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Archive for mai, 2017

L’hésitation

Il y a une méga private joke dans cette photo

 

C’est une question rituelle. Systématique. Une de celles – nombreuses – que je pose à tous mes patients la première fois où je les vois lors d’un véritable interrogatoire : « vous vivez seul ou en couple? ».

La réponse est importante pour moi, pour bien saisir le contexte de vie de mes patients, pour savoir sur quoi m’appuyer si besoin (ou pas). Mais pas plus que quand je leur demande s’ils vivent en maison ou en appartement, s’ils ont des étages à monter ou pas. Pas moins non plus. Aucun jugement de ma part, c’est une information purement factuelle dont j’ai besoin pour m’occuper d’eux au mieux.

En général j’obtiens une réponse de même nature, purement factuelle, que les gens me délivrent très naturellement qu’ils soient célibataire ou pas. Ça s’inscrit dans la continuité de mes questions sur la variation éventuelle de leur poids et avant celles sur leur activité professionnelle avant la maladie.

Je suis une professionnelle au service de leur santé, tout ça est parfaitement neutre.

 

Pourtant dans de très rares cas, il y a une latence supplémentaire avant que j’ai ma réponse à cette question. Quelque chose d’infime, d’impalpable mais qui se joue uniquement sur cette question là alors que j’en pose au moins cinquante autres. Un battement de cœur supplémentaire, une fraction de seconde qui donne le temps de m’évaluer, un regard sur moi miroir de ce cerveau qui réfléchit à toute allure avant de faire un choix.

J’ai (enfin) fini par mettre le doigt sur ce qui lie tous ces cas et ce que signe cette fraction de seconde.

A chaque fois que j’ai observé ce phénomène, quand la personne me répond elle m’informe qu’elle vit en couple …. avec quelqu’un du même sexe.

Information parfaitement neutre pour moi que je traite comme le fait que la personne soit fumeuse ou pas. Je ne le note même pas dans le dossier me contentant d’un « en couple » comme pour tout le monde (sauf les célibataires :p). Je me contente juste de le noter dans un coin de ma tête pour ne pas faire preuve d’indélicatesse en demandant « comment madame va ? » alors qu’il me faudrait demander « comment monsieur va ? ».

 

Mais surtout – et ça me sert le cœur depuis que je l’ai compris – je sais désormais ce que cette fraction de silence supplémentaire dit, ce que ce regard appuyé sur moi, ce que ce cerveau qui tourne soudain à pleine allure signifie : c’est la décision de la prise de risque. Le moment où cette personne qui ne me connait pas encore puisqu’elle me voit pour la première fois se demande si elle peut me dire la vérité ou si elle s’expose à des regards écœurés et/ou des paroles puantes.

J’aimerais tellement les rassurer mais tout se joue trop vite pour que je le puisse. Néanmoins quelque chose chez moi doit les rassurer assez pour qu’ils osent prendre ce risque puisqu’ils m’ont toujours répondu la vérité.

J’aimerais dire aussi que je ne traite pas ces personnes différemment de mes autres patients, mais ça serait mentir. Il  y a une différence (et une seule) : quand je dois évoquer leur conjoint devant quelqu’un d’autre, je le fais toujours en utilisant des termes très vagues et neutres pour ne pas les mettre en difficulté.

 

L’actualité nous rappelle tristement pourquoi me dire la vérité semble être un tel saut dans l’inconnu pour eux …

2 be 3 (or not to be)

Se mettre à distance

 

L’automne dernier, j’ai traversé la France pour aller voir des amis.

Pendant ce week-end tout doux, j’ai observé qu’alternativement l’un ou l’autre de ce couple d’amis se mettait en retrait pour me permettre d’avoir des conversations en duo au lieu que ce soit systématiquement un échange à trois.

J’avais été surprise sur le moment, c’était la première fois que j’observais ce  phénomène.

Avec le recul je me rends compte à quel point c’était attentionné.

Rare.

Et précieux.

 

→ Au travail, comme n’importe qui j’ai des affinités plus ou moins grandes avec mes collègues.

Il y en a un que j’apprécie beaucoup, et je pense que c’est réciproque, avec qui je n’ai quasiment jamais l’occasion d’échanger tant nos plannings ne nous laissent que rarement l’occasion d’avoir 15mn en commun pour parler. En plus, entre nous, pas de small talk, c’est ce que j’apprécie avec lui, les conversations vraiment pointues et approfondies.

Sauf que … Sauf que chaque fois que par miracle on réussit à avoir un peu de temps pour se parler et qu’on engage une de ces conversations, la secrétaire nous rejoint. Sys-té-ma-ti-que-ment. Même si elle a des choses à faire, même si elle est occupée, elle vient se mêler à la conversation. Et j’avoue qu’à force, j’ai beau l’adorer, ça me donne envie d’hurler parce que ça change forcément la dynamique des échanges : il y a tout ce qu’on ne dit pas parce qu’on ne veut pas qu’elle le sache et/ou parce que certaines choses sont trop personnelles pour être dites à 2 personnes à la fois, il y a les questions qu’elle pose et qui font bifurquer les échanges et/ou les freinent, il y a l’attention qu’elle nous réclame et dont nous privons notre autre interlocuteur. 

Et j’aimerais bien que des fois, juste de temps en temps, elle nous laisse parler rien que nous deux.

 

→ Le week-end dernier j’étais chez le Best Friend.

Je ne vais pas dire que je le connais par cœur (hu hu) mais je le connais suffisamment bien pour que l’huître qu’il est s’ouvre à moi (parfois). Ça ne dure parfois que quelques secondes, parfois beaucoup plus, mais j’ai remarqué qu’il y avait toujours une constante : il faut que nous ne soyons que tous les deux à ce moment là. Si sa femme est là ou si elle nous rejoint, il ne me lâche plus rien.

Ce week-end nous avons eu l’occasion de boire un café rien que tous les deux pendant quelques minutes sur sa terrasse et il a enfin commencé à s’ouvrir à moi sur ses doutes et ses angoisses par rapport à son changement de vie, son nouveau poste professionnel etc … Et ça c’est brutalement arrêté quand sa femme est venue nous rejoindre. J’en aurais hurlé de frustration.

 

Alors je me dis que des fois il faudrait savoir – même dans un couple – se mettre un tout petit peu en retrait pour offrir à l’autre de espaces d’expression privilégiés, savoir parfois ne pas s’imposer.

C’est possible, à l’automne dernier des amis me l’ont prouvé.

Qui nous connaît vraiment ?

Plus un petit garçon mais pas tout à fait un homme encore <3 (c’est une des plus belles photos que j’ai fait de lui je crois)

 

Je ne sais pas vous mais moi souvent dans ma tête je me déroule des scénarios « et si … ? ».

Et si je gagnais à l’Euromillion, je ferais quoi ?

Et si je me faisais enlever par des extraterrestres, comment réagirait ma famille ?

Et si j’épousais le Prince Harry, je m’occuperais comment ?

 

(Oui bon là j’en ai pris des particulièrement farfelus)

Mais parmi tout cela il y en a un « et si je me faisais enlever/tuer, que découvriraient les enquêteurs sur moi ? ».

Et ça m’amuse de me dire qu’ils seraient sans doute surpris au premier abord – mais en fait je pense qu’ils sont habitués, qu’on cache tous sous une surface lisse des choses qui le sont beaucoup moins – et surtout ça m’amuse de me dire que pour avoir une idée de qui je suis, de ce que je pense, de comment je fais les choses, il faudrait vraiment qu’ils parlent à beaucoup de monde parmi ma famille, mes collègues et mes amis.

Parce que personne ne détient la totalité de mon histoire – et surtout des éléments importants qui la composent parce que la dent de lait perdue à 7 ans, ce n’est pas important – ni la totalité de celle que je suis. Il y a des gens qui en ont un plus gros morceaux que d’autres c’est vrai mais même ces gens là dessineraient un portrait tronqué et erroné de moi. Il n’y a qu’en assemblant les dessins de chacun que le portrait serait – presque – fiable.

 

J’ai quelqu’un que j’aime fort qui me dit souvent que je suis celle qui le connait mieux au monde, des fois il dit même que je le connais par cœur mais là je pense qu’il a bu quand il dit ça. Parce que moi j’ai une conscience aiguë qu’à l’image d’un iceberg je ne connais que la surface émergée, 10%, et que la surface immergée, cachée à mes yeux et à mon cerveau est bien bien bien plus importante. 

 

C’est quelque chose que j’essaye de garder en tête constamment quand je rencontre des gens ou même que je parle avec des amis. Quelque soit l’impression que je peux avoir de les connaître « par cœur » et de lire en eux comme dans un livre, c’est faux et je pourrais être terriblement surprise si certaines choses venaient à ma connaissance.

J’essaye surtout de le garder en tête pour ne pas rester sur mes acquis et croire que je sais tout et que je le sais pour toujours, quelque soit l’intensité de mon lien avec cette personne.

 

Une petite anecdote récente m’a rappelé que j’avais raison.

Il y a quelques temps j’ai parlé avec mon Petit Frère de son orientation puisqu’il est à l’âge où la question ne peut plus être éludée comme il le faisait jusque là. Nous avons eu une longue conversation et ce que j’en ai ressorti c’est qu’au delà de l’impression terrifiante (et pas complètement fausse) qu’il engage sa vie par ce choix jusqu’à sa mort, il ne se connait pas assez bien pour savoir ce qui est important pour lui dans son futur travail et surtout il ne s’est jamais posé la question en ces termes. Or j’avais entendu parler d’un livre qui pourrait l’aider à faire le point sur ses qualités naturelles et surtout sur les éléments indispensables à son futur travail (aider les autres semble bien en être un), je le lui ai donc acheté et le lui ai envoyé.

Il se trouve que le jour où il l’a reçu, sa mère m’a appelé pour tout autre chose. Mais en passant elle m’a dit que le livre était bien arrivé même si ça les avait surpris parce que « bon ton frère il n’en a pas besoin, il a déjà très bien réfléchi à ce qu’il veut faire et il sait où il va ». 

Ça m’a étonnée, vu la conversation que j’avais eu avec lui mais un mois s’était écoulé, les choses pouvaient avoir bien bien changé et s’être précisé. 2 jours plus tard, mon petit frère m’a envoyé un message pour me remercier pour le livre et me dire … qu’il espérait grandement que ça allait l’aider … 

 

En même temps, si les enquêteurs n’interrogeaient que mes parents, ils n’auraient pas une idée très fiable de qui je suis vraiment.

L’étiquette

Avis de tempête

 

C’était un de ces matins où j’avais décidé de me rendre à l’aquabike, sautant de mon lit pour entrer dans mon maillot de bain.

Là-bas, en maillot de bain pas sexy, pas maquillée et mal coiffée, une femme m’aborde. Ça n’est pas la première fois que je la croise là, je vois bien qu’à chaque fois elle me dévisage un peu plus que la normale et moi aussi son visage m’évoque vaguement quelque chose mais je n’arrive pas du tout à la remettre.

Et donc là elle se lance et elle m’aborde : « bonjour, excusez moi, vous êtes bien Shaya … ? je suis la maman de F. »

Oulalalala, cette dame, c’est la maman de F. cet ami que je connais depuis le collège ?

 

Cette conversation a été un énorme moment de solitude pour moi de bout en bout.

Déjà parce que je ne l’ai pas reconnu. Je ne l’ai pas vu souvent dans ma vie, peut-être deux ou trois fois, mais quand même. Je suis super physionomiste, vraiment, l’autre jour j’ai aperçu une des nombreuses employées de ma pharmacie pendant que je faisais mes courses et elle elle m’a regardé perplexe mais moi je l’ai tout de suite reconnue et remise, je reconnais les collègues de ma mère que je n’ai pas vu depuis 20 ans et que je n’ai vu qu’une fois ou deux, je reconnais mes patients d’il y a 5 ans quand ils viennent me dire bonjour (oui j’ai des patients qui viennent me faire des coucous quand ils en ont l’occasion même 5 ans après). Mais elle, même après qu’elle m’ait dit qu’elle était la mère de F., je la regardais en me disant « vraiment ? C’est vraiment la mère de F. ? » il n’y avait rien qui me parlait en elle.

 

Ça a ensuite été un grand moment de solitude, parce que cette femme me donne toujours envie de m’enfuir le plus loin possible. D’une part, parce que F. étant mon ami, je sais les turpitudes de leurs relations et qu’à l’instar de mon père et de ma grand-mère, s’il a décidé de mettre 600 kms entre eux, ce n’est pas que parce que son travail l’y obligeait mais bien parce qu’il le voulait. Et j’ai du mal à me détacher de ça quand je la regarde. D’autre part – et surtout – parce que cette femme, même si je l’ai peu souvent croisé, me regarde toujours comme un maquignon évaluerait positivement une pouliche (la pauvre … si elle savait) et semble soupirer très fort intérieurement que son fils et moi ne soyons pas en couple. Et là il me faut vraiment mobiliser tout le vernis social de la politesse pour rester courtoise et ne pas m’enfuir loin.

 

Mais surtout, ça a été un grand moment de solitude par une de ses réflexions. Malgré ma réaction épidermique envers elle, nous avons bien sûr échangé quelques mots. Et il se trouve que ce matin là, ma mère m’accompagnait et qu’elle s’est évidemment présentée rapidement avant de nous laisser échanger. Si bien, que la deuxième ou troisième phrase de la mère de mon ami a été « ça me fait plaisir de voir ta maman, ça veut dire que ça va si elle est là » et j’en suis littéralement restée bouche bée.

C’est exactement le genre de discours qu’on tient d’une personne qu’on sait gravement malade non ? Et c’est bien à ça que cette dame faisait référence, au cancer de ma mère … il y a 16 ans !!!!!! Bien sûr qu’elle sait que ma mère a eu un cancer, j’étais au lycée avec son fils quand c’est arrivé, et quand il a récidivé, j’était à la fac … avec son fils ! Mais c’était il y a 16 et 13 ans et j’ai trouvé ça absolument terrifiant que la première et seule chose qu’elle me dise concernant ma mère soit ça comme si dans sa tête elle l’associait toujours et irrémédiablement à ça. J’aurais compris qu’elle me demande si elle allait bien ou que la voyant elle ne fasse pas de commentaire supplémentaire pour me le demander. J’aurais compris si ça avait été peu de temps après sa maladie. Je comprends aussi que le cancer de ma mère ait pu la marquer à l’époque, elles ont approximativement le même âge, ça a pu forcément la renvoyer à quelque chose pour elle-même. Mais que 15 ans après, ce soit aussi prégnant … Au.Secours.

Mais c’est surtout pour ma mère que j’ai trouvé ça terrifiant.

J’ai réalisé à ce moment là que même 15 ans après (15 ans bon sang!), il y aurait toujours des gens pour la renvoyer à cette maladie. La renvoyer frontalement … brutalement … à cette maladie. Pour la définir d’abord par ça, et ensuite par tout le reste. Bien sûr que cette maladie a eu un impact important sur elle et l’a changé irrémédiablement notamment dans ses priorités de vie (pas qu’elle d’ailleurs, j’en vois des traces chez moi presque quotidiennement) et qu’elle vit avec des séquelles de cette maladie (mais séquelles que personne ne voit ni ne connait sauf moi) mais ce n’est qu’une chose parmi d’autres dans sa vie, elle ne le porte pas en étendard, n’en fait pas un élément central dans son histoire, ne se définit pas prioritairement par ça. C’est une période avec laquelle elle a fait la paix avant de reprendre le cours de sa vie, pas le même qu’avant, un autre mais qui va de l’avant.

Et donc il y aura toujours des gens pour la ramener à CA, même 15 ans après, même probablement 30 ans après. Pas beaucoup j’espère mais ils existent, comme si c’était eux qui étaient restés coincés dans une boucle temporelle. J’espère que ça n’est et que ça ne sera jamais votre cas.

 

Moi maintenant je vais surtout m’attacher à ce que cette femme n’approche jamais de ma mère.

It’s complicated

Souvenirs d’un week-end en Ardèche

J’ai un problème avec mon blog en ce moment.

Enfin pas qu’avec lui mais pour ici on va s’en tenir là aujourd’hui. 

 

J’ai envie d’écrire.

Pourtant rien ne sort du bout de mes doigts sur le clavier.

Le niveau de fatigue atteint ces dernières semaines a coupé des liens  – pas qu’ici et pas que concernant le web mondialement mondial – et les vacances présentes ne les ont pas renoué, je n’ai pas ouvert mon feedly depuis des plombes … oups 78 billets à rattraper … je découvre par hasard le billet d’une copine sur Twitter qui me fait me rappeler que d’autres que moi existent et que j’ai plaisir à les lire si je n’oubliais pas.

Il y a ce que j’ai en tête et que je m’interdis d’écrire ici. Par souci d’anonymat un peu. Parce que ce n’est ni lieu ni le moment aussi. 

 

Il y a tout ce sur quoi mon cerveau achoppe.

J’ai commencé – dans ma tête mais en général c’est déjà un bon début – sur comment je me forçais à dire actuellement et à quel point contrairement à d’habitude ce n’était pas du tout libérateur. Pas du tout du tout du tout. Mais en y réfléchissant j’ai réalisé que je ne disais pas plus les choses, au contraire, je dis juste des choses sur des sujets inhabituels et je tais tout le reste. Au final je crois qu’en fait je dis encore moins qu’avant.

J’ai eu envie aussi – dans un tout autre registre – de vous dire qu’après avoir vanté ma capacité à avoir faussement bonne mine même en ayant en fait une tête atroce, je ne supportais plus de le faire depuis quelques temps. Pourtant Dieu sait que j’ai eu une tête atroce dernièrement mais les quelques fois où j’ai essayé de le cacher je me suis détestée dans la glace. Même en ayant la main aussi légère que d’habitude, même avec mes produits adoubés et expérimentés depuis plus d’un an. Détestée. Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé dans ma tête – en même temps j’avoue ne pas trop chercher – mais j’ai remisé tout ça au fond de mes tiroirs. Et puis j’ai trouvé ça tellement superficiel, et sans intérêt, et sans matière.

 

Alors régulièrement j’ouvre mon blog mais les mots ne viennent pas. Ça finira par passer.

Pour l’instant j’ai moins de mal avec les photos.

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