haine dont l’homme est capable. Contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire, il serait faux de croire que le Struthof était un camp de concentration « mineur » du IIIe Reich, une toute petite verrue sur le territoire français, pour donner un ordre d’idée, il y aurait eu à Dachau – qui est 100 fois plus connu – environ 30 000 morts ………

...

 

Alors oui il faut y aller, même si j’ai hésité en ce 16 juillet – 2j à peine après l’attentat de Nice, y aller et se confronter aux miradors, aux fils barbelés, à la potence et surtout à la chambre à gaz et au four crématoire, tous deux vraiment particulièrement difficile à affronter 2. Rendre l’existence de tout ça tangible, physique, je sais bien que ça a existé mais voir les choses de ses yeux … c’est bien différent 3. Et surtout je fais partie de ces gens qui pensent que nous devons nous confronter frontalement au pire de notre histoire, à ce que nous avons fait de plus sordide et de plus horrible pour comprendre, analyser et nous souvenir comment nous avons pu un jour en arriver là et peut-être 4 en tirer les leçons qui éviteront que cela se reproduise.

...

 

Cette visite m’a bouleversée, remuée, m’a mis les tripes à l’envers et m’a fait beaucoup réfléchir.

Et pour commencer je me suis demandée comment on entretenait un tel lieu. Parce que si ce n’est pas entretenu, les bâtiments se dégradent et risquent de disparaître … mais en même temps ça ne peut pas avoir l’air trop propret et neuf, comme si ce lieu était un centre de vacances convivial en pleine nature. C’est d’ailleurs un peu le cas de deux bâtiments du camp et je leur reproche leur parquet neuf qui sent bon et leurs murs bien blancs alors que dans ces lieux des hommes ont été frappés à mort, torturés, utilisés pour des expériences 5, assassinés et finalement … réduit en cendres.

A ce titre, le batiment de la chambre à gaz, situé à distance du camp est vraiment sordide, suintant et glauque. Une véritable plongée en enfer. Je plains d’ailleurs beaucoup la personne chargée de rester là toute la journée pour gérer l’accueil des visiteurs (et je comprends que le monsieur chargé ce jour là de cette tâche ait été plus souvent dehors au soleil pendant ma visite que dedans).

Se voir dans les reflets du passé

Se voir dans les reflets du passé

 

Mais surtout ma grande réflexion a porté sur les photos. Est-ce qu’on photographie un lieu pareil et comment ?

Oui après beaucoup d’hésitation j’ai photographié, on me l’a reproché d’ailleurs, mais je tenais à le faire. J’ai abandonné mon parti pris habituel « que ce soit beau », pas question de le magnifier, de faire de cet endroit un bel endroit malgré le grand ciel bleu et l’herbe verte, au contraire je voulais fixer l’essence de ce qu’il était sans non plus tomber dans le sordide, le sensationnaliste et le voyeuriste 6 et aussi garder une trace physique de l’existence de ce lieu. Pas seulement dans ma mémoire. Ce ne sont certainement pas des photos que je vais montrer à des amis autour d’un apéro mais si un jour j’arrive à douter de la réalité de ce lieu, il me suffira d’aller voir ses photos pour me rappeler que si, ce lieu existe bien.

Mais je comprends que la prise de photo puisse choquer. J’ai moi-même été choquée de voir un certain nombre de personnes face au four crématoire (dont la mise en scène est particulièrement claire et donc sordide) dégainer leur smartphone pour prendre une photo en mode « hi hi je vais montrer ça aux potes sur facebook/instagram ça va trop les faire halluciner » sans la moindre minute de réflexion sur le sujet de leur photo. Moi je suis partie du bâtiment, j’en suis revenue, j’en ai fait 3 fois le tour en me demandant si j’allais le prendre en photo ou pas avant de me décider à en faire une rapide tout en m’excusant mentalement auprès des victimes et en leur promettant qu’elle ne serait pas diffusée mais qu’il fallait que je la prenne sinon j’avais l’impression de ne pas complètement me confronter à l’horreur de la chose et de la fuir un peu.

Et puis surtout je voulais des photos de ce lieu pour … en parler. Car je sais que beaucoup de personnes ignorent l’existence de cet endroit en France, je l’ignorais moi même jusqu’à il y a 2 ans quand au hasard d’un reportage sur les déportés je suis tombée de mon siège en découvrant qu’il y avait un camp de concentration en France. Et après l’avoir vu de mes propres yeux, je me DEVAIS d’en parler.

...

 

C’est désormais chose faite.

Des hommes et des femmes sont morts dans des conditions atroces ici et nous devons vivre à jamais avec ça.

...

 

 

 

 

Informations pratiques :

– Le camp de concentration de Struthof-Natwiller est situé à une petite soixantaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, il est plus facile d’y accéder par la route de Rothau que par le Mont Ste Odile (j’ai fait les 2, je confirme). C’est indiqué à partir de Schirmeck, toutefois n’espérez aucune « publicité » autre ailleurs, on se contente d’un simple « Struthof » il faut vraiment savoir à l’avance qu’on veut y aller.

– Si vous montez par la route de Rothau, en route vous verrez indiqué « chambre à gaz ». Elle est effectivement un peu en contrebas du camp. Je vous conseille de vous y arrêtez plutôt après la visite du camp, toutefois elle est fermée entre 12h30 et 14h si je ne dis pas de bêtise (enfin les horaires donnés sur le site ne sont pas les mêmes donc appelez avant c’est mieux) suivant l’heure vous devrez peut-être vous y arrêtez avant (et il n’y a pas vraiment de quoi stationner c’est assez mal fichu).

– L’accès au camp même est gratuit, il vous faudra néanmoins demandé un billet à la billeterie du centre européen des résistants déportés (à côté du parking pour pour pouvoir y accéder). Les 6€ de droit d’entrée concernent le centre européen des résistants déportés (à l’extérieur) et le musée du KL Struthof-Natzwiller (le 1er baraquement en rentrant dans le camp), j’ai fait le choix de ne pas les faire (trop rude pour cette journée) je ne peux donc pas vous dire s’ils valent le coup.

– Le site internet est très bien fait, et plein d’infos je vous conseille vraiment de le consulter. Par contre sur place ça manque vraiment d’indications, ainsi on peut apercevoir la maison du commandant du camp en contrebas de l’entrée de celui-ci mais on ne la voit pas de loin et ce n’est pas indiqué. De même vous pouvez monter à proximité de la carrière où les prisonniers extrayaient du granit etc …

– Je vous recommande également la lecture de la fiche wikipédia sur le camp …

– Enfin … ce n’est pas vraiment une recommandation mais j’y suis allée un jour d’été par grand beau temps sous le soleil et je n’ai pas regretté. Si je dois y retourner, j’essayerai sans doute d’y aller un jour de pluie/automne/hiver parce qu’on doit être encore plus dans la réalité de ce que ce lieu a été. Mais en première visite j’aurais trouvé ça difficile.

– Enfin (bis) c’est bête mais même si tous les gens que j’ai croisé dans le camp se comportait hyper bien, et que naturellement dans les bâtiments tout le monde chuchotait, moi j’ai été choqué par la tenue des gens venus visités. Je sais bien que c’est l’été et qu’il fait beau mais les petites robes rouges, les shorts jaunes, les tee shirts bleus flash … j’ai trouvé ça tellement incongru (et déplacé en fait) dans ce lieu. Moi j’avais pas réussi à enfiler plus que du blanc et du noir pour venir là.

Idem pour les gens qui mangeaient leur sandwich face à la porte d’entrée du camp … ya des bancs et c’est pas interdit mais … j’aurais bien été incapable d’avaler la moindre bouchée là.

 

 

Notes:

  1. qui plus est à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau du Mont Ste Odile … (endroit par ailleurs proprement hallucinant : abbaye disneyland et aucune référence nul part à la catastrophe aérienne de 1992)
  2. je ne suis pas prête à aller à Auschwitz, j’ai failli me trouver mal devant la chambre à gaz et le four crématoire
  3. d’ailleurs on devrait y emmener tous les négationnistes
  4. je dis bien « peut-être » …
  5. la table de dissection en est d’ailleurs le rappel terrible
  6. je ne sais pas si j’ai réussi – vous me direz – mais ça c’est encore un autre débat

Miscellanées

Ô rage c'est le cas de le dire

Ô rage c’est le cas de le dire

 

♠ à quel moment me vider de mon sang est-il devenu la norme ?

Que cela ne suscite plus chez moi ni surprise ni angoisse ni colère. Même plus une prise de contact médical. Médicaments qui déconnent, corps qui déconne, je gère. Je gère la peur, je gère la fatigue immense que ça produit même si j’ai envisagé un temps de me faire arrêter pour souffler … et puis finalement non. 7 mois, c’est le temps qu’il faut pour que l’anormal devienne la nouvelle norme.

 

♦ à quel moment ça s’arrête l’impunité des gens qui ne font pas leur boulot et dont les autres payent le prix (fort) ?

Cet été mon père, ma belle-mère, ma petite sœur et mon petit frère devait déménager de 60 kms . Maison mise en vente, nouvelle maison presque achetée, une nouvelle vie qui devait démarrer surtout pour mon petit frère dont l’année de 3e qui vient de se terminer a été rude mais aussi un projet personnel familiale qu’ils avaient en tête depuis longtemps. Nouveau lycée, repartir de zéro loin de ceux qui l’ont accompagné pendant tout le collège. Mais non en fait. Son ancien collège n’a pas transmis sa demande à son futur lycée et il n’y a désormais plus de place. Lycée de secteur ou pas, ils ne savent que répondre « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « ya plus de place » « YA PLUS DE PLACE » (mais il peut aller au lycée à 1h d’ici, là, celui dont il ne dépend pas, ils ont de la place encore eux)

Pendant ce temps là son ancien collège (responsable de la boulette quand même), ou plutôt la principale, répond … « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » »je suis toute seule, je peux rien faire » »je suis toute seule, je peux rien faire » »je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire » « je suis toute seule, je peux rien faire »

Et le rectorat et la DASEN (l’ancienne inspection d’académie) ne répondent ni aux appels ni aux mails ni aux signaux de fumée NI A RIEN !!!

Alors à un moment, parce qu’il faut bien trouver une solution, parce que tu ne peux pas baser l’avenir de ton gamin de 14 ans sur une hypothétique place en septembre liée à un désistement, parce que tu te bats tout seul et que personne n’en a rien à foutre ni ne lève le petit doigt ni ne se sent un minimum concerné, tu fais des choix. Adieu le déménagement, adieu l’achat de la nouvelle maison trop bien, adieu cet endroit magique où ils rêvent d’habiter depuis des années, adieu la mutation. Parce que dans son lycée de secteur actuel ils ont une place et ils veulent bien le prendre et il lui faut bien une place en lycée pour l’année prochaine !!! Et encore ils n’avaient rien signé nul part … chance !

Et si j’enrage de le savoir encore au moins un an au contact de ces élèves qu’ils voulaient fuir, si j’enrage d’avoir l’impression qu’on l’a trahi en négociant qu’il continue à aller en cours en 3e contre la promesse qu’en 2de il serait loin, si j’enrage de l’avoir eu en pleurs au téléphone me disant « on déménaaaaage plus à cause de moiiiii » (mais non pas à cause de toi loulou), j’enrage surtout de l’impunité TOTALE de ces gens qui ont merdé dans les grandes largeurs et n’auront même pas une tape sur les doigts putain ! (Et encore moins des excuses parce que bon l’erreur est humaine toussa toussa encore pour qu’elle soit humaine faut-il qu’on se fende d’un « on est désolé il y a eu une erreur dans la transmission de son dossier » même si ça n’aurait rien résolu sur le fond, ça aurait donné un peu d’humanité à tout ça)

Et je me demande bien comment je vais encore réussir à lui faire croire que l’éducation nationale se soucie de lui et qu’il peut obtenir d’elle toutes les meilleures chances pour son avenir.

 

♥ à quel moment mon sommeil cessera-t-il d’être un mauvais gag ?

Samedi mal au genou, dimanche foot, lundi piqûre de moustique qui gratte, mardi orteil en vrac … alors que déjà fatiguée par les dysfonctionnements de mon organisme, j’ai vraiment besoin de sommeil.

 

♣ à quel moment j’arriverai à retrouver de la liberté pour penser ?

Ca a duré un mois après mon retour du Pérou. Du temps, de la liberté pour penser, pour écrire etc… Et pfiouuu ça s’est évanoui et ça me manque tellement …

 

♦ à quel moment les emmerdes arrêtent de faire comme les avions de chasse et de voler en escadrille ?

 

(Question subsidiaire)

♠ à quel moment ça s’arrête d’être une daube non négligeable Windows ?

Mises à jour qui ne s’installent pas sur un pc qui a une semaine et qu’il re-télécharge consciencieusement à chaque fois (pour rien), importation des photos chiante comme le tri d’un paquet de grain de riz, copiage des fichiers depuis un disque dur aléatoire, redémarrage imposé que tu ne peux pas décaler dans le temps … Linux me manque.

Bleu(s)

Santé !

Santé !

J’ai des bleus parsemés un peu partout sur le corps en ce moment. Et en plus je les garde longtemps.

Quand j’ai fait du ski, mes chaussures de ski m’ont fait des bleus au tibia – comme toujours – et je les ai gardé pendant plus d’un mois …

N’exagérons pas, je n’ai pas le corps recouvert de bleus mais on peut s’amuser à les compter sur mon corps. Depuis une semaine, j’en ai un en haut de la cuisse bien noir qui ne s’estompe pas, et je n’ai strictement aucune idée de comment je me le suis fait. Sans doute une minuscule choc qui ne m’a même pas fait mal, comme les autres.

Merci les anticoagulants.

 

Parallèlement j’ai l’impression que chaque bleu qui parsème mon corps, reflète un bleu de mon esprit. Et temporellement il y a quelque chose sur lequel mon esprit s’échine, pour mieux s’y raccrocher ? Ma TVP a commencé une grosse semaine avant les attentats de novembre, j’aimerais que la boucle soit définitivement bouclée la concernant une grosse semaine après ceux de Bruxelles. Mais je doute que ce soit le cas, tant pour cette série d’attentats dans laquelle nous sommes plongés que les petites blagounettes de mon organisme depuis 4 mois.

[aparté : par ailleurs j’aimerais TELLEMENT que le connard qui le samedi 14 novembre au soir – alors que je mordais un coussin pour ne pas hurler de cette douleur à la jambe et que j’osais twitté que j’avais quand même super mal à la jambre – qui m’a dit que je ne faisais vraiment que me plaindre et que même ce soir là j’avais pas la décence de ne pas le faire, j’aimerais donc tellement qu’il sache que le lundi suivant on me diagnostiquait un putain de caillot de 25cm de long dans la jambe et que quand même le connard de nous deux dans l’histoire c’était lui. Parce que je ne le digère pas, 4 mois plus tard je ne l’ai toujours pas digéré et ça m’arrive rarement.]

 

 

J’ai attendu le printemps comme une délivrance, comme la promesse évidente d’une page qui se tournerait enfin, d’un point final posé sur ce chapitre. Et quand le soleil a commencé à se réchauffer, je me suis rendue compte que les choses ne seraient pas forcément si simples et je travaille dur pour que le printemps tienne ses promesses.

J’ai eu l’impression tout le mois de janvier de reconstruire plein de petites briques de ma vie qui s’étaient effondrées en novembre. Et si je les reconstruisais c’était forcément que tout était réglé.

Mais en toute honnêteté … tout ça est surtout très bancal.

 

Parce qu’après avoir remis en place plein de petites briques de ma vie, j’ai fait une hémorragie qui m’a coupé les jambes, j’ai eu une alerte sérieuse à la jambe, et je refais une hémorragie.

Et je fatigue. Je veux que les choses se calent et deviennent fluides, je veux arrêter de découvrir de mauvaises surprises, je veux arrêter de me sentir si seule face à ça, je veux arrêter de me sentir prisonnière d’une impasse sans voie de sortie.

Je veux que ça s’arrête. Et que les bleus au corps et au coeur finissent par disparaître.

Si ma grand-mère était là …

Bizarrement, dans cette période que je traverse depuis 36 jours (oui je compte précisément les jours et nous en sommes à 36. Je ne fais pas un calendrier de l’Avent, je me fais mon calendrier personnel de l’Après) la personne qui me manque le plus c’est ma grand mère maternelle.

Et pourtant elle est morte depuis 10 ans et j’en ai fait le deuil même si régulièrement je pense à elle.

Et pourtant … elle me manque vraiment affreusement en ce moment.

 

Probablement parce que dans la famille maternelle qui est la mienne, elle avait un rôle central. Celui du pilier robuste à partir duquel toutes les arches se déploient.

Probablement parce que j’avais une relation très forte avec elle. De celle qu’on cite en exemple entre un grand parent et un de ses petits-enfants, cette personne refuge ou ressource vers lequel on se tourne quand on doit aller au delà ou ailleurs que vers ses parents.

Probablement parce que tant qu’elle a été là, elle ne m’a jamais fait défaut, elle m’a même sauvée parfois de justesse mais j’ai toujours pu compter sur elle.

 

Actuellement mon père me fait défaut. Pour la 4e fois de ma vie.

Après la 3e fois, j’avais décidé de lui dénier la possibilité de me faire défaut en l’isolant dans un coin de ma vie. Présent mais sans possibilité de nuire. Et finalement il arrive quand même à me faire défaut. 

Tout à l’heure il m’a appelé pour savoir si j’avais une idée de cadeau pour mon beau-frère. Non je n’en ai pas, cette année j’ai fait les cadeaux mais – surtout ceux de la famille, j’ai réussi à réinvestir émotionnellement ceux des amis – au plus court, au plus pressé, disons le sans me fouler. Alors j’ai zappé le beau-frère purement et simplement. Mon père ne m’en a pas fait le reproche, j’ai juste senti ce que je sens depuis des jours : qu’il ne comprenait pas. Qu’il ne comprenait pas que je n’avais échappé à l’hospitalisation que parce que je suis soignante, que le médecin avait confiance en moi pour suivre mon traitement et faire tout ce qu’il fallait y compris appeler le Samu si jamais ça dégénérait. Qu’il ne comprenait pas à quel point j’en avais bavé, à quel point c’était toujours compliqué. Qu’il ne comprenait pas à quel point c’était grave en fait.

La 2e fois où mon père m’a fait défaut, j’avais 15 ans et ma mère avait un cancer depuis un an. Et elle faisait une espèce de dépression liée à ça qui la rendait infernale à la maison. Je m’en étais ouverte à mon père, il avait appelé ma mère, elle s’était comportée tout à fait normalement au téléphone, il m’avait dit que je m’inquiétais trop (ou que je me faisais des idées, je ne sais plus bien). Je ne me suis jamais sentie aussi seule et malheureuse qu’à ce moment là et pour la seule fois de ma vie j’ai envisagé sincèrement de fuguer. Avec le recul j’ai compris qu’il s’agissait alors pour moi simplement de fuir pour survivre.

Quelques jours après, ma grand mère est arrivée à la maison parce que c’était prévu comme ça. Ma mère a eu contre moi une de ses crises de rage dont elle était coutumière à ce moment-là. Quelques heures plus tard ma grand mère est venue me voir et m’a simplement dit « je crois que ta maman ne va pas très bien ». Je n’étais plus seule, ce n’était pas dans ma tête, je n’ai pas fugué. Elle m’a sauvé.

Alors oui ma grand mère me manque vraiment.

 

Pourtant ma mère est formidable depuis 36 jours. Vraiment formidable.

Mais entre ses émotions et les miennes il n’y a pas ma grand mère pour faire tampon. Et l’écho de nos propres histoires résonnent un peu trop, rebondissant de montagne en montagne.

C’est difficile pour ma mère de me voir malade, forcément. Et c’est difficile pour moi de la voir s’occuper de moi comme ma grand-mère s’est occupée d’elle. Ça me renvoie à trop de choses.

Et si personne d’autre n’en a conscience, elle oui elle sait à quel point c’est grave. Elle le sait d’autant plus qu’elle a eu la même chose que moi il y a 10 ans. Et dans toutes ses choses qui flottent entre nous il y a cette culpabilité de sa part qui surnage que je sois peut-être malade aujourd’hui parce qu’elle m’aurait transmis un gène défaillant.

 

Mais au bout de 36 jours … parce que 36 jours c’est court et long à la fois … tout mon entourage, même le plus prévenant, en a assez de me voir, de m’entendre et de me sentir malade et me le fait comprendre même si c’est la plupart du temps inconscient. Et puis je ne me plains pas tant, et puis j’ai repris le travail au bout de 8j alors ça ne doit pas être si grave.

Alors que si ma grand-mère était là, elle, elle comprendrait.

Un peu de moi

Like a candle in the wind

Like a candle in the wind

[Comme tout un chacun je me suis réveillée samedi matin complètement groggy après une trop courte nuit. Complètement sonnée par la violence, le ventre tordu par le nombre de morts et les visages affichés dans les avis de recherche transformés au fil des heures en avis de décès, émue aux larmes aussi par la solidarité de ces #PortesOuvertes et intérieurement honteuse d’être si soulagée que tous ceux que j’aime soit sauf. Mais j’ai choisi le silence plutôt que les textes grandiloquents sur le sujet, je ne peux pas écrire sur ça. Alors j’écris sur autre chose qui malheureusement m’occupe beaucoup trop l’esprit aussi actuellement.]

 

 

Il faut que je pose ça quelque part et ce quelque part ça sera ici. Pour au moins avoir dit les choses vraiment comme elles sont une fois, et Dieu sait que ce n’est pas ma spécialité.

Après on n’en parlera plus. Je continuerai à en rire vite pour éviter d’en pleurer, à minimiser les choses et à faire des blagues sur ça.

 

La douleur

Aujourd’hui mardi 17 novembre j’en suis à mon 12e jour de douleur d’affilée à la jambe droite. Et quand je parle de douleur je ne parle pas d’un bleu ou d’une crampe, je parle de cette sensation sans fin qu’on fait du carpaccio au scalpel dans ma jambe et sans anesthésie. Je parle que si on me demandait sur une échelle de 0 à 10 à combien je suis, régulièrement j’aurais répondu 9. Parce que répondre 10 ça aurait été reconnaître que ça ne pouvait pas être pire et je suis le genre de personne qui pense toujours que ça peut être pire. J’ai eu mal à me retenir plusieurs fois de pleurer, à en hurler dans ma voiture parce qu’au moins personne ne m’y entendait. Ceux qui ont déjà vécu ça savent à quel point la douleur vous laisse seul avec vous-même, vous ronge intérieurement.

 

La fatigue

12 jours de douleur c’est 12 nuits de douleur aussi. De sommeil haché, interrompu brutalement par un accès de douleur qu’il faut gérer en attendant que les médicaments antalgiques agissent. La fatigue aussi que le moindre mouvement soit compliqué, que monter les 2 étages soient une épreuve, que les descendre soit un calvaire. La fatigue des accès de douleur quand le corps en réaction fait monter la tension au plafond et accélérer le rythme cardiaque. La fatigue enfin d’être celle qui rassure, qui explique, qui minimise, qui fait rire, qui dédramatise. Je suis fatiguée de gérer l’angoisse des autres en plus de la mienne, de devoir renoncer avec le sourire à un week-end programmé et attendu de longue date. La fatigue aussi qu’on me dise d’être forte, d’être courageuse alors que je ne fais que ça depuis des jours et que je suis fatiguée d’être forte et courageuse un peu.

 

La peur

Depuis lundi j’ai peur. Depuis que cette médecin tellement gentille, douce et rassurante m’a dit que j’avais un thrombus dans la jambe qui partait du 1/3 inférieur de la cuisse et couvrait toutes les veines du 1/3 supérieur du mollet. (Envahi comme un cancer je n’ai pu m’empêcher de penser) Regardez pour vous rendre compte ce que ça représente. J’ai peur depuis que cette médecin et mon médecin généraliste m’interrogeant tous les deux m’ont dit « ce n’est pas logique, vous ne devriez pas avoir un truc pareil, pas vous ». Mais en fait j’ai peur depuis mercredi, me rendant compte que le mollet avait durci remettant en cause le diagnostic initial posé. Et depuis vendredi j’ai peur, quand le biologiste complètement paniqué m’a appelé pour me dire que mes résultats sanguins étaient mauvais et qu’on était vendredi et que mon médecin faisait grève et que si jamais j’avais du mal à respirer il fallait que j’appelle le 15.

Au delà de tout ça, j’ai peur parce que le problème de travailler dans le monde médical c’est que quand il t’arrive quelque chose tu as l’arborescence mental des possibles qui se déploie dans ta tête. Les médecins ne s’expliquent vraiment pas cette thrombose veineuse profonde, moi non plus, au delà du fait que ça sous entend que ça peut arriver de nouveau n’importe quand, il va falloir creuser pour essayer de trouver une cause : un trouble de la coagulation ou … un cancer occulte ?

Alors oui … j’ai peur de la suite un peu.

 

Et il y a le 2e effet kiss cool (sinon c’est pas drôle)

Dans le peu de facteur de risque à une TVP auquel je suis exposée, il y a le traitement que je prends depuis plus de 2 ans pour mes ovaires – traitement que je venais seulement de réellement apprivoiser – même si le risque associé est dans les 3 premiers mois de prise du médicament. Mais le médecin m’a quand même demandé de l’arrêter par précaution. Sans certitude de pouvoir le reprendre un jour. Or ce médicament est le seul que je puisse prendre pour si ce n’est soigner, au moins éviter la propagation. Elle va donc reprendre son oeuvre de destruction. Avec pour corollaire ces symptômes de mon organisme qui s’épuise à faire quelque chose qu’il n’est pas (plus?) apte à faire. Renouer avec des règles imprévisibles et aléatoires, une fois tous les 2 ou 3 mois, elles mêmes accompagnées de vomissements tellement violents que j’en fais un malaise une fois sur deux.

 

 Les prochains mois vont être riants. J’ai drôlement hâte.

Nouement (et Dénouement ?)

♣ Ma copine, ma collègue, qui fait un burn-out devait reprendre le travail la semaine dernière. Elle a tenu deux heures avant de s’effondrer en larmes et d’être renvoyée chez elle par la médecine du travail.

Depuis je dois l’appeler. JE DOIS.

Et pour l’instant je n’ai pas eu la force de le faire. Parce que je suis tout simplement trop fatiguée pour endurer sa détresse. Je dis toujours qu’on ne peut pas aider les autres quand on n’est pas soi-même bien.

Mais je culpabilise de n’avoir toujours pas appelé, j’ai peur qu’elle se sente abandonnée par tout le monde … y compris par moi.

Sauf que pour l’instant je ne peux pas. C’est terrible.

 

♣ Lundi de la semaine dernière j’ai vécu un de mes plus mauvais retours de week-end en avion. 3h de retard au décollage, plus personne pour venir me chercher à l’aéroport finalement m’obligeant à prendre un train puis un bus et 3h supplémentaires pour arriver enfin chez moi.

Et cette journée infernale a laissé des traces que j’aurais aimé voir disparaître plus vite.

 

♣ Il y a cette conversation en suspens, cette dispute inaboutie, cette rupture dans la trame entre nous.

Et je ne sais pas si quelque chose y survivra.

J’en doute.

 

♣ Pendant mon week-end en famille, mon père m’a offert avec 6 mois de retard mon cadeau d’anniversaire. Rituel. Cadeau acheté 10mn avant. Quand mon beau-frère est arrivé, mon père lui a offert son cadeau d’anniversaire. Acheté depuis son anniversaire. 1 mois 1/2 après le mien …

 

♣ Il y a que je ne t’ai pas vu depuis trop longtemps. Et que je doute que nous arrivions à trouver un créneau commun prochain. Encore.

 

♣ Il y a cette rancœur accumulée qu’il va me falloir un peu de temps pour digérer. Je pardonne oui. Mais du temps un peu pour ça il m’en faut aussi.

 

Il y a tous ces noeuds qui combinés à la fatigue accumulée commence à faire beaucoup. J’ai besoin de vacances.

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