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Archive for juin 16th, 2017

Ce qu’on lègue à nos enfants sans le vouloir

Ma petite sœur va mal.

Et tout le monde met beaucoup d’énergie depuis 6 mois à ne pas le voir alors qu’à défaut d’être capable de le dire, elle l’exprime de toutes les manières possibles. Ou à minimiser les choses. Ou à espérer que ça va s’arranger tout seul.

Voire à tenir des discours à la fois stupides et dangereux qui risquent surtout d’empirer les choses : mon père de dire qu’il va la foutre dehors quand elle aura 18 ans et que ça va l’obliger à apprendre à se contrôler, ma grande sœur de penser que si elle se met un coup de pied au cul ça ira mieux, ma belle-mère de ne surtout rien dire mais d’exploser sans cesse.

Et moi de penser que c’est surtout une bonne prise en charge par un psychiatre avec relais médicamenteux qui s’impose urgemment. Ce que tout le monde s’acharne à considérer le moins possible … sauf ma petite sœur à qui il manque l’indépendance (sur tous les plans puisqu’elle est mineure encore) pour pouvoir se passer de l’accord de ses parents.

Tentation de la tête dans le sable en attendant que la crise passe … d’une façon ou d’une autre.

 

J’essaye de ne pas leur jeter la pierre, de garder à l’esprit que la souffrance psychique est mal connue du commun des mortels (et plus encore) et que ça s’accompagne souvent d’un tas d’idées erronées et de prescriptifs et stupides « yakafokon ».

J’essaye aussi de garder à l’esprit que la perspective d’une prise en charge psy soit éminemment douloureuse pour ses parents et les autres membres de la famille, qu’il soit le symbole d’une remise en cause personnel, qu’il signe un échec individuel et collectif. Qu’il leur faille un peu de temps pour s’habituer à l’idée soit, mais à un moment la souffrance de ma petite sœur ne pourra pas passer après la leur.

 

J’essaye enfin de regarder les choses comme ils les voient, ou plutôt comme ils veulent les voir ?, et de me dire qu’il leur faudra du temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés là et … qu’ils n’y arriveront peut-être tout simplement jamais.

Parce que quand on regarde les choses objectivement et avec une certaine distance on ne comprend pas pourquoi ma petite sœur va si mal. Elle est la fille aimée et choyée d’un couple qui s’aime toujours autant malgré les années et qui ne sont ni maltraitants ni toxiques, elle a grandi dans un milieu hyper privilégié sans connaître de grands soucis ou de grandes crises, ses parents sont prêts à (presque) tout pour lui donner les meilleures chances pour l’avenir que ce soit sur un plan financier ou autre.

Pourtant quelque chose dysfonctionne. Ça m’interroge beaucoup personnellement d’ailleurs. Je ne peux pas dire que ça ne soit que la faute de ses parents (parce que le problème se situe quand même surtout là) ou de la famille, ni que ce soit que la faute de ma petite sœur. C’est entre les deux que ça frotte. Les réactions, le caractère et l’attitude de ma petite sœur interagissent mal avec les réactions, le caractère et l’attitude de ses parents. Et vice-versa. Personne ne l’a jamais voulu mais le fait est que c’est là. Et je me dis qu’on peut être les meilleurs parents du monde, vouloir sincèrement le meilleur pour son enfant, ça peut quand même mal se passer, parce que … parce que quoi justement ? Parce que les caractères sont trop forts et ne s’accordent pas ? Parce que l’histoire familiale qu’on se trimballe déteint malgré nous ? Parce qu’on n’a pas la bonne réaction au bon moment ? (sans pour autant avoir eu une mauvaise réaction, juste « pas celle qu’il fallait pour la personne en face ») Parce que l’autre s’enferre dans une façon de faire et d’être dont on ne sait pas le faire sortir ?

 

Après je mentirais si je disais que je suis étonnée. Ma petite sœur a toujours eu une fragilité que je n’ai pas repéré chez les autres membres de notre fratrie, en même temps elle a hérité de la place la plus compliqué, coincée entre deux très grandes sœurs physiquement absentes mais omniprésentes dans l’esprit du père et un petit frère solaire, petit dernier et seul garçon tant désiré dans cette lignée uniquement féminine jusqu’à présent. Un jour une spécialiste de l’enfance m’avait dit que dans une fratrie de 3, c’était souvent l’enfant du milieu qui posait le plus de problème avec une vraie difficulté à trouver sa place. (Nous sommes 4 mais je crois qu’on peut aisément nous réduire ma grande sœur et moi à une même entité dans notre fratrie élargie)

 

Bref ma petite soeur va mal et il serait temps que nous ouvrions les yeux.

 

nb : quand je vois comme c’est douloureux pour moi d’écrire sur ça, je jette encore moins la pierre aux autres de n’avoir pas envie de voir.

 

C’était le temps de l’insouciance

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