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Shaya

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bibliothèque remplie de livres

Bilan des livres 2019

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La flemme c’est quand tu reprends la même image que l’an dernier ^^’

J’avais pris un plaisir fou à écrire mon bilan des livres de l’année 2018, c’est donc en toute logique que j’ai décidé de remettre ça cette année.

2019 a été une année riche et réjouissante au niveau lecture.
J’avais un peu l’impression de tourner en rond niveau lecture, de rester sur la même liste d’auteurs, de ne rien découvrir de nouveau qui soit vraiment enthousiasmant, et que les écrans me prenaient trop de temps et d’énergie au détriment de la lecture.
J’avais amorcé une sortie de tout ça en 2018, qui ne s’est pas démentie en 2019. Je suis sortie de ma zone de confort de lecture, j’ai renoué avec les bibliothèques de mon agglomération dont je m’étais un peu lassée (aussi parce qu’elles ont beaucoup évolué dans leur fonctionnement), j’ai prêté des livres et on m’en a prêté, j’ai parlé de livres avec une foule de personne, je me suis laissée tenter par les conseils de lecture de Causette ou de My Little Book Club.

Ceux qui me suivent sur Instagram ont pu suivre tout au long de l’année mes lectures (mais pas forcément bien mises en valeur) mais là il s’agit de faire ressortir mes grands coups de cœur de cette année !
En pages Marcel !

1_ Journal d’un vampire en pyjama de Matthias Malzieu

Il était dans ma liste de livres à lire depuis longtemps. Sans que je saute jamais le pas. Et puis c’est Lizly qui m’en a reparlé et je me suis dit que vraiment il fallait que je le lise. J’y suis allée en toute légèreté, je savais que ça parlait de maladie mais ça n’est vraiment pas un sujet qui me fait peur. Finalement ça a plutôt été une grosse claque. Je n’imaginais pas me projeter autant dans ce que l’auteur écrit de la maladie, des soins, de l’entourage.

2_ Mistral perdu ou les évènements d’Isabelle Monin

C’est un de ces livres dont je me demande après coup comment ils ont pu m’arriver dans les mains et comme ma vie aurait été moins belle si ça n’avait pas été le cas. Ce livre est magnifique. Magnifique de par la façon dont l’auteure manie les mots, manie le Verbe. Magnifique par la délicatesse de cette histoire qui raconte l’absence, le vide, la trace indélébile de cette sœur avec qui on a tant partagé et qu’on a un jour perdu, de comment on continue à vivre avec ça, malgré ça.

3_ Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman (et tous les suivants de la série « les détectives du Yorshire »)

Attention ces romans policiers sont terriblement british ! Et terriblement bons et addictifs ! On y rit beaucoup malgré les tentatives d’assassinat et les empoisonnements. Il y a de l’humour et de l’Agatha Christie dans ces enquêtes. Et surtout les personnages, et l’environnement du Yorkshire, sont terriblement bien construits et attachants. Je n’ai pas encore lu le tome 5 mais j’ai tellement hâte de retrouver Samson et Delilah !

4_ L’aile des vierges de Laurence Peyrin

Fans de Downton Abbey, ce livre est fait pour vous ! On y renoue avec ces grandes familles aristocratiques anglaises (sur le déclin) et leur domesticité : les intrigues, les luttes de pouvoir, les rumeurs. Un vrai bonheur. Mais ce livre va bien au delà de cette ambiance Downton Abbey, il parle des convictions (fortes parfois) dans lesquels on élève des enfants et comment ils se les approprient ou les rejettent. Il parle aussi de la condition des femmes en ce milieu du 20e siècle, des choix qu’on fait et du prix à payer pour ça.

Du coup, emballée par la plume de l’auteure et l’histoire, j’ai lu tous les autres livres de cette auteure que j’ai pu trouver. Avec plus ou moins de bonheur. J’ai adoré « Ma chérie » en y retrouvant tout le sel de l’Aile des vierges. J’ai détesté « La drôle de vie de Zelda Zonk » et sa suite « Hanna » dont l’héroïne capricieuse m’a paru absolument insupportable (je n’avais pas eu autant envie de tarter une héroïne de livre depuis « Une vie » de Maupassant).

5_ La fille au sourire de perles de Clemantine Wamariya

Ouh quelle énorme claque que ce livre. Enorme. Enorme. Enorme.
Et c’est loin d’être agréable la plupart du temps.
On est loin du récit habituel du survivant à un génocide. Plein de résilience, d’espoir, de belles rencontres et de pardon. Celui là est plein de colère, de fureur, de haine même. Il remet en cause l’action des humanitaires lors des conflits, il dit l’immense difficulté de se construire après un pareil traumatisme, il dit les liens irrémédiablement brisés, il dit la rancœur qui ne s’éteint pas.
Il dit. Crûment. Violemment. On n’en sort pas indemne. Mais c’est nécessaire.

6_ Le manuscrit inachevé de Franck Thilliez

J’ai déjà parlé de Franck Thilliez l’an dernier. Cet auteur et ses polars ne m’ont jamais déçue pour le moment et cette fois encore il m’a épaté par sa capacité à se réinventer dans ce genre littéraire et par son système de poupées russes.
Même si je l’ai beaucoup détesté pour la fin de ce livre. L’auteur que j’adore détester.

7_ Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi

J’ai aussi parlé de Virginie Grimaldi l’an dernier mais elle mérite une fois encore de figurer dans cette liste. Comme les précédents, son livre est drôle tout en traitant de sujets très sérieux et terriblement émouvant, les personnages sont attachants et l’histoire très originale. Il y a dans celui-là un petit truc en plus qui me l’a rendu particulier sans que je sache bien pourquoi, peut-être parce que ça parle de voyage et d’aurores boréales ?

8_ La vie qui m’attendait de Julien Sandrel

Un peu dans la même veine que le livre d’avant (et dans celle du livre suivant) c’est ce qu’on qualifie de feel-good book. Je n’aime d’ailleurs pas trop cette expression qui a une connotation péjorative alors qu’on peut évoquer des sujets très sérieux tout en ayant un livre qui nous fait du bien. Celui-ci évoque la maladie, le mensonge, le deuil, la vie qu’on se gâche soi-même. Et pourtant on en ressort ému et heureux.
Une vraie douceur.

Cette année j’ai aussi lu La chambre des merveilles du même auteur et pareil : courez-y !

9_ Toutes les couleurs de la nuit de Karine Lambert

Que fait-on quand on apprend que dans 3 semaines on aura perdu la vue ? Comment affronte-t-on cela ? Comment affronte-t-on la réaction de notre entourage ? Comment envisage-t-on son avenir ?
C’est le sujet de ce superbe livre à l’écriture toute en délicatesse.

10_ Un tout petit rien de Camille Anseaume

J’ai enfin lu ce livre environ 1000 ans après tout le monde. Si comme moi vous l’avez manqué, vous devez rattraper ça de toute urgence !
L’auteure écrit – décrit – tout en subtilité et en délicatesse (encore ! Je crois que c’est le mot de mes lectures 2019 « la délicatesse) ce moment où l’inattendu s’invite, où il faut faire un choix, seule mais pas vraiment, tout le monde ayant un avis et ne se privant pas de le faire savoir.

11_ La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

Ah ce livre …
Inspiré d’une histoire vraie, il raconte la nécessité de survivre dans l’Allemagne nazie, l’absence de choix, la violence omniprésente et la peur. Il raconte aussi les manques, l’absence, l’amitié qui naît dans n’importe quelles conditions, les élans qu’on ne maîtrise pas ou qu’on ne veut pas maîtriser. C’est un livre magnifique et encensé. A raison.

12_ Timbré de Terry Pratchett

L’an dernier j’écrivais que j’avais lu le dernier livre à jamais écrit par Terry Pratchett. Et c’était très triste. Heureusement le hasard de ce livre que je voulais prêter à un ami m’a rappelé que si Terry Pratchett ne publierait plus jamais de nouveau livre il en avait laissé pas mal derrière lui qui pouvait être relu. Au départ je voulais juste en lire quelque page, pour m’assurer qu’il serait bien le candidat idéal dans la littérature pratchettienne pour séduire Dr Chouchou. Finalement une fois démarré, je n’ai pas pu m’arrêter et je l’ai relu entièrement. A ma plus grande joie. Terry Pratchett n’écrira plus de nouveau livre mais manifestement je pourrai relire l’ensemble de son oeuvre avec autant de jubilation que lors de ma toute première lecture. Bonheur infini.

13_ Retour à Birkenau de Ginette Kolinka

C’est un tout petit livre. 162 pages. Un tout petit livre mais d’une puissance incroyable. Comme une claque sèchement reçue. Ginette Kolinka fait là le récit cru de sa déportation et sa survie dans le camp de Birkenau quand elle avait 19 ans. De sa chance d’en revenir, de ce qu’on fait de ça après.
Ce n’est pas forcément agréable mais c’est assurément une lecture nécessaire.

14_ La fuite en héritage de Paula McGrath

Dernier livre que j’aurais réussi à lire en 2019 (difficilement pour cause de Tsunami et ce livre aurait mérité mieux que la lecture coupée que j’ai réussi à lui accorder) et quel livre !
2012, une gynécologue dublinoise hésite à quitter l’Irlande pour Londres face aux tensions qui agitent son pays autour de l’avortement.
2012, une adolescente dont la mère vient de mourir décide de fuguer pour échapper à la tutelle de ses grands parents dont elle ignorait l’existence jusque là.
1982, une adolescente rejoint Londres avec l’espoir d’intégrer une troupe de danse.
Quel est le lien entre ces histoires ? Parfois pour survivre, la seule chose à faire c’est fuir. Mais il y a un prix à payer aussi pour ça. Et parfois en fuyant on se retrouve.

Et puis il y a le livre de 2019 que je n’aurai pas réussi à finir : Archives des enfants perdus de Valeria Luiselli
Car oui, très exceptionnellement, cette année j’ai décidé de ne pas finir un livre ce qui ne m’était pas arrivé depuis 10 ans je crois. Mais je n’ai pas bien accroché avec l’écriture de ce road trip à travers les Etats-Unis, ce qui n’aurait pas dû m’empêcher de le lire si je n’avais pas été en plein Tsunami, écrasée de fatigue, et si – par ailleurs – j’avais pu renouveler mon prêt à la bibliothèque.
Tant pis !

Ça aura été une année riche en lecture comme je le disais, essentiellement des auteurEs (autrices ? Je ne m’y fais pas) à ma grande joie et je me souhaite que 2020 le soit tout autant et même plus encore ! Et je vous le souhaite !
Personnellement … ça s’annonce bien !
Bon réveillon à tous !

Non tranché(s)

Nuance

Il y a quelques jours, au lendemain de l’élection de Miss France, je lisais cet article du Monde (oui je sais il est réservé aux abonnés) qui oppose en substance les tenants de cette grande messe télévisuelle aux féministes décriant entre autre cet objectification du corps féminin.

Et globalement je me disais que contrairement à tout ce petit monde, je ne savais pas bien quoi en penser. Enfin si j’en pense plein de choses mais mon opinion est tout sauf tranchée.
Comme pour la prostitution.
Comme pour la GPA.
Comme pour J’accuse de Polanski.
Comme pour plein d’autres sujets qui animent le féminisme, mon avis n’est ni blanc ni noir il est tout en nuances de gris. Nombreuses les nuances.

Je n’ai pas regardé Miss France.
Pas par boycott. Simplement parce que j’ai oublié et que ces programmes interminables remplis de pubs me gonflent prodigieusement. Mais si je n’avais pas oublié, j’aurais probablement jeter un œil vers 22h30, avant d’aller me coucher. Pourtant je me pense et je me dis féministe.

Je ne vais pas dire que je me réjouis de voir des jeunes femmes défiler en maillot de bain pour être jugée sur leur physique. En même temps je trouve que le profil des candidates a sacrément évolué depuis quelques années, qu’on a maintenant de sacrées têtes et qu’elles savent très bien dans quoi elles s’engagent. J’ai du mal à me dire qu’il faudrait leur interdire de se présenter au motif qu’il faut libérer les femmes, d’autant plus qu’il met les femmes en avant pour une fois et ça n’est pas si souvent. En même temps je ne peux pas nier que ce soit un concours majoritairement conçu et fait sur le physique des candidates et qu’il est normatif au niveau des corps.

Bref, c’est compliqué.
J’aime assez le fait que ce soit compliqué, qu’il y ait débat dans ma tête, que je n’arrive pas forcément à trancher dans un sens ou dans l’autre. Que la réalité soit plus complexe que les deux alternatives qu’on nous donne en général.
Mais je reconnais que quand la vie est soit blanc soit noir, elle est beaucoup plus simple.

Tsunami

Montagne surplombant le lac avec quelques nuages dans un ciel bleu
Heureusement il reste toujours le beau <3

Finalement je réalise que je n’ai jamais écrit ici ce nom que je cherchais , pour décrire cette fatigue qui m’avait étouffé, nom que j’avais fini par trouver : le Tsunami.

Je ne l’ai pas écrit ici, mais je l’ai écrit ailleurs et j’ai dit que j’allais l’appeler ainsi car « cette fatigue arrive brutalement, détruit tout et quand elle se retire on pourrait croire qu’il ne s’est rien passé et qu’elle ne reviendra jamais ».

Je me demande si à l’époque, en mai 2018, j’avais réalisé à quel point ce nom était pertinent sur nombre d’aspects. Probablement pas.
Puisque c’est maintenant que le Tsunami est revenu que je le réalise.

Car oui, quasiment deux ans jour pour jour après son premier déferlement, le Tsunami est de retour. Je ne l’ai pas vu arriver, je n’ai pas senti l’eau se retirer sous mes pieds qui allait annoncer la vague monstrueuse. J’ai beau refaire le film des jours qui l’ont précédé, aucun signal ne m’a alerté. J’étais un peu crevée, mais comme je l’ai été de nombreuse fois sans que cela débouche sur un Tsunami. Je l’ai craint pourtant depuis 2 ans, j’ai scruté avec inquiétude les signes qui pouvaient l’annoncer, les moments de fatigue un peu exacerbée, j’ai redouté sa réapparition, j’ai espéré que ça n’arrive jamais. A tort.
Le Tsunami est revenu par surprise, je n’ai pas vu la vague grossir à l’horizon, je n’ai rien pu faire pour l’empêcher de me submerger et de me dévaster.

Je l’ai simplement reconnu tout de suite quand il a été là. Il ne m’a fallu que quelques minutes pour réaliser que c’était un tsunami, que la Fatigue était revenue. Quelques minutes pour renouer avec cette seconde peau qui pèse des tonnes et qui m’étouffe (pour celles et ceux qui auraient lu « Moi en double » de Navie je trouve que c’est très bien illustré, même si là cette double peau était en rapport avec le poids), au point que tenir ma fourchette ce soir-là soit une véritable épreuve physique et que je doive demander à ce qu’on m’épluche ma clémentine le lendemain midi.

Néanmoins il y a du positif dans tout ça et je veux le voir. Un an 1/2 de répit depuis la fin de la précédente attaque, c’était bien plus que ce que j’avais espéré alors.
Et surtout j’ai appris du 1er Tsunami. Appris qu’il y aurait une fin à cette période difficile même si je n’en connais pas la date exacte. Appris à mieux réagir aussi, à me sentir légitime dans ce que je ressens et à savoir que c’est la Maladie qui mord et non moi qui m’écoute trop. Appris une certaine souplesse, à me faire roseau au lieu de me raidir et à lâcher du lest au lieu de ne vouloir céder sur rien.
Appris enfin à dire à mon entourage et à réagir rapidement. J’ai commencé à réorganiser mon agenda, à déléguer certaines choses au niveau professionnel, à alléger la logistique de tous les jours (et tant pis s’il faut manger surgelé pendant 3 mois) et le planning des journées. J’ai aussi prévenu mon entourage proche, que j’étais en situation de fragilité, qu’il allait falloir qu’ils veillent sur moi, que j’allais devoir en faire moins, que ça risquait de durer un moment, qu’il allait leur falloir de la patience et de la tolérance. Appris à ne pas rajouter de l’émotionnel à tout ça pour que ça ne devienne pas une souffrance.

Le Tsunami est là.
La vague me parait un peu moins haute qu’il y a deux ans. Des digues ont été mises pour ça en même temps.
Reste à savoir combien de temps il va falloir pour que l’eau se retire et quelle sera l’étendue des dégâts.

Ce qui nous construit

Keep calm and think

C’est fou comme les choix que l’on fait et les événements que l’on vit peuvent parfois nous construire sans qu’on s’en rende compte sur le moment.

Il m’a fallu un peu de temps, après avoir commencé à travailler dans le monde de la cancérologie, pour réaliser que ce n’était peut-être pas simplement le fait du hasard si j’avais atterri là. Que la maladie de ma mère quand j’étais adolescente, puis la disparition de mes 2 grands-mères à un an d’intervalle à cause de cette maladie, y était peut-être un peu pour quelque chose.
Des fois je me demande s’il n’y a pas là dedans une volonté de réparation, un besoin de contrôler quelque chose sur lequel j’ai eu bien peu de prise à l’époque, une nécessité d’affronter professionnellement un vécu personnel, une projection malsaine à travers le parcours de mes patients. Mais le fait est que ce n’est pas ce que j’éprouve quand j’y pense. Au mieux j’y vois juste la familiarité d’une maladie qui terrifie nombre de personnes alors que je me la suis appropriée adolescente et que j’ai grandi dans son ombre.
Il n’empêche, le fil est là, solidement établi dans mon histoire même s’il a changé de nature au cours du temps.

Et parfois ces choses qui nous construisent se retrouvent de manière plus surprenante.
L’autre soir je suis allée voir un concert autour de la musique de Mozart. J’adore la musique classique, mais j’ai un amour encore plus particulier pour l’œuvre de Mozart.
Au delà du fait que ça a été une moment vraiment formidable, il y a surtout eu ces fourmillements dans les mains quand l’orchestre s’est installé sur scène. Je n’ai pas joué de violoncelle depuis plus de 15 ans, et même si je n’ai jamais réussi à vendre mon violoncelle (que j’ai donc toujours) ça ne me manque pas au quotidien et je ne passe pas mon temps à me dire qu’il faudrait que je reprenne. Mais là, en les regardant, j’avais une envie dingue de les rejoindre pour jouer (bon évidemment je n’ai absolument pas le niveau et même à l’époque je ne l’avais pas) et je me suis rendue compte de la trace que mes 10 années de pratique du violoncelle avaient laissé sur moi. Je me doutais bien que si j’aimais tant la musique classique alors que c’est peu valorisé à mon âge, ce n’était pas pour rien. Mais en fait c’est beaucoup plus profond et intense que ça. Il y a un élan qui ne se dément pas.
Et qui ne se démentira sans doute jamais puisque cela fait désormais partie de moi.

So loved

Love me true

J’ai (enfin …) trié mes cartes postales. Celles qui s’accumulaient sur mon bureau depuis un bon moment. Trois ans en vérité puisque mon dernier tri/rangement remontait à cette date.
Je ne sais jamais quoi faire des cartes postales que je reçois. Je me dis souvent que je voudrais les accrocher sur un pêle-mêle mais en y réfléchissant je me dis que je ne les regarderai pas plus accrochées. Je voudrais en faire vraiment quelque chose, presque une oeuvre d’art, mais pour l’instant ça n’a pas pris plus forme que ça : une envie. Alors en général, par manque d’inspiration ou par manque de temps (ou les deux), je les lis et je les pose sur mon bureau … et je les y « oublie ».
Là je les ai trié et puis je les ai rangé dans ma boîte à cartes postales dans laquelle j’ai retrouvé mon carnet de voyage de l’Inde et les bougies de mes 30 ans.

Ce tri a été l’occasion de me rendre compte que je reçois beaucoup de cartes postales. Je les ai relu avec plaisir et/ou émotion. J’en ai jeté certaines et j’en ai gardé beaucoup d’autres. En me disant que c’était bête de les garder pour les enfermer dans une boite mais sans réussir à me résoudre à les jeter. Au delà de l’aspect éminemment affectif, il y a aussi à mon sens un aspect « mémoriel ». Quand j’étais petite mon père mettait toujours une carte postale avec le chèque de pension alimentaire qu’il envoyait à ma mère. Je les gardais religieusement dans un tiroir. A l’adolescence, dans une période où mes relations étaient médiocres avec mon père et où je ne me sentais pas aimée par lui, je les retrouvé en triant mes affaires. Et à ma grande surprise je me suis rendue compte qu’il finissait toutes ses cartes par « dis à Shaya que je l’aime » ou « je t’aime ma fille ». Mon esprit avait complètement occulté ce fait. Difficile de continuer à se dire « non aimée » par lui dans ces conditions.

Il y a un peu de ça, là aussi. Relire tous ces textes m’a fait me sentir tant aimée. Par mes ami(e)s essentiellement qui sont les plus grands pourvoyeurs de cartes postales. Il y a dans ces petits morceaux de papier tant d’amour pour moi, ça fait comme une grosse couette dans laquelle s’entortiller pour passer les jours plus rudes. Et les garder c’est garder l’occasion de les relire si la couette se fait un peu maigre ou si la mémoire me fait défaut.

D’une manière générale je me sens tellement aimée en ce moment. Dans des petits détails qui se nichent partout. Un jour quelqu’un m’a dit « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », je suis d’accord et les preuves d’amour se multiplient sur moi c’est presque indécent.
Permettez moi de me rouler dedans tel Picsou dans sa piscine de billets.

A quoi ça sert ?

I agree with this

Il y a deux ans de ça, l’automne avait été difficile.
Trop d’incertitude sur mon avenir professionnel, trop de stress, trop de réveils nocturnes angoissés. Sans être catastrophique, ça n’était pas la super pêche.
Et ça devait se sentir pour ceux qui me connaissent bien. J’en avais parlé un peu à mes plus proches mais pas suffisamment il faut croire ou pas assez à leur goût il faut croire, puisqu’un jour l’un d’entre eux m’a dit « je vois bien que ça ne va pas mais pourquoi tu dis rien ? »

Oui, c’est vrai, pourquoi ?
Je ne suis pas une grande bavarde. Surtout quand il s’agit de parler de ce qui ne va pas.
Mais surtout … à quoi ça sert ? Sérieusement ? Est-ce que ça va changer quelque chose de parler encore et encore de ce qui ne va pas, de tourner en boucle sur ça, de refaire les mêmes conversations alors qu’on n’a strictement aucune prise sur les événements ?
Alors autant ne pas en parler.
Pas de manière récurrente en tout cas. Moi en tout cas ça ne me va pas de tourner en boucle sur ça et qu’on m’interroge constamment sur ça.

Autant je suis partisane de toujours laisser de l’espace à ceux de mes amis qui ont besoin de leurs problèmes autant moi je préfère qu’on me parle d’autre chose.
J’essaye déjà de me contraindre à signaler que ça ne va pas, à expliquer pourquoi au moins rapidement, mais il ne faut pas en attendre plus je crois.

Point de crispation

C’est étrange comme l’esprit peut se figer parfois sur quelque chose, un détail. C’est étrange comme l’enjeu se cache dans les détails.

J’ai beaucoup beaucoup avancé sur la Maladie, je me surprends régulièrement. Mais.
Mais il y a dans ma tête un point d’accrochage. Quelque chose que je n’arrive pas à obtenir de mes médecins et sur lequel je n’arrive pas à lâcher prise. Un truc tellement anodin.

Je suis malade depuis 9 jours. Un rhume banal d’automne, une crève sans fièvre donc sans gravité, un vague mauvais moment rapidement passé. En théorie.
Pour l’instant, sans être gravement malade, c’est surtout un rhume qui s’éternise sans que je vois vraiment d’amélioration pour le moment, monter deux étages me demande un effort et que je m’étouffe régulièrement. 9 jours pour un truc aussi banal ça commence à être long.

Je suis sûre que depuis que la Maladie m’oblige à prendre un certain nombre de médicaments, je guéris moins vite des infections et je cicatrise moins vite en cas de blessure. Le moindre rhume devient apocalyptique et interminable, la moindre coupure met des plombes à cicatriser et nécessite une certaine surveillance. Je finis toujours par guérir. Mais le temps que ça prend à chaque fois ….

J’en ai parlé à ma médecin, plusieurs fois. A chaque fois, elle me dit que non, que ça n’a rien à voir. Et ça me crispe. Et je me crispe sur ce point là. Sans bien comprendre pourquoi ça prend autant d’importance pour moi d’obtenir cette reconnaissance finalement somme toute assez anecdotique.
Enfin non, en fait pas si anecdotique : si je guéris moins vite c’est à prendre en compte pour tout, pour moi quand je suis malade, pour le médecin s’il doit m’arrêter, pour la durée du traitement s’il doit y en avoir, pour la fragilité immunitaire que ça semble induire.
Et puis aussi et surtout parce que j’ai besoin que quelqu’un valide ce que je constate. Que ça ne soit pas « juste dans ma tête ». Surtout que là je suis sûre de ce que je constate, contrairement à beaucoup d’autres sujets plus fluctuants concernant la Maladie, la fatigue par exemple. Aussi parce que j’ai l’impression que ma médecin rejette en bloc le sujet, par peur que je décide d’arrêter mes médicaments. Alors qu’il en faudra beaucoup plus pour que j’arrête mes médicaments, beaucoup plus qu’un rhume qui dure 2 fois plus de temps que la normale, beaucoup plus qu’une coupure qu’il faut désinfecter plus longtemps en attendant qu’elle cicatrise. J’ai bien conscience que mes médicaments me sauvent la vie au quotidien (et ce n’est pas une hyperbole, ils me sauvent littéralement la vie), je ne suis pas prête à les arrêter à la légère.

C’est aussi pour ça que je me crispe autant sur ce sujet, ça serait une reconnaissance sans risque, sans enjeu pour ma médecin, mais qui soulagerait quelque chose pour moi.

Petit chat dormant dans des bras

Réhabilitation

Petit chat dormant dans des bras
En miaou

C’est étrange comme l’histoire peut se recomposer depuis un an. Elle ne se réécrit pas, les événements sont toujours les mêmes mais ils s’assemblent différemment. Ils se rééquilibrent même en douceur.

Jusqu’à mes 18-20 ans, j’avais 2 grands mères.
Ma grand mère maternelle, que j’adorais, un vrai soutien, un pilier, un refuge, une valeur sûre pour moi et sa disparition m’a longtemps laissé un manque.
Ma grand mère paternelle, qui s’amusait à me faire pleurer aux repas, qui m’humiliait devant le reste de la famille, qui me disait que je marchais comme un éléphant, qui n’arrêtait pas de me trouver trop proche de mon père (mon faible rempart contre elle) et qui se foutait de ma gueule parce que je ne savais pas repassé à 9 ans. Aka Mémé Bourreau (dont je n’ai pas été la seule victime dans la famille loin s’en faut).

Quand Mémé Bourreau est morte, ma belle-mère m’a dit son étonnement de me voir à son enterrement, « avec tout ce qu’elle m’avait fait ». Et c’est vrai que je n’y suis pas du tout allée pour la pleurer elle. Sur le moment, j’aurais dit que j’y allais pour mon père, parce que mon absence aurait été une blessure trop béante à ajouter à celle de la disparition de sa mère. J’aurais aussi probablement dit que j’y allais pour m’assurer qu’elle était bien morte (de manière assez moche) et enterrée. Je crois maintenant que j’y allais aussi pour moi, pour tourner définitivement cette page. J’avais coupé les ponts depuis longtemps avec mes grands parents paternels, je n’avais plus de contacts avec eux même pas téléphoniques, ils n’existaient plus dans ma vie et je leur niais toute influence. A l’exception d’une seule que je reconnaissais à ma grand mère paternelle depuis longtemps : celle de m’avoir appris – dans la douleur – à me défendre y compris contre les adultes, à dire « non », à penser « va te faire foutre », à m’opposer, à m’imposer, à ne pas la fermer.

Au printemps ça a fait 13 ans que Mémé Bourreau est décédée et pendant des années rien de ce qui précède n’a bougé. Ni un ressentiment persistant et tenace, ni un écartement des souvenirs et de ce qu’ils m’avaient « légué » dans ma construction.
Jusqu’à l’année dernière.
Ça a commencé quand j’ai su que j’allais partir en vacances pas très loin de là où ils sont enterrés et où j’ai passé mes vacances d’enfance. « Pas très loin » d’une centaine de kms, ce qui fait toujours moins que les 750 qui me séparent habituellement de ces lieux. Et que j’ai décidé que j’irai fleurir leur tombe, sans que personne ne m’ait rien demandé. Que j’irai voir leur maison, que j’irai parcourir les rues de la ville. Mon père apprenant où j’allais en vacances m’a demandé d’aller fleurir la tombe mais je l’avais déjà décidé avant. Et c’était bien, et j’étais contente de l’avoir fait.

Et depuis les choses continuent doucement à se remettre à leur juste place. J’ai enfin demandé à mon père la recette de ce plat madeleine de Proust de mon enfance, et c’était Mémé Bourreau qui le réalisait et je m’apprête à le refaire quand il fera un peu plus frais.

J’ai aussi réattribué une place, surprenante (vraiment), à Mémé Bourreau dans la genèse de mon féminisme. J’ai toujours considéré que mon féminisme me venait de ma mère – qui ayant divorcé sans hésiter de mon père quand j’avais 4 ans m’avait prouvé quotidiennement qu’on n’avait pas besoin d’un homme pour s’en sortir et pour monter les meubles – et de ma grand mère maternelle – qui n’avait pas hésité elle à mettre mon grand père devenu alcoolique et violent à la porte avec 2 filles à élever dans les années 70, avait passé son permis et trouvé un travail dans la foulée.
J’ai longtemps pensé que Mémé Bourreau n’avait rien à faire dans cette histoire là (comme dans le reste ^^), au contraire. Qu’elle était l’exemple type de la bourgeoise BCBG ayant contrainte sa fille mineure enceinte à se marier pour éviter le scandale.
Et puis l’autre jour ma mère m’a fait remarquer que si mon père prenait en charge chez lui les repas, les courses et le ménage c’était parce qu’il avait grandi avec ce modèle là. Et ça m’a dessillé un peu les yeux.
Ça m’a rappelé que j’avais grandi avec le modèle d’un couple de grands parents où la femme n’était pas soumise (loin s’en faut), où mon grand père prenait largement sa part des tâches quotidiennes (notamment les repas) et dans lequel ma grand mère avait repris un travail rapidement après la naissance de ses enfants. Ce qui n’était somme toute pas si courant que ça dans les années 70.

Ça n’enlève rien au fait que ma grand mère a obligé sa fille mineure enceinte à se marier pour éviter le scandale, ça n’enlève rien à tous les autres dégâts qu’elle a pu faire, ça dit juste que rien n’est jamais aussi tranché qu’on le voudrait et qu’on peut avoir en soi des influences qu’on n’avait pas vu venir.

Calligraphie

L’écriture me manque.
L’écriture manuscrite me manque.
Pour ce qui est de coucher mes mots j’ai la chance d’avoir ce blog et sinon ça me manquerait aussi.

Ce qui me manque c’est le stylo qui court sur le papier, ce sont les lettres tracées par ma main, c’est le poignet qui s’endolorit d’avoir beaucoup écrit. C’est l’odeur du papier, les lignes tracées sur la page pas vraiment blanche de ce fait, l’encre qui inscrit et le blanc pour corriger la phrase quand la pensée s’est égarée ou que l’accord a été mal effectué.

L’école me manque rien que pour ça. J’ai la nostalgie des kilomètres d’écrits notés, de ma trousse remplie de différents stylos. J’adore les stylos, aujourd’hui encore, je suis sensible à la façon dont ils écrivent, à la joliesse qu’ils donnent ou pas à mon écriture.

J’ai la nostalgie des centaines de pages écrites à ma meilleure amie pendant que j’étais à la fac pour lui raconter au jour le jour ma vie. Du stylo plume et du stylo bille, des feutres fins de couleur.
J’ai la nostalgie aussi des écrits qu’on retrouve un jour par hasard en vidant une armoire ou un grenier.

Comme tout le monde je passe beaucoup de temps sur l’ordinateur. J’écris toujours beaucoup mais c’est par le clavier que je le fais. J’envoie des mails, je rédige des documents, je m’escrime sur Excel pour faire des tableaux, et le poignet est douloureux de manier la souris au lieu du stylo.
Pourtant je ne suis pas très douée pour réfléchir sur informatique, régulièrement il me faut revenir au papier pour organiser mes idées, gribouiller et raturer à la main pour savoir ce que je vais dire et écrire et dans quel ordre.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien je pense si le Bullet Journal – son carnet et cette nécessité d’écriture – me convient autant, si j’y prends autant de plaisir malgré les années qui passent, et que je n’ai jamais pu passer aux méthodes d’organisation numériques sur ordinateur ou smartphone.

Mais le Bullet Journal ne comble pas mon envie d’écrire régulièrement un long texte, même pas une belle phrase en fait.
Du coup je me demande si je ne vais pas essayer de m’écrire régulièrement une lettre.

Lac d'Annecy entouré de montagne

On oublie…

Belle fin de journée

J’ai la chance, la grande chance, d’habiter dans un endroit magnifique.
Et des fois je l’oublie.
En fait, souvent je l’oublie.
Prise par le quotidien, la circulation trop dense, les journées tunnel qui ne laissent pas de répit pour relever la tête et réaliser la chance qu’on a (d’être là, d’être heureuse, d’admirer l’arbre face à ma fenêtre et les oiseaux qui nichent dedans), prise par les désagréments de cette ville touristique, à la croissance de population effrénée, prise par la météo grise et froide.

J’oublie d’admirer les superbes montagnes face à ma fenêtre, j’oublie d’admirer la couleur du lac, j’oublie qu’en 1/4 je peux être en pleine nature, j’oublie qu’en sortant du travail je peux aller le baigner, j’oublie la neige qui fait briller la ville l’hiver.

Et puis il suffit d’une étincelle pour que mes yeux se dessillent et que la magie et la mémoire me reviennent.
Le virage d’une route qui m’offre un panorama superbe sur le lac ou le Mont Blanc, l’éclat d’une forêt rousse au soleil de l’automne, le chant des oiseaux ou la rencontre des marmottes lors d’une balade en montagne, les premières neiges qui viennent illuminer les sommets.


C’est pareil avec les gens qu’on aime.
On oublie la chance qu’on a.
Pris dans le quotidien qu’il faut assumer jour après jour, pris dans les habitudes, pris dans les certitudes.
On oublie les rires, les conversations qui font grandir et réfléchir, la complicité, les découvertes. On oublie tout ce qu’ils apportent à notre vie.

Et des fois on ferait bien de s’en souvenir et de retrouver la magie.

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