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Archive for novembre, 2019

Ce qui nous construit

Keep calm and think

C’est fou comme les choix que l’on fait et les événements que l’on vit peuvent parfois nous construire sans qu’on s’en rende compte sur le moment.

Il m’a fallu un peu de temps, après avoir commencé à travailler dans le monde de la cancérologie, pour réaliser que ce n’était peut-être pas simplement le fait du hasard si j’avais atterri là. Que la maladie de ma mère quand j’étais adolescente, puis la disparition de mes 2 grands-mères à un an d’intervalle à cause de cette maladie, y était peut-être un peu pour quelque chose.
Des fois je me demande s’il n’y a pas là dedans une volonté de réparation, un besoin de contrôler quelque chose sur lequel j’ai eu bien peu de prise à l’époque, une nécessité d’affronter professionnellement un vécu personnel, une projection malsaine à travers le parcours de mes patients. Mais le fait est que ce n’est pas ce que j’éprouve quand j’y pense. Au mieux j’y vois juste la familiarité d’une maladie qui terrifie nombre de personnes alors que je me la suis appropriée adolescente et que j’ai grandi dans son ombre.
Il n’empêche, le fil est là, solidement établi dans mon histoire même s’il a changé de nature au cours du temps.

Et parfois ces choses qui nous construisent se retrouvent de manière plus surprenante.
L’autre soir je suis allée voir un concert autour de la musique de Mozart. J’adore la musique classique, mais j’ai un amour encore plus particulier pour l’œuvre de Mozart.
Au delà du fait que ça a été une moment vraiment formidable, il y a surtout eu ces fourmillements dans les mains quand l’orchestre s’est installé sur scène. Je n’ai pas joué de violoncelle depuis plus de 15 ans, et même si je n’ai jamais réussi à vendre mon violoncelle (que j’ai donc toujours) ça ne me manque pas au quotidien et je ne passe pas mon temps à me dire qu’il faudrait que je reprenne. Mais là, en les regardant, j’avais une envie dingue de les rejoindre pour jouer (bon évidemment je n’ai absolument pas le niveau et même à l’époque je ne l’avais pas) et je me suis rendue compte de la trace que mes 10 années de pratique du violoncelle avaient laissé sur moi. Je me doutais bien que si j’aimais tant la musique classique alors que c’est peu valorisé à mon âge, ce n’était pas pour rien. Mais en fait c’est beaucoup plus profond et intense que ça. Il y a un élan qui ne se dément pas.
Et qui ne se démentira sans doute jamais puisque cela fait désormais partie de moi.

So loved

Love me true

J’ai (enfin …) trié mes cartes postales. Celles qui s’accumulaient sur mon bureau depuis un bon moment. Trois ans en vérité puisque mon dernier tri/rangement remontait à cette date.
Je ne sais jamais quoi faire des cartes postales que je reçois. Je me dis souvent que je voudrais les accrocher sur un pêle-mêle mais en y réfléchissant je me dis que je ne les regarderai pas plus accrochées. Je voudrais en faire vraiment quelque chose, presque une oeuvre d’art, mais pour l’instant ça n’a pas pris plus forme que ça : une envie. Alors en général, par manque d’inspiration ou par manque de temps (ou les deux), je les lis et je les pose sur mon bureau … et je les y « oublie ».
Là je les ai trié et puis je les ai rangé dans ma boîte à cartes postales dans laquelle j’ai retrouvé mon carnet de voyage de l’Inde et les bougies de mes 30 ans.

Ce tri a été l’occasion de me rendre compte que je reçois beaucoup de cartes postales. Je les ai relu avec plaisir et/ou émotion. J’en ai jeté certaines et j’en ai gardé beaucoup d’autres. En me disant que c’était bête de les garder pour les enfermer dans une boite mais sans réussir à me résoudre à les jeter. Au delà de l’aspect éminemment affectif, il y a aussi à mon sens un aspect « mémoriel ». Quand j’étais petite mon père mettait toujours une carte postale avec le chèque de pension alimentaire qu’il envoyait à ma mère. Je les gardais religieusement dans un tiroir. A l’adolescence, dans une période où mes relations étaient médiocres avec mon père et où je ne me sentais pas aimée par lui, je les retrouvé en triant mes affaires. Et à ma grande surprise je me suis rendue compte qu’il finissait toutes ses cartes par « dis à Shaya que je l’aime » ou « je t’aime ma fille ». Mon esprit avait complètement occulté ce fait. Difficile de continuer à se dire « non aimée » par lui dans ces conditions.

Il y a un peu de ça, là aussi. Relire tous ces textes m’a fait me sentir tant aimée. Par mes ami(e)s essentiellement qui sont les plus grands pourvoyeurs de cartes postales. Il y a dans ces petits morceaux de papier tant d’amour pour moi, ça fait comme une grosse couette dans laquelle s’entortiller pour passer les jours plus rudes. Et les garder c’est garder l’occasion de les relire si la couette se fait un peu maigre ou si la mémoire me fait défaut.

D’une manière générale je me sens tellement aimée en ce moment. Dans des petits détails qui se nichent partout. Un jour quelqu’un m’a dit « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », je suis d’accord et les preuves d’amour se multiplient sur moi c’est presque indécent.
Permettez moi de me rouler dedans tel Picsou dans sa piscine de billets.

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