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Shaya

Shaya has written 589 posts for En Shayalandie

Sur une échelle de 0 à 10 …

… 0 signifiant pas du tout et 10 le plus fort que vous puissiez imaginer, vous êtes à combien ?

 

Live and let die

 

Plus le temps passe et plus je suis embêtée quand quelqu’un me demande – sincèrement – comment je vais.

Parce que « ça va » ou « ça ne va pas », ça manque de nuances.

Et que j’ai besoin de nuances.

 

Surtout sur un sujet … toujours le même …. la fatigue !

A la question de savoir comment je vais, j’hésite toujours à répondre franchement sur le sujet de la fatigue.

Parce que je n’aime pas inquiéter mon entourage et que j’aurais envie de toujours répondre « yeah ! Tout va super bien! «  je serais tentée de toujours répondre « je suis fatiguée ». Sauf que je ne suis pas toujours fatiguée de la même façon ou tout du moins pas à la même intensité.

Mon état de base depuis plusieurs mois concernant la fatigue sur une échelle de 0 à 10 c’est 3. Tout le temps. Et manifestement je ne m’y suis pas encore habituée parce que j’ai quand même envie de répondre « je suis fatiguée ».

Actuellement (= au moment où j’écris ces lignes), j’estime ma fatigue autour de 5-6/10. Je sens nettement la différence au quotidien mais ça reste gérable, bien loin du 9/10 atteint l’an dernier pendant les fêtes. Dans tous les cas « je suis fatiguée ». Sauf que ça n’a rien à voir entre les 2, et que la nuance « je suis un peu fatiguée / je suis fatiguée / je suis très fatiguée » je ne suis pas certaine que ça parle suffisamment à mon entourage.

 

Du coup je vais peut-être instituer un nouveau rituel :

_Comment tu vas Shaya?

_Je suis à 5/10 en fatigue mais sinon ça va.

 

Je ne suis pas sûre sûre qu’ils soient prêts.

Jolie Turin

Symbole de la ville

 

« Mais … pourquoi vous allez à Turin? » m’a-t-on demandé, manifestement stupéfait par ma destination de long week-end.

J’ai ricané, oui c’est vrai, pourquoi ? Mais en vérité je suis assez mal placée pour le faire puisqu’il n’y a pas si longtemps de ça, à peine plus de 6 mois, j’avais moi-même de Turin, la vision d’une ville industrielle et sans charme.

A tort …

Enfin, pas complètement, industrielle elle l’est mais assurément pas dans son centre ville historique.

 

Personnellement, j’ai trouvé l’architecture de Turin magnifique. Douce. Cohérente.

Le castello

 

Le palais royal

 

L’ (ancienne) université

Une sensation de grande harmonie au sein du centre ville mais aussi une absence de sensation d’écrasement (ce qui est souvent le cas dans les grandes villes je trouve) et d’une ville très aérée et « verte » grâce à ses parcs.

Surannée également avec ses vieux trams, ses immeubles défraîchis …

#Défraichi (un peu quand même)

 

Je l’ai trouvé un peu déroutante aussi. Je m’attendais à une architecture proche de celle de ma région, une idée confuse née de cette histoire commune avec la Savoie. J’avais d’ailleurs une foule d’idées fausses concernant Turin. Je pensais entendre parler du Saint Suaire à tous les coins de rue par exemple, il n’en a rien été. Et je pensais adorer le chocolat chaud et le bicerin, et il n’en a rien été non plus ^^’.

Une certaine idée du bicerin (version évoluée avec des morceaux de chocolat à la pistache sur la crème fouettée) (me suis contentée des cappuccino après)

 

J’ai adoré la ville de Turin, son ambiance, sa vivacité.

Son histoire aussi avec ses vestiges romains, ses palais royaux et ses églises baroques.

La cathédrale

La porte Palatine (vestige romain)

Son côté pratique avec ses kilomètres (18 quand même) de rues en arcade qui permettent de déambuler au sec les jours de pluie.

Celles-ci n’étant pas les plus belles (mais les plus belles j’ai oublié de les photographier)

 

Dans le pilier une « boutique »

 

Et des bouquinistes

 

Et puis son musée égyptien … Ah son musée égyptien.

*soupirs*

On m’avait dit « si tu ne dois visiter qu’un seul musée à Turin, tu DOIS visiter le musée égyptien », ce à quoi j’avais répondu vaguement « mouais … » tant les collections égyptiennes des grands musées me laissent sur ma faim. Et j’ai compris pourquoi en visitant ce musée égyptien : une vraie muséographie, pas juste une exposition d’un tas de pièces, une mise en relation de l’évolution des pratiques funéraires et de l’art à travers le temps grâce à quelques pièces magnifiques et fort bien choisi, un audioguide formidablement fait (inclus dans le billet) … j’ai passé 2h30 dans ce musée absolument magique et j’en suis ressortie amoureuse.

Si vous ne devez visiter qu’un seul musée à Turin, vous DEVEZ visiter le musée égyptien ! 😀

(Par contre je vous conseille VRAIMENT d’acheter vos billets à l’avance par internet, vous payerez 2€ de plus mais vous vous éviterez 1h30 à 2h de queue, moi pour 2€ j’achète)

 

Ramses II !

Perte

New pull d’automne

Alors voilà … j’ai quasiment atteint l’objectif de poids fixé par ma médecin.

Plus ou moins le week-end de 4j en Italie (dont j’espère pouvoir vous parler d’ici la fin du week-end prochain)(se fixer des objectifs réalistes) mais la variation ne sera pas suffisante pour remettre le résultat final en question. 

 

J’ai retrouvé mes repères avec moi-même, avec mon corps et avec mes vêtements. Evidemment il y a au fond de moi une petite étincelle d’auto-satisfaction à enfiler des vêtements et de constater qu’on flotte encore un peu plus dedans que la dernière fois. Mais dans le fond … Je n’ai jamais jamais accepté de maigrir pour des raisons esthétiques, du coup il n’est peut-être pas si étonnant que je me trouve plus moche aujourd’hui quand je me regarde dans la glace qu’il y a 1 an.

Comme si ce poids perdu faisait ressortir certaines choses de mon physique que l’on voyait moins avant. Pardon. Que JE voyais moins avant. Allez on je vais le dire, je vais l’écrire, ce qui cristallise mon attention – et mon agacement – en ce moment, c’est cette putain de poitrine. J’ai perdu 2 tailles de pantalon et 0 taille de bonnet. *soupir*

Je sais bien que j’ai des amies qui perdent elles avant tout de là alors qu’elle voudrait perdre des cuisses et du cul mais moi j’aurais volontiers perdu 2 tailles de pantalon et 2 tailles de bonnet. J’avais envisagé un temps de passer par le bistouri mais je pense (non en fait, j’en suis sûre) que mon état de santé ne me le permet plus.

 

Et puis … et puis je ne me sens pas plus belle, pas plus dans les canons de beauté de notre société, pas plus désirable, pas plus aimée, pas plus intelligente. Je m’y attendais, malgré ce que notre société nous vante, il n’y a pas de déception de ce côté là. Juste un constat … blasé.

Néanmoins soulignons l’aspect éminemment positif de cette affaire, en dehors du fait que ma médecin va être contente et que mes analyses ont évolué dans le bon sens (ce qui devrait la réjouir également) : toute cette affaire s’est faite avec beaucoup de douceur. 

La perte de poids a été lente, pas toujours continue, parfois j’ai repris un peu et j’ai trouvé ça rassurant (comme si j’avais toujours un certain contrôle, surtout les rares fois où l’idée de perdre est devenue obsessionnel), je ne me suis jamais privée de rien du coup il y a une certaine sérénité pour le moment par rapport à tout ça. On verra si ça dure. Et là dessus mon scepticisme ne se dément pas, il faudra du temps pour savoir s’il cédera.

La liste imaginaire

Mon beau sapinou ! (c’est celui de l’année dernière évidemment,je n’ai pas encore sorti le mien quand même)

 

Est-ce qu’on est que fin octobre et que je commence doucement mais surement à rentrer dans le mode « Noël » ???

Oui parfaitement !

Je commence à réfléchir sérieusement aux cadeaux de Noël que je vais faire aux gens de mon entourage et incidemment je commence à réfléchir aux cadeaux de Noël que je n’oserai jamais réclamer mais qui me ferait plaisir (tout le fameux problème entre « je veux que les cadeaux de mon entourage soient spontanés », surtout que j’ai eu de très très belles surprises à plusieurs reprises, et « oui mais ils ne sont pas télépathes »).

Du coup je la pose là, je crois que ça va devenir un petit rituel de Noël pour moi, et comme il est tôt encore, peut-être que je la complèterai!

 

Cher Papa Noël, j’ai été sage cette année, enfin au moins quelques jours sur les 365 que l’année a compté, et pour Noël je voudrais :

  • ce pull en cachemire, parce que le cachemire c’est la vie (surtout l’hiver), couleur cerise. Je l’ai déjà acheté en deux couleurs (ocre et camel) alors financièrement l’acheter en une 3e couleur ça serait carrément exagéré mais quand même elle est magnifique cette couleur non ?
  • cette encre à lèvre dans la teinte « natural red » parce qu’on a toujours besoin d’un rouge à lèvre confortable et facile à porter non ? (si)
  • Ce livre des photos de Thomas Pesquet. Ou celui là de Virginie Grimaldi qui permet en plus de faire un don à une association.
  • J’adore le vernis mais c’est quand même super risqué de m’en offrir tant j’en ai et je suis devenue difficile, néanmoins je me tâte pour Victoire de Dior depuis des semaines (p’tet que je me l’offrirai pour mon anniversaire …)
  • Dans mes envies carrément folle, il y a de m’acheter une nouvelle étole en pashmina. J’en ai ramené une de mon voyage en Inde, qui est encore impeccable et merveilleuse pendant les mois d’hiver mais j’aurais dû en acheter 78 vu le prix que je l’ai payé (prix déjà élevé mais rien à voir avec le prix que ça coute en France!).
  • Heureusement j’ai aussi des envies un peu moins onéreuses (et que je risque un peu plus de réaliser par moi même) comme cette gelée de nuit anti-âge qui a l’air trop cool (même si j’ai pas besoin de produits anti-âge encore) (je suis hyper bon public pour les textures cosmétiques atypiques, j’ai honte d’ailleurs, mais j’ai toujours hyper envie de tester).
  • Je bave un petit peu sur ce body depuis des mois (bon j’ai jamais porté de body alors c’est peut-être juste un rêve qui s’avérerait moisi dans la réalité).
  • Comme je compte bien aller à Cuba l’an prochain, le guide du routard de Cuba ça serait vachement bien. Et comme le Laos se profile pour l’année d’après, ya moyen d’anticiper 😀
  • Cette photo <3 et celle là <3 <3 et celle lààààààà <3 <3 <3
  • J’hésite toujours à savoir si j’aurais besoin de ce sac pliant là ou pas. Enfin je kiffe la marque. Et ce motif en particulier ^^’ (je pense acheter un panier pour ma mère pour Noël)

 

Wohla! Va falloir que je m’arrête, le papa Noel ne pourra jamais mettre tout ça sous mon sapin !

 

(ça fait du bien de rêver n’empêche)

Le casse-tête de Noel

Prendre son envol

 

A moins que vous me lisiez depuis peu ou pour la première fois, vous le savez sans doute : j’adooooore Noel et la période des fêtes de fin d’année!

Je sens d’ailleurs que l’excitation qui marque pour moi cette période de l’année commence doucement à monter, probablement parce que je commence à mettre en place des choses en rapport avec cette période, que je commence à penser aux cadeaux que je vais faire et à qui.

D’ailleurs rien que de l’écrire là je commence à pousser un « hiiiiii » intérieur et je me contiens pour ne pas me mettre à applaudir des mains de joie.

 

Mais il y a un truc qui me gâche toujours un peu cette période. Ce sont les tiraillements familiaux.

A partir du moment où j’ai eu 18 ans et où la gestion des vacances n’a plus été réglée par le jugement de divorce, ça a toujours été un déchirement de choisir entre mes parents. Mon père l’a bien compris et a décidé d’inviter systématiquement ma mère pour Noel afin de m’épargner ce choix.

Ça aurait dû régler toutes les tensions autour de cette période.

 

Ça l’aurait fait si … s’il n’y avait pas eu la Maladie. S’il n’y avait pas la Maladie.

Peut-être que ça changera avec le temps si tout se passe bien, peut-être que c’est encore frais dans ma tête parce que ça ne date que des dernières fêtes de fin d’année, mais j’ai de plus en plus de mal à m’éloigner de chez moi. Parce qu’en 2015, la première attaque de la Maladie a eu lieu en novembre et elle m’a laissée complètement à bout de force pour les fêtes de fin d’année et il m’a fallu bien ces 15j de congés tranquilles pour m’en remettre. 

Parce qu’en 2017, la deuxième attaque de la Maladie a eu lieu en décembre, une semaine avant mes vacances de Noel et que j’ai bien cru que ces 15j ne suffiraient pas à m’en remettre suffisamment pour reprendre le boulot.

Alors oui, pour moi, la fin de l’année c’est une période que j’adore ET un moment où je sais que je vais être probablement à bout de fatigue et où j’ai immensément besoin de repos. Alors que les fêtes de fin d’année loin de chez moi, surtout quand je dois traverser la France (littéralement) pour aller voir ma famille, c’est surtout beaucoup de fatigue. Ce sont des mauvaises nuits, des moments sans tranquillité et sans repos, des contraintes, du stress. Et je ne peux plus me le permettre. Pas sans le payer au prix fort après. En tout cas c’est l’impression que j’en ai et le besoin de rester au plus près de mon cocon pour limiter les dégâts.

Tout serait tellement plus facile s’ils n’étaient pas aussi loin …

 

Et ça j’ai beaucoup de mal à le faire entendre à mon père.

J’ai aussi beaucoup de mal à le lui dire probablement. D’autant plus quand par ailleurs je n’hésite pas à prévoir de partir 4j en Italie en Novembre et en Janvier… (mais aller en Italie et dans ma famille, c’est pas pareil)

Si bien que plus Noel approche et plus ses demandes se font pressantes pour que je vienne les voir à cette période et plus moi je freine des quatre fers.

Parce qu’on n’est même pas en novembre encore et que je me sens déjà très fatiguée, parce que je sais l’automne toujours très compliqué et chargé professionnellement, parce que je n’aurai pas de vacances avant Noel et que le froid et les épidémies hivernales n’ont même pas encore commencé.

 

Et ça m’agace de sentir cette tension augmenter au fur et à mesure que Noel approche, et mon incapacité à répondre aux attentes de mon père et à assumer clairement de ne pas pouvoir.

L’eau a coulé sous les ponts

Bientôt

 

Quand je me regarde l’année écoulée (oui je sais, qui fait un bilan un 6 octobre ?) (moi) je me dis que j’ai drôlement changé en une année. En même temps, j’ai une impression de continuité, je n’ai pas de sensation de rupture. C’est assez étrange cette sensation contradictoire.

En ce moment je fais des choses que je n’aurais jamais fait avant, au point de ne pas me reconnaître par moment. En même temps, j’étais bien bête de ne pas les faire avant …

Et j’aime que les choses bougent, qu’elles avancent dans un sens ou dans un autre. Là dessus cette année n’aura pas démérité.

 

J’ai l’impression d’être devenue plus dure, plus rugueuse dans mes relations aux autres, plus détachée aussi.

Et d’avoir pris de l’assurance également. Tout ça.

J’ai l’impression de m’élaguer au fil des mois. De me défaire de tout le superflu, tout ce qui n’est pas vraiment important, pour ne garder que l’essentiel.

Peut-être que cette sensation de changement et de flottement me vient aussi de ces kilos perdus – à la fois peu et beaucoup – en ayant l’impression de n’avoir rien fait pour ça, de cette sensation de réappropriation de certains aspects de mon corps, il y a quelques années que je n’ai pas fait ce poids là, je ne sais même plus bien dans quelle taille m’habiller.

 

Je ne pensais pas que je me dirais, en repensant à ces 365 jours écoulés, que cette année était bien. Pourtant aujourd’hui c’est ce que j’en retiens.

Oh oui elle a été rude, terriblement même, j’imagine que c’est probablement ce qui m’a rendue plus dure.

Elle a été étonnante, pleine d’inattendus, de surprises et de rebondissements, pleine de défis aussi. Ou surtout. 

 

Voyons ce que la suite nous réserve … 

Elle flambe

#Cliché

 

Je suis en train de composer son numéro mais j’ai pas envie d’appeler Béatrice.

 

Au fond de moi il y a une petite voix qui me hurle de me passer de ce coup de fil, qu’elle ne m’en voudra pas, que je peux faire l’impasse et que ça ne sera pas grave. Une petite voix égoïste. Parce que je sais que l’état de santé de Béatrice se dégrade, j’ai toujours su que ça arriverait depuis que je l’ai rencontré, elle et son cancer du pancréas-que-c’est-tout-pourri. Et je n’ai pas envie d’entendre qu’elle a des métastases qui ont essaimé un peu partout et qu’elle a de grosses douleurs. Dans le jargon, on dit qu’elle flambe. J’aime pas cette expression, j’imagine mes patients qui prennent feu et j’aime pas. Je crois que ça vient du fait que sur les images des scanners et des IRM on se met à voir plein de tâches rouges qui brillent partout et qu’elles grossissent vite, les métastases. En fait c’est pas elle qui flambe, c’est le cancer, mais il l’emporte dans son brasier.

 

Je n’ai surtout pas envie de devoir affronter la réalité en face, cette mort qui s’approche à grands pas. Non pas Béatrice svp, laissez la moi encore ! Parce que je l’aime bien Béatrice, parce qu’elle m’a touchée, qu’on a bien discuté, qu’on a même rigolé un paquet de fois. J’ai pas envie de me dire que cette conversation est peut-être la dernière, pas envie de l’entendre me remercier pour tout ce que j’ai fait pour elle (alors que j’ai fait si peu), pas envie qu’on se dise sans se le dire que c’est la fin et qu’on est contentes d’avoir pu se connaitre, pas envie de me dire que sa fille de 15 ans va devoir vivre sans elle, pas envie de me demander si elle a compris et pas envie de constater que oui elle a compris.

 

Et puis j’ai cette autre petite voix qui me dit que je ne vais pas y arriver. Que cette boule dans la gorge va finir par trahir mon émotion, qu’elle va monter dans les aigus, s’étrangler ou qu’un sanglot va m’échapper. Que ça ne sera pas professionnel de perdre ainsi ma poker face et qu’il n’est pas question que ce soit elle qui me réconforte, ça serait vraiment le monde à l’envers. Cette petite voix aussi qui me dit que je vais dire une connerie, un truc inapproprié qui va la blesser, que j’ai réussi à ne pas le faire jusque là alors ça serait dommage de commencer maintenant. Vraiment Shaya repose ce téléphone.

 

Evidemment je l’ai appelé.

Et je suis restée très professionnelle, je n’ai pas sangloté, pas gaffé. On a même ri. Elle était vraiment heureuse de me parler, de me dire merci et moi aussi j’étais contente de lui parler.

On n’enterre pas les vivants, même si le chemin qui s’annonce est moche, même si ça pue.

 

Derrière le soignant, il y a l’humain, des fois on a le cœur qui saigne un peu.

Ces étapes qu’il faut franchir

C’était chouette de vous revoir

Il y a eu un moment – dans cette journée douce-amère – où je me suis bien demandée quels embranchements de ma vie j’avais pris pour un jour, aujourd’hui, me retrouver là. Seule, dans ce cimetière, pour déposer ces fleurs.

Il y a une ironie non négligeable à ce que ce soit moi qui sois là, entre tous les membres de leur descendance pas si petite que ça, pour rendre un peu de couleurs à leur tombe et honorer leur mémoire. Comme quoi le vilain petit canard est peut-être celle qui a le plus le sens de la famille …

 

Mais en vérité je sais parfaitement pourquoi je suis là.

Pour mon père déjà, parce que ça lui fait plaisir et ça le réconforte, et ça ça n’a pas de prix.

Mais je suis surtout là pour moi aussi.

 

Des fois je lis les gens parler « d’adulting » en franchissant certaines étapes clés, en regardant les écoles avant d’acheter etc … Moi là j’ai l’impression d’être une adulte. Et de boucler une boucle.

Celle qui me permet de regarder sereinement un passé qui a longtemps été une plaie sensible. Celle qui me permet de faire la part des choses, de reconnaître que cette ville a été le lieu de moments pénibles pour la petite fille que j’étais et qu’ils ont longtemps pris le pas sur le reste mais que j’ai aussi dans ces rues une foule de mes souvenirs d’enfance les plus heureux.

Il y avait cette plage de galets sur laquelle j’ai passé des heures à jouer avec ma grande sœur, aux tomates et aux patates, ces briques rouges et jaunes polies et recrachées par la mer. Il y avait cette route pour aller à la plage, avec ces dos d’ânes que mon père prenait vite pour qu’on saute sur la banquette arrière de la voiture en riant. Il y avait cette pâtisserie sur la route de la plage où mon père s’arrêtait pour s’acheter une part de flan qu’il avalait gloutonnement sur le chemin du retour. Il y avait ce champ derrière la maison où j’allais regarder les étoiles filantes du mois d’août, et je n’ai jamais perdu le goût de ces nuits d’observation. Il y avait ce champ de maïs où nous allions chaparder un épi ou deux qui nous donnait des aphtes. Il y avait ces jours de grosse mer où nous allions nous promener sur la jetée, battue par le vent et les embruns. Il y avait ces deux poiriers dans le jardin, un pour moi et un pour ma grande sœur. Il y avait cette ferme où nous allions acheter le beurre 1/2 sel que mon grand père me tartinait si épais sur mes tartines du matin que je n’arrivais jamais à les manger. Il y avait ce plat de pommes de terre, d’haricots blancs et de crème fraîche, spécialité de ma grand mère (ou de mon grand père) dont j’aimerais tellement retrouver le goût. Il y avait cette boulangerie au bas de la maison où parfois on nous achetait un kinder. Il y avait ces bouquinistes où j’arrivais à me faire offrir un livre d’occasion de temps à autre.

 

Déposer ces fleurs aujourd’hui c’est faire un pas de côté pour examiner avec des yeux d’adulte des souvenirs d’enfant. C’est leur réattribuer une place dans mon histoire, une place juste, alors que j’ai voulu longtemps les en éliminer purement et simplement. Reconnaître qu’il y a une part de moi qui c’est forgé là avec eux et avec ces souvenirs, pas forcément la plus belle mais assurément une part solide, et qu’il faut du feu et des larmes pour que la lame tienne.

Être là c’est – non pas leur pardonner – mais admettre qu’il n’y a plus de colère et de haine dans ce que je garde d’eux, que ces rues que la petite fille à couettes que j’ai été a parcouru ne sont plus celles d’aujourd’hui et que suffisamment de temps à passer pour que les fantômes ne traînent plus sur les pavés. Que la boulangerie a laissé la place à un fleuriste dans lequel je ne suis jamais entrée, que le boucher où j’ai demandé un jour du « jambon mouillé » n’existe plus, qu’un des deux poiriers du jardin a été abattu.

Ici ce n’est plus chez moi, et je suis autorisée à y revenir comme une étrangère. Sereine.

 

Bonjour Pépé et Mémé, c’était chouette de vous revoir.

Née sous la bonne balance

Comme le sujet est un peu rude je le sais je vous mets une photo réconfortante

 

Je ne sais pas si c’est parce que je travaille dans le bureau à côté de celui d’un médecin spécialiste du sujet avec lequel j’échange régulièrement sur ses patientes parce que ça fait du bien des fois et que je les vois dans la salle d’attente,

si c’est parce que j’ai travaillé sur le sujet de la grossophobie médicale en particulier – et que j’ai réfléchi à la grossophobie en général, d’ailleurs je vous recommande vivement cet épisode d’Un podcast à soi (et d’une manière générale TOUS les épisodes d’Un podcast à soi) sur le sujet – et aux mécanismes qui mènent à l’obésité et notamment à cet enchaînement délétère régimes-effets yoyo,

si c’est parce que j’ai atteint un âge où les femmes ont suffisamment de recul pour pouvoir en parler – parce que c’était il y a plusieurs années et qu’il y a prescription dans leur tête – et pour pouvoir analyser les raisons qui les ont mené à ça,

 

… bref je ne sais pas à quoi c’est dû mais je trouve que les témoignages d’une relation au minimum malsaine avec la nourriture – voire carrément pathologique avec des troubles du comportement alimentaire – se multiplient autour de moi. Y compris chez des personnes que je n’aurais jamais soupçonné d’avoir vécu ça. Et je suis triste de voir ce qu’on peut s’infliger à cause des représentations sociales autour du poids et de la beauté mais aussi l’influence que la famille peut avoir dans l’apparition de ces troubles. Je suis triste … et je suis en colère contre la société aussi.

 

Bien sûr je sais depuis longtemps que l’anorexie et la boulimie existent. Je me souviens des reportages à la télé quand j’étais jeune qui traitait de ces sujets.

Et puis il y a eu cette connaissance du lycée, retrouvée lors de mon arrivée à la fac et qui deviendra une amie au fil des jours, qui avait sorti le premier jour alors qu’on discutait avec plusieurs personnes « et pis des fois quand tu as trop mangé et bah ça fait du bien d’aller vomir après » et que personne, mais absolument personne, n’avait relevé ni réagi alors que moi ça avait allumé toutes mes alertes internes. Et toute l’année ses troubles s’étaient aggravés, au point qu’elle n’avait plus pu me les cacher et que pour son premier rdv avec un psy je l’avais accompagné.

Et puis il y a toutes ces femmes que je croise, qui ont eu une maladie grave dont elles auraient pu mourir, qui ont eu des traitements hyper violents, et qui ont pris du poids à cause des traitements. Et qui s’inflige de ces choses pour perdre parfois juste 3 kgs, et qu’elles n’ont même pas en trop, qui font 10h de sport hyper intensif par semaine jusqu’à tomber d’épuisement et qui te disent qu’elles se privent de toute vie sociale, qu’elles ne veulent plus sortir de chez elle parce qu’elles sont persuadées que tout le monde les regarde et voient comme elles sont grosses, et qui tiennent un discours tellement haineux sur elle-même et sur leur corps …

Et puis il y a mes collègues. Il y a celle qui ne mange rien sans que sa diététicienne l’y ait autorisée, qui pèse tous ses aliments aux grammes près, qui se bourre parfois tellement de légumes pour ne plus avoir faim sans avoir à manger de féculent que même moi qui aime les légumes je pense que j’en serais dégoutée à sa place, qui parle tout le temps de quand elle était obèse et qui dit que la nourriture occupe 90% de ses pensées … et puis cette autre collègue qui a l’air super bien dans sa peau qui raconte que jeune adulte elle a développé un trouble du comportement alimentaire, qu’elle s’est fait vomir un jour et que c’est rapidement devenu hyper addictif et qu’elle avait cette impression puissante de contrôle, qu’elle a perdu 40kgs en quelques mois et que personne ne s’en est inquiété ni ne s’est demandé comment, qu’elle a été félicité incessamment par tout le monde et que ça a renforcé son trouble du coup, que sa mère un peu ronde qui avait toujours rêvé que sa fille soit mince ne l’avait jamais autant prise en photo qu’à cette période là et qu’aujourd’hui quand elle lui dit qu’elle était malheureuse quand elle était mince sa mère ne veut pas l’entendre et change de sujet, qu’elle s’est fait moins vomir quand elle s’est mise en couple parce que c’était plus compliqué mais sans arrêter complètement et que son conjoint de l’époque n’a jamais rien remarqué alors qu’il travaillait dans un centre pour les troubles du comportement alimentaire et qu’il se vantait de repérer facilement les nanas qui se faisaient vomir, qu’elle n’a complètement arrêté de se faire vomir que quand elle a rencontré son conjoint actuel à qui elle a tout dit et qu’elle a pris 10 kgs depuis qu’elle a arrêté mais qu’elle est 100 fois plus heureuse que quand elle était mince.

 

Je me rends surtout compte à quel point j’ai eu de la chance. Et aussi à quel point de la même façon que le niveau socio-économique de notre famille joue sur notre avenir, le rapport de notre famille a l’alimentation et au poids joue sur nos risques de développer un trouble alimentaire.

Parce que moi j’ai eu la chance que ma famille n’ait jamais jugé mon poids, ne m’ait jamais fait de remarques négatives (sauf Mémé Bourreau mais finalement ça n’a pas tant joué), ne m’ait jamais accordé de l’attention en fonction de ça, ne m’ait jamais incité à faire de régimes (même s’ils ne m’ont pas découragée quand j’en ai fait deux alors que franchement je crois qu’on ne devrait jamais laisser les adolescentes faire un régime). J’ai eu la chance qu’on ne m’interdise jamais de manger du fromage, du chocolat ou des frites. J’ai eu la chance que ma mère n’ait jamais rêvé d’avoir la taille mannequin et n’ait pas projeté ce rêve impossible sur moi. J’ai eu la chance d’être valorisée sur les aspects intellectuels de ma personnalité et pas sur les aspects physiques. J’ai eu la chance même avec 20 kgs de trop de ne jamais être appelée « la grosse », de ne jamais être moquée, humiliée, persécutée, mise à l’écart. J’ai eu la chance que plein d’hommes me disent leur désir quel que soit mon poids, qu’aucun ne m’ait jamais demandé « de maigrir un peu comme ça je serais encore plus belle ». J’ai eu la chance qu’on m’apprenne à manger équilibré, à aimer les légumes, à les cuisiner,. Avec de la crème et du gruyère rapé aussi. J’ai eu la chance de lire des choses qui m’ont fait comprendre que je ne serais pas plus aimée si j’étais mince, pas plus heureuse, pas plus performante.

Et c’est terrible quand on voit les souffrances que ça génère de se dire qu’on a eu de la chance et que tant d’autres ne l’ont pas.

Les journées décadentes

Secret spot <3

 

J’ai bu une bière en mangeant une pizza brûlante assise sur l’une des chaises au bord du lac qui le lendemain soir accueilleraient les spectateurs de la fête du lac.

J’ai passé une après-midi à la plage, dans la fraîcheur de l’ombre d’un arbre et j’ai pique-niqué le soir pendant que le soleil se couchait derrière les montagnes.

Je me suis sauvée une journée entière dans un coin secret, loin de tout, au bord d’un petit lac d’altitude frais.

 

J’aime ces journées d’été, atypiques, décadentes, où je ne fais rien de ce que je fais habituellement alors même que je travaille pourtant. A fortiori en période de canicule.

Oublié le ménage, les courses, les papiers administratifs, le repassage, la cuisine, le blog …

C’est furtif, éphémère, tellement doux et j’en profite. Malgré la chaleur.

Shaya ailleurs …

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