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Shaya

Shaya has written 569 posts for En Shayalandie

Désamour de soi

Red shoes on the bed

J’ai toujours eu un rapport à mon poids assez … assez …. assez quoi d’ailleurs ? Distant ? Apaisé ? Un mélange de déni et d’assumage tranquille (ça ne se dit pas ? Je m’en fous, je le dis).

Ça vient de plusieurs choses, de Mémé Bourreau qui me traitait d’éléphant alors que je n’avais même pas 10 ans (et que je n’étais même pas grosse comme me l’a révélé des photos revues des années après), de savoir parfaitement depuis des années que mon IMC dépasse le seuil théorique idéal pour me coller dans la catégorie surpoids, de ces pantalons qu’il faut acheter en 42 sinon je ne rentre pas dedans, de ce refus de faire le moindre régime après en avoir fait 2 il y a longtemps qui se sont soldés par une reprise de poids supérieur à celui perdu et de ne pas vouloir me bousiller un peu plus la santé, de la conscience aiguë à la fois de ne pas correspondre aux canons de beauté en vigueur ET que je ne serais pas plus aimée si je faisais du 36, de ces hommes qui ont su et qui savent encore dire le désir que je leur inspire, de mon plaisir à cuisiner et à manger que j’avais peur d’abîmer.

Bref sans raffoler de ces kilos en trop, j’étais relativement sereine par rapport à mon poids.

 

Et puis j’ai reçu cette injonction de ma médecin (pardon je devrais dire « d’une de mes médecins » tant il y en a désormais qui se penchent sur mon cas) (aparté : ça fait 6 mois que j’ai franchi le Rubicon et je ne l’ai toujours pas accepté et digéré on dirait) de perdre du poids.

Pas pour des raisons esthétiques, même pas tellement que je sois trop grosse en général, mais parce que à cause d’une des deux maladies qui me touchent mon organisme stocke du gras en excès là où il ne faut pas et que si je ne m’en débarrasse pas c’est le diabète qui s’invitera dans la danse à terme.

J’ai parfaitement conscience des tenants et des aboutissants de cette décision, je suis pleinement volontaire pour tout faire pour éviter que le diabète ne se rajoute à tout le reste et la façon dont elle m’a demandé de perdre du poids était pleine de bienveillance et de délicatesse « votre poids je m’en fiche en fait, il n’est pas excessif, mais vous devez perdre cette graisse là et il n’y a qu’une perte de poids général qui le permettra » … pourtant ça bouleverse beaucoup ce rapport à mon corps déjà bien malmené par l’autre maladie.

 

J’ai beau avoir adhéré à cette décision et en être complètement et consciemment actrice – puisque si je ne voulais pas perdre de poids personne ne pourrait m’y obliger – la seule chose qui semble s’être inscrite en moi c’est une version tronquée et déformée de nos échanges : « tu es trop grosse Shaya. Tu es un putain de boudin moche et répugnant ».

Désamour de soi. Alors qu’il n’a jamais été que question de ma santé, c’est tout le reste qui se retrouve remis au premier plan.

 

Et ça se retrouve vicieusement dans tout ce qui a trait à mon apparence.

Confrontée à des photos sur lesquelles j’ai les cheveux plus longs qu’actuellement, la première (et seule en fait) chose que j’ai pensé c’est « tu as vraiment une gueule d’épagneul » (= qu’est-ce que tu es moche). Très agréable envers moi-même …

 

Malmenée par son fonctionnement interne qui hoquette, malmenée sur son aspect physique, il me faut réapprendre à aimer ce corps. Et en vérité je ne sais pas bien comment.

La douceur de l’automne

Color of fall (1)

Ces derniers jours je me demande si l’automne n’est pas ma saison préférée. Encore que, j’aime vraiment beaucoup l’hiver. Le printemps et l’été … moins. J’aime bien alléger mes tenues et qu’il fasse plus doux mais la chaleur ne me convient vraiment pas. Sans compter que l’allergie me gâche franchement le plaisir.

 

Color of Fall (2)

 

Mais je ne boude pas mon plaisir de ce début d’automne qui a tout ce qu’il faut pour me plaire.

A chaque fois que je me déplace, j’ouvre grand les yeux, émerveillée par les couleurs que prennent les arbres. Je m’esbaudis de la multitude de ces tons jaunes, orangés, rouges qui fusent et se mêlent encore au vert parfois dans des arbres bicolores.

Il fait doux encore l’après-midi, mais les matins sont frais et il a fallu renfiler un petit pull oui c’est vrai, et se méfier de ne pas prendre froid par imprudence. Mais ça me va tellement mieux que la chaleur écrasante qui bouffe toute énergie, j’ai l’impression de respirer, de revivre.

Color of Fall (3)

 

Et la lumière ! Vous avez vu comme la lumière a changé ? Comme elle est plus douce ? J’ai l’impression qu’elle s’est faite caressante là où la lumière d’été est plus crue, plus dure. Je le vois quand je fais des photos et j’adore vraiment la lumière qui baigne toutes ses journées, je voudrais les passer à faire des photos et rien que ça.

Et puis voir les courges apparaître sur les étals des marchands me réjouit bien fort aussi. Parce que j’adore ça, le potimarron, le potiron, le butternut, les jack be little … youpiiiii ! D’autant plus que je n’ai strictement aucunes restrictions dans cette catégorie d’aliment ce qui est désormais suffisamment rare pour être noté 😀

 

Color of Fall (4)

 

Bref ya de la joie dans cet automne, espérons que cela dure !

 

Color of Fall (5)

 

(L’article juste prétexte à vous coller plein de photos)

Se taire pour se protéger

Les vacances dont je n’ai pas parlé

 

J’étais au téléphone avec mon père et nous parlions de la rentrée de mon petit frère et de ma petite sœur.

Ou plutôt j’essayais puisque mon père ne me donnait que des réponses très vagues concernant ma petite sœur. J’ai fini par comprendre que l’emploi du temps de ma petite sœur n’était peut-être pas aussi confus que mon père le disait mais qu’il ne pouvait pas me répondre parce que ma petite sœur ne lui avait rien dit.

J’ai pesté intérieurement, mais bon sang comment pouvait-elle faire se comporter ainsi avec eux, à ne rien leur dire alors que quand même elle vit chez eux !

C’est là que ça m’a explosé à la figure.

 

Depuis longtemps, j’ai des relations complexes (compliquées ?) avec ma famille … (sauf ma mère et mon petit frère).  Cet été en a encore été un exemple des plus frappants.

Il y a de l’amour entre nous c’est certain mais aussi un passif (copieux), des tensions, des rancœurs, de l’incompréhension mutuelle. Les voir est toujours source de tension pour moi, nous n’avons pas les mêmes centres d’intérêt, pas la même façon de penser, je déteste leurs opinions à l’emporte-pièce, sans nuances ni subtilités etc etc … Si bien que mes visites se doivent d’être peu fréquentes et courtes pour que ça ne dégénère pas.

Et qu’au fil des ans j’ai mis en place un certain nombre de stratégies pour me protéger.

Dont le silence. Je tais énormément de choses. C’est à peine s’ils savent où je travaille et ce que je fais, ils ne connaissent pas mes amis, ils ne savent pas de quoi ma vie est remplie. Je leur ai même tu que j’étais partie 15j en vacances de l’autre côté de la France …

 

Et c’est exactement ce que ma petite sœur fait à sa façon. Elle se protège, elle leur tait le plus d’éléments possibles de sa vie. Peut-être avec un peu moins de subtilité que moi – encore que je ne suis pas sûre qu’ils soient si dupes que ça me concernant et je n’habite pas avec eux – mais elle fait exactement comme moi et je m’apprêtais à lui en faire le reproche alors que je suis vraiment mal placée pour ça et surtout que je ne suis absolument pas étonnée en y réfléchissant.

Bon sang, je n’ai prévenu mon père de mon départ en Inde que deux jours avant pour m’épargner l’incompréhension, l’inquiétude, les réflexions stupides !

Ce qui est … inquiétant … c’est que mon petit frère aussi applique cette stratégie. De manière beaucoup plus subtile que ma petite sœur par contre puisque si ma petite sœur bloque tout, mon petit frère, lui, semble donner mais ce ne sont que des miettes quand on y regarde bien.

Et ma grande sœur aussi a fait ça, jusqu’à ce qu’être en couple depuis longtemps semble l’émanciper.

 

Je trouve ça assez angoissant sur notre mode de fonctionnement familial … 

Déni d’attentat

[En ce moment, mon cerveau reprend. Il reprend des choses, déjà dites, déjà écrites pour mieux les compléter. C’est le cas de ce billet qui est le prolongement – ou plutôt l’aboutissement ? – de celui-là, écrit il y a plus d’un an désormais, que je vous conseille donc de lire aussi / avant / après]

Et silence

« On va éviter d’allumer la télé et de regarder les infos » ai-je dit ce 17 août, « il y a eu un attentat à Barcelone, on va s’épargner ça ».

Je me rends compte que c’est ma stratégie désormais. Pour St Etienne du Rouvray, pour l’Allemagne, pour la Suède, pour la Belgique, pour Londres et Manchester, et donc désormais pour Barcelone. En général informée par Twitter de ce qui vient de se passer, je coupe celui-ci, je m’assure que les gens que j’aime qui pourrait être dans le coin vont bien et je « passe à autre chose ». J’essaye de surtout ne voir aucune image à la tv, je n’allume la radio qu’avec parcimonie, je lis un peu la presse écrite pour avoir les faits et rien que les faits. Pas de témoignages larmoyants de gens ayant assistés à tout, pas de vidéos faites sur le moment qui montrent la panique, la peur, les blessés et les morts et me brisent le cœur, pas de rabâchage vide pendant des heures de ce qu’on sait à l’heure actuelle (=rien).

C’est mieux pour moi, à court et à long terme.

J’ai compris ça avec l’attentat de Nice dont j’avais été complètement préservée pour cause de week-end isolé. Cette attaque – et les suivantes – se sont inscrites dans ma mémoire, j’en connais les faits, le déroulé, le lieu, le nombre de blessés et de morts comme tout le monde. Mais elle ne s’est pas inscrite en moi de manière émotionnelle voire traumatique. Quand j’y pense, ça ne réactive pas en moi des émotions négatives, il ne reste que les faits, solidement inscrits dans ma mémoire, je ne ressens pas la peur ou la panique comme quand je repense à Charlie Hebdo ou au soir du 13 novembre alors que ces deux attentats sont nettement plus anciens …

Plus j’y réfléchis et plus je suis persuadée – peut-être à tort, après tout, ça ne repose sur rien d’autre que mon expérience – que ces émissions spéciales qui ressassent encore et encore les images, les témoignages etc activent les mêmes processus cérébraux – dans une moindre mesure évidemment – que ceux qui conduisent aux stress post-traumatiques des personnes témoins ou victimes directs des événements. Du coup j’en veux de plus en plus aux médias, surtout télé, de jouer ce jeu au mieux malsain au pire sordide de cette emprise émotionnelle. Parce que quand vous prenez un peu de recul, tous ces témoignages, tous ces gens qui pleurent en racontant leur histoire, ce n’est pas de l’information, ce ne sont pas des faits, c’est juste une façon de jouer sur votre voyeurisme et/ou de vous laisser vous identifier aux victimes et ça vous rend … captifs.

Interroger l’évidence [modifié]

Tadam !

 

Pendant son séjour, à un moment, mon petit frère a mis sur le tapis LE sujet qui agite ma famille depuis des mois voire des années : « Tu crois que Grande Soeur et Beau-frère auront un enfant un jour ? ».

Aussi insupportable qu’elle soit, je ne peux pas lui en vouloir de poser la question, ses parents sont en boucle sur le sujet depuis au moins 2 ans et c’est régulièrement à moi qu’on la pose étant donné ma proximité évidente avec ma grande sœur. J’aime autant qu’on la pose à moi qu’à eux, dernier lambeau de dignité dans cette conversation souterraine qui les agite, même si ça m’oblige à prendre sur moi pour ne pas me mettre à leur hurler rageusement dessus.

Au delà de ma réponse factuelle « oui/non/allez vous faire foutre » j’ai essayé d’amener mon petit frère à questionner cette évidence qu’un couple installé depuis un certain temps, voire marié en ce qui les concerne, DEVAIT/ALLAIT avoir un enfant. Qu’il n’y avait pas forcément pour les membres du couple d’évidence là dedans, que parfois elle ne l’était que par « logique des choses » sociale et familiale (et que parfois il y avait évidence claire nette et précise depuis le départ). Qu’on pouvait peut-être écouter cette absence d’évidence, voire ces choix profondément réfléchis par conviction écologique ou responsable ou autre sur une planète déjà surchargée et en cours d’asphyxie, qu’une vie sans enfant n’était pas forcément inaboutie ou triste comme il me l’a dit. Qu’il faudrait peut-être plus souvent que les gens interrogent cette évidence dans leur propre cheminement de parents.

Ça a été une conversation rude pour lui je crois, je ne peux pas lui jeter la pierre, c’est une conversation rude pour les adultes aussi de ce que j’en ai constaté.

 

Quelques jours plus tard, je n’ai pu m’empêcher de « rire » puisque c’était pile le jour du dépassement où nous aurions consommé toutes les ressources disponibles de la planète, j’ai eu une conversation avec Dr Chouchou qui sortait d’une semaine avec ses neveux et qui m’a confié du bout des lèvres que ni lui ni sa compagne ne se sentaient d’avoir d’enfant. Jamais. Il s’attendait de ma part au laïus habituel sur le fait qu’on n’était jamais prêt à avoir des enfants et qu’il fallait juste se lancer, sur le bonheur ineffable, merveilleux et sans cesse renouvelé d’avoir des enfants, etc etc etc … A la place je lui ai juste répondu qu’ils n’auraient pas d’enfants et qu’ils feraient autre chose dans leur vie et que ça serait bien aussi.

J’ai senti un immense soulagement de sa part d’éviter au laïus habituel que tout le monde doit leur servir dès qu’ils abordent le sujet.

 

Moi la première je n’aurais sans doute jamais interrogé cette évidence solidement ancrée dans nos vies et nos sociétés si je n’y avais pas été obligée …

 

En ce moment je me bats contre mes médecins.

Enfin non, c’est faux, je me battrais avec eux si j’étais dans l’opposition frontale, si je répondais par la colère, si je haussais le ton. A la place, je suis dans l’opposition tranquille, ce côté « parle à mon cul ma tête est malade » si agaçant.

Il n’empêche, mes médecins sont obsédés par « ma fertilité » ou plutôt par le fait de la préserver le plus possible, comme si elle n’était pas déjà franchement catastrophique. Alors que moi je m’en fous, mais alors d’une force … Je le leur ai dit d’ailleurs, j’ai argumenté : j’ai expliqué l’absence de projet d’enfant, le deuil d’en avoir un jour, le refus d’affronter un jour une grossesse tellement risquée qu’elle m’empêcherait de respirer pendant des mois. Elles n’ont rien voulu entendre alors maintenant c’est moi qui n’écoute plus, ça me parait un juste retour des choses.

Moi j’aimerais vraiment mieux que mes médecins soient obsédés par ma fatigue, mes prises de sang ……. atypiques dirons nous pudiquement, mes migraines, ma tachycardie, la tête qui me tourne trop souvent, cet isulinorésistance secondaire qui s’installe silencieusement … Ça me parait beaucoup beaucoup beaucoup plus important que ma … « fertilité ».

Je me disais pendant un temps que mes médecins étaient obsédés par ma fertilité parce que ce sont des femmes. Qu’elles ont elles-mêmes enfanté et qu’elles projettent sur moi quelque chose de leur histoire. Mais finalement, je ne suis pas sûre que ça ne soit que ça.

Pendant un temps, un ami – un des rares au courant – n’arrêtait pas de remettre le sujet sur le tapis : « Mais tu feras des FIV, des PMA, des GPA » « Mais pourquoi tu ne commences pas à préparer un dossier d’adoption » « J’ai une amie qui ne voulait pas d’enfant, à 40 ans, elle s’est soudain réveillée et elle s’en est mordue les doigts ». Je refuse. Je refuse de rentrer dans un système qui me rendrait complètement dingue, un système fait de souffrance et de déception, je refuse de me faire des piquouzes d’hormones tous les jours, je refuse de prendre ma température tous les jours pour me forcer à baiser LE bon jour et surtout pas le reste du temps, je refuse de rester les jambes bien en l’air après, je refuse d’hurler le cœur déchiré chaque fois que le test de grossesse sera négatif, je refuse d’entamer des démarches d’adoption fastidieuses qui me feront espérer un jour – dans quelques années – d’aller à l’étranger chercher un enfant … peut-être, si on m’en juge digne.

 

Je refuse de me plier à tout ça alors que tout le monde me pousse dans cette voie juste parce que c’est ce que je suis censée faire en temps que femme.

Mais je ne suis pas sûre que le reste du monde ait bien envie de l’entendre.

Les secrets de son histoire

Les lumières de l’enfance

Ma belle-mère m’a toujours tenu le discours suivant depuis que je la connais : ce qui se passent entre deux personnes, ne regardent jamais qu’elle et même quand on est l’enfant de ces deux personnes on n’a pas de droit de regard ou de jugement sur ce qui se passe ou ce qui s’est passé.

Quand j’avais 11 ans son discours me passait carrément au dessus de la tête et je ne me sentais pas concernée. En grandissant j’ai trouvé que sa position était à la fois très sage et très respectueuse.

 

Mon petit frère est venu … et mon petit frère est reparti … transportant avec lui tout son enthousiasme, sa curiosité, ses réflexions, son besoin de solitude, l’ambiguïté de cette période d’adolescence où soudain l’enfant s’entraperçoit encore, sa candeur …

Tourbillon qui a laissé des traces sans le vouloir et sans s’en rendre compte.

 

Ma grande sœur et moi avons 17 mois d’écart.

Je le sais depuis que j’ai appris à compter.

Depuis que je sais qu’il faut 9 mois pour faire un bébé (et que je n’ai pas été prématurée puisque au contraire j’ai attendu pile la date d’accouchement pour pointer mon nez contrairement à ce que le gynéco avait prédit) je sais que ce délai est plutôt court … surtout pour deux enfants issues de deux mères différentes.

Je me suis toujours expliquée cet état de fait en me disant que j’étais un bébé surprise/accident, pas programmé, pas désiré mais accepté et qu’on avait fini par accueillir avec joie quand il avait pointé le bout de son nez. Dans ma tête ça justifiait aussi le fait que le mariage de mes parents ait tenu si peu de temps : ils n’avaient pas eu le temps de se construire en tant que couple qu’ils devaient déjà se construire en tant que parents. Mais mon père ayant quitté sa première femme quand ma grande sœur avait 6 mois, ça collait niveau date.

Je n’ai jamais posé de questions à mes parents sur ma naissance si proche de ma grande sœur. Je n’ai jamais posé de questions non plus à mes parents sur comment ils se sont rencontrés, après tout ils travaillaient dans la même entreprise, ça ne prêtait pas à question. En fait je n’ai jamais posé de questions sur rien qui soit antérieur à mes souvenirs d’enfance.

M’auraient-ils répondu la vérité si je l’avais fait ?

Il y a un côté tabou à ce sujet, rappel de mauvais souvenirs et de périodes douloureuses et ils se sont surtout bien gardés de jamais m’en parler. Et le sujet aussi est douloureux pour ma grande sœur, elle en a longtemps voulu à mon père à l’adolescence et peut-être lui en veut-elle toujours un peu aujourd’hui, de l’avoir « abandonné » quand elle n’était encore qu’un bébé.

 

Mon petit frère lui n’a pas ses hésitations, ses réticences, cette implication émotionnelle. Il a interrogé mon père qui lui a répondu probablement plus franchement qu’il ne l’aurait fait pour moi. Et mon petit frère de me répéter avec toute sa candeur que mon père connaissait déjà ma mère avant la naissance de ma grande sœur mais qu’à cette époque là quand on mettait une femme enceinte on l’épousait même quand on était amoureux ailleurs …

Est-ce que ça change quelque chose ?

Pas pour l’adulte que je suis, qui a vécu et réfléchi. C’est désagréable je ne le nie pas mais plus parce que ça me met face au fait que ce que je croyais savoir était plus ou moins erroné ou construit sur des choses peu étayées, et que ça m’oblige à reconsidérer les choses et modifier mes schémas, que parce que ça fracasse quelque chose en moi. Il en aurait peut-être été autrement si j’avais été adolescente, à l’âge où on juge à la fois durement ses parents et où on a des opinions très tranchées et finalement très peu confrontées à la réalité aussi.

Toutefois … j’espère que ça n’arrivera jamais jusqu’aux oreilles de ma grande sœur. Je ne suis pas sûre qu’elle le vivrait ainsi même après tant de temps … Et je n’interrogerai pas mes parents sur cette partie de leur vie. Ça ne regarde qu’eux.

L’effet miroir

Le défi c’était aussi l’absence de moments à moi et de calme

 

Il y a quelques semaines de ça, c’était fête de famille pour moi.

C’était surtout à la fois la première fois que je m’éloignais de chez moi depuis que je sais que j’ai cette maladie et la première fois que j’allais revoir les membres de ma famille.

Je m’étais préparée à ce que ça ne soit pas évident, mais je ne m’étais pas préparée à ce que ça le soit … comme ça.

 

Il a fallu gérer l’anxiété de mes parents déjà.

De ma mère qui n’était pas sereine de me voir m’éloigner géographiquement d’elle pour la première fois depuis que je suis sortie de l’hôpital en l’appelant pour lui dire « maman il faut que je te dise …. j’ai ça ». Comme si à l’autre bout de la France si jamais quelque chose se passait ils ne seraient pas capables de s’occuper de moi.

De mon père ensuite, qui n’a trop rien dit quand je lui ai annoncé à son tour cette maladie mais qui n’en a pas pensé moins. Ainsi la veille de mon arrivée, je l’ai eu paniqué au téléphone, ne se souvenant plus ce que je prenais au petit déjeuner … Comme si c’était important … moi qui n’ai pour indispensable à ce repas là qu’un thé et un jus d’orange, faisant feu de tout bois pour le reste.

 

Il a fallu gérer les autres aussi.

J’ai passé le week-end à regretter d’avoir parlé de cette fichue maladie à ma famille. Je suis plutôt taiseuse sur ce genre de choses et si j’avais écouté ma nature je ne leur en aurais pas touché un mot, je me suis fait violence pour aller contre ça. Parce qu’il ne fallait pas, parce que ça n’aurait pas été correct envers eux, parce que ça aurait fait un obstacle entre nous.

J’avais juste pas prévu qu’eux, iraient en parler aux gens qui leur sont proches. Et ça fait beaucoup de monde. Qui se sont donc jetés sur moi pour prendre de mes nouvelles. D’un côté c’était « mignon », ça m’a montré indirectement que ma famille se faisait beaucoup de souci pour moi. Mais en vérité c’était surtout …. comme si on me mettait une petite claque chaque fois. C’était un week-end de fête, d’insouciance et les autres me renvoyaient encore et encore à ça, comme si c’était la seule chose qu’on avait à me dire ou à me demander sur ma vie actuelle.

 

Et je n’avais vraiment pas besoin de ça.

Parce que le plus compliqué ces jours-là à gérer ça a été …. moi.

J’ai inventé un mot qui m’existe pas, j’appelle ça « la souciance » qui n’est ni plus ni moins que le contraire de l’insouciance.

Avant quand je partais en voyage ou en week-end, je n’étais qu’euphorie anticipatrice « gniiiiii je paaaaars (loin) de chez moiiiiii gniiiiiiiiiiiiii ! » … eh bien je me demande si je retrouverai cette état d’esprit un jour. Bien sûr qu’avant je gérais l’organisation et la valise et le reste mais j’avais juste hâte de partir. Maintenant j’ai peur, et je pense à toute l’organisation que ça demande, les médicaments à ne surtout pas oublier et ça signifie aussi ne pas oublier de les prendre aux heures où ils doivent l’être, les laboratoires d’analyse à trouver pour faire les prises de sang nécessaires, le médecin à appeler pour lui donner les résultats, et j’en passe et des meilleurs. La souciance. Ne plus jamais partir l’esprit libre, ne plus jamais profiter intégralement d’une journée sans se dire qu’il ne faudra pas oublier le médicament à 19h45 (ou sans que le téléphone le rappelle), etc.

Mon conte préféré quand j’étais petite c’était la princesse aux petits pois, je l’aime toujours beaucoup d’ailleurs (ne me demandez pas pourquoi). Sauf que loin de chez moi, mes exigences et moi m’ont vraiment fait l’effet d’être une princesse capricieuse. Et vas-y que j’ai besoin d’un 2e oreiller pour surélever mes pieds pour dormir, et vas-y que « non je peux pas manger de carotte crue et puis vraiment pas trop de salade verte/haricots verts/tomates/épinard/blettes/fèves et puis je vais m’arrêter là sinon on en a pour la nuit »

J’en hurlerais de rage, de frustration, de me voir ainsi demander parce qu’il me faut plus désormais que ce qu’il faut à n’importe qui et que si chez moi tout a été aménagé depuis longtemps et que je n’y pense plus, chaque fois que je suis loin de chez moi me rappelle à ça.

 

C’est ça finalement qui a été le plus difficile ces jours là, me voir dans les yeux des autres. Cet effet miroir.

Il va me falloir un peu de temps encore pour le digérer.

Ce qu’on lègue à nos enfants sans le vouloir

Ma petite sœur va mal.

Et tout le monde met beaucoup d’énergie depuis 6 mois à ne pas le voir alors qu’à défaut d’être capable de le dire, elle l’exprime de toutes les manières possibles. Ou à minimiser les choses. Ou à espérer que ça va s’arranger tout seul.

Voire à tenir des discours à la fois stupides et dangereux qui risquent surtout d’empirer les choses : mon père de dire qu’il va la foutre dehors quand elle aura 18 ans et que ça va l’obliger à apprendre à se contrôler, ma grande sœur de penser que si elle se met un coup de pied au cul ça ira mieux, ma belle-mère de ne surtout rien dire mais d’exploser sans cesse.

Et moi de penser que c’est surtout une bonne prise en charge par un psychiatre avec relais médicamenteux qui s’impose urgemment. Ce que tout le monde s’acharne à considérer le moins possible … sauf ma petite sœur à qui il manque l’indépendance (sur tous les plans puisqu’elle est mineure encore) pour pouvoir se passer de l’accord de ses parents.

Tentation de la tête dans le sable en attendant que la crise passe … d’une façon ou d’une autre.

 

J’essaye de ne pas leur jeter la pierre, de garder à l’esprit que la souffrance psychique est mal connue du commun des mortels (et plus encore) et que ça s’accompagne souvent d’un tas d’idées erronées et de prescriptifs et stupides « yakafokon ».

J’essaye aussi de garder à l’esprit que la perspective d’une prise en charge psy soit éminemment douloureuse pour ses parents et les autres membres de la famille, qu’il soit le symbole d’une remise en cause personnel, qu’il signe un échec individuel et collectif. Qu’il leur faille un peu de temps pour s’habituer à l’idée soit, mais à un moment la souffrance de ma petite sœur ne pourra pas passer après la leur.

 

J’essaye enfin de regarder les choses comme ils les voient, ou plutôt comme ils veulent les voir ?, et de me dire qu’il leur faudra du temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés là et … qu’ils n’y arriveront peut-être tout simplement jamais.

Parce que quand on regarde les choses objectivement et avec une certaine distance on ne comprend pas pourquoi ma petite sœur va si mal. Elle est la fille aimée et choyée d’un couple qui s’aime toujours autant malgré les années et qui ne sont ni maltraitants ni toxiques, elle a grandi dans un milieu hyper privilégié sans connaître de grands soucis ou de grandes crises, ses parents sont prêts à (presque) tout pour lui donner les meilleures chances pour l’avenir que ce soit sur un plan financier ou autre.

Pourtant quelque chose dysfonctionne. Ça m’interroge beaucoup personnellement d’ailleurs. Je ne peux pas dire que ça ne soit que la faute de ses parents (parce que le problème se situe quand même surtout là) ou de la famille, ni que ce soit que la faute de ma petite sœur. C’est entre les deux que ça frotte. Les réactions, le caractère et l’attitude de ma petite sœur interagissent mal avec les réactions, le caractère et l’attitude de ses parents. Et vice-versa. Personne ne l’a jamais voulu mais le fait est que c’est là. Et je me dis qu’on peut être les meilleurs parents du monde, vouloir sincèrement le meilleur pour son enfant, ça peut quand même mal se passer, parce que … parce que quoi justement ? Parce que les caractères sont trop forts et ne s’accordent pas ? Parce que l’histoire familiale qu’on se trimballe déteint malgré nous ? Parce qu’on n’a pas la bonne réaction au bon moment ? (sans pour autant avoir eu une mauvaise réaction, juste « pas celle qu’il fallait pour la personne en face ») Parce que l’autre s’enferre dans une façon de faire et d’être dont on ne sait pas le faire sortir ?

 

Après je mentirais si je disais que je suis étonnée. Ma petite sœur a toujours eu une fragilité que je n’ai pas repéré chez les autres membres de notre fratrie, en même temps elle a hérité de la place la plus compliqué, coincée entre deux très grandes sœurs physiquement absentes mais omniprésentes dans l’esprit du père et un petit frère solaire, petit dernier et seul garçon tant désiré dans cette lignée uniquement féminine jusqu’à présent. Un jour une spécialiste de l’enfance m’avait dit que dans une fratrie de 3, c’était souvent l’enfant du milieu qui posait le plus de problème avec une vraie difficulté à trouver sa place. (Nous sommes 4 mais je crois qu’on peut aisément nous réduire ma grande sœur et moi à une même entité dans notre fratrie élargie)

 

Bref ma petite soeur va mal et il serait temps que nous ouvrions les yeux.

 

nb : quand je vois comme c’est douloureux pour moi d’écrire sur ça, je jette encore moins la pierre aux autres de n’avoir pas envie de voir.

 

C’était le temps de l’insouciance

L’hésitation

Il y a une méga private joke dans cette photo

 

C’est une question rituelle. Systématique. Une de celles – nombreuses – que je pose à tous mes patients la première fois où je les vois lors d’un véritable interrogatoire : « vous vivez seul ou en couple? ».

La réponse est importante pour moi, pour bien saisir le contexte de vie de mes patients, pour savoir sur quoi m’appuyer si besoin (ou pas). Mais pas plus que quand je leur demande s’ils vivent en maison ou en appartement, s’ils ont des étages à monter ou pas. Pas moins non plus. Aucun jugement de ma part, c’est une information purement factuelle dont j’ai besoin pour m’occuper d’eux au mieux.

En général j’obtiens une réponse de même nature, purement factuelle, que les gens me délivrent très naturellement qu’ils soient célibataire ou pas. Ça s’inscrit dans la continuité de mes questions sur la variation éventuelle de leur poids et avant celles sur leur activité professionnelle avant la maladie.

Je suis une professionnelle au service de leur santé, tout ça est parfaitement neutre.

 

Pourtant dans de très rares cas, il y a une latence supplémentaire avant que j’ai ma réponse à cette question. Quelque chose d’infime, d’impalpable mais qui se joue uniquement sur cette question là alors que j’en pose au moins cinquante autres. Un battement de cœur supplémentaire, une fraction de seconde qui donne le temps de m’évaluer, un regard sur moi miroir de ce cerveau qui réfléchit à toute allure avant de faire un choix.

J’ai (enfin) fini par mettre le doigt sur ce qui lie tous ces cas et ce que signe cette fraction de seconde.

A chaque fois que j’ai observé ce phénomène, quand la personne me répond elle m’informe qu’elle vit en couple …. avec quelqu’un du même sexe.

Information parfaitement neutre pour moi que je traite comme le fait que la personne soit fumeuse ou pas. Je ne le note même pas dans le dossier me contentant d’un « en couple » comme pour tout le monde (sauf les célibataires :p). Je me contente juste de le noter dans un coin de ma tête pour ne pas faire preuve d’indélicatesse en demandant « comment madame va ? » alors qu’il me faudrait demander « comment monsieur va ? ».

 

Mais surtout – et ça me sert le cœur depuis que je l’ai compris – je sais désormais ce que cette fraction de silence supplémentaire dit, ce que ce regard appuyé sur moi, ce que ce cerveau qui tourne soudain à pleine allure signifie : c’est la décision de la prise de risque. Le moment où cette personne qui ne me connait pas encore puisqu’elle me voit pour la première fois se demande si elle peut me dire la vérité ou si elle s’expose à des regards écœurés et/ou des paroles puantes.

J’aimerais tellement les rassurer mais tout se joue trop vite pour que je le puisse. Néanmoins quelque chose chez moi doit les rassurer assez pour qu’ils osent prendre ce risque puisqu’ils m’ont toujours répondu la vérité.

J’aimerais dire aussi que je ne traite pas ces personnes différemment de mes autres patients, mais ça serait mentir. Il  y a une différence (et une seule) : quand je dois évoquer leur conjoint devant quelqu’un d’autre, je le fais toujours en utilisant des termes très vagues et neutres pour ne pas les mettre en difficulté.

 

L’actualité nous rappelle tristement pourquoi me dire la vérité semble être un tel saut dans l’inconnu pour eux …

2 be 3 (or not to be)

Se mettre à distance

 

L’automne dernier, j’ai traversé la France pour aller voir des amis.

Pendant ce week-end tout doux, j’ai observé qu’alternativement l’un ou l’autre de ce couple d’amis se mettait en retrait pour me permettre d’avoir des conversations en duo au lieu que ce soit systématiquement un échange à trois.

J’avais été surprise sur le moment, c’était la première fois que j’observais ce  phénomène.

Avec le recul je me rends compte à quel point c’était attentionné.

Rare.

Et précieux.

 

→ Au travail, comme n’importe qui j’ai des affinités plus ou moins grandes avec mes collègues.

Il y en a un que j’apprécie beaucoup, et je pense que c’est réciproque, avec qui je n’ai quasiment jamais l’occasion d’échanger tant nos plannings ne nous laissent que rarement l’occasion d’avoir 15mn en commun pour parler. En plus, entre nous, pas de small talk, c’est ce que j’apprécie avec lui, les conversations vraiment pointues et approfondies.

Sauf que … Sauf que chaque fois que par miracle on réussit à avoir un peu de temps pour se parler et qu’on engage une de ces conversations, la secrétaire nous rejoint. Sys-té-ma-ti-que-ment. Même si elle a des choses à faire, même si elle est occupée, elle vient se mêler à la conversation. Et j’avoue qu’à force, j’ai beau l’adorer, ça me donne envie d’hurler parce que ça change forcément la dynamique des échanges : il y a tout ce qu’on ne dit pas parce qu’on ne veut pas qu’elle le sache et/ou parce que certaines choses sont trop personnelles pour être dites à 2 personnes à la fois, il y a les questions qu’elle pose et qui font bifurquer les échanges et/ou les freinent, il y a l’attention qu’elle nous réclame et dont nous privons notre autre interlocuteur. 

Et j’aimerais bien que des fois, juste de temps en temps, elle nous laisse parler rien que nous deux.

 

→ Le week-end dernier j’étais chez le Best Friend.

Je ne vais pas dire que je le connais par cœur (hu hu) mais je le connais suffisamment bien pour que l’huître qu’il est s’ouvre à moi (parfois). Ça ne dure parfois que quelques secondes, parfois beaucoup plus, mais j’ai remarqué qu’il y avait toujours une constante : il faut que nous ne soyons que tous les deux à ce moment là. Si sa femme est là ou si elle nous rejoint, il ne me lâche plus rien.

Ce week-end nous avons eu l’occasion de boire un café rien que tous les deux pendant quelques minutes sur sa terrasse et il a enfin commencé à s’ouvrir à moi sur ses doutes et ses angoisses par rapport à son changement de vie, son nouveau poste professionnel etc … Et ça c’est brutalement arrêté quand sa femme est venue nous rejoindre. J’en aurais hurlé de frustration.

 

Alors je me dis que des fois il faudrait savoir – même dans un couple – se mettre un tout petit peu en retrait pour offrir à l’autre de espaces d’expression privilégiés, savoir parfois ne pas s’imposer.

C’est possible, à l’automne dernier des amis me l’ont prouvé.

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