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Cogito

Ah et … n’oublie pas de mettre une jupe!

J’ai déjà dit à quel point évoluer dans un univers professionnel essentiellement féminin pouvait être chiant au possible mais avait quand même un avantage fantastique : pas de risque d’être jugée sur ta poitrine ou de voir un (une en l’occurence) supérieure hiérarchique tenter de t’arracher ta culotte en te menaçant de te virer si tu parles.

En gros sans parler de solidarité féminine – qui n’est qu’un mythe – tu peux espérer échapper à tout ce qui a trait de près ou de loin au sexisme.

Oui … mais non.

 

C’était sans compter que nous les femmes nous sommes les mieux placées pour nous tirer une balle dans le pied. (Parfois? Ou souvent? J’hésite)

 

Je ne vais pas faire comme si j’étais répugnante à regarder et pas jeune et j’ai lu les articles qui disaient que les gens beaux (et jeunes? Je ne me souviens plus) étaient plus payés que les moches. Plus valorisés quoi.

Alors oui quand je dois négocier des choses importantes ou présenter à des gens importants, je n’arrive pas en jogging informe et les cheveux sales. Je fais en sorte de me mettre physiquement en valeur : lavage, maquillage, coiffage et une jolie tenue correcte dans laquelle je me sens bien. Je joue avec les atouts que j’ai dans mon jeu, je l’ai parfaitement intégré.

Mais je reste toujours moi et je ne me vais pas trop loin. Pas de jupe ras la moule, pas de décolleté jusqu’au nombril, pas de maquillage comme une voiture volée. Parce que ce n’est pas moi. Je reste naturelle.

Et parce que ce qui prime doit quand même être ce que je dis, que je veux être prise au sérieux professionnellement pour le contenu, pas pour le contenant (moi).

 

Par contre quand quelqu’un de mon boulot – une femme – me dit « ah au fait Shaya, tu n’oublieras pas de mettre une jupe hein? Parce qu’il y aura du beau monde », ça me déplait fortement. Parce qu’elle ne m’a pas dit « au fait bosse bien tes dossiers, prépare bien ce que tu vas dire, fais toi des fiches claires ». Non son conseil c’est « mets une jupe [comme ça ils verront pas si tu te vautres] ».

Comme je l’ai dit plus haut, je vais forcément (en tout cas je vais essayer) arriver sous mon meilleur jour pour ces occasions. Mais déjà la jupe n’est pas obligatoire loin de là dans ma conception de la tenue correcte.

Et je n’ai surtout pas besoin qu’on établisse cette règle d’un point de vue hiérarchique. Ca me donne l’impression que leur faire une pipe est comprise dans ma présentation. Que je dois rouler des hanches et me baisser pour faire apercevoir mon soutien-gorge.

Je ne crois pas non.

Pourtant c’est bien une femme qui m’engage à le faire. Comment voulez-vous que les femmes soient reconnues professionnellement pour leur cerveau si elles continuent à se baser sur le terrain du physique pour réussir avant de se baser sur tout le reste?

 

 

Surtout quand peu après je demande à ma chef si elle peut me ramener un soir où on va finir très tard plutôt que de prendre 2 voitures et qu’elle me dit « ah ben je sais pas … t’auras qu’à mettre une jupe comme ça si je ne te ramène pas tu pourras toujours te faire ramener hu hu hu ».

Allez savoir pourquoi … je n’ai pas ri.

 

De jupe il n’y eut point …

Discussion

11 Responses to “Ah et … n’oublie pas de mettre une jupe!”

  1. Et oui ! « L’éternel féminin » serait-il fondé sur le masochisme et la rivalité ? Et dire que ce sont les femmes qui élèvent les enfants pour l’essentiel…

    Posted by estelle92 | 18 octobre 2012, 10:01
  2. Je me rappelle être restée baba quand une amie qui est « executive woman » dans une grosse boîte m’a expliqué qu’elle n’allait jamais (ou presque) au boulot autrement qu’en jupe et talons hauts. Parce que c’est comme ça, point. On a peut être changé des choses sur les droits de la femme, mais pas encore l’image qu’elle se doit apparemment d’avoir…

    Posted by Nekkonezumi | 18 octobre 2012, 10:19
  3. Je te rejoins sur la solidarité féminine mythique : moi aussi je bosse dans un milieu très féminin. Cela dit heureusement on ne m’a jamais conseillé de mettre une jupe les jours importants, je crois que je l’aurais très mal pris. Quand à la remarque finale suite à ta demande de covoiturage, c’est très limite…

    Posted by Anna Musarde | 18 octobre 2012, 10:49
    • Le fait est que dans mon milieux les relations avec le milieu politique ne sont pas négligeables et que les décideurs de haut niveau sont très souvent … des hommes. D’où la remarque sur le port de la jupe.
      Quand à la remarque finale … je l’ai trouvé extrêmement déplacé.

      Posted by Shaya | 18 octobre 2012, 13:23
  4. Je pense que c’est une erreur de considérer les hommes comme le premier ennemie de la cause féminine. La façon dont réfléchissent la plupart des femmes ou dont elles agissent quand elles ne réfléchissent pas fait beaucoup de tort.
    En même temps, c’est tellement profondément ancré que ce n’est pas toujours évident.

    Anecdote : en début d’année, j’apprends à prononcer les prénoms des élèves que je n’ai eu jusqu’ici qu’à l’écrit. Sur un prénom qui peut se prononcer « à la française » ou « à l’américaine » avec la même orthographe, je demande à l’élève comment il faut dire. « – On dit les 2 madame. – Mais toi, qu’est-ce que tu préfères ? – Je sais pas, ça m’est égale. – Bon… Ta mère, elle dit comment ? »
    ça m’est sorti tout seul. Je n’ai pas demandé « ta famille », « tes parents », mais « ta mère ». Comme quoi, malgré mon éducation et mes convictions, mon cerveau a associé automatiquement « nom de l’enfant » et « autorité de la mère ». Va savoir d’où j’ai sorti ça…

    Et oui, il y a encore du boulot…

    Posted by Lizly | 18 octobre 2012, 19:51
    • On a tous (et surtout TOUTES) des réflexes ancrés dans nos cerveaux. On ne peut pas toujours éviter d’y recourir. Pas facilement en tout cas…

      Posted by Shaya | 18 octobre 2012, 21:03
    • C’est déjà ça, tu n’as pas dit « ta maman ». 😉
      Cela dit, ça m’interpelle quelque part qu’elle n’ait pas une prononciation préférée. C’était peut-être pour ne pas paraître « difficile » ?

      Posted by Anna | 18 octobre 2012, 21:58
      • Oui ça m’a interpellé aussi qu’il n’y ait pas de préférence de sa part!

        Posted by Shaya | 19 octobre 2012, 12:17
        • Tous les ans, je rencontre le phénomène (prononciations, noms composés interminables dont c’est certain que les élève utilisent un diminutif…) Je pense que les élèves qui prétendent ne pas avoir de préférence ont peur de gêner, ne veulent pas se faire remarquer, paraître embêtants voir insolents. Surtout que cette question se pose en tout début d’année, lors des premiers contacts avec chaque prof. A chaque 1er cours, l’élève se retrouve avec l’attention de tous braqués sur lui/elle… D’ailleurs, comme je les ai en général après tous les autres profs, quand « récite » les noms, je sens bien l’attention de la classe qui grandit quand on arrive à un nom sur lequel les autres profs ont bloqué. Je pense que c’est assez inconfortable pour les élèves d’où l’échappatoire du « faites comme vous voulez » auquel pourrait s’ajouter « mais je ne veux plus que tout le monde me regarde ». Ce qui est paradoxale, c’est que moins vite ils tranchent, plus longtemps ils se retrouvent sous les feux des projecteurs. Mais ils ne doivent pas s’en rendre compte.

          Pour ce qui est de dire « ta maman », ça ne me viendrait pas avec mes collégiens, ils sont trop grands 😉

          Et ce que trouve curieux, Anna, c’est que tu conclues qu’il s’agit d’une fille (« qu’elle n’ait pas de prononciation préférée ») alors que mon texte n’en dit rien… et que pour le coup, c’est un garçon 😉

          Posted by Lizly | 20 octobre 2012, 11:04

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